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Rimbaud nous regarde 

jeudi 15 avril 2010, par Rédaction

Une photo inédite d’Arthur Rimbaud, âgé d’une trentaine d’années, la seule de bonne qualité de lui adulte, prise à Aden en Abyssinie, a été découverte par Alban Caussé et Jacques Desse qui doivent la présenter ce jeudi soir au Salon du livre ancien. Jusqu’à présent, on ne connaissait que huit photographies d’Arthur Rimbaud, dont quatre à l’âge adulte.

Rimbaud (2e en partant de la droite) à l’hôtel de l’Univers d’Aden, entre 1880 et 1890.
Libraires associés/Adoc-Photos

La photo, qui date du début des années 1880, faisait partie d’un lot qui en contient une trentaine d’autres prises à Aden, port du Yémen et à l’époque d’Abyssinie, découvertes lors d’une brocante par deux libraires passionnés d’histoire des livres, Jacques Desse et Alban Caussé.

Le propriétaire de la photo était l’Alsacien Jules Suel, beau-frère de ce Dubar qui avait engagé Rimbaud, à son arrivée à Aden, dans la factorerie que dirigeait Alfred Bardey. « On voyait ce visage, ce type à l’oeil clair qui a l’air d’un extraterrestre au milieu des autres, un peu comme s’il était là et en même temps ailleurs », a raconté Jacques Desse.

Arthur Rimbaud
Libraires associés/Adoc-Photos

Pour authentifier le cliché, les deux libraires ont fait appel à Jean-Jacques Lefrère, spécialiste de Rimbaud. Après de nombreux recoupements avec d’autres photos, des lettres et un travail minutieux de deux années, le cliché a été jugé authentique.

"Il apparaît avec une intensité presque gênante. C’est le vrai Rimbaud, le personnage dans sa vérité d’homme terrestre, qui fuit l’objectif et tel que personne ne l’a connu, pas même Verlaine", ajoute Jean-Jacques Lefrère auteur de "Arthur Rimbaud, Correspondance Posthume 1891-1900" aux éditions Fayard. L’ouvrage montre, à travers toute la correspondance sur Rimbaud après sa mort, comment le mythe est né alors qu’il était totalement oublié du public au moment de sa disparition.

Lire l’article de Jean-Jacques Lefrère dans Histoires littéraires « Un coin de table à Aden », récit détaillé de cette recherche et l’étude de la photo retrouvée d’Arthur Rimbaud.

Professeur à la faculté de médecine, spécialisé en hématologie et en transfusion au CHU d’Amiens, Jean-Jacques Lefrère a consacré plusieurs livres à Rimbaud, dont un ouvrage de référence, « Arthur Rimbaud. Biographie » (2001).

Sur Arthur Rimbaud , Correspondance posthume 1891-1900 par Jean-Jacques Lefrère , Editions Fayard : Pour la première fois en France, et à partir de l’exemple le plus symbolique de notre patrimoine littéraire, Jean-Jacques Lefrère montre comment et par qui un véritable "mythe" est né, puis a été entretenu. Il a collationné l’ensemble des lettres, documents et articles de journaux qui ont mentionné Rimbaud depuis le jour de sa mort, le 10 novembre 1891, jusqu’en 1900. Nous assistons donc à la structuration des éléments de ce mythe. Entrent d’abord en scène les premiers biographes du poète tels que Darzens, Verlaine, Delahaye, Bourguignon, Houin, ainsi que la soeur du poète, Isabelle, et Vitalie, la terrible « mère Rimb ». Lorsque Paterne Berrichon décide d’entreprendre à son tour la biographie de Rimbaud, il va nouer une singulière relation épistolaire avec Isabelle, qui, au fil des mois, débouchera sur une demande en mariage alors qu’ils ne se sont jamais rencontrés. Nous verrons aussi la mise en place progressive du travail de censure et de réécriture auquel se livrent Isabelle et Paterne Berrichon. Néanmoins, c’est bien grâce à ce couple qu’il sera possible de préserver nombre de témoignages et de documents. Le milieu littéraire ne reste pas insensible à l’annonce de la disparition de Rimbaud : l’étrange ami sur lequel Verlaine a tiré au revolver, l’excellent élève que Hugo aurait gratifié d’un "Shakespeare enfant", l’"Africain" qui a renoncé à la poésie... Mallarmé, Gourmont, Claudel, Kahn, Valéry, Louÿs et beaucoup d’autres vont intervenir et jouer un rôle dans cette histoire, les uns militant en faveur de Rimbaud, d’autres l’égratignant, d’autres encore se l’appropriant.

A noter également une belle réédition d’Une saison en enfer et des Illuminations, due à Dominique Noguez (éd. du Sandre, 156 p., 19 euros).

Le portrait de Rimbaud est présenté jeudi, à l’occasion du Salon international du livre ancien, au Grand-Palais, à Paris (15-17 avril, stand D93).

6 Messages

  • Rimbaud nous regarde 16 avril 2010 06:11

    Bonjour, juste une précision historique Aden n’est pas en Abyssinie mais au Yémen.(même si les empereurs éthiopiens ont parfois occupé d’autres pays...). A l’époque de Rimbaud, l’Abyssinie n’était située que sur le terrtoire actuel de l’Ethiopie (cf site :http://www.cosmovisions.com/ChronoAbyssinie.htm)

    Voir en ligne : cosmovisions

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  • Rimbaud nous regarde 16 avril 2010 13:49, par L.D.

    Une autre petite précision sur le fait qu’il aurait été totalement inconnu comme poète dans ces années (de 80 à 90).

    Bien au contraire, c’est dans ces années qu’à force d’être l’objet des démarches de Verlaine avec ses manuscrits auprès des éditeurs parisiens, une bonne partie des Illuminations fait partie du n°1 de la revue avant-gardiste La Vogue (et presque la totalité de ce volume de Rimbaud dans les n°s suivants), en avril 1886.

    Or les premiers opus de cette revue firent grand bruit sur la fondation de la poésie en prose en langue française, à laquelle Gustave Kahn, secrétaire de rédaction et lui-même poète s’exprimant en prose (après le départ de Rimbaud), participa comme auteur, et même prétendant ensuite à tort d’avoir été le fondateur de ce genre en France, alors qu’il connaissait l’oeuvre de Rimbaud par la transmission des manuscrits (au cours des tentatives de publication entreprises par Verlaine), qui l’avaient inspiré. Certains contemporains de Kahn ne s’y trompèrent pas cependant, attribuant justement à Rimbaud d’avoir délibérément déserté les rimes dans la plupart de ses poèmes.

    C’est dire s’il y avait une actualité critique importante — dans les milieux littéraires et des amateurs — de la prose poétique de Rimbaud, les dix années précédant sa mort... Il y aurait même eu, dans ce jet de publications le concernant, la censure du poème "Dévotion et Démocratie" ; il était donc encore considéré comme sulfureux, et cette fois plus du tout à cause de ses comportements scandaleux — oubliés — mais par l’oeuvre même.

    C’est donc loin de le laisser inconnu au contraire la découverte de l’oeuvre de Rimbaud en elle-même — fond et forme — qui commença pendant ces années, même si ce fut loin de lui.

    Mais il le savait parfaitement même ne considérant que la nouvelle ne lui soit pas parvenue jusqu’à Aden (ce qui serait bien surprenant et d’ailleurs je crois avoir lu qu’il était au courant mais ne voulait pas s’y intéresser ayant renoncé une fois pour toutes), il avait voyagé en 1887-88 au Caire, qui était un carrefour culturel entre la France et le Royaume uni, comprenant des éditeurs anglophones, francophones, et arabes, et l’information d’actualité sur les revues et les avant-gardes européennes.. où de plus il publia le temps qu’il y resta un livre d’ethnologie.

    Comme son visage n’est pas particulièrement ravagé, il se pourrait que cette photo ait été prise à son retour d’Egypte, l’hypothèse dans ce cas étant qu’il sache à coup sûr ce qui est advenu en France même s’il ne veut pas y intervenir... et de toutes façons l’ayant probablement su dès 86, alors en effet l’hypothèse de la photo est qu’il soit d’autant plus singulier parmi le groupe ; et s’il regarde l’objectif c’est qu’il regarde au-delà de la distance et du temps, sachant qu’il regarde des connaisseurs ou des lecteurs (qu’il regarde ailleurs mais bien là et d’ici où il se trouve) — Il est double, ici existant et là étant, exactement parmi les autres, à Aden. C’est le Rimbaud du Dasein.

    Voir en ligne : La Vogue N°1, 4/04/1886, couverture (dans le site des Amis de Rémy de Gourmont)

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  • Rimbaud nous regarde 18 avril 2010 19:59, par Djamal Benmerad, Journaliste et écrivain

    Pourquoi fait-on toujours semblant d’oublier que Rimbaud était marchand d’armes ?

    Voir en ligne : Rectf

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    • Rimbaud nous regarde 19 avril 2010 10:56

      Mais tout le monde le sait qu’il vendait des armes. Et alors ?

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    • Rimbaud nous regarde 8 mars 2015 13:18, par Aliette G. Certhoux

      Rimbaud a été marchand d’armes une fois dans sa vie, tout à la fin après la seconde faillite de son patron Bardey pour lequel il ne vendait nullement des armes mais principalement le café, (le moka éthiopien, d’où le déplacement de Rimbaud à Harrar), des épices, et des teintures. Cette livraison d’armes (en association avec un autre partenaire, au début), auprès de celui qui sera à l’origine de la dynastie éthiopienne des négus au pouvoir parmi lesquels celui proclamé négus des négus Haile Selassié Ier (1930), n’était absolument pas un trafic d’armes, car elle eut lieu sous le contrôle et l’autorisation du gouvernement français, (toutes les archives existent), et fut d’ailleurs pour Rimbaud une catastrophe financière — et physique. Livraison d’abord refusée par le destinataire qui trouva que ces armes n’avaient pas les nouveaux critères de performance, et ensuite acceptée à bas prix.

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