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Une rencontre improbable avec Rimbaud 

mai 2010, par Jacques Bienvenu

Précision en date du lundi 24 mai 2010 :

L’article initialement publié a été retiré pour laisser place à une nouvelle version par le même Jacques Bienvenu : "Sur le portrait de Rimbaud à Aden" que vous êtes cordialement invités à lire.


Information en date du samedi 22 mai 2010 :

La revue des ressources a pour l’instant retiré cet article après réception du mail suivant :

Monsieur le directeur de la publication,

Dans un article mis en ligne ce samedi 22 mai 2010 ( http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article1665 ) vous reproduisez une photographie et deux détails de celle-ci sans mention de source. Le bas de l’image a même été rogné pour faire disparaître la mention d’origine : "copyright Libraires associés - ADOC-photos".

Pour information, les deux autres images qui illustrent cet article sont des clichés réalisés par la BNF, qui ne peuvent être publiés sans l’accord exprès de la Société de géographie.

Sachant que cet article est purement polémique, voire diffamatoire à notre égard, nous vous prions de bien vouloir vous conformer strictement à la loi :

- en mentionnant la source de ce cliché,
- en réglant les droits afférents à l’agence Adoc-photos.

Nous vous prions de recevoir nos salutations distinguées,

Alban Caussé et Jacques Desse
Chez les libraires associés
3 rue Pierre l’Ermite
75018 Paris
01 42 57 20 24


Nous vous invitons cependant à lire d’autres articles référant directement à la question de l’identification d’Arthur Rimbaud sur le perron de l’hôtel Univers à Aden :

Rimbaud nous regarde par Rédaction

Le portrait présumé de Rimbaud à Aden par Jacques Bienvenu

P.-S.

En logo : autoportrait de Rimbaud au Harar.

2 Messages

  • Une rencontre improbable avec Rimbaud 23 mai 2010 18:04, par Aliette G. Certhoux

    Je viens de lire la lettre des libraires associés... et j’avais vite, très vite aperçu le texte incriminé. Mon avis c’est que l’auteur de l’article pinaillait, car bien sûr ce qui infirme la requête c’est, tout au contraire de sa requête de notre avis pour conforter le sien, que le visage de Rimbaud dans l’image qui nous intéresse serait davantage celui de quelqu’un pas encore éprouvé par les conditions de vie sous le climat de cette région, tout juste venu de Malte, au visage encore jeune d’un homme actif qui a fui la poésie. Mais en effet pas très loin de l’Europe, où il vient de diriger un chantier qui ne s’est pas très bien terminé pour lui, (on l’a accusé d’avoir tué un ouvrier), d’où ce regard là, d’être existant ici sans y être tout à fait intégré, comme il pourrait exister ailleurs, celui du daseign)... rien à voir avec son image en 1883, et encore moins avec celle qu’on lui connaît dans les derniers mois là-bas, déjà malade (?), à propos de laquelle Sollers a risqué sa propre hypothèse.

    Je ne trouvais pas très édifiante la démonstration malgré son renfort de preuves venant édifier un avis subjectif, purement projectif (puisqu’où il voyait un visage ne pouvant correspondre à la situation, quant à moi, par exemple, je vois le contraire, mais en effet plus tôt)... Pourquoi pas en 1980 ?

    Il est vrai que le musée Rimbaud n’a pas voulu s’en porter acquéreur... le directeur disant — est-ce pour ne pas lancer de polémique ? — qu’il préférait disposer autrement de son fond de roulement, plutôt comprimé actuellement, quand plusieurs autres achats venaient d’être faits néanmoins. Y avait-il un doute ou la barre du prix fixé par les libraires était-elle beaucoup trop élevée, seulement accessible à de riches collectionneurs ? Parions que les raisisns étaient trop verts..

    Alors ? Disons qu’il existe des fictions pour absolument vouloir quitter le champ littéraire ou artistique, pour avoir socialement lieu, parce qu’elles sont attendues culturellement (c’est bien le pire en politique, par exemple l’attente de l’autorité finira par ne pas manquer d’arriver sous une forme imprévue mais bien réelle d’une dictature)... elles veulent être vraies, ce sont celles qui s’élaborent dans une interférence de la mythologie avec la société technique qui les authentifie, parce que la culture installe les jalons du rêve populaire sur des événements transmis par les apparences techniques qui les reproduisent (Benjamin et Barthes ont très bien parlé de ça chacun à leur manière, et peut-être même aussi Simondon, à propos de l’individuation, et surtout Nelson Goodman à propos des langages de l’art ). Je pense que tout le monde attendait cette image qu’immédiatement chacun est venu habiter comme dans l’"hacienda" qui s’y trouve, et il est vain sinon d’en chercher le sens historique, du moins de vouloir l’anéantir, car elle règne en auberge médiatique dans la visualisation poétique générale des lecteurs et des spectateurs — sublimée — du temps, il n’y a rien à faire, cette icône est déjà symbolique. C’est la mort qui songe, la revanche du cristal.

    Je ne sais pas si Les Libraires associés sont exclusivement centrés sur leur marché ou par la passion de leur métier de découvreurs, mais en tous cas ce sont des artistes : pour que l’installation fonctionne il faut — il fallut — y croire et, lançant les dés (les experts), voir comment ils allaient retomber et peut-être surprendre les joueurs...

    Doute ou pas, cette image a priori édifiée par le langage expert pour sa transmission universelle par la Presse est parmi nous désormais ; plus son attribution à Rimbaud sera contestée, loin de perdre sa substance fascinante, plus elle sera énigmatique... C’est cela la séduction, une part d’illusion et de détournement critique.

    Enfin, les libraires associés ont tort de s’énerver devant ces attaques, car tout ce qui pense contester l’authenticité de l’attribution, et d’autant plus que des preuves photographiques pour l’infirmer seront fournies, ne fait qu’en renforcer l’étrangeté, et donc l’intérêt. C’est cela la photo (relire la préface de Baudrillard à l’album des photo-reporters de Tendance Floue Sommes-nous ? qui remporta le Prix Publication ICP Infinity award 2007 (l’année de sa mort) à New York.

    Ils ont leurs certificats en main, qu’ils en soient rassurés. Point n’est besoin de guerroyer, tout juste de remettre les choses au point. Nous croyons, comme Sollers, que Rimbaud est là, oui pourquoi pas, qu’importe si d’autres veulent troubler le frisson de l’émoi général — du moment que ça n’annonce pas une nouvelle catastrophe matérielle ?...

    On peut leur dire — je leur dis : merci de nous avoir fait rêver ! — et on voit bien que c’est loin de s’arrêter... Ce ne sont pas les jeux de l’arène pour le peuple, c’est la culture elle-même, en propre, qui agit, et cela les dépasse — nous dépasse. La sublimation poétique du monde prosaïque accomplit le doute sur tout fait, c’est cela le plus fort de la vérité : la réserve de l’autre. Et non pas la réduction par la recherche d’une certitude incontestable (cela n’existe pas sinon le pouvoir).

    On peut tout en dire ou en dédire mais irréductiblement cette image est vraie — comme toute fiction réalisée, et fiction collective est cette image de toutes façons — même si c’était — ce fut — bien Rimbaud qui se trouvant autrefois face à l’objectif à Aden.

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  • Une rencontre improbable avec Rimbaud 26 mai 2010 19:10, par fanon

    André Gunthert écrit sur son blog :" La version mise en ligne de la photo d’Aden (fig. 1) donnait initialement accès par hyperlien à un agrandissement disponible sur Flickr (1890 x 1332 px), copie de l’image mise à la disposition du public par les découvreurs sur le site http://www.histoires-litteraires.org/ (et retirée depuis). A la demande insistante de Jacques Desse (5 mails), et pour préserver ma tranquillité, j’ai fini par remplacer cette version par une autre plus petite (750 x 529 px), portant le “copyright” ADOC/Chez les Libraires associés, qu’il m’a envoyé à cette fin.
    Je trouve personnellement détestables ces procédés de censure, non moins que l’usage abusif d’un “droit de reproduction” à propos d’un document qui relève juridiquement du domaine public et historiquement du patrimoine culturel. Preuve d’une connaissance très approximative du droit, l’apposition d’une mention de copyright sur un tel document est aussi ridicule que de vouloir breveter la pierre de Rosette et aussi choquant qu’un solécisme aux oreilles d’un lettré. A plus forte raison si l’on estime que cette photographie a une valeur patrimoniale, et si l’on considère que la version scannée est désormais la seule accessible, puisque l’original est en mains privées. J’ai donc ajouté les signes de la censure à cette version qui m’est imposée, et regrette que mes lecteurs ne puissent plus se livrer à un examen détaillé de l’image.
    Comme en témoigne la demande de retrait de l’article de Jacques Bienvenu cité ci-dessus (remplacé depuis par une autre version), au motif de la diffamation et de la même revendication abusive d’un “copyright” sur l’image, une certaine fébrilité s’est emparée du camp des découvreurs, qui ont une vision très personnelle de la façon dont doit se dérouler une discussion publique. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils ne rendent pas service à leur cause."

    Alors photo sous © ou photographie dans le domaine public ? Quoi qu’il en soit on la trouve sur wikisource ici http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Arthur_Rimbaud._Aden_ca1885.png. Pour wikipédia elle est dans le domaine public.

    Voir en ligne : Rimbaud, la photo infidèle à l’icône

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