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A propos

  • Laurent Margantin

    Ses premiers textes ont été publiés par Kenneth White dans les Cahiers de géopoétique, ensuite des poèmes et des textes en prose ont paru dans Poésie 98, Fario, Le Nouveau Recueil, ainsi que des articles de recherche dans des revues spécialisées comme Romantisme, Littérature ou Mélusine.

    Après des études en littérature comparée, Laurent Margantin s’ est tourné vers la littérature allemande, avant de vivre une dizaine d’ années à Tübingen en Allemagne. Il y a notamment travaillé à un doctorat sur Novalis et les sciences de la terre, et à une anthologie du romantisme allemand intitulée La forme poétique du monde publiée aux éditions José Corti. Il collabore à la Quinzaine littéraire, et a commencé à participer à la Revue des Ressources dès 1998 en faisant partie du comité de rédaction jusqu’en novembre 2009. Depuis, il dirige le site Oeuvres ouvertes et publie aux éditions Publie.net.

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Pour ceux qui ont régulièrement lu depuis septembre 2007 les trois petits textes mis en ligne chaque jour sur Internet, tenir ce livre dans ses mains a quelque chose d’un peu troublant. Voici ramassé, au mot près, ce que l’écrivain disposa devant nos yeux loin de tout papier, sur un support non pas immatériel, mais disons inhabituel pour les lecteurs papivores que nous sommes plus ou moins (car cela fait maintenant une dizaine d’années que bon nombre d’entre nous découvrent une partie de la littérature en train de se faire via Internet).

Etonnement donc de retrouver ces textes courts (petits récits de quelques lignes, aphorismes, simples vers de mirliton parfois), mais surtout bonheur.

Pour ceux qui comme moi connaissaient mal Chevillard, le blog « L’autofictif » a été un moyen de découvrir le style et la recherche propres à cet auteur. Tout au long de l’année, une communauté des lecteurs de ce blog s’est constituée, s’échangeant par mail certains extraits, les commentant au jour le jour. On vit même des critiques comme Pierre Assouline ou des éditeurs comme Léo Scheer saluer ce travail sur leur site respectif.

« Rapidement j’ai pris goût, et même un goût extrême, à cet exercice quotidien d’intervention dans le deuxième monde que constitue aujourd’hui Internet et à ces petites écritures absolument libres de toute injonction », écrit l’auteur dans sa présentation du livre. L’espèce de jubilation ressentie par celui-ci fut vite transmise au lecteur, et c’est celle-ci que nous retrouvons en feuilletant ce livre dont il faut saluer l’élégance, que l’on doit à un éditeur de Talence, L’arbre vengeur.

En feuilletant donc, on retrouve l’univers de Chevillard, si proche d’Henri Michaux par sa volonté de confronter l’esprit épris de logique à des réalités fuyantes parce qu’impossibles ou absurdes. Il y est souvent question de l’actualité, les acteurs de celle-ci se voyant placer dans des situations comiques ou grotesques : « Quelle est cette pièce étrange sur l’échiquier ? – Un flic, répond Poutine à Kasparov », ou bien sur le mode de l’allusion, pour enfermer l’agité dans une référence bien connue à une œuvre passée : « Le Salon de l’agriculture a fermé ses portes. Adieu veaux, vaches, cochons, cassez-vous pauvres cons ! ».

Mais le quotidien de « L’autofictif », ce sont aussi des réflexions sur l’écriture, toujours dans le style Chevillard qui se caractérise par l’ironie à l’égard du monde littéraire (« Je n’achète rien dans les salons du livre. J’attends le vide-grenier qui suit »), mais aussi par l’autodérision (« Je voulais rompre, en rester là, je le jure, mais la littérature ne peut plus se passer de moi »).

Toute la démarche de Chevillard semble se ramener à cette question : « A partir de quel stade ou moment du chaos un désordre supplémentaire est-il le commencement de l’ordre ? » Il est possible que, mis bout à bout quotidiennement, tous ces petits désordres faisant surgir l’absurdité du monde nous révèlent ce « commencement de l’ordre » fait d’une plus grande sensibilité à la diversité des êtres et des choses. Sur Internet et finalement sur papier, Chevillard redispose les pièces du puzzle, à sa façon, de manière toujours inattendue, et c’est semble-t-il cet inattendu-là que nous guettons sur le support numérique.

ps: L’autofictif, d’Eric Chevillard, éditions L’arbre vengeur, en librairie le 20 janvier

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