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7 avril 2022, par Rodolphe Christin
S’en aller avec Kerouac, et risquer l’abordage d’horizons imprévus sur une vieille terre d’Amérique bousculée dans ses repères car traversée comme jamais. Vue, vécue, elle tremble, vacille, dépasse les bornes, dérangée par le rythme des voyages intérieurs, extérieurs. L’horizon qui appelle se rapproche ensuite, prend consistance grâce au voyage, devient palpable pour l’expérience avide de le (…)
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6 septembre 2009, par Rodolphe Christin
Sans que cela soit volontaire, des souvenirs remontent à la surface alors que personne n’est allé les chercher. Chacun porte en lui des fonds gigantesques dont il ne soupçonne pas l’importance, il suffit alors d’une image ou d’un parfum, d’une expression fugace sur un visage pour que viennent s’y associer, avec plus ou moins de bonheur, les lambeaux d’un passé qui jusque là demeurait (…)
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21 janvier 2011, par Rodolphe Christin
FORET 0
Le feu craquait, nourri de résines gluantes. Ses doigts en portaient la trace indélébile depuis qu’il vivait dehors.
Elle se tenait accroupie près du brasier, elle aussi. Elle venait d’ajuster une perche, appuyée sur un galet emprunté à la berge, son extrémité glissée sous une autre roche servait de contrepoids. A l’autre extrémité, une bouilloire noire de suie, le cul dans les (…)
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5 juin 2010, par Rodolphe Christin
Le craquement du bois sec
sur le genou plié
des chevaux soufflent il fait nuit
autour du feu des hommes
des brèches de lumière
s’étendent sur les visages
tendus comme des bruits
Du nomadisme nos sociétés ont retenu le déracinement de l’émigration internationale et la mise à disposition du salarié à l’employeur, l’une et l’autre de ces formes se confondant souvent. Chercher (…)
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1er mai 2010, par Rodolphe Christin
Hector se faisait beau et prenait ses plus belles manières. L’eau courante à l’extérieur permettait de faire une toilette quotidienne, il se félicitait donc d’avoir lavé ses vêtements la veille. N’ayant pas eu le temps de faire sa valise, il devait veiller à la bonne tenue du peu qu’il avait. Il se demandait parfois s’il ne commençait pas à apprécier sa nouvelle existence, qu’il jugeait (…)
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6 septembre 2009, par Rodolphe Christin
Tout commence par le paradoxe de l’étendue désertique qui sans toi, qui que tu sois, ne parlerait jamais à personne car le désert est par endroits la matière première de sa formulation en signes de quoi ? - en signes de vie comme la brindille poussée de travers sur le sable en dessins pentus et obliques
Un itinéraire, le pas, le verbe, l’écriture et l’empreinte, traces, on suit sur (…)
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6 février 2010, par Rodolphe Christin
Cinq.
Dans son boudoir de la rue des amis, Clara n’était jamais en retard. Un rendez-vous est un rendez-vous. Courtoisie et professionnalisme l’obligeaient à un minimum de rigueur. C’était un principe auquel elle ne dérogeait jamais. En outre, son client Monsieur Dumenclin n’aimait guère attendre, comme tous les gens importants, ou plutôt : qui se sentaient importants. Personne n’est (…)
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13 mars 2010, par Rodolphe Christin
Simone Dumenclin, il faut le dire, se félicitait de n’avoir pas demandé le divorce et d’avoir conservé son statut. Divorcer, elle y avait déjà songé à plusieurs reprises, mais ne l’avait jamais avoué à quiconque. Elle était donc, d’une certaine façon, bénéficiaire par alliance des chaudières et des bois Dumenclin s’il arrivait quelque chose à son mari. Avec le temps, les qualités de celui-ci (…)
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14 août 2013, par Rodolphe Christin
" L’étendue véritable n’est point pour l’œil, elle n’est accordée qu’à l’esprit. " Saint-Exupéry
Qu’entendre sous ce mot magique et inquiétant, souvent fascinant, d’où s’envolent nombre de mirages : l’aventure ? Et qui sont ceux qui la tentent jusqu’à faire d’elle un genre de vie ? Blaise Cendrars trace le portrait d’un aventurier dès les premières pages de Bourlinguer, ce livre qu’on (…)
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25 mai 2006, par Rodolphe Christin
Matthieu ne peut pas passer inaperçu. De très loin on sait que c’est lui, ce ne peut être que lui. Quarante-cinq ans, français comme lui. Le crâne rasé avec seulement une touffe de cheveux verts, survivants d’une catastrophe froidement programmée. Un bouc de la même couleur couvre son menton, rond comme un galet. Les ongles peints en noir, des bagues à tous les doigts et l’une d’entre elles, (…)