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Des trésors de films dans le domaine public. Europa Film Treasures 

mardi 29 janvier 2013, par Rédaction

Après vous avoir présenté la base de films de Archive.org, nous allons explorer aujourd’hui une autre base qui vous propose tout un tas de trésors, à visionner légalement et gratuitement en ligne.

A l’heure où le numérique révolutionne l’accessibilité et la diffusion des contenus, à l’heure où les archives cinématographiques des premiers temps sont conservées, Europa Film Treasures a créé une plateforme en 5 langues où l’on peut regarder librement du cinéma de patrimoine. Mise en ligne en 2008 à l’initiative de Lobster Films, et grâce à un réseau d’une trentaine de cinémathèques européennes partenaires, Europa Film Treasures propose de visionner en streaming les trésors issus de ces fonds prestigieux. Le site est d’ailleurs entièrement consultable en anglais, français, espagnol, italien, et allemand.


La sélection de films en tous genres proposés sur le site balaie près d’un siècle de cinéma, de la fin du 19ème siècle jusqu’aux années 70. Tous les films, souvent très anciens ou issus de cinématographies méconnues, sont accompagnés d’un livret explicatif qui en donne les clés de compréhension et le parcours. Vous pourrez également y découvrir l’histoire parfois mouvementée de leur découverte et/ou leur restauration.

Parmi les films à voir, voici une petite sélection :

Marvo Movie - 1967 de Jeff KEEN

Les méthodes exploitées par Jeff Keen dans Marvo Movie sont une excellente illustration de l’appartenance du film au genre expérimental. Expositions multiples, animation et montage ainsi que le recours à des concepts thématiques et théoriques forment un large éventail de techniques. Dans le film, des personnages de pulp fiction offrent une image subversive de la société de consommation qui, alliée à des collages, compose une image kaléidoscopique de la presse populaire britannique. Au travers des performances et des costumes, Keen se penche sur chaque aspect du processus, et anime chaque image pour créer cette œuvre à part. Marvo Movie est le premier film de Keen en format 16mm ; il a été créé avec deux bobines de film de 30 m. L’exploration de la structure des matériaux renforce son aspect thématique. Keen prévoyait à l’origine deux films, mais a décidé par la suite de rassembler les deux bobines pour obtenir un film plus achevé. Ce film s’inscrit dans la « Trilogie Jeff Keen » aux côtés de Cineblatz et White Light. Keen collabore avec le poète Bob Cobbing, l’un des fondateurs de la London Filmmaker’s Co-op, pour composer la bande sonore abstraite. Les vocalisations rappellent la « poésie sonore » Dada, qui transforme les mots en performances abstraites, pour contourner les instincts du spectateur et se diriger vers le sens. Les autres collaborateurs de Keen sont sa femme Jackie, ainsi que d’autres amis et artistes.

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Symphonie bizarre et l’araignée d’or - 1909 de Segundo de Chomón

Souvent, le nom de Segundo de Chomón (1871-1929) est associé à celui de Georges Méliès (1861-1938). S’il est moins connu que son illustre rival, le cinéaste espagnol a peu de choses à lui envier en termes de créativité et d’ingéniosité des trucages. C’est en 1905 que Segundo de Chomón est embauché par Pathé Frères, dont il devient responsable des films à trucs pour concurrencer Méliès. Durant les années 1908 et 1909, particulièrement prolifiques, Segundo de Chomón réalise ses meilleurs films à trucs, parmi les 150 qu’il aurait réalisés pour Pathé entre 1905 et 1909.

Tout comme pour L’Araignée d’or, Le Voleur invisible, ou Le Rêve des marmitons, Chomón a recours, dans cette Symphonie bizarre, à un trucage efficace : le tournage image par image. Egalement appelé « tour de manivelle », cette technique permet au cinéaste de donner l’impression aux spectateurs que les objets s’animent et se déplacent seuls, en les bougeant légèrement entre chaque prise d’image. C’est la projection du film qui permet la reconstitution du mouvement. Pour réaliser ce trucage, Chomón utilise une caméra dotée d’une manivelle marquée de huit points de repère (car elle enregistre huit photogrammes par tour), lui permettant de filmer en avant et en arrière. C’est ainsi qu’il réalise la jolie danse des ombrelles.

Les couleurs de ce film sont obtenues grâce à une coloration des images au pochoir. La couleur est une obsession pour Chomón. Son épouse, Julienne Mathieu (1874- ?) - qui joue d’ailleurs dans plusieurs films de la période Pathé, comme Les Ombres chinoises - était responsable de l’atelier d’enluminure que dirigeait Mme Thuillier, et qui colorait les films de Georges Méliès. C’est elle qui a initié Chomón à l’art du coloriage, et qui l’a ainsi fait entrer dans le monde du cinéma juste naissant. En 1902, le couple s’est installé àBarcelone, ouvrant un atelier de coloriage de films. Chomón s’approprie toutes les procédés de coloriage, et les perfectionne. De retour àParis, il aurait collaboré à la mise au point de la technique mécanique de coloriage au pochoir des films, brevetée sous le nom de Pathécolor.

La musique originale de ce film a été composée par Valentin Couineau en 2011 dans le cadre du partenariat 2010-2011 avec le CNSMDP (Conservatoire National Supérieur de la Musique et de la Danse de Paris).

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Quatre gnomes parcourent les bois, cherchant dans les mares d’eau une araignée d’or. Un bûcheron les suit dans leur périple, jusque dans leur grotte, où il constate que l’araignée capturée tisse des lingots d’or qu’elle découpe ensuite en pièces ! D’autres insectes sont en plein travail : une mouche enfile des perles, une cigale peint… Mais c’est bien l’araignée qui intéresse notre bûcheron, qui la subtilise et l’emmène dans sa hutte. Le bûcheron va devenir riche ! Pourtant, il refuse l’aumône à un mendiant. Son avarice et sa cupidité vont vite être punies…

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Marizza, genannt die Schmugglermadonna - 1922 de F.W. MURNAU

Le cinéaste F. W. Murnau (1888-1931) est l’un des maîtres du cinéma muet allemand, auteur de Nosferatu le vampire (1922) ou Faust (1926). Jeune homme éduqué, il s’est d’abord consacré au théâtre, avant d’être mobilisé dans les troupes allemandes durant la Première Guerre mondiale. En 1919, il crée sa société cinématographique, et débute sa carrière en réalisant huit longs métrages en seulement deux ans !

Le tournage de Marizza, gennant die Schmugglermadonna a lieu en octobre et novembre 1920. Le film sort en Allemagne en 1922, et sa version italienne en 1923. Pour cette dernière, les noms des personnages sont modifiés (et Marizza devient Maritza). Une bobine sévèrement endommagée de cette version sur film nitrate appartenait à la collection privée italienne de l’ancien Museo Internazionale del Cinema e dello Spettacolo. Elle a été placée sous la tutelle du Ministère de la Culture et confiée à la Cineteca, où elle a été méticuleusement restaurée grâce au procédé DI (Digital intermediate) afin de pouvoir être présentée à l’édition 2010 du festival de Pordenone. Ce travail, pour lequel un nouveau scanner 2K pour film D-Archiver a été utilisé, a constitué le test le plus significatif pour le nouveau département digital installé à la Cineteca. http://www.cir-srl.com/Brochures/D-...

Cet extrait appartient certainement à la première bobine du film : les personnages sont introduits, et leurs relations se construisent. L’intrigue se poursuivait ainsi : puisque Leone promet d’épouser la fille de l’usurier, Maritza, qui est enceinte, s’enfuit avec Niko, le fils cadet. Le couple est retrouvé par le chef des contrebandiers, que Maritza tue. La contrebande est démantelée, et Maritza et son enfant sont sauvés des flammes par Leone.

Pour Lotte Eisner (1896-1983), Murnau montre déjà dans ce film un souci particulier du clair-obscur, et de la profondeur de champ. Cette œuvre amorce la série des films paysans du cinéaste, à laquelle appartient notamment le magnifique Sunrise (1927). L’équipe en charge de la restauration a donc pris un soin tout particulier à recréer les couleurs et textures du ciel, de l’herbe, de l’éclat produit par la lumière du soleil. Le rôle expressif du paysage, qui symbolise la liberté du personnage principal, est ainsi sublimé.

La musique originale de ce film a été composée par Macha Gharibian en 2012 dans le cadre de l’appel à proposition lancé en partenariat avec la Sacem (Société des auteurs compositeurs et éditeurs de musique).

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Supertramp Portrait, 1970, de Haro Senft

Autre perle, cette fois documentaire : ce tout premier portrait filmé du groupe de rock Supertramp, anciennement appelé Daddy, dans un club munichois, fin 1969. Né en Tchécoslovaquie en 1928, Haro Senft s’adonne très jeune à la peinture, sa première passion. En 1954, il crée sa société de production, Boheme Film qui deviendra, deux ans plus, tard, Haro Senft Filmproduktion. A la fin des années 1950, avec d’autres réalisateurs tels Edgar Reitz ou Alexander Kluge, Haro Senft s’autoproclame fondateur du Nouveau Cinéma allemand, un cinéma sans conventions et sans contraintes commerciales.

Lorsqu’il entreprend de filmer ce groupe de rock alors méconnu du grand public, Haro Senft ne se doute certainement pas que Daddy deviendra Supertramp. Son intention n’est alors que de mettre en image la musique, le fruit du travail de quatre musiciens, sans aucune volonté de « stariser » les artistes. Supertramp Portrait 1970 est le premier court-métrage du genre.

D’ailleurs, fidèle à ses convictions mises sur papier dans l’Oberhausen Manifesto de 1962, manifeste selon lequel il dénonce les entraves commerciales du cinéma, Haro Senft a toujours refusé de vendre ce film.

Alors que la carrière de Supertramp décolle très rapidement, les quatre musiciens ont toujours clamé leur reconnaissance au réalisateur. Richard Palmer, le guitariste, a déclaré, lors d’une interview : « Supertramp Portrait 1970 reste à ce jour le meilleur documentaire sur notre groupe ».

Supertramp Portrait 1970 est considéré comme le documentaire ayant inspiré Martin Scorsese qui, en 1976, filme le concert d’adieu du groupe canadien The Band et en tire un documentaire poignant deux ans plus tard, La Dernière Valse.

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The Apple-Knockers and the Coke (Les seins à la pomme et au Coca-Cola), 1948, anonyme.

Et pour finir, un film érotique... avec une fausse Marilyn !

Ce film restera célèbre pour avoir laissé croire qu’il mettait en scène Marilyn Monroe (1926-1962). En 1982, le magazine Playboy met fin à cette rumeur. Il s’agit en fait de la playmate Arline Hunter. Véritable pin up des années 50 dont on connaît peu de chose sauf qu’elle possède un sex appeal ébouriffant.

Canon de l’après guerre, Arline Hunter est née autour de 1930. Elle tourne dans The Apple-Knockers and the Coke à la fin des années 40. C’est sans aucun complexe qu’elle prend le même pseudonyme que Marilyn Monroe. Les fans de la star hollywoodienne sont nombreux à en être encore outrés. Il faut en effet reconnaître que la performance de Miss Hunter est assez obscène et provocante pour l’époque.

La fausse Marilyn connaît une assez belle carrière en son genre. A partir de 1948, Arline Hunter tourne dans une vingtaine de films érotiques et pornographiques dénommés aussi « blue films ». Elle figure également comme playmate sur la double-page centrale du magazine masculin Playboy avant d’être couronnée "playmate du mois" en août 1954.

La diffusion de ce petit film s’ajoute aux rumeurs les plus folles sur les débuts coquins de Marilyn Monroe. Quand le scandale survient en 1955, Marilyn Monroe brille à l’affiche Niagara de Henry Hathaway et de The Seven Year Itch (Sept ans de réflexion) de Billy Wilder.

Aujourd’hui encore, la nudité de Marilyn fait jaser. Le dernier scandale date d’avril 2008. Le collectionneur américain Keya Morgan prétend détenir un film pornographique tiré d’archives secrètes du FBI ! Joe DiMaggio, époux de Marilyn entre 54 et 55 aurait tenté de lui acheter pour 25 000 dollars pour étouffer cette énième affaire.

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P.-S.

Les présentations des films sont tirées des livrets proposés par Europa Film Treasures et des cinémathèques partenaires.

Crédits photographiques :

- logo : Le trésor des Musgraves, Georges Tréville - 1912 Lobster Films

- photographies à l’intérieur de l’article : Capture écran de Marvo Movie de Jeff KEEN

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