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Droit de réponse 

Réponse de Denis Zwirn, Président de Numilog à Michel Valensi, Directeur des Editions de l’Eclat

jeudi 20 novembre 2008, par Denis Zwirn

La revue des ressources publie ce droit de réponse de Denis Zwirn, Président de Numilog suite à la publication de l’article de Michel Valensi, Directeur des Editions de l’Eclat.

Le billet que vous avez publié sous le nom « Marchands de bits » est inacceptable et diffamatoire sur la forme et appelle des réponses sérieuses sur le fond :

-  Sur la forme :

o Votre procédé stylistique consistant à m’appeler « Machin », alors que mon nom en tant qu’auteur de l’étude sur les modèles économiques pour l’intégration de livres sous droits dans la bibliothèque numérique européenne est public, est scandaleux, insultant et peu courageux.

o Votre citation de la proposition commerciale d’un « e-distributeur », faite aux éditeurs pour rejoindre Gallica 2, et que vous appelez spam, est encore pire : vous jouez tout au long de votre billet sur l’insinuation que cette proposition viendrait de Numilog, en vous gardant courageusement de l’affirmer. Ce message ne vient pas de ma société, je l’affirme publiquement. Mais de votre côté, si vous avez reçu ce mail, vous devez en connaître la source. Pourquoi ne la citez-vous pas ? Bel exemple de transparence.

-  Sur le fond :

o Je suis l’auteur de l’étude précitée, commanditée par la Bibliothèque nationale de France. Cette étude a servi de base à une concertation entre la BnF et le Syndicat National de l’Edition pour construire, pour les ouvrages sous droits, le site actuel Gallica 2, contribution française à la bibliothèque numérique européenne. La question posée était complexe et d’importance : comment permettre un accès universel à des livres sous droits, allant de la recherche plein texte à la lecture de textes intégraux, en respectant les droits de propriété intellectuelle et la chaîne du livre, sans y investir un budget de « licence globale » sur le montant duquel ni la puissance publique ni les ayants droit n’avaient pu et n’auraient pu s’entendre ? La réponse à cette question et le choix des orientations retenues appartiennent à la BnF et au SNE. Ce choix a été validé au cours de l’étude par de nombreux entretiens avec des éditeurs, des libraires, le Syndicat de la Librairie Française, la Fédération Européenne des Libraires, des associations d’auteurs. Vos insinuations sur l’intérêt qui aurait conduit Numilog à choisir ce schéma sont à la fois d’une très grande naïveté et extrêmement désobligeantes cette fois pour toutes ces personnes et institutions : supposez-vous vraiment que tous ces acteurs professionnels de la chaîne du livre, comprenant la principale institution française de conservation et de diffusion des livres, des grands groupes d’édition et des représentants de toutes les librairies, sont des imbéciles qui se sont donné la main pour agir dans le seul intérêt de ma petite entreprise ?... Cela montre dans ce cas votre propre manque de pertinence dans l’analyse et votre incompréhension complète des enjeux.

o Les points forts des principes retenus par Gallica 2 portent sur plusieurs points essentiels, autrement plus importants : le respect des droits d’auteur, le respect de toute la chaîne du livre, la présentation au public du plus large corpus de textes possible, la recherche intelligente et plein texte, le feuilletage gratuit. Ces principes fondamentaux ont tous été repris dans le « Rapport sur la bibliothèque numérique européenne », voté en 2007 par le Parlement européen à l’initiative de la députée Marie-Héléne Descamps. Et qui serviront de base sans doute à la future Europeana. Mais bien sûr, où avais-je la tête, tous les députés européens n’ont voté qu’en pensant aux intérêts de Numilog...

o Vous savez très bien, pour aller plus loin, que ce projet est né à l’initiative de Jean-Noël Jeanneney, ancien Président de la BnF, en réaction au projet Google Book Search... que vous soutenez depuis ses débuts, en accompagnant même Google en France dans chacune de ses présentations commerciales aux éditeurs. Ce qui vous confère une position extrêmement neutre dans toute cette affaire… L’idée forte de Jean-Noël Jeanneney, plus actuelle que jamais, était qu’il devait exister, au moins à côté du projet Google, un projet public, respectant explicitement les droits d’auteur selon les termes et l’esprit qui prévaut en Europe, proposant un service de recherche plein texte des œuvres numérisées avec un sens du service public, un moteur de recherche transparent, indépendant de la publicité, et une organisation des textes intelligente en corpus comme savent le faire les bibliothécaires, le tout étant centré sur la diffusion de la culture européenne. Je partage cette belle idée en tant que citoyen. Vous avez le droit de ne pas la partager et de faire partie de ceux qui préfèrent favoriser la position dominante d’un acteur privé unique sur la diffusion de la culture. Mais au moins, n’abordez pas ce sujet important par le petit bout de vos lorgnettes.

o Dans le partenariat instauré par Gallica 2 avec les « e-distributeurs », il n’y a évidemment aucun monopole de Numilog ; ce rôle est ouvert à tous : les libraires si des éditeurs choisissent de s’appuyer sur leur outil de feuilletage, les éditeurs directement s’ils le souhaitent (l’aviez vous simplement compris ?). D’ailleurs, certains éditeurs jouent effectivement ce rôle. Et des e-distributeurs sont régulièrement ajoutés. Vous pourriez être tenté, si vous en aviez les capacités. Il se trouve en effet que de nombreux éditeurs ont choisi Numilog comme e-distributeur, à cause des services professionnels spécialisés que nous leur apportons et de notre respect de la chaîne du livre... à moins que vous ne pensiez que tous ces éditeurs, sauf les éditions de l’Eclat, sont d’une grande naïveté et qu’ils ont besoin de votre éclairage pour définir correctement leur stratégie ?

Mais le pire est sans doute votre vision passéiste, mal informée et poujadiste de la chaîne du livre à l’ère du numérique ! Oui, et cela est le cas dans le monde entier, les métiers évoluent et de nouveaux savoir-faire apparaissent, pour développer l’ensemble des applications et des processus techniques requis pour fabriquer, héberger, présenter, feuilleter, commercialiser, livrer, sécuriser, les livres numériques. Les métiers de distributeur et de diffuseur trouvent leur contrepartie à l’ère numérique. Et Numilog en est un spécialiste. Cela fait dix ans que nous développons progressivement ce savoir-faire, à côté d’autres pionniers qui ont débroussaillé le terrain pour que tous puissent aujourd’hui en bénéficier. Partenaire de centaines d’éditeurs, nous ne sommes pas un nouveau venu dans le monde du livre, sauf pour ceux qui veulent en exclure a priori le numérique. Et, contrairement à vos insinuations mal informées, nous avons été les premiers à travailler avec des libraires et leurs représentants sur ce sujet. Bien avant le concurrent récent que vous citez et qui semble faire votre admiration. Le modèle commercial de ce concurrent n’est pourtant en rien différent du nôtre… et une bonne partie de sa visibilité initiale dans le secteur du numérique est précisément due à son rôle en tant que e-distributeur pour Gallica 2, qui a mis en lumière et a donné leur chance à de nouveaux acteurs spécialisés. Numilog de son côté travaille depuis très longtemps pour permettre aux libraires de « monter dans le train du numérique » à la place qui leur revient, et pour développer avec eux des solutions pour les y aider. Car je pense que l’indépendance de la création littéraire et de sa diffusion en dépend. Mais nous contribuons également depuis plusieurs années à associer les bibliothèques, que vous oubliez totalement dans votre analyse creuse, à la diffusion des livres sous forme numérique et à favoriser le développement du prêt numérique. Que ce soit en faveur des chercheurs, des étudiants, des lecteurs des bibliothèques municipales, ou encore des lecteurs inscrits à la bibliothèque numérique pour le handicap et auxquels le numérique apporte une véritable révolution dans l’accès à la lecture.

En résumé, votre billet, plus qu’inélégant sur la forme, est gravement désinformé sur le fond. Votre vision dépassée des propositions technologiques récentes dans le domaine des supports de lecture à base d’encre électronique en est un autre exemple, alors que vous en restez à vos antiques et archi-confidentiels « lyber »... Croyez-vous vraiment que c’est sur cette base antique et confidentielle qu’on construira un nouvel accès de masse aux textes à l’ère numérique ?

Vous m’accusez publiquement de manquer d’honnêteté, je vous accuse publiquement de manquer de neutralité, d’information et de capacité d’analyse. Vous prétendez analyser le numérique, mais vous restez enfermé dans des schémas du passé, en vous arcboutant sur une maladroite défense corporatiste d’un système fermé et des bons vieux métiers à la mode d’antan... Vous condamnez par là ces professions à ne pas pouvoir évoluer en s’appuyant sur des partenaires locaux qui respectent leur métier, tout en faisant joyeusement le lit de ce qui les menace le plus : les opérateurs mondiaux à vocation monopolistique. Vous pratiquez l’exclusion que vous semblez vouloir nous reprocher... et plutôt que de vendre des bits vous préférez vendre votre âme.

15 Messages

  • Droit de réponse 21 novembre 2008 16:01, par François

    Merci à la revue des ressources de publier ce droit de réponse qui permet de mieux comprendre l’enjeu de ce qui se passe en ce moment même si j’ai l’impression de ne pas comprendre tous les enjeux de la polémique ! Car après avoir lu ce billet et celui de Valensi, j’ai du mal à comprendre ce qui se joue par derrière. Valensi est allié à Google ? Voir son article sur la même revue ! Est-ce que ceci explique cela ?

    Sinon pas d’accord avec l’auteur sur les Lyber. Même si ils sont confidentiels, les lyber m’ont permis d’acheter des livres papier !

    Voir en ligne : Faut-il une grande cuillère pour signer avec Google ?

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    • Droit de réponse 23 novembre 2008 15:05, par Denis Zwirn

      Bonjour François,

      Je comprends tout à fait que cette polémique peut apparaitre complexe...car elle l’est. En bref : il y a quelques années, Google a lancé un service de recherche et de feuilletage de livres au sein de son moteur de recherche, Google Book Search, en numérisant une masse considérable d’ouvrages, anciens et récents. Ce service a soulevé deux grands types de questions : dans quelle mesure Google a t il le droit de présenter de larges extraits de livres sans demander, avant, leur accord explicite aux « ayants-droits » (auteurs, éditeurs) ? Dans quelle mesure n’y a t il pas, vu sa position de moteur de recherche privé archi-dominant, un risque de quasi-monopole de Google sur la création d’une sorte de « bibliothèque numérique mondiale » ? Et cela n’est il pas inquiétant pour la diversité culturelle, pour la manière dont l’accès aux ouvrages est organisé (en dépendant là purement d’intérêts économiques, non notamment la publicité contextuelle affichée par Google), et pour l’indépendance à terme des professionnels du livre ? Face à ces deux questions, il y a deux positions : celle de ceux, qui considèrent que ce qui prime c’est uniquement le service que Google rend là toute de suite aux internautes et aux éditeurs (en leur faisant faire plus de ventes) ; celle de ceux, dont je suis, qui considèrent qu’au moins il est souhaitable d’organiser des « contre-feux » à Google, sous la forme de programmes alternatifs de numérisation et d’accès aux livres, qui reposent sur des acteurs et des logiques différentes et qui intègrent le long terme dans leur réflexion. C’est le sens du beau projet de bibliothèque numérique européenne, dont l’idée initiale revient à Jean-Noel Jeanneney, historien, ancien président de la BnF, et défenseur de la culture européenne et d’une vision ambitieuse du service public.

      En ce qui concerne les lyber, je respecte parfaitement l’usage que vous en faites, et mon propos était sans doute trop bref. En fait, il y a là encore deux positions : celle de ceux qui considèrent au fond que le numérique n’est pas une forme complète et authentique de lecture, car « qui lirait vraiment sur un écran ? ». Le numérique ne peut donc être qu’un sous-produit utile à la rigueur comme outil de promotion pour les « vrais livres », en bon vieux papier. D’où les lyber, dont c’est l’objet, et qui permette de lire gratuitement un livre intégral en ligne...avec la conviction qu’on ne le fera pas. La conception vieillotte de ces textes en ligne qui ressemblent à des pages internet n’en donnent en effet guère envie et renforcent de par ce fait l’a-priori initial. L’autre position, que je défends, est que les livres ne se définissent pas d’abord par un support mais par leur contenu (passage de la civilisation de l’objet à une civilisation du service) et que le numérique représente aussi une forme authentique possible de lecture complète, avec de nombreux avantages (mobilité, interactivité...). Donc si on lit un livre intégralement en ligne, en particulier un roman, on ne l’achètera en général plus (il y a toujours des exceptions mais je raisonne pour toute une filière professionnelle), ce qui posera de sérieux problème à toute la chaîne du livre. Bien sûr, cela suppose une mutation progressive, bien plus profonde que la précédente, mais qui est déjà en marche, et qui est rendue de plus en plus crédible au fur et à mesure que la technologie, sous la forme par exemple de l’encre électronique, rend plus évidents les services multiples que cela rend, avec un grand plaisir et confort de lecture. Et même si, vous avez raison, le feuilletage d’extraits en ligne peut servir de nouveau moyen de découverte des livres (papier ou numérique) avant leur achat, il existe aujourd’hui des solutions de feuilletage bien plus récentes et attractives, qui donnent vraiment envie de lire des textes numérisés.

      Denis Zwirn, Président de Numilog

      Voir en ligne : réponse à François

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      • Prix des livres numériques : un scandale 23 novembre 2008 16:19, par robert Bambois

        Merci pour ce commentaire clair et votre avis sur les livres pour liseuses. En revanche, en allant faire un tour sur votre site, je suis choqué par les prix pratiqués.
        Premier exemple : 7,8 Euros pour La noyée du pont des invalides vendue au format papier chez 10/18 à 7,5 euros !

        Autre exemple Retour à Miranda vendu 19,95 au format numérique alors qu’on le trouve à 7,70 en poche !

        Pourquoi un livre au format pdf ou autre est-il plus cher qu’un livre papier qui a du être imprimé, diffusé et distribué et qui se retrouve en vente en librairie. On se moque du monde et ce n’est pas ainsi qu’on va aider le livre numérique à décoller. D’où ma question : est-ce que c’est les éditeurs qui imposent des prix pareil ? Qu’elle la marge de Numilog sur le prix de vente d’un livre numérique ?

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        • @ Robert 23 novembre 2008 18:29, par Denis Zwirn

          Merci pour votre remarque sur les prix.

          Vous avez tout à fait raison sur un point : le prix des livres numériques est un facteur clé de succès de leur réussite, j’en suis le premier convaincu. Puisque vous avez eu l’amabilité de faire un tour sur le site de Numilog, vous aurez sans doute remarqué aussi que, presque toujours, leur prix est en effet inférieur à celui des versions papier de la première édition, même s’il n’est surtout pas question de brader ou de dévaloriser des ouvrages dont la valeur est avant tout liée au texte des auteurs, au travail éditorial et à une chaine numérique (numérisation, hébergement, distribution, sécurisation), qui représente elle-même des couts certains et une valeur. Les prix sont en effet déterminés par les éditeurs, chacun ayant sa propre politique en la matière. Vous trouverez ainsi sur Numilog des ouvrages vendus 10% moins chers, 20% moins chers, et parfois jusqu’à 50% moins chers que les versions papier. Sur ce prix, la TVA est de 19,6%. Donc quand l’éditeur consent une réduction de 10% TTC, la baisse de marge réélle est de 25%, ce qui est très significatif. Le prix des versions numériques des ouvrages parus en poche est en général égal au prix de la version poche (soit donc une baisse de marge de 15% en réalité). En ce qui concerne les deux exemples que vous avez trouvés sur notre site, il s’agit simplement pour le premier d’un écart du à la "remise libraire" supplémentaire de 5% pratiquée par certains libraires en ligne (écart de 0,3 euros) et pour l’autre d’un retard ou d’une omission dans l’ajustement du prix, car nous vendions cet ouvrage initialement dans sa version première. Je vous remercie donc de nous avoir signalés ces cas ! En retournant sur notre site, vous pourrez constater que ces prix ont été ajustés. Numilog gère une base de plus de 50.000 titres...et il peut arriver des détails d’ajustement de la base de données, mais ces détails tout à fait ponctuels ne refètent pas une politique et ne saurait donc encore moins je pense constituer "un scandale". Le numérique est bel et bien, sur notre site, à côté d’autres avantages fonctionnels, une manière d’acheter de nombreux livres raisonnablement moins chers, ou à tout le moins jamais plus chers.

          J’ajoute que Numilog permet également de feuilleter avant l’achat de larges extraits gratuits de livres, en utilisant des logiciels de lecture en ligne ergonomiques (pas de simples textes en ligne au kilométre).

          En ce qui concerne notre propre marge, ce point relève de la confidentialité contractuelle à laquelle nous sommes tenus.

          Denis Zwirn

          Voir en ligne : Le prix des livres numériques

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        • Prix des livres numériques : un scandale 23 novembre 2008 18:43, par Nicolas A.

          Tout à fait. Quand on voit sur le portail de la FNAC le prix du reader de Sony (299€) et des livres à un prix inférieur de 10 à 15% à celui des livres imprimés, on se pose de nombreuses questions.

          On voit même chez amazon desl ivres électroniques plus chers que les livres papiers !

          Pour ceux qui veulent lire sur un écran, un pdf gratuit ou un site web (site de news, blog ou forum sur un sujet nous interessant) gratuit sur un téléphone portable ou un netbook suffit à occuper dans les transports ou dans une salle d attente.
          De plus il y a énormément de livres gratuit dans le domaine public (projet gutenberg.

          Il y a un beau débat à lancer, car je suis largement en faveur du livre électronique, tel qu’il se pratique depuis des années, c’est-à-dire le texte dématérialisé, diffusé via le Net, qui permet à des milliers de lecteurs d’avoir accès à presque autant d’auteurs, sans engraisser au passage quelques vendeurs de savonnettes qui trouvent que le secteur bancaire n’est plus assez lucratifs ces derniers mois et qui imaginent qu’ils peuvent venir gagner plein de sous avec des marges pharamineuses dans le secteur du livre.

          Ils se trompent, comme il se trompaient déjà il y a dix ans.

          Tout le monde lit en ligne, désormais, mais gratuitement. Je vous parie que dans quelques mois on trouvera tous les derniers livres piratés en pdf. Et cela sera la faute d’Hachette (via numilog) et des autres qui pratiquent des prix fous !

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          • Prix des livres numériques 23 novembre 2008 18:56, par Robin Hunzinger

            Nicolas,

            Comme vient de le dire Denis Zwirn, c’est les éditeurs qui fixent les prix.

            A signaler sur le sujet ce comparatif sur les 2 liseuses qu’on trouve actuellement en France et qui se termine ainsi : Terminons par la question - rengaine - qui fâche encore parfois dans les dîners : le livre électronique va-t-il tuer le livre papier ? Aucune raison de craindre cela. La cohabitation pourrait bien se faire. En revanche, au risque de nous répéter, on souhaite à l’édition de ne pas suivre les traces de l’industrie du disque. En clair, de réagir maintenant plutôt que de se plaindre plus tard - trop tard...

            Effectivement si les éditeurs pratiquent des prix très si chers, ils risquent de ce retrouver très vite, comme l’industrie du disque face à un piratage généralisé.

            Voir en ligne : Comparatif des numériques sur les liseuses

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          • @ Nicolas A. 23 novembre 2008 19:32, par Denis Zwirn

            L’histoire est en train de vous donner entièrement tort ! J’en veux pour preuve le succès que sont en train de connaitre les livres numériques payants, récents et sous droits, dans tout le monde anglo-saxon, avec des sites comme par exemple www.ebooks.com ou www.fictionwise.wom, qui proposent des catalogues de près de 150.000 titres récents et une croissance des achats supérieure à +50% par an...sans parler de leur immense succès dans d’autres régions du monde comme le Japon. Votre remarque est précisément datée d’il y a 10 ans.

            En ce qui concerne le prix des livres numériques, je vous renvoie à ma réponse à Robert Bambois, qu’apparemment vous n’avez pas lue. Les livres numériques sont en effet proposés à des prix attractifs, inférieurs aux versions papier de la première édition. Par contre, le mythe de la gratuité du numérique est par ailleurs une dangereuse illusion qui, sous couvert de brosser les internautes dans le sens du poil (qui n’est pas pour tout avoir gratuit pour lui-même ?), est le cheval de Troyes d’ opérateurs qui ont intérêt à développer à leur propre avantage ce qu’on appelle des effets de réseaux. Rencontre incongrue des pourfendeurs apparents des "marchands de savonnettes" et des plus grands intérêts industriels, qui menacent les métiers de contenus et de la création. C’est une naiveté commune, fort bien déconstruite sur le plan de la théorie économique par l’excellent ouvrage d’Olivier Bomsel auquel je vous renvoie : "Gratuit !"...Oui, les livres ont une valeur, liée bien sur à leurs auteurs et à leurs éditeurs mais aussi à un ensemble d’intervenants indispensables (compositeurs, libraires entre autres) et le numérique n’enlève rien à cette valeur, sauf pour ceux qui souhaitent se l’approprier dans d’autres objectifs...Je ne sais pas quel est votre métier, mais je suis sur que vous seriez enthousiaste à l’idée de donner gratuitement le produit de votre travail quotidien, que vous soyez salarié ou indépendant.

            Le problème n’est pas par ailleurs de trouver assez de textes du domaine publics pour "s’occuper dans les transports ou en salle d’attente" ! Tant mieux si cela vous suffit. Et tant mieux en effet si cela existe aussi. La question est de permettre un accès numériques à tous les livres, les plus récents étant en général les plus lus et demandés par les lecteurs. Voulez vous les en priver ? Feriez vous la même remarque pour les livres en papier en proclamant : à quoi bon publier des nouveautés, on a déjà tous les textes de Victor Hugo ?...je laisse chacun libre d’apprécier !

            Enfin, votre pari sur le piratage est un bien vilain pari pour tous les auteurs et professionnels de la chaine du livre, dont vous semblez désirer qu’ils soient pillés...sans vous poser la question de l’avenir de cette filière professionnelle et de création qui vous permet de bénéficier des livres qui font je n’en doute pas votre bonheur.

            Là encore, une bien naive vision, qui je le pense ne se réalisera pas (voilà plus de 10 ans en effet que les livres numériques existent...et tout va - presque - bien, le pillage provenant surtout du scannage de livres en papier), vous conduit à des excès de langage.

            Denis Zwirn

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            • piratage 23 novembre 2008 20:02, par robert

              Bonsoir. J’ai vu le changement de prix. Mais cela reste très élevé pour des pdf. Généré à partir d’un fichier Word un fichier pdf pour liseuse ne doit pas être si compliqué que cela. Il suffit de voir l’offre de publie.net qui réalise automatiquement les fichiers. Je trouve leur modèle bien plus juste. Des livres pas chers et des droits d’auteur partagés.

              Sinon pour le piratage je ne partage pas votre avis. Dans Bibliobs on lit ceci :

              Le secteur français de l’édition aurait perdu 750 emplois directs et 147 millions d’euros de recette à cause du piratage de livres électroniques. C’est ce qu’affirme le site actualitté, qui s’est procuré la copie d’une étude publiée aujourd’hui par le cabinet Equancy & Co analysant les différents secteurs culturels en France. Toutes industries cumulées, les pertes attendraient plus de 1,2 milliard d’euros, et causeraient la suppression de 5.000 emplois directs, touchant principalement le disque, le film et la télévision. Selon l’enquête, l’une des causes de ces pratiques de téléchargement illégal serait l’apparition d’offres internet à moins de 30€ et de débit rapide.

              Voir en ligne : Article du NouvelObs

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  • Droit de réponse 21 novembre 2008 16:15, par Delphine

    Michel Valensi était sur France inter. Il a posé la question suivante : pourquoi le cnl subventionne-t-il uniquement le projet de numérisation pour la Bnf ? Et pourquoi les éditeurs n’ont-ils pas le choix de l’entreprise qui numérise ?

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    • Droit de réponse 21 novembre 2008 17:49, par Marie

      @Delphine : allez voir sur leur site ce que subventionne le cnl et vous aurez la réponse à votre première question. Pour la seconde Denis Zwirn répond ici et François Gèze aussi de manière encore plus détaillée dans sa réponse : les éditeurs ont le choix.

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  • Règle des forums 24 novembre 2008 11:02, par Rédaction de la revue des ressources

    Merci de signer d’un mail valide vos messages. Les messages des courageux anonymes ne seront plus publiés sur ce forum. Si la revue a remis des forums à certains articles c’est pour provoquer la discussion et valoriser ceux qui font avancer la discussion. Alors avancez à découvert, merci.

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    • Règle des forums 24 novembre 2008 19:54, par Bernard Lang

      "Les messages des courageux anonymes ne seront plus publiés sur ce forum."

      Je suis un universitaire, senior et protégé par son statut, et j’ai l’habitude de signer mes messages de mon nom. C’est un privilège.

      Dans un univers de moteur de recherche, largement dépourvu d’oubli, tout le monde ne peut se permettre ce luxe, qui semblait sans doute plus naturel dans le monde physique. Permettre le pseudonymat sur l’Internet, sinon l’anonymat qui se prêterait à des abus, est essentiel. Il y va malheureusement de la liberté d’expression. Cela fait 12 ou 13 ans, au moins, que cela est connu ... depuis une époque où probablement bien des contributeurs de cette liste croyaient encore que l’Internet était une mode.
      Comprendre le livre numérique, c’est aussi comprendre l’Internet.
      Ceci dit, on peut toujours se créer une adresse de courriel à usage spécifique, ne permettant pas l’identification. Cela permet aux tiers de vous répondre, ce qui relève simplement de la courtoisie.
      Mais rares sont ceux qui ont quelque légitimité à donner des leçons de courage.

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  • Droit de réponse 24 novembre 2008 15:11, par michel

    En guise de réponse au "Droit de Réponse" de Denis Zwirn, je reproduis la réponse faite à François Gèze. Je me fiche que Denis Zwirm n’ait pas apprécié que je l’appelle "Machin" et que je m’en prenne à son Numilog. Son vocabulaire ("concurrent", "accès de masse") me confirme que nous ne travaillons pas dans le même champ d’activité. J’ai plutôt l’habitude de considérer les éditeurs comme des "confrères", et l’accès au livre comme justement se différenciant de l’"accès de masse". Mais c’est là poujadisme, attachement aux vieux métiers d’antan, etc. Toutes les avancées technologiques ne constituent pas un progrès. J’ai plutôt tendance à penser, avec Michelstaedter, que « chaque progrès de la technique abêtit d’autant la partie correspondante du corps de l’homme ».

    Je prends acte des différentes remarques de François Gèze et l’en remercie. Il m’a mouché sur bien des points (et, du coup, j’ai attrapé un rhume !).

    Confusion entre Europeana et Gallica2, certes, mais une première correction avait été apportée entre-temps et elle est précisée dans la version 2.0 du texte. Cela ne change, hélas, pas grand-chose. Souhaitons, simplement que Europeana ne reprenne pas le modèle Gallica2.

    Il n’empêche que je maintiens que tout principe qui dissocie version papier et version numérique me semble absolument néfaste pour le livre. Ce sont les épousailles de ces formats qui permettront la double pérennité du livre papier et du livre numérique. Les faire divorcer, c’est les condamner l’un et l’autre à ne plus être, selon la belle définition de François Gèze, des « outil[s] privilégié[s] du décalage nécessaire à chaque humain pour résister au formatage de la marchandisation généralisée ». C’est pourquoi je m’en suis pris au principe établi par Denis Zwirn de Numilog (baptisé "machin", mais je m’en expliquerai un peu plus loin), même si ce dernier prétend qu’il a été établi en concentration avec tous les partenaires de la chaîne du livre. 

    Que j’aie fait preuve d’optimisme en pensant que les éditeurs auraient pu ou dû « prendre en charge » la numérisation de leurs fonds, c’est possible. Je n’ai jamais pensé qu’ils auraient pu le faire eux-mêmes à l’heure de la pause (c’est quand la pause ?), mais je me suis élevé contre le fait que des fonds du CNL allaient concerner exclusivement ce projet SNE/BNF, et non un principe de numérisation en soi, dont les éditeurs pouvaient disposer pour tel ou tel projet. La commission d’aide à la création de sites internet et à la numérisation a disparu au profit de cette seule nouvelle commission BNF/SNE, et c’est ce que je trouve injuste. J’ai trop de respect pour le fonctionnement du CNL pour ravaler ma salive. Je considère (à tort ?) que le CNL, d’une certaine manière, est la maison des éditeurs (qu’ils soient membres du SNE ou pas), et qu’il nous revient d’exprimer nos désaccords.

    Mais il y a dans la réponse de Gèze et dans celle de Zwirn une incohérence que je ne m’explique pas. Gèze dit : « comment imaginer que la BNF puisse établir autant de "ponts informatiques" vers chacun d’entre eux [les éditeurs] ? » et Zwirn : « ce rôle est ouvert à tous : les libraires, si des éditeurs choisissent de s’appuyer sur leur outil de feuilletage, les éditeurs directement s’ils le souhaitent. » L’explication vient peut-être de ce qu’ajoute Zwirn : « Vous pourriez être tenté, si vous en aviez les capacités ». On est donc amené à se demander que veut dire « capacités » dans le langage de Zwirn. Il ne fait pas de doute que dans son esprit, je ne les ai pas.

    Je crains, par ailleurs, de ne pas avoir l’optimisme de François Gèze quand il annonce, à propos du mode de fonctionnement de l’e-distribution, que « l’objectif [est] à terme que lesdits e-distributeurs répercutent vers des libraires en ligne les achats des internautes ». Je suis prêt à prendre les paris. Les e-distributeurs agréés actuellement en liste – à l’exception de Tite-Live – ne migreront pas vers la librairie, quand bien même cette dernière aura-t-elle "accueilli" le numérique, ou alors par l’intermédiaire de structures-alibi isolées. Cette « place des libraires » est essentielle. Non pas au nom de la défense du petit commerce, mais parce que d’elle dépend une relation renouvellée entre le livre et le lecteur, et le maintien dans la structure de la ville d’espaces dévolus aux livres eux-mêmes. Elle doit être conçue sous la forme de collectifs de libraires, comme il a pu en exister jadis pour défendre une certaine idée de ce métier (je fais allusion à ce qu’a pu être, par exemple, L’œil de la lettre dans les années 80).

    Ce que j’ai voulu dire dans ce texte, c’est qu’à travers le principe proposé par Denis Zwirn, auteur du rapport commandé par la BNF et patron de Numilog, la voie était ouverte non seulement à une divorce entre les supports, mais de plus à une séparation de leur commercialisation. Sur ces deux points, je pense que le principe est mauvais. Je m’y tiens. C’est sans doute l’effet de mon poujadisme (dixit Zwirn dans son droit de réponse), mais si concevoir le numérique comme en "accompagnement" du livre, et la librairie comme une structure absolument capable de vendre des fichiers à moyen terme, c’est être poujadiste, alors j’en suis.

    A ce titre, le principe développé par Tite-Live (que Zwirn, toujours dans son « droit de réponse », appelle un « concurrent »), est le seul viable et je n’entrerai pas dans les détails de son agréement par la BNF, mais je crois savoir qu’il n’est pas allé sans poser de problèmes à ses "concurrents" agrégateurs, même si la BNF semble avoir désormais compris l’originalité et la viabilité du principe.

    Que je n’aie pas voulu nommer Zwirn ni sa société, c’est en application du principe ‘Picasso’ (« – On a dit du mal de Picasso dans la presse. – Sur combien de lignes ?, demande Picasso). Je n’avais pas l’intention, en m’en prenant à tel ou tel e-distributeur, de lui faire la moindre publicité. Je m’en prenais à un principe. Je m’en prenais aussi au fait qu’il me semblait déontologiquement étrange qu’un organisme public commande un rapport à un e-distributeur et qu’il en sorte que l’e-distribution SOIT la solution. I-kiosque, Cyberlibris, Numilog, c’était, pour moi, du pareil au même, d’où « Machin » (J’aurais pu trouver plus vache). Imaginons un instant que cette étude ait été commandée à un libraire, à un éditeur, à un distributeur, ou à un écrivain. Le modèle en aurait été bien évidemment différent. Peut-être plus à l’écoute des différents partenaires de la chaîne.
    Reste la question de savoir s’il était légitime de penser que le portail de Gallica2 pouvait être un lieu propice pour « un nouvel accès de masse aux textes à l’ère numérique » (selon la formule, qui en dit long, de Zwirn, à qui je suggère la lecture de la Théorie de la folie des masses d’Hermann Broch, dont je viens de publier la traduction). Ça ressemble à l’aberration qui a consisté à penser une librairie (Flammarion) à l’intérieur de la BNF (confiée, pourtant, à une excellente libraire qui n’a pu, malgré son très grand professionalisme, rendre cette structure viable). Cette idée est perverse à plusieurs niveaux. On sollicite l’internaute ‘usager de bibliothèque’ pour l’achat des livres sous droits. C’est déjà étrange, mais soit. L’édition va mal ; la bibliothèque a sa part de responsabilité, etc. Ce serait une sorte de réponse du berger à la bergère. Mais si l’internaute veut lire le Père Goriot ? Pourra-t-il en télécharger gratuitement une édition du domaine public directement sur Gallica2 ? Ou finira-t-il par s’adresser aux e-distributeurs dont les catalogues se rempliront très vite de ces ouvrages hors droits ? Je n’ai pas encore fait d’essais sur cette question, mais je crains que la deuxième solution s’imposera assez vite, dévalisant plus encore la librairie et l’édition, au seul profit de l’e-distributeur.

    J’ai écrit un texte d’humeur en réaction à l’envoi d’un spam. Mais il y a quelque temps que cela me démangeait. Ce spam n’est pas seulement « malhabile » comme le dit François Gèze ; il témoigne de l’esprit qui préside au principe proposé par Zwirn. Qu’importe qui l’a écrit. Zwirn y a, à mes yeux, une part de responsabilité, et il est devenu « Machin en chef » dans mon libelle (je ne m’attendais pas à ce qu’il me demande en mariage). J’ai réagi au nom d’une certaine idée de l’édition et du livre. Idée « obsolète » d’après Zwirn. Soit. Je m’en tiens donc à mon obsolitude et lui souhaite bonne chance dans l’univers des « bits sans âme » (pour répondre à son « marchand d’âme », qui m’accuse d’avoir vendu la mienne à Google, alors que je défends depuis des années une position que je crois juste dans sa formulation actuelle et que j’ai répondu à l’invitation de grands libraires [Ombres Blanches, Sauramps] pour participer à des débats sur une question qui semble intéresser les lecteurs de livres !). (C’est bizarre à quel point certaines gens imaginent tout de suite que tout est à vendre ! C’est sans doute lié à leur propension à se vendre eux-mêmes au plus offrant !)

    Pour finir, je décline, bien évidemment, l’offre (que je sais sincère et généreuse) faite par François Gèze de participer de la commission numérique du SNE.
     
     

    Voir en ligne : réponse à la réponse

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  • Droit de réponse 24 novembre 2008 16:35, par Gérard

    Quelles que soient les raisons de cette réaction épidermique, le travail éditorial de Michel Valensi est un des rares dont il faille obstinément saluer le courage (quand on sait à combien se vend aujourd’hui un essai...). Il faut le rappeler, ne pas cesser de le rappeler. Que les rapporteurs rapportent c’est bien. Mais il y a ceux qui se mouillent pour préserver un brin de liberté et de hauteur de pensée. Valensi est de ceux-là. Sa voix a donc en effet un certain crédit. Surtout qu’il a été le premier à utiliser le web pour laisser ses livres en consultation gratuite.

    Voir en ligne : Liberté et hauteur de pensée

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  • Les déjà ringards du tout numérique 24 novembre 2008 16:46, par Gérard

    J’ajoute que la vie du livre est contractuellement concédée par l’auteur à un éditeur, qu’il revient donc à cet éditeur de faire correctement fonctionner la vie du livre dont il a la responsabilité, que ce n’est ni à Machin ni à la Bib, fut-elle Nationale. Le contrat que signe l’auteur ne concerne que l’éditeur. Sauf à prévoir d’autres closes, ce qui n’est pas encore le cas. Depuis Gilgamesh, le livre a déjà ringardisé le numérique (que sont donc devenues vos archives sur disquettes, M.Machin ?)

    Voir en ligne : Les déjà ringards du tout numérique

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