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Équipée — voyage au pays du Réel (1) 

avec une Préface inédite de Régis Poulet

lundi 16 septembre 2013, par Régis Poulet, Victor Segalen

Préface

De Victor Segalen à Claude Lévi-Strauss et Paul Virilio, un bon siècle de cassandres ont dénoncé avec raison le danger de l’uniformisation planétaire. Claude Lévi-Strauss, dans Tristes tropiques (1955), déplorait les ravages de l’idéologie politico-économique du Même, et concluait à l’inanité des voyages. Paul Virilio mit en garde contre la réduplication du monde.

Nous savons où nous en sommes.

Dans l’esprit de Victor Segalen, le voyage est un mode d’accès privilégié à l’altérité et au Divers. Il y eut, avant et après lui, de plus grands voyageurs : Ibn Battûta et Paul Morand, pour être éclectique. Mais il a tiré de ses voyages un « usage du monde » (comme dira Nicolas Bouvier) ainsi que des raisons pour nous encourager à aller voir Dehors. Le propos d’Équipée, sous titré Voyage au Pays du Réel, est bel et bien d’opposer ce dernier à l’Imaginaire et de savoir si « l’imaginaire déchoit [...] ou se renforce quand il se confronte au réel ».

Ce voyage eut lieu en 1914-1915, en Chine, pays qui représentait pour le poète le « réel réalisé depuis quatre mille ans » : c’était un choix en connaissance de cause. Sans que jamais le voyageur ne délaisse l’un au profit de l’autre, il mesurera leur puissance dans le voyage : la lutte entre Imaginaire et Réel n’a pas besoin de « recourir à l’épisode périmé d’un voyage, ni de se mouvoir à l’extrême pour être témoin d’un duel qui est toujours là ». En revanche, il reste le meilleur subterfuge permettant « ce corps à corps rapide, brutal, impitoyable » entre eux. Ne cachant point son mépris pour ce genre à ses yeux surfait qu’est le récit de voyage, Victor Segalen refuse de se laisser enfermer dans la littérature de voyage :

« Ce livre ne veut donc être ni le poème d’un voyage, ni le journal de route d’un rêve vagabond. Cette fois, portant le conflit au moment de l’acte, refusant de séparer, au pied du mont, le poète de l’alpiniste, et, sur le fleuve, l’écrivain du marinier, et, sur la plaine, le peintre et l’arpenteur ou le pèlerin du topographe, se proposant de saisir au même instant la joie dans les muscles, dans les yeux, dans la pensée, dans le rêve, — il n’est ici question que de chercher en quelles mystérieuses cavernes du profond de l’humain ces mondes divers peuvent s’unir et se renforcent à la plénitude. »

Ainsi, au moment du départ, en sa « chambre aux porcelaines » constituant un « Palais Imaginaire », Segalen se demande s’il a le droit de partir : « constructeur ici dans l’imaginaire, conjureur de ces matériaux impondérables et gonflants, les mots », a-t-il le droit de bâtir dans le monde dense et sensible où toute création doit passer l’épreuve du résultat et du fait ? Le risque n’est pas mince. Et, à cette époque où l’inconnu géographique avait encore un sens, les parties laissées en blanc sur les cartes sont tentantes à combler pour l’imaginaire. Mais l’invention, quitte à en rabattre, est elle légitime ? Ne vaut-il pas mieux déduire, extrapoler le réel à partir de lui même... et être à la merci de la moindre erreur de logique ?

« De nouveau, je suis face à face avec l’interrogation première : quelle est, prise sur le fait, la concordance entre la notion et son objet. Où est le lien, où est le lieu de certitude — ou d’angoisse — du réel ?
Dès maintenant, je puis tenir que le réel imaginé est terrible, et le plus gros des épouvantails à faire peur. Rien ne dépasse l’effroi d’un rêve de cette nuit, veille du départ. Il me faut donc m’éveiller tout d’un coup :
Je suis en route. »

Le voici donc arpentant les routes et déjà au pied du premier mont à gravir : qui du poète ou de l’alpiniste se lassera le premier ? Le poète, constatant que la voie n’est plus vierge, aurait renoncé si l’alpiniste n’y allait d’un bon pas : « que c’est allégeant de monter, de sentir le poids du corps soupesé, lancé, gagné à chaque pas » [1], avoue ensuite Segalen. Mais les mots tels qu’« ascension » ou « assomption », à propos desquels Segalen ne manque pas de souligner qu’ils n’emportent qu’un corps désincarné aux Cieux, ont cependant leur vertu allégeante puisqu’en y songeant il est déjà beaucoup plus haut qu’au départ... Après un doute sur la faculté des mots à tenir face à l’effort, c’est la grâce d’un moment qui permet la conjonction du Réel et de l’Imaginaire :

« LE REGARD PAR DESSUS LE COL, n’est rien d’autre qu’un coup d’œil ; — mais si gonflé de plénitude que l’on ne peut séparer le triomphe des mots pour le dire, du triomphe dans les muscles satisfaits, ni ce que l’on voit de ce que l’on respire. Un instant, — oui, mais total. »

Dans le processus d’ascension de la montagne, muscles et mots se promettent récompense les uns aux autres, et l’obtiennent au sommet [2]. La différence entre Victor Segalen et René Daumal est la suivante : alors que dans Le Mont Analogue ce dernier faisait de l’ascension vers un sommet jamais atteint une quête de l’Unité et une quête du divin, Victor Segalen écrit de l’accession au sommet : « c’est la vue sur la terre promise, mais conquise par soi, et que nul dieu ne pourra escamoter : — un moment humain. » Segalen ne rejette rien du réel : témoin la descente qui est « une chute déguisée, entrecoupée, et sans même la beauté du vertige ». Cette descente qui fait souffrir plus que ne le fait l’ascension, trouve son utilité : « Le dévers a compensé et mis en valeur balancée la puissance montante de l’avers, et démontré surtout l’incomparable harmonie, la plénitude, l’inouï de ce moment fait de contraires, le premier regard par dessus le col. »

Autre composante du paysage à avoir éveillé l’intérêt des poètes : le fleuve. Plus que de la mer célébrée par Paul Claudel ou Saint John Perse, les fleuves passionnaient Victor Segalen. Et dans Équipée Segalen se retrouve à descendre le titanesque Yang tseu. Le fleuve, « c’est un des points où le Réel et l’Imaginaire ne s’opposent pas, véritablement, mais s’accordent » :

« Qu’on fasse de ses mains l’effort ou non, le sens du fleuve est bien là : d’abord, l’eau qui mène tout, le femelle abandon de tout son corps à quelque chose de plus grand que soi, de plus long que soi, dont les secousses ne se commandent pas mais se subissent. — Et, s’il s’agit de remontée, la domination mâle, obstinée, de l’élément eau redevenu femme et fluide, souple et fugitive, et, sur la poitrine et le bateau le bouillonnement des milliers de petites luttes, sans cesse gagnées. »

La descente serait alors plutôt le domaine imaginaire du poète et la remontée ‘à la cordelle’ le domaine réel du marinier.

A l’instar de Hugo écrivant : « je suis une force qui va », l’autre Victor accorde au fleuve cette impassibilité à propos de laquelle il rend grâces à Rimbaud de l’avoir si bien caractérisé. Pour Hermann Hesse comme pour Romain Rolland le fleuve représente la voie vers l’unité symbolisée par la mer [3]. Ce à quoi Victor Segalen répondait par anticipation que « le fleuve ne ‘tend’ pas vers la mer, qu’il ignore, mais à tout instant jouit dans sa descente, qu’il peut croire éternelle. » S’il fallait être plus clair : « Le Fleuve pur et de saveur douce serait peut être bien malheureux d’apprendre qu’il est destiné à la vaste saumure, à la dissolution béante dans la mer saumâtre. » Ce qui lui fait préférer le fleuve à la mer est sa préférence pour l’individu. Un individu non pas conçu autour d’un pôle égoïque stable mais agité du « bouillonnement des milliers de petites luttes, sans cesse gagnées », qui lui donnent un sens, une allure :

« Le Fleuve possède aussi cette qualité lyrique par excellence, qui est l’expression volubile de soi, et la superbe ignorance de tout ce qui n’est pas soi. — Le Fleuve se tord et se roule et se pousse avec un bruit continu. Le Fleuve méconnaît et nie qu’il y ait d’autres fleuves à côté de lui, et recevant toutes les eaux qu’il puisse jamais connaître, il peut se croire unique au centre d’un univers enceint de montagnes. C’est le seul des grands Éléments naturels qui ne soit jamais opposé ou combattu par ses frères : les houles se pénètrent et doivent composer leurs mouvements, dans la mer ; il y a des remous et ‘des vents’ variables dans le Vent. »

Ainsi le cours d’un fleuve nous fait-il passer d’un monde à l’autre à l’occasion du franchissement vainqueur d’une passe : après le « recueillement d’amont » vient « la grande accélération emportée de la ‘langue’ » : « Et c’est un tohu bohu, un désarroi, un pugilat sans pareil quand les remous en chandelles, les tourbillons et les girandolles viennent secouer et ‘tosser’ de leurs coups contradictoires les planches plates du sampan... Vraiment, on ‘n’imaginait‘ pas cela... » Équipée nous raconte ainsi la survenue de rapides sur le Yang tseu alors que Segalen pilote le sampan. Autre occasion pour le poète marinier de faire l’expérience de l’affrontement entre « l’imaginé ou l’enseigné » et le Réel. Face au danger des rapides Segalen sait ce que l’on doit faire mais il ne le fait pas : « J’ai ‘compris’ que réciter l’appris était la mort, qu’il fallait brusquer, inventer, même au prix d’une autre mort. [...] Qu’il y avait mieux et plus inconnu à faire », dit-il, ce qui fut couronné de succès. « Voici, pris sur le vif, la juxtaposition des deux Contraires : l’imaginé ou l’enseigné ; et la pierre d’achoppement ou de naufrage, le Réel. » Et c’est « la Bête brute de l’Instinct sauveteur » qui prévaut.

C’est le triomphe brutal du Réel que Segalen célèbre ainsi, ce qui ne manque pas de le rasséréner. Comme il l’avait en effet laissé entendre à la veille de son départ, le réel rêvé est plus inquiétant que le réel réalisé : « C’était donc cela, le Réel ! Imaginer est bien plus plein d’angoisse que faire. » Déception ?

« L’accomplissement n’a pas donné l’ivresse forte imaginée, mais le constat : c’est cela. C’est fait. Ce n’était donc que cela ; et l’on reste étourdi du limité, bien vite repu, satisfait ! Et l’on ne demande pas plus. »

Il convient ainsi de ne pas dévaluer le Réel à cause de ce qu’on avait imaginé qu’il serait : le prendre tel quel pour l’instant : « Obligé de compter avec la mère nature et Cie, on feint d’obéir à ses principes... »

C’est que pour Victor Segalen la féminité est du côté du Réel : « Le Réel m’a paru toujours très femme. La femme m’a paru toujours très ‘Réel’. » Dans son voyage au sein de mère nature et Cie, qu’il appelle également l’Unique, Segalen choisit comme souvent le concret et s’intéresse aux avatars de l’Unique. Il souhaite parler : « des femmes, de ces femmes, de toutes ‘ces femmes’, au pluriel prononcé avec dégoût par l’Unique, de celles là que l’on rencontre sur la Route. » Mais gare !

« Celles là ne peuvent pas être traitées dans l’abstrait ; et c’est ici que l’Imaginaire doit s’abstenir de parler ou d’apparaître, ou bien les pires bévues s’apprêtent. Déjà redoutable en Europe, auprès de nos sœurs raciales, l’illusion deviendrait ici pire que toutes les glissades sur chemin dévalant au fleuve. Il ne faut pas se laisser conduire ni aux apparences, ni à ce que l’on sait, ni surtout à ce que l’on désire. »

Attaque en règle non seulement de tous les rêveurs de belles étrangères mais aussi et surtout du mythe de Kâli Salomé. L’Imaginaire y prévaut tellement sur un « objet » aussi « Réel » que la méprise ne peut que s’ensuivre. Nous avons montré ailleurs combien l’érotisation de l’Asie avait un rôle important dans l’euphémisation du sentiment de décadence. Pour Segalen la question ne se pose pas ainsi puisqu’il se trouve hors d’une telle vision idéaliste. La rencontre, ou plutôt les rencontres avec les femmes sont à ses yeux des occasions d’exotisme. Dans son Essai sur l’exotisme — une esthétique du Divers, il avait indiqué que l’exotisme sexuel était un des plus intenses, auquel s’ajoutent en l’occurrence l’exotisme culturel et le géographique. Ainsi la femme chinoise est-elle « exotique au plus haut point » :

« C’est la transposition lunaire de gestes qu’on doit dire féminins, mais à l’extrême des autres. La beauté chinoise doit être reconnue, mais dans un monde différent du nôtre. Il y a beauté, indéniable, et parfois si hautaine, si lointaine, si picturale, si littéraire que d’autres sentiments peuvent s’incliner devant celui là : une étrange stylisation vivante. Mais combien peu conduisant à l’étreinte corporelle... C’est le triomphe austère et chaste du Divers. »

Où malgré tout, l’Imaginaire rejoint le Réel et le parfait...

Et petit à petit l’on s’aperçoit que l’un et l’autre sont moins en concurrence qu’en rapport d’analogie. Égratignant au passage tous ceux qui font du paysage en littérature un « plaisant chromo verbal » [4], dont les clichés sont déjà prêts en phrases et en alinéas, et qui se font fort de « discréditer la vision pure », Victor Segalen rend hommage tant aux paysages rêvés qu’aux paysages véritables. Voici pourquoi il est peu enclin à décrire, quoiqu’il reconnaisse avec ironie que cela fait partie des devoirs du voyageur :

« Ce n’est point par oubli des paysages vus ; j’en ai vu ; j’en ai regardé ; ce n’est point par déconcerté ni discord entre ce que j’avais imaginé, et ce que je découvrais avec un émerveillement naïf malgré lui... Car je n’ai jamais, jamais trouvé face à face les panoramas de rêve rêvés. Je les conserve avec piété. Je les compare parfois avec leurs protagonistes, leurs parèdres réalisés...
Ce n’est point de ceci, de ces imaginaires qu’il peut être question dans ce texte au jeu double. J’ai vu, dans mes yeux faits de membranes sensibles, [...] j’ai vu des étendues pleines d’espace, de dessins, de plans colorés, et d’autres choses, indicibles avec des mots ; — sans que jamais imaginées telles... »

Dans le voyage, il faut avoir la sagesse de ne pas renier, ou vice versa, le Réel pour l’Imaginaire : ne pas dénigrer la vision pure au profit d’une vision imaginée, mais ne pas non plus diffamer les paysages rêvés au profit des paysages réels. Certes, ceux ci recèlent « d’autres choses, indicibles avec des mots », qui sont affaires de muscles et de chair, et qui dépassent toutes les imaginations, mais le Réel « serait puissamment beau et étouffant si [un tel paysage n’était point] de la terre bruissant dans ses continuels décrépits... » Le Réel dépasse l’imagination comme le chaos déjoue la pré-vision. L’Être se dérobe. C’est encore dans l’épreuve de l’intersubjectivité que l’on s’en approche le plus. Témoin cette rencontre avec une chinoise aborigène qui, « stupéfaite moins que [lui], regardait passer l’animal étrange » qu’il était. Voilà qui fait pour Segalen l’intérêt du voyage :

« Il n’est pas donné de voir naïvement et innocemment deux fois dans une étape, un voyage ou la vie, ni de reproduire à volonté le miracle de deux yeux organisés depuis des jours pour ne saisir que la grande montagne, versants et cimes, et qui se trouvent tout d’un coup aux prises avec l’étonnant spectacle de deux autres yeux répondants. »

En fin de compte on peut raisonnablement se demander si, dans ses voyages, ce ne sont pas les paysages d’yeux le regardant qui font à Victor Segalen la plus forte impression. Ainsi face à des vieillards dont la tenue vestimentaire est Ming — qui pourraient donc faire naître un exotisme temporel — il note :

« Ceci est moins troublant que l’air étrange de leurs yeux ; car [...] je suis regardé, non pas comme un objet étranger qu’on voit peu souvent et dont on s’amuse, mais comme un être qu’on n’a jamais vu. [...]
La curiosité chinoise donne envie de cracher à travers la champignonnière des figures écarquillées. Mais, ici, rien que de noble, et un grand exotisme à l’envers : ces regards sont plus inconnus que tout ; évidemment, ces gens aperçoivent pour la première fois au monde, l’être aberrant que je suis parmi eux. Je me sens regardé sans rires, dépouillé, je me sens vu et nu. Je me sens devenir objet de mystère. »

Cet exotisme inversé fait surgir en Segalen la sensation de sa propre altérité, à tel point qu’il fera l’expérience, un peu plus tard, d’une sorte de dédoublement. Non pas un dédoublement qui serait le symbole d’un manque d’être : Segalen se retrouve face à lui même à « seize ou vingt ans ». Il n’est pas même sûr que l’Autre, qui semblait plus à l’aise que lui-même dans ce paysage, l’ait vu. Segalen s’interroge : « Peut-être que les espoirs et les rêves de l’Autre dépassaient eux mêmes ce voyage, et que, mort d’années, et rêvant, il se trouvait ici, comme en jouant, alors que j’ai dû y parvenir à grand peine de mes os ossifiés et de mon expérience même de la route ? » Segalen n’apprécie pas de se faire donner une leçon d’expérience par ce rêveur qu’il fut, mais : « sans doute son air détaché et désintéressé m’apprend la vanité de ce que je suis venu rejoindre ici. »

Certes, « toute acquisition neuve est heureuse ; tout enrichissement prévu a rarement le don de dépasser ce que j’avais décidé qu’il serait » dit Segalen. Pourtant « le retour est frappé de stérilité et d’ignorances. » Comme toutes les œuvres de Segalen celle-ci s’achève sur un constat d’échec : il n’est pas possible d’atteindre l’Être. Le voyage est-il pour autant frappé de nullité ? Sa valeur peut être estimée à l’aune des chocs d’exotisme générateurs du sentiment du Divers qu’il apporta :

« Dans ces centaines de rencontres quotidiennes entre l’Imaginaire et le Réel, j’ai été moins retentissant à l’un d’entre eux, qu’attentif à leur opposition. — J’avais à me prononcer entre le marteau et la cloche. J’avoue, maintenant, avoir surtout recueilli le son. »

Le voyage a pour but selon Segalen, dans ce Réel « masse de nuit », d’être « un jour de connaissance au fond de soi » : « on fit comme toujours un voyage au loin de ce qui n’était qu’un voyage au fond de soi ». Ce rapport entre l’intérieur et l’extérieur que Gaston Bachelard appelle « l’immensité intime », Segalen l’assume en ce que « son existence oscille entre ces deux tendances [que sont] sa chambre aux porcelaines [et...] de l’attirance pour un dehors savoureux possible » [5]. Par la catégorie du Divers, le poète explore l’espace extérieur autant qu’intérieur : c’est pour cela qu’à la Chine extérieure correspond une Chine intérieure, une ‘vision de la Chine’ comme dit Segalen. Si bien que l’on peut reprendre ces propos de Bachelard parlant de Rilke : « Sans cesse les deux espaces, l’espace intime et l’espace extérieur viennent [...] s’encourager dans leur croissance », et « c’est par leur immensité que les deux espaces : l’espace de l’intimité et l’espace du monde deviennent consonnants. » [6] Cette ‘consonance’ dont parle Bachelard, Kenneth White lui donne un autre nom :

« Le Tibet, de même que la Chine et Pékin, est pour Segalen un psycho cosmogramme, c’est à dire un mandala, mais, pourrions nous dire, un mandala sauvage, en dehors de toutes les géographies mentales établies ainsi que de l’iconographie des dieux et déesses. » [7]

C’est que Segalen est un explorateur : il y a toujours chez lui « la recherche d’un lieu (topos), d’une parole (logos), et d’un moment qui serait la parfaite coïncidence (présentée souvent en termes érotiques) de lui-même et du monde. » [8] Reste que ce lieu peut n’être pas ‘fixe’ : le fleuve, Rhône ou Yang tseu. Ces ‘mandalas sauvages’, pour reprendre l’expression de Kenneth White, offriraient ainsi à une « pratique poétique libératrice ce que nous pourrions appeler un sens mandalique », sachant bien que « n’importe quel lieu peut être un mandala » [9]. Dans ces conditions, est-il encore utile de voyager ?

Le constat que Victor Segalen, Paul Morand ou Claude Lévi-Strauss firent en leur temps est celui, on le sait, de la mort (redoutée par Segalen, déclarée par Lévi-Strauss) de l’exotisme. Pourquoi voyager puisque le Même étend son empire sur la Terre entière ? Comment accomplir cette quête d’altérité quand celle-ci se tarit à la source ?

Mais la question est peut-être mal posée.

Ainsi, le voyage gagne-t-il à être lointain ? l’exemple de Segalen nous répondait déjà par la négative. Après ses écrits chinois, il envisageait de travailler à des Immémoriaux bretons afin de creuser la question du rapport entre Soi, le lieu et la parole. La saturation de l’espace en maints endroits demande certes un désencombrement, sémiotique et psychologique, mais il est possible de retrouver sous la couche de signes inertes — le monde. Ce que Victor Segalen a tracé pour nous, c’est l’exigence d’une nouvelle présence au monde nécessitant l’invention de nouvelles méthodes et de nouvelles formes. Le défi n’est pas posé qu’à la littérature : et « si le Réel avait aussi sa valeur verbale et son goût ? »

Régis Poulet

Nous proposons de lire en cinq parties ce texte (publié en 1929 par les éditions Plon) dans sa version établie par Henry Bouillier.


Équipée — voyage au pays du Réel

de Victor Segalen

1.

J’AI TOUJOURS TENU POUR SUSPECTS ou illusoires des récits de ce genre : récits d’aventures, feuilles de route, racontars — joufflus de mots sincères — d’actes qu’on affirmait avoir commis dans des lieux bien précisés, au long de jours catalogués.

C’est pourtant un récit de ce genre, récit de voyage et d’aventures, que ce livre propose dans ses pages mesurées, mises bout à bout comme des étapes. Mais qu’on le sache : le voyage n’est pas accompli encore. Le départ n’est pas donné. Tout est immobile et suspendu. On peut à volonté fermer ce livre et s’affranchir de ce qui suit. Que l’on ne croie point, du même geste, s’affranchir de ce problème, — doute fervent et pénétrant qui doit remplir les moindres mots ici comme le sang les plus petits vaisseaux et jusqu’à la pulpe sous l’ongle, — et qui s’impose ainsi : l’imaginaire déchoit–il ou se renforce quand il se confronte au réel ? Le réel n’aurait-il point lui-même sa grande saveur et sa joie ?

Car ces deux mondes s’attribuent tour à tour la seule existence. Ils restent si étranges l’un à l’autre, que les représentants humains, les disciples en la chair desquels ils s’incarnent, s’efforcent de se fuir plutôt que de se chercher et de combattre. Ce qui, supprimant tout conflit, permet aux deux partis de se croire vainqueurs.

Et ils éconduisent ainsi l’un des moments mystérieux les plus divinisables par la qualité d’exotisme qu’il contient, sa puissance du Divers. Et cependant la plupart des objets dans ces deux mondes sont communs. Il n’était pas nécessaire, pour en obtenir le choc, de recourir à l’épisode périmé d’un voyage, ni de se mouvoir à l’extrême pour être témoin d’un duel qui est toujours là.

Certes. Mais l’épisode et la mise en scène du voyage, mieux que tout autre subterfuge, permettent ce corps à corps rapide, brutal, impitoyable, et marquent mieux chacun des coups. La loi d’exotisme et sa formule — comme d’une esthétique du divers — se sont d’abord dégagées d’une opposition concrète et rude : celle des climats et des races. De même, par le mécanisme quotidien de la route, l’opposition sera flagrante entre ces deux mondes : celui que l’on pense et celui que l’on heurte, ce qu’on rêve et ce que l’on fait, entre ce qu’on désire et cela que l’on obtient ; entre la cime conquise par une métaphore et l’altitude lourdement gagnée par les jambes ; entre le fleuve coulant dans les alexandrins longs, et l’eau qui dévale vers la mer et qui noie ; entre la danse ailée de l’idée, — et le rude piétinement de la route ; tous objets dont s’aperçoit le double jeu, soit qu’un écrivain s’en empare en voyageant dans le monde des mots, soit qu’un voyageur, verbalisant parfois contre son gré, les décrive ou les évalue.

Ce livre ne veut donc être ni le poème d’un voyage, ni le journal de route d’un rêve vagabond. Cette fois, portant le conflit au moment de l’acte, refusant de séparer, au pied du mont, le poète de l’alpiniste, et, sur le fleuve, l’écrivain du marinier, et, sur la plaine, le peintre et l’arpenteur ou le pèlerin du topographe, se proposant de saisir au même instant la joie dans les muscles, dans les yeux, dans la pensée, dans le rêve, — il n’est ici question que de chercher en quelles mystérieuses cavernes du profond de l’humain ces mondes divers peuvent s’unir et se renforcent à la plénitude.

Ou bien, si décidément ils se nuisent, se détruisent jusqu’au choix impérieux d’un seul d’entre eux, — sans préjuger duquel d’entre eux, — et s’il faut, au retour de cette Équipée dans le Réel, renoncer au double jeu plein de promesse sans quoi l’homme vivant n’est plus corps, ou n’est plus esprit.

2.

CE N’EST POINT AU HASARD que doit se dessiner le voyage. À toute expérience humaine il faut un bon tremplin terrestre. Un logique itinéraire est exigé, afin de partir, non pas à l’aventure, mais vers de belles aventures. Je devrai surtout me garder de l’incessante rumination du problème posé : le bon marcheur va son train sans interroger à chaque pas sa semelle.

Pour que l’expertise déploie toute sa valeur et qu’au retour aucun doute ne soit laissé dans l’ombre, pour que ce voyage étrangle toute nostalgie et tout scrupule, il le faudra compréhensif, morcelé sous sa marche simple. La route fuyant tout subterfuge mécanique, et relevant des seuls muscles animaux, devra tour à tour s’étaler droit jusqu’à franchir l’horizon à dix lieues de vue sur la plaine, ou se rompre et strier la montagne de festons et de lacs. Elle s’embourbera dans des marais, passera des rivières à gué, ou bien se desséchera dans les roches. Il ne faut point choisir un climat unique. Il sera bon d’avoir tantôt froid, et si froid dans un vent terrestre, que tout souvenir du chaud et de la brise de mer soit perdu, et tantôt il fera lourdement tiède dans des vallées suantes, si bien que le goût du froid sec soit oublié. Les cours d’eau n’auront pas un seul régime, mais grossiront depuis le torrent ivre et bruyant, toujours ébouriffé de sa chute jusqu’au vaste fleuve qui prolonge sa course très au large dans la mer où il lave sa couleur et dépose ses troubles avec calme. Les provinces traversées seront parfois désertes, et taillées dans un terrain décomposé que dix mille années d’âge n’expliquent pas, et parfois d’autres seront si bien peuplées que la riche terre plus rouge que l’ocre et plus grasse que l’argile s’épuisera plusieurs fois dans l’année à nourrir sa vermine sale, mais pensante, ses laboureurs et ses fonctionnaires. Il sera digne de pousser quelques étapes dans un sol gros de souvenirs antiques, dans une Égypte moins fouillée, moins excavée, moins retournée ; dans une Assyrie plus élégante et moins musclée, dans une Perse moins levantine. D’autres régions seront neuves, sauvages, simples et touffues comme une mêlée de nègres sans histoire, comme un congrès de tribus qui, n’ayant pas encore de noms européens, ne savent même pas celui qu’elles se donnent. Enfin, cette contrée, touchant au pôle par sa tête, suçant par ses racines les fruits doux et ambrés des tropiques, s’étendra d’un grand océan à un grand plateau montagneux. Or, le seul pays étalé sous le ciel, et qui satisfasse à la fois ces propositions paradoxales, balancées, harmonieuses dans leurs extrêmes, est indiscutablement : la Chine.

C’est donc à travers la Chine, — grosse impératrice d’Asie, pays du réel réalisé depuis quatre mille ans, — que ce voyage se fera. Mais n’être dupe ni du voyage, ni du pays, ni du quotidien pittoresque, ni de soi ! La mise en route et les gestes et les cris au départ, et l’avancée, les porteurs, les chevaux, les mules et les chars, les jonques pansues sur les fleuves, toute la séquelle déployée, auront moins pour but de me porter vers le but que de faire incessamment éclater ce débat, doute fervent et pénétrant qui, pour la seconde fois, se propose : l’Imaginaire déchoit-il ou se renforce quand on le confronte au Réel ?

3.

CAR J’HABITE UNE CHAMBRE AUX PORCELAINES, un palais dur et brillant où l’Imaginaire se plaît. Ceci n’est pas un symbole, ni jeu de mots. Plus tard aurai-je le désir de les peser avant de les écrire. Dès longtemps je posais tout ce que vaut ceci : un Palais Imaginaire. Et non pas que ce qui m’entoure soit impalpable et tramé de raclures de pensée ruminée... Et non pas que les formes changent, bien que les couleurs s’irisent dans un air sans volume ! Mais tout est fait, dans ma chambre aux porcelaines, tout est fait de matière substanciée, de belle et positive matière délitée, broyée, mouillée et pétrie, puis durcie dans des panses et des rondeurs et des galbes que l’on peut briser en miettes, mais non pas déformer. Et les gestes, rares dans ce lieu peu hospitalier, occupent cependant les recoins lacunaires de ces appartements, ayant fait l’expertise des creux et des reliefs. C’est avant tout une chambre close et réfractaire, un abri bien protégé, revêtu de la sœur minérale du plus aigre des métaux, l’acier : — la porcelaine.

Cette chambre, pourtant, n’est pas si close que jusqu’ici ne soient venus se glisser des scrupules, et le doute tortilleux avec sa portée de vipéraux... Si tout cet attirail de couleurs transparentes a sa valeur d’exister, ou non... Si quelque geste, brutalement assené dans la réalité des gestes et des jours ne vaut pas toute longue méditation... Doutes seulement. De mauvais doutes, qu’il faut bien tuer à l’usage... Ou peut–être déclarer d’avance victorieux ? — Et ce dernier est le pire de tous.

C’est pour en finir avec cela et l’emprise du bon gros Réel, que je me dépars ainsi de ce pays peuplé de couleurs immobiles et des seules musiques. Plus tard, revenu dans ma maison luisante, je songerai sans doutes, alors, qu’immobile, j’ai acquis mes droits au non–agir, si ce n’est au fond de moi ; et que, méditant, imaginant, j’ai payé de mes muscles ce repos intérieur, cet enfermé d’où les scrupules d’un dehors savoureux possible me chassent.

Ceci de neuf est le but à ma prochaine agitation : la même chambre aux Porcelaines, mais acquise et conquise par elle, à jamais. Je pars et m’agite dans l’espoir seulement du retour enrichi. Les mules, les chars, les chevaux et les hommes de bât auront moins pour moi de valeur à passer les montagnes, qu’à me passer par-dessus ce col rocailleux : si le Réel avait aussi sa valeur verbale et son goût ?

4.

TOUT EST PRÊT, MAIS AI-JE BIEN LE DROIT de partir ? Constructeur jusqu’ici dans l’imaginaire, conjureur de ces matériaux ; impondérables et gonflants, les mots, — ai–je bien le droit de bâtir dans le monde dense et sensible, où tout effort et toute création, ne relevant plus seulement d’une harmonie intime doivent trouver leur justification dans le résultat, dans le fait, — ou leur démenti sans appel...

Pris d’un doute plus fort que tous les autres, pris tout d’un coup du vertige et de l’angoisse du réel, je rappelle et j’interroge un à un les éléments précis sur quoi s’établit l’avenir. Ce sont des relations de voyage, (des mots encore), des cartes géographiques — purs symboles, et provisoires, car des districts entiers sont inconnus là où je vais. Il y a donc les chenilles sépia des montagnes, des traits rouges pleins, qui sont des sentiers méprisables puisqu’ils ont été déjà suivis, et des traits rouges pointillés qui marquent à l’aventure les routes ouvertes, inexistantes peut-être. Des traits bleus qui dessinent les fleuves ; des traits verts représentant les limites des provinces ou des États. Quelle sera la possibilité de franchir l’un ou de sauter l’autre ? Le fleuve a peut-être un pont ici ; et la frontière politique un prétexte à n’être pas enjambée. Enfin, il y a le problème de pure longueur dans l’espace que tout ce chemin représente. Et voici la roulette d’acier du curvimètre qui se tortille et virevolte entre mes doigts, progressant terriblement vite sur son axe enspiralé. Elle fait sa route avant moi, et puis, reportée sur la barre rigide de l’échelle, elle donne, sans commentaires, des mesures précises, précises au centième, — mais fausses : car, pour un détour du trait sur la carte, la route en a peut-être fait deux sur la plaine, et dix et vingt sur la montagne. Et quel rapport logique accepter entre l’espace, la sueur et la chaleur, la fatigue et l’entrain, la hâte à poursuivre ou le désir du retour en arrière ? Rien n’a été mesuré sur ce point, — rien qui unisse le jeu du curvimètre dans mes doigts, et la grande agitation musculaire qui suivra.

Enfin, toute question et toute incertitude sont portées à l’extrême lorsque, délaissant les parties dessinées de cette carte, — honnête et sincère puisqu’elle avoue ses ignorances, — on s’aventure dans ses zones laissées en blanc. Là, ni fleuves, ni routes, ni plaines, ni montagnes. C’est là pourtant où l’expérience du réel traversera son domaine de choix. — Pour dompter et dessiner d’avance ce que l’on trouvera dans ce blanc, vais-je déjà retomber dans l’imaginaire à peine fui ? Pour le combler, faut-il inventer d’autorité ce qu’il contient, et puis en rabattre ensuite ? Je sais. Il y a d’autres attitudes. De ce que l’on connaît exister alentour on peut déduire ce qui se doit être ici. Mais dès lors, à la merci de la moindre erreur déductive. Le coup d’envol imaginaire se suffit jusqu’au bout à lui-même : la mastication logique a péché contre l’esprit, si elle a tort.

Il ne faudra point avoir tort. Derrière ces mots, derrière ces signes figurés, étalés conventionnellement sur le plan fictif d’un papier, il me faudra deviner ce qui se trouve très réellement en volumes, en pierre et en terre, en montagnes et eaux dans une contrée précisée du monde géographique. Et l’abondance et le disparate de ces notions, et l’absence de commune mesure humaine est un grand sujet de trouble : il y a des cotes d’étiage dans le fleuve, des dates historiques dans la fonte des neiges à mille lieues du point où je vais ; des habitudes connues dans le régime des vents ; il faut échapper aux trop excessifs coups de froid dans les montagnes et se garder encore plus des régions pluvieuses en plaine... voir si des gens d’escorte du pays même valent mieux que des étrangers au pays ; — les étrangers, plus fidèles, seront un fardeau de plus à traîner ; — voir si l’escorte doit changer en totalité à chaque frontière de province, ou s’il faut conserver un noyau unique que l’on mènera de Pékin à Bénarès... Et qui me portera ? Des chevaux, des chameaux, des ânes, des hommes, des mules, ou mes pieds ? Chacun peut-être, tour à tour, mais dans quel ordre ? Il y a aussi cette importante et importune question d’argent. Faut-il me faire précéder sur la route de relais de lingots sonnants ? Par quels ravitailleurs, gros marchands chinois ou missionnaires apostoliques ? Faut-il emporter des objets d’échange pour les habitants problématiques des régions inconnues ? — Vient enfin l’approvisionnement en armes. Ne pas en avoir est folie. Montrer qu’on est bien muni est provoquer l’envie du pillage... Même au prix de ces comparaisons minutieuses, j’entrevois à peine ce qui viendra. Et cependant il faut faire plus : prévoir. Il faut tout prévoir. Ce n’est pas un livre que j’écris.

De nouveau, je suis face à face avec l’interrogation première : quelle est, prise sur le fait, la concordance entre la notion et son objet. Où est le lien, où est le lieu de certitude — ou d’angoisse — du réel ?

Dès maintenant, je puis tenir que le réel imaginé est terrible, et le plus gros des épouvantails à faire peur. Rien ne dépasse l’effroi d’un rêve de cette nuit, veille du départ. Il me faut donc m’éveiller tout d’un coup :

Je suis en route.


P.-S.

Texte numérisé pour le site Victor Segalen, repris ici avec des corrections mineures.

Le logo est une photographie de l’artiste Darren Almond.

Notes

[1Ibid., p. 272.

[2Le rapport entre les mots et les muscles n’est alors pas très éloigné de celui dont Mishima parlera dans Le Soleil et l’acier quelque soixante années plus tard.

[3C’est le cas dans Siddhartha, Jean Christophe et l’Âme Enchantée.

[4Ibid., p. 306.

[5Kenneth White : Segalen : théorie et pratique du voyage (Lausanne : Alfred Eibel, 1979, 116 pages), p. 26.

[6Gaston Bachelard : La poétique de l’espace (Paris : P.U.F., 1961), pp. 183 184.

[7Kenneth White, op. cit., p. 54. Rappelons la définition qu’en donne Giuseppe Tucci : « Un mandala est bien plus qu’une simple zone consacrée qu’il faut préserver de toute souillure à des fins rituelles et liturgiques. C’est avant tout une carte du cosmos. C’est l’univers entier ramené à son plan essentiel, dans son processus cyclique d’émanation et de ré-absorption ; l’univers non seulement dans son étendue spatiale inerte, mais en tant que révolution temporelle et en tant que processus vital se développant à partir d’un principe essentiel, tournant autour d’un axe central [...] » in The theory and practice of the Mandala (London : Rider and Co., 1961), p. 23 ; cité par K. White (pp. 97 98).

[8Kenneth White : Aux limites (Sans lieu : Collection Essais 50, La Tilv éditeur, 1993, 50 pages), p. 32.

[9Kenneth White : Segalen : théorie et pratique du voyage, op. cit., p. 62.

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