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Robert Meeropol : sur Wikileaks et l’« Espionage Act » de 1917 

La Fondation Rosenberg pour les Enfants soutient Wikileaks à Democracy Now !

vendredi 11 novembre 2011, par Amy Goodman, CC Democracy Now, Louise Desrenards (traduction), Robert Rosenberg Meeropol, Wendy Kay Johnson
(Editor/Translator)

  Le 2 novembre 2011, Julien Assange, fondateur de Wikileaks, a perdu en appel contre son extradition vers la Suède par la Grande-Bretagne. Il y a un an il déclarait que ce qu’il craignait le plus était la possibilité d’une extradition par la Suède vers les États-Unis. Une rumeur circulait dans les milieux informés selon laquelle le gouvernement américain préparait une demande d’extradition fondée sur une accusation de conspiration d’espionnage contre les États-Unis, dans le cadre de l’« Espionage Act » de 1917.
 Le 23 décembre 2010, Robert Meeropol Rosenberg, directeur exécutif de la Fondation Rosenberg pour les Enfants, publiait dans le site officiel de son organisation une alerte appelant au soutien de Julien Assange et de Wikileaks. Il y développait une analyse sur les rapports de la situation judiciaire selon la loi anticonstitutionnelle de 1917 sous laquelle ses parents avaient été condamnés à mort et sous laquelle se trouveraient Julien Assange et le réseau de soutien de Wikileaks après le Patriot Act, avec l’impact au-delà sur la communauté progressiste tout entière, si la rumeur sur une mise en accusation de cet ordre se confirmait. Son appel avait été très lu. Aussi, le 30 décembre, Democracy Now ! l’avait invité à venir s’expliquer publiquement sur sa déclaration.
 Dans l’attente de l’ultime recours encore possible de Julian Assange contre son extradition vers la Suède, l’interview de Democracy Now ! apporte des informations restées actuelles. C’est pourquoi en voici une traduction.

L. D.

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The
Rosenberg Fund for Children : Déclaration de Robert Meeropol en soutien de Wikileaks et de Julian Assange
(Déclaration en anglais dans le site de la Fondation).

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wikileaks.org

« Mes parents furent exécutés sous la loi anticonstitutionnelle sur l’espionnage — voici pourquoi nous devons lutter pour protéger Julian Assange »

www.democracynow.org

www.rfc.org/

Comme le Département de la Justice des États-Unis envisage d’accuser le fondateur de WikiLeaks Julian Assange sous la loi de 1917 sur l’espionnage, nous parlons avec Robert Meeropol, le plus jeune des fils de Julius et Ethel Rosenberg — les seuls citoyens américains à avoir été exécutés sous l’Espionage Act, ce qui a été décrit comme la sentence de mort fut la plus controversée de l’histoire américaine. Cette semaine, Meeropol a publié une déclaration largement vue soutenant Wikileaks intitulée, « Mes parents furent exécutés sous la Loi anticonstitutionnelle sur l’espionnage — voici pourquoi nous devons lutter pour protéger Julian Assange ». [1]

Invité :

Robert Meeropol, le plus jeune fils d’Ethel et de Julius Rosenberg, fondateur et directeur exécutif de la Fondation Rosenberg pour les Enfants.

Voir l’installation vidéo et l’article originaux ainsi que leurs liens connexes dans le site Democracy Now !
http://www.democracynow.org/2010/12/30/son_of_julius_and_ethel_rosenberg

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Retranscription :

AMY GOODMAN : Nous passons maintenant à une autre histoire. Une des principales nouvelles de l’année, bien sûr, a été Wikileaks. Juan ?

JUAN GONZALEZ : Eh bien, quand le fondateur de WikiLeaks Julian Assange a été libéré d’une prison britannique ce mois-ci, il a minimisé la perspective d’une extradition vers la Suède, où il doit être interrogé pour des allégations de crimes sexuels. S’exprimant devant le tribunal, Assange a dit être davantage préoccupé par l’extradition vers les États-Unis.

JULIAN ASSANGE : Je n’ai pas trop de craintes sur le fait d’être extradé vers la Suède. Il y a des préoccupations beaucoup plus grandes d’être extradé vers les États-Unis. Nous avons aujourd’hui une rumeur de mes avocats aux États-Unis. Mais nous n’avons pas encore confirmé si il y avait un acte d’accusation contre moi aux États-Unis.

JUAN GONZALEZ : Et Bien Assange n’a pas été inculpé, on a rapporté que le ministère de la Justice avait convoqué le Grand Jury de Virginie afin de l’inculper pour la communication par WikiLeaks de dizaines de milliers de documents secrets du gouvernement.
Plus tôt ce mois-ci, le vice-président Joe Biden a confirmé que les États-Unis cherchaient les moyens de poursuivre Assange alors qu’il demeure en résidence surveillée en Grande-Bretagne. Dans une interview sur Meet The Press, M. Biden a dit qu’il pensait qu’Assange pourrait être, je cite, un « terroriste high-tech » :

VICE PRÉSIDENT JOE BIDEN : je dirais que c’est plus proche du terroriste high-tech que de la fuite des Pentagon Papers. Mais écoutez, ce gars a fait des choses qui ont endommagé et mis en péril la vie et les occupations des gens dans d’autres parties du monde. Il nous a rendu plus difficile de mener nos affaires avec nos alliés et nos amis.

AMY GOODMAN : Des responsables américains ont déclaré que Julian Assange pourrait être accusé en vertu de l’Espionage Act de 1917 et ont suggéré que des lois pourraient être modifiées pour surmonter tous les obstacles juridiques à son accusation.
Eh bien, l’utilisation potentielle de l’Espionage Act a une signification particulière pour notre prochain invité. Dans un instant nous allons parler avec Robert Meeropol. Il est le fils cadet de Julius et Ethel Rosenberg. Ce sont les seuls citoyens américains à avoir été exécutés pour complot visant à commettre de l’espionnage, ce qui est décrit comme la peine de mort la plus controversée de l’histoire des États-Unis.
Le gouvernement alléguait que le couple, avec Morton Sobell, avait aidé l’Union soviétique à acquérir le secret de la bombe atomique. Mais les partisans disent qu’il n’y a aucune preuve qu’Ethel Rosenberg ait pris part à l’espionnage. Et la famille des Rosenberg a admis que si Julius Rosenberg avait transmis de l’information à l’Union soviétique, rien de cela n’avait contribué au développement de la bombe atomique.
Voici un clip d’un journal télévisé, après l’exécution des Rosenberg :

NEWSREEL : Datation : Sing Sing, 19 Juin 1953. Quelqu’un avait passé à la Russie les secrets de la bombe atomique américaine. C’était un fait incontesté que tout le monde savait. Le gouvernement fédéral a mis le crime au compte de deux New-Yorkais natifs, Julius et Ethel Rosenberg. Mais jusqu’au bout, ils ont tous les deux clamé leur innocence du vol. En avril 1951, la Cour fédérale du juge Irving R. Kaufman a jugé coupable le couple et les a condamnés à mort sur ​​la chaise électrique pour payer leur crime de trahison.

AMY GOODMAN : Après avoir été envoyés à la chaise électrique à la prison de Sing Sing, à New York, Julius et Ethel Rosenberg ont été tués le 19 Juin 1953. Le fils cadet des Rosenberg, Robert Meeropol, avait six ans à l’époque. Il est l’auteur de l’autobiographie An execution in the family : One son’s Journey. Il est le fondateur et le directeur exécutif de la Fondation Rosenberg pour les enfants. Cette semaine, il a publié une déclaration largement lue à l’appui de Wikileaks appelée « Mes parents étaient exécutés sous la loi anticonstitutionnelle de l’Espionage Act — voilà pourquoi nous devons lutter pour protéger Julian Assange ». Robert Meeropol se joint à nous maintenant depuis Chicopee, au Massachusetts.

ROBERT MEEROPOL : Et bien, merci de m’avoir invité.
Bien, il y a plusieurs strates dans lesquelles nous devrions entrer ici. Peut-être que le début est de comprendre en quoi il peut être mis en accusation — c’est-à-dire, complot contre la loi de 1917 sur l’espionnage. Beaucoup de gens aux États-Unis ont dit, depuis l’Amérique de l’après 11/9 — dans l’Amérique de l’après 11/9, que nous avions le sentiment d’avoir des échos de la période de McCarthy. Mais dans la période de McCarthy elle-même, c’était vraiment l’écho de la période qui suivait notre entrée dans la première guerre mondiale, cette période entre 1917 et le début des années 1920. Et la Première Guerre mondiale fut très impopulaire aux États-Unis, alors il y a eu une tentative de convaincre l’opinion publique à propos de cette guerre, et qui fut une tentative sur deux fronts. L’un était celui de la propagande mise en place pour rallier un soutien pour la guerre, mais l’autre fut l’adoption de l’Espionage Act en 1917, essentiellement pour criminaliser la dissidence. Et cette criminalisation de la critique de la politique gouvernementale fit atterrir en prison des centaines de personnes, peut-être le plus célèbre étant Eugene Debs, le candidat du Parti socialiste à la présidentielle qui a fait campagne depuis sa cellule prison et a obtenu presque un million de voix en 1920. C’est toute une panoplie d’activités répressives, qui s’est calmée au bout d’un certain temps. Mais dans la période de McCarthy, elle a été rétablie.
Et l’acte, l’Espionage Act, fut critiqué comme une tentative de contourner la définition constitutionnelle de la « trahison ». Vous voyez, les fondateurs de notre nation étaient très soucieux de faire en sorte que le terme de « trahison » ne soit pas détourné pour attaquer les gens qui étaient dissidents. Alors ils avaient mis, dans la Constitution, une définition très étroite (donner aide et réconfort à l’ennemi), en tant que seul moyen de pouvoir être reconnu coupable de trahison. Pour autant, comme vous avez vu dans ce clip de télévision des années 1950, mes parents furent accusés sous la loi contre l’Espionnage de 1917. Et voici la déclaration de Presse qyu en résulte : « exécutés pour leur crime de trahison ». Donc ce fut un coup de force pour contourner la clause de trahison de la Constitution, et retourner la dissidence en trahison.
Eh bien, maintenant venons-en à aujourd’hui, et nous constatons la possibilité que Julian Assange soit inculpé sous cette loi. Cet acte, par ailleurs, est — il y a des pages et des pages et des pages de choses que vous ne pouvez pas faire, et si vous les faites, si vous diffusez, publiez, l’information que le gouvernement déclare aujourd’hui secrète, alors vous pouvez être soumis à de lourdes peines de prison. Ici encore, nous devons placer cela dans un contexte plus large. Une démocratie qui fonctionne a besoin d’une libre circulation de l’information. Mais ce que nous avons en Amérique de l’après-11/9 est une vaste expansion du complexe du secret. Ainsi, de vastes quantités d’information peuvent être déclarées secrètes. Et puis, si vous révélez ces secrets, vous pouvez être envoyé en prison. Et, bien sûr, cela — et bien, c’est ce qui sape le fondement de la démocratie. Et c’est ce qui se passe ici. Et il n’y a même pas à entrer dans la question de la conspiration.

AMY GOODMAN : Nous étions en train de parler à Robert Meeropol, le plus jeune des fils de Ethel et Julius Rosenberg. Il reste avec nous après la pause. Ceci est Democracy Now !, democracynow.org, The War and Peace Report. De retour dans une minute.

[ Pause — musique ]

AMY GOODMAN : « Strange Fruit », a été écrit par Abel Meeropol [2], le père adoptif des jeunes fils de Julius et Ethel Rosenberg, Robert et Michael Meeropol. Robert Meeropol nous rejoint maintenant depuis le Massachusetts, il a fait un papier pour appeler au soutien de Julian Assange, parce que ses parents, Julius et Ethel Rosenberg, sont ce cas notoire d’avoir été les seules personnes exécutées sous l’Espionage Act, ce que, peut-être, le gouvernement des États-Unis pourrait utiliser pour inculper Julian Assange. Juan ?

JUAN GONZALEZ : Et bien, Robert, je voudrais vous demander — toute cette question, comme vous le disiez, à propos du gouvernement essayant, peut-être, de rendre possible l’inculpation de Julian Assange au moyen de la loi sur l’espionnage, même si on passait outre — du moins ceux qui croient que l’Espionage Act est constitutionnel — la simple idée d’inculper quelqu’un qui n’est pas un citoyen américain, qui n’était même pas aux États-Unis, pour une violation de la Loi américaine contre l’espionnage, commence vraiment à porter le système judiciaire américain à tout un ensemble de nouveaux domaines de l’arrogance, je voudrais dire — il me semble, dans les termes de son pouvoir à travers le monde.

ROBERT MEEROPOL : Eh bien, oui, c’est vrai, et nous ne devrions pas oublier le cas de Manuel Noriega. Les États-Unis — et, bien sûr, nous avons Guantanamo et des sites opaques de prisons dans le monde entier. Notre gouvernement rejette la compétence universelle des autres nations ou de la Cour internationale. Mais en ce qui nous concerne, nous sommes libres d’inculper, et nous pouvons mettre la main sur n’importe qui n’importe où dans le monde. Et c’est, je dirais, une prérogative de l’empire. C’est une réalité à laquelle nous devons faire face. Ce n’est pas celle que j’approuve, mais je pense que c’est la réalité d’aujourd’hui.

AMY GOODMAN : Je veux aller à un peu plus d’images des nouvelles de Juin 1953. Ces rapports sont juste avant que les Rosenberg soient exécutés, après que leur pourvois en cassation aient été rejetés. Un présentateur ici raille les manifestants qui font des démonstrations en faveur des Rosenberg.

LE PRÉSENTATEUR : À l’intérieur des murs en pierre de la prison de Sing Sing, les Rosenberg ont attendu toute la journée la dernière parole sur leur sort. Plus de deux ans maintenant se sont écoulés depuis qu’ils ont été condamnés à mort pour avoir organisé l’espionnage atomique pour la Russie. Le Rabbin Irving Koslowe, un aumônier de prison, entre. Il restera jusqu’à après l’exécution, qui se tiendra avant le coucher du soleil, parce que le coucher du soleil, ce vendredi marque le début du sabbat saint du calendrier juif. Une matrone, Mamie Crayton, sort après avoir vu Ethel Rosenberg. Elle dit que la femme refuse de croire qu’elle va mourir, et insiste pour dire qu’elle est innocente. La police de l’État entoure la prison pour empêcher les manifestations. Encore une fois, ils n’empêchent rien. Les heures s’écoulent lentement. Julius Rosenberg, a maintenant 35 ans, sa femme Ethel en a maintenant 37, mariés depuis 14 ans et un jour, parents de deux garçons, ce soir, ils ont dîné d’oeufs durs, salade de macaronis et thé. Il n’y avait pas de temps pour le dernier repas traditionnel. Leur sort s’est décidé à Washington. Et voici cette histoire par David Brinkley.

DAVID BRINKLEY : Dans ces dernières minutes avant que les Rosenberg ne soient électrocutés à la prison de Sing Sing, voici comment aujourd’hui à Washington leurs avocats ont traversé les dernières manœuvres juridiques possibles pour les sauver. Il ont commencé à midi à la Cour suprême, habituellement tranquille, mais aujourd’hui, elle était entourée par des groupes de curieux. Les membres de la Cour se sont rencontrés à midi. A 12h06, la Cour a annoncé sa décision de mettre fin au sursis d’exécution des Rosenberg. C’était une prolongation accordée deux jours avant par le juge Douglas. Cela sembla être la fin, mais ne le fut pas. Leurs avocats ont aussitôt demandé une autre prolongation pendant qu’à nouveau ils demandaient le recours en grâce du Président Eisenhower. La Cour a dit qu’elle allait examiner leur demande.
Pendant ce temps, un groupe venu à Washington pour les Rosenberg tenait sa parade devant la Maison Blanche. Des gens qui passaient en automobile dans le coin crièrent et demandèrent pourquoi ils n’allaient pas en Russie. Mais il n’y avait aucun autre trouble, donc la police n’est pas intervenue. Ils ont même chanté une petite chanson que quelqu’un avait écrite spécialement pour cette occasion. Mais les slogans et le chant ne leur apportèrent rien, car à la Cour suprême, pendant ce temps, les juristes du gouvernement, ayant gagné, s’en allaient. La Cour avait refusé de retarder de nouveau l’exécution. Quelques minutes plus tard, Emanuel Bloch, avocat en chef, est sorti, nous a lu un télégramme qu’il avait envoyé au président.

EMANUEL BLOCH : Au nom de la tradition américaine, du prestige et de l’influence, nous demandons réparation pour les Rosenberg, nous vous demandons de nous accorder le temps nécessaire qui prenne en compte l’importance de cette situation.

DAVID BRINKLEY : La réponse du président est venue rapidement. Maintenant elle va être lue par un porte-parole de La Maison Blanche.

LE PORTE-PAROLE DE LA MAISON BLANCHE : Le texte suivant fait partie d’une déclaration qui vient d’être publiée par le président des États-Unis. « Je suis convaincu que la seule conclusion à tirer de l’histoire de ce cas est que les Rosenberg aient reçu le bénéfice de toute la protection que la justice américaine peut offrir. Il n’y a aucun doute dans mon esprit que leur premier procès et la longue série des appels constituent la pleine mesure de la justice et du bon déroulement de la procédure. Tout au long des innombrables complications et des subtilités de cette affaire aucun juge n’a jamais exprimé le moindre doute que les Rosenberg aient commis les actes d’espionnage les plus graves. En conséquence, seules des circonstances extraordinaires pourraient justifier une intervention de l’exécutif dans ce cas.
« Quand les ennemis de la démocratie ont été jugés coupables d’un crime aussi horrible que celui pour lequel les Rosenberg ont été condamnés, lorsque les processus judiciaires de la démocratie ont été portés dans leur force maximale pour protéger la vie des espions condamnés, lorsque le jugement du plus solennel des tribunaux des États-Unis ayant décidé qu’ils étaient coupables a donné la juste sentence, je n’interviendrai pas dans cette affaire. »

DAVID BRINKLEY : Le président et le procureur général se sont tenus là jusqu’au dernier moment, dans le cas où les Rosenberg auraient décidé à la dernière minute de parler.

AMY GOODMAN : Eh bien, dans ce clip d’actualités sur la prison de Sing Sing, un journaliste qui avait assisté aux exécutions décrit la mort d’Ethel Rosenberg sur la chaise électrique. Comme beaucoup dans les médias d’actualités à l’époque, le journaliste, Bob Considine du Service des Nouvelles internationales, indiqua soutenir les exécutions.

BOB CONSIDINE : Elle a eu beaucoup plus de mal à mourir [ que Julius ]. Quand il apparut qu’elle avait reçu suffisamment d’électricité pour tuer une personne ordinaire, la même quantité que celle qui avait tué son mari, les médecins sont passés, ont tiré vers le bas sa robe de prison à bon marché, une robe imprimée vert foncé, et placé le stéthoscope, ont placé les stéthoscopes — je ne saurais dire — sur elle et ensuite ont regardé autour d’eux puis se sont regardés entre eux, plutôt abasourdis, ils semblaient surpris qu’elle ne fut pas morte. Croyant qu’elle était morte, les agents avaient enlevés les épouvantables liens et les électrodes et les ceintures noires et ainsi de suite. Ceux-ci durent être réajustés à nouveau, et on lui donna davantage d’électricité, et cela recommença avec une sorte de panache horrible de fumée sortant de sa tête et montant contre la lucarne au-dessus. Après deux autres de ces secousses, Ethel Rosenberg rencontra le créateur auquel elle eut beaucoup d’explications à donner.

AMY GOODMAN : C’était Bob Considine du Service des Nouvelles internationales décrivant l’exécution d’Ethel Rosenberg. Notre invité est Robert Meeropol dans le Massachusetts, son fils cadet. Juan ?

JUAN GONZALEZ : Eh bien, Robert Meeropol, vous étiez juste un petit garçon à l’époque de cette description effroyable. Je me demandais, votre réponse ? Et aussi, comme une nouvelle preuve a émergé selon laquelle vos parents n’étaient pas impliqués par envoyer des secrets atomiques aux Russes, — quoique certainement dans l’espionnage à leur adresse — et que votre mère fût complètement innocente. Qu’en pensez-vous ?

ROBERT MEEROPOL : Eh bien, tout d’abord, vous savez, c’est certainement — c’est toujours difficile pour moi d’entendre la description de Bob Considine, et de revivre la dernière journée de la vie de mes parents. Et les gens peuvent se demander, vous savez, comment je peux réagir de façon cool et calme. Je veux dire, qu’en partie c’est, c’est que j’ai consacré ma vie, à travers la Fondation Rosenberg pour les enfants, à fournir les besoins éducatifs et affectifs des enfants de militants ciblés aux États-Unis, c’est mon peuple que je considère comme des âmes sœurs, les gens souffrant ce que j’ai souffert. Et cela, trouvant cette expression positive de ma peine, de ma rage, et de ma colère, m’a vraiment permis, à nouveau, de répondre de manière constructive.

Cela dit, je pense que c’est très juste de vous concentrer sur ma mère, en particulier dans le contexte des accusations auxquelles Julian Assange pourrait faire face, c’est-à-dire la conspiration. Ma mère a été impliquée dans cette affaire parce que pour la juger on lui a attribué la conspiration. Elle a été jugée coupable de conspiration pour commettre de l’espionnage. Tout ce que cela signifie est que — tout cette « conspiration » signifie que deux ou plus de personnes se soient réunies et aient planifié de commettre un acte illégal, et aient fait un pas dans la poursuite de ce plan — serait-ce un coup de téléphone, serait-ce une conversation. Eh bien, c’est ce qui a été utilisé dans le cas de mes parents. Les accusateurs en chef de mes parents, David et Ruth Greenglass, ont témoigné que ma mère était présente lors de la réunion d’espionnage qui pose problème, et qu’elle a tapé les notes manuscrites de David Greenglass, y compris les descriptions d’une esquisse, qui aurait représenté une fuite du secret de la bombe atomique. Eh bien, il a été révélé depuis que ce témoignage était faux et que David Greenglass lui-même l’ait admis. Mais même si elle était vraie, cela signifierait que le gouvernement des États-Unis ait exécuté quelqu’un pour le fait d’avoir tapé à la machine.
Maintenant, mais il n’est pas surprenant que le gouvernement utilise la conspiration, que ce soit contre mes parents ou que ce soit contre les gens de Wikileaks, parce que si on est quelqu’un qui engage la conversation ou la discussion, quand le gouvernement peut obtenir d’une personne qu’elle témoigne que cette discussion ait constitué une fuite de documents classifiés, (ou dans le cas de mes parents, pour transmettre des informations à l’Union soviétique), on peut être entraîné dans le filet. Et vous pourriez amener les gens à balancer leurs amis afin d’obtenir des peines plus légères. Cela sème la méfiance parmi la communauté de soutien. Cela effraie en silence d’autres gens.
Et donc, ce que nous voyons ici, dans le cas d’une mise en accusation de complot, n’est pas une attaque sur Julian Assange lui-même, mais sur l’ensemble de la communauté de soutien qui cherche à promouvoir l’idée très révolutionnaire que les peuples aient le droit de savoir ce que font leur gouvernement, car c’est simplement ça au bout du compte. Et chaque intervenant de gauche, chaque organisateur progressiste, chaque organisateur, en général, — car comment pourriez-vous vous livrer à organiser, à rassembler des gens pour protester, comme pour coordonner des activités, sans vous livrer à ce que le gouvernement attribuerait au mandat d’un complot ? C’est donc une menace pour nous tous. Et c’est vraiment la raison pour laquelle j’ai publié mon appel, pour que nous reconnaissions cela. Cet Espionage Act de 1917 a été l’épée de Damoclès, attendant tranquillement, pour la plupart inutilisée, prête à bondir pour attaquer les dissidents. Et quand vous l’avez dans le contexte de plus en plus secret auquel nous faisons face aujourd’hui —

AMY GOODMAN : Vous avez cinq secondes.

ROBERT MEEROPOL : — et une Cour suprême orientée vers l’autoritaire, c’est un danger pour nous tous.

AMY GOODMAN : Robert Meeropol, nous voulons vous remercier d’avoir été avec nous, vous, le plus jeune fils d’Ethel et de Julius Rosenberg, fondateur et directeur exécutif de la Fondation Rosenberg pour les Enfants.

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P.-S.

Robert Meeropol : sur Wikileaks et l’Espionage Act de 1917 Fast translation by L. D. to La revue des ressources from Democracy Now ! December 30, 2010 :
Son of Julius and Ethel Rosenberg : "My Parents Were Executed Under the Unconstitutional Espionage Act — Here’s Why We Must Fight to Protect Julian Assange" : Amy Goodman, Juan Gonzalez, Robert Meeropol.
http://www.democracynow.org/2010/12/30/son_of_julius_and_ethel_rosenberg

Creative Commons License
This work is licensed under a Creative Commons Attribution-NonCommercial-NoDerivs 3.0 United States License.



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For information (July 2010) :
http://www.youtube.com/user/Wikileak

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Notes

[1Director’s blog : Julian Assange, My Parents and the Espionage Act of 1917, The Rosenberg Fundation for Children, jeudi 23 décembre 2010.

[2Pour sa chanson contre le lynchage que Billie Holliday rendit célèbre, Strange Fruit, et qui sensibilisa l’opinion américaine contre le lynchage et contre le racisme, Abel Meeropol, disparu en 1986, a été ajouté le 16 septembre 2011 aux 100 noms de l’Arbre National Américain des personnalités qui ont aidé l’histoire de la Constitution, exposé au Centre National de la Constitution à Philadelphie : http://www.rfc.org/blog/article/1032. Voir la vidéo sur l’histoire de la chanson et son auteur, à l’article de Robert Meeropol dans La RdR.

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