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Serge Wellens  

jeudi 24 juin 2010, par André Cuzon

Serge Wellens…

qui vient de nous quitter à 82 ans était un des derniers témoins de ce que fut l’école de Rochefort pour s’être lié d’amitié au lendemain de la guerre avec les pères fondateurs de ce mouvement.

Il avait accepté il y a quatre ans de revenir à Aulnay-sous-Bois (où il était né rue des Deux Ponts près de la Morée) témoigner sur André LAUDE : il avait favorisé la vocation poétique du jeune André qui avait 16 ans. Il était venu avec Annie son épouse qui aurait voulu être là avec nous aujourd’hui.
Depuis il avait joué un rôle important dans l’édition de l’œuvre poétique d’André Laude.

Aujourd’hui il faut parler de lui, pas tant de sa biographie et de sa bibliographie mais d’un homme en vérité.

Libre penseur, libertaire il fit une révolution personnelle, qui l’amena, tout en restant fidèle à ses convictions sociales et politiques, à devenir un libraire de littérature religieuse à La Rochelle « au puits de Jacob » et un mystique même, comparé par François Huglo à Maître Eckhart !

Son père homme-aquarium et sa mère trapéziste étaient aussi libertaires. « Entré tard à l’école, Serge fit tout pour en sortir ». Il apprend à lire avec sa mère, devient un amoureux-fou des livres, un travailleur du livre, plusieurs fois libraire et surtout poète jusque dans la chute finale.

En effet la chute dans son escalier de meunier encombré de livres de poésie a révélé le mal qui l’a emporté. Il venait de corriger les épreuves du dernier volet de sa trilogie sur la vieillesse et la mort.

Yves Prié éditeur et poète breton (Folle Avoine) prévoit l’édition de ses derniers « Poèmes de l’inconfort » en Mai.

En 1952 la librairie qu’il ouvre avenue Dumont à Aulnay, devient le centre culturel de la banlieue. Avec ses amis de l’Orphéon (fidèles et présents encore aujourd’hui) : il mettent à l’ordre du jour : poésie, peinture, cinéma, musique, photo, amours, amitiés et conneries comme ils le revendiquent. Ses « Souvenirs de l’Orphéon » ont été édité dans le cahier André Laude n°1.
C’est chez Gabriel Robin le peintre-cordonnier de la rue Séverine qu’il rencontre Jean Rousselot l’ami de Max Jacob, de Cadou, Manoll, Béalu, Bouhier, Bérimont…

Rochefort était marqué par Max Jacob et Reverdy, Wellens le fut aussi par Prévert, Eluard et Char.

Il est revenu à Aulnay pour le vernissage de l’exposition Gabriel Robin en novembre 2008.

François Huglo dont il faut lire le Serge Wellens de référence aux éditions des Vanneaux écrit :

« Le christianisme de Wellens et son anarchisme trouvaient leur point de jonction et de fusion dans le « feu de la négation » par lequel il faut passer pour affirmer que « Dieu n’est qu’amour » .
Tout est dans le « ne que » : c’est ainsi qu’il en finit à son tour « avec le jugement de Dieu » selon la formule d’Artaud ».
Cet amour c’est l’amour d’Annie, de son fils Antoine, l’amitié des amis de jeunesse ici présents et des amis de la vieillesse dont je suis un témoin, l’amitié de Jean Rousselot qu’il a eu au téléphone toutes les semaines jusqu’à sa mort en 2004.

Ecoutons-le :

« A présent
j’entre dans ma nuit
non plus par l’ombre stérile
du figuier que l’Ombre efface
mais par les yeux grands ouverts
de mon frère le hibou »

Il est enterré à Marans la ville d’ Annie, sa femme, Marans à l’entrée du Marais Poitevin, mer géologique de l’Aiguillon, redevenue mer meurtrière (par la folie des hommes).

Il avait très douloureusement vécu les événements d’Haïti à la veille de sa chute, fin janvier déjà…

Annie nous a écrit :

« Il a ainsi échappé "par le haut" à ce qu’il redoutait le plus : une lente dégradation et la dépendance. Il était prêt pour ce passage depuis longtemps déjà, n’estimant pas scandaleux de mourir à son âge, après une vie heureuse ».

P.-S.

© Amis d’André Laude

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