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Constellation 68, ceci n’est pas une commémoration 1/2 

Bandits-Mages invite Olivier Hadouchi qui invite Aliette Guibert, 1-3 juin 2018, Bourges

mardi 1er mai 2018, par Louise Desrenards (web redactrice)

Le flot du grand barouf commémoratif du cinquantenaire de mai 1968 sera heureusement en décrue, lorsqu’à Bourges, les 1, 2 et 3 juin, à Bandits-Mages, seront présentés des films « engagés » conçus au long du cinquantenaire — ce carrefour de deux millénaires où cette fois encore le monde change de paradigme. Même si les enjeux et les conditions ne sont plus les mêmes, les masses révoltées ou en demande s’expriment de la même façon. Au changement d’époque : que valent les rassemblements — que vaut la jeunesse perdue ou qui s’affaire ? Les vieux de la société ? Où en est la colonisation, l’impérialisme, la décolonisation des post-colonialisés et des post-colonialistes ? L’organisation ?
Puisqu’il existe encore des grévistes, donc des travailleurs indispensables aux populations mais pas au pouvoir, eux-mêmes que peuvent-ils ? Les zadistes on le sait, ils vivent par leurs propres moyens, ils appellent à pouvoir vivre. La police qui les réprime sauvagement est mise à l’honneur à la télévision, ce 30 avril 2018, avec les témoignages de quelques retraités de l’uniforme ayant peut-être commis dans leur jeunesse « professionnelle » le massacre du 17 octobre 1961, à Paris : ils évoquent 1968 comme un grand moment de frayeur pour eux, devant les étudiants insurgés. Avaient-ils eu peur devant les Algériens désarmés, s’ils avaient participé à les jeter dans la Seine après les avoir sauvagement matraqués, moins de dix ans avant ? Le 10 juin 1968, du côté de Meulan, le lycéen Gilles Tautin mourrait noyé dans la Seine, probablement précipité lors d’une charge des gendarmes mobiles contre la marche des étudiants venus aider les grévistes de Renault Flins, assaillis par la police. Il avait 17 ans [1].
Au royaume de la novlangue on peut tout faire et dire n’importe quoi pourvu que la fête continue. Le cinquantenaire mondial de la révolte de la jeunesse, solidaire du chant du cygne des ouvriers français, sera donc aussi celui de la répression en France. Comment s’y associer sans se poser des questions ? Plutôt ce qui a changé, et ce qui résiste en allant de l’avant, en revitalisant la terre. (A. G.)


- Constellation 68, inauguration : Mathieu Kleyebe Abonnenc, The night readers, 45’ (2018)
Une proposition d’Aliette Certhoux et de Olivier Hadouchi.

- 1/2 Moving Inside : Les vies bouleversées | Gare à l"urbanisme
Une programmation d’Aliette Certhoux

- 2/2 (Re)Déployer 68 - 68 (Re)Extended - Desplegar 68
Internationalisme(s), anti-impérialisme et convergence des luttes ? | Je, tu, il, elle… elles, eux |
Détruire, reconstruire et décentr(alis)er ?
Une programmation de Olivier Hadouchi


Bandits-Mages
Le Haïdouc, Friche l’Antre-peaux ; 24 route de La Chapelle, Bourges.
Entrée libre.


Gilles Tautin (1951-1968, mort le 10 juin)
Source gillestautin.unblog, le 19 juin, 2008.


1/2 Moving Inside : Les vies bouleversées | Gare à l’urbanisme


Les vies bouleversées

Avertissement : L’autodéfense comme humanités
Les personnalités particulières qui assumèrent l’auto-défense desdits gauchistes pendant les années chaotiques furent au premier plan de ceux qui portaient en eux l’utopie comme une croyance. Pour la solidarité d’une société en commun, un dispositif politique humain, l’attention de l’autre, la solidarité protectrice militante dans les luttes anti-impérialistes et contre les fascistes, car aussi après les morts de Charonne, contre la police, et dans l’activité syndicale pour la protection des grévistes dans les usines et les universités. Visibles aux yeux de tous lorsqu’ils encadraient les manifestations de rue : les S.O. Mais bien davantage, des militants à part entière des micro-sociétés expérimentales dont ils étaient mandatés pour organiser la protection avec ces sociétaires, à savoir : les occupations organisées en communes. Avant l’avènement mondial du libéralisme — ses organisations supranationales, et ses post démocraties — a Révolution des œillets nous montrera comment une organisation militaire contre toute tradition de la dictature peut la renverser, vers une simple démocratie. Et peut-être aussi aujourd’hui même en Arménie. Nous verrons peut-être les nouvelles émergences et comment leur auto-défense n’est pas la guerre d’ingérence. Dans les années de 1960 à 1970 tous les partis de gauche, leurs mouvements de jeunesse, et les organisations gauchistes, avaient leur service d’ordre respectivement organisé par un chef charismatique. La guerre d’Algérie à peine terminée laissait dans son sillage une extrême droite colonialiste violente, active pour le soutien de la guerre américaine au Viet Nam, et la dernière guerre mondiale était assez proche pour que le corps de la police municipale contint encore des policiers vichystes en activité, de ceux qui venaient de commettre le massacre du 17 octobre contre les Algériens, à Paris, en 1961, ou de ceux qui le 4 février 1962 avaient assassiné des manifestants communistes contre l’OAS, en lançant sur eux des grilles d’arbre tandis que pour fuir la charge ils s’étaient entassés en bas de l’escalier de la station de métro malheureusement close. On connaît Pierre Goldman à cause de son procès pour un crime qu’il assuma sans l’avoir commis et à cause de son assassinat. Beaucoup plus jeune était le trotskiste Michel Recanati dont un film lui étant consacré, Mourir à 30 ans, raconte la tragédie. Roland Gengenbach s’impliquera physiquement et spirituellement dans tout ce qui se révolutionnera en France après 1968 et ne survivra pas à son aventurisme idéaliste forcené. Quant à Jacques Rémy, parce que son engagement heureusement n’interrompit pas sa vie, on ne le connaît pas : pour autant, une des plus hautes figures de l’auto-défense dans ces années. L’éclatement des gauchistes en groupes autonomes armés et leurs objectifs militaires mirent fin à la cause collective de l’autodéfense, notamment en Italie, en France, en Allemagne. L’issue des guerres impérialistes, la réhabilitation parlementaire de l’extrême droite en France, la fin de la guerre froide, et l’édification supra-nationale de l’Union européenne marquèrent le terme de la légitimité civile de l’auto-défense. Aujourd’hui, en France, la violence commune est entièrement du côté du pouvoir. On s’en est aperçus lors des occupations universitaires notamment à Montpellier et généralement lors des manifestations. Que reste-t-il de l’autodéfense et qu’aurait-elle à défendre aujourd’hui ? Il peut aussi s’agir de la défense d’un territoire de pratique sociale ou urbaine dont l’objet est à moyen terme ou dans la longue durée... En 1970 les militants de la Zingakuren organisés en armée venaient secourir les insurgés de plusieurs villages de paysans contre la construction de l’aéroport de Narita non loin de Tokyo (exploit immortalisé par Yann Le Masson et Bénie Deswarte dans le film Kashima Paradise, — où Yann inventa une technique de tournage en immersion à laquelle Samuel Fuller rendit hommage et à l’origine du steadycam. Changement d’époque et rien à voir : pourtant, comment ne pas penser à l’autodéfense (et au projet) des Zadistes de Notre-Dame-des-Landes, pour lesquels l’utopie qui ne s’écrit pas au futur colle au terrain, rejoints par des masses d’interposition bienveillantes ou solidaires dont la dispersion sur le territoire annihila finalement la puissance de la police ?


- Jacques Rémy
- Jean-Claude Bourgeois
- Roland - récits


Oui ! au fil de la narration qui ne préexiste pas à l’écoute, qui se forme, s’in-forme d’elle. Ici « le solide, le dur, le construit / est troublé par le léger, l’impalpable / L’Impérissable déplace, dément le mortel / Le Sublime éponge, dévaste le commun / Le Sublime hors du sanctuaire »
Vive le hors de… le à tort et à travers dans le vif du sujet… Il ne s’agit pas du « renversement de toutes les valeurs » en recréant une hiérarchie et du pouvoir. Il s’agit de vies capables de s’émouvoir, de vies bouleversées, touchées par la vie.
Nathanaële Chatelain


Vendredi 1er juin, 22h.

Jacques Rémy - entretien, Stéphane Gatti, 67’ (2008 ; 2018)

Un monde qui n’était pas celui de la non violence collective ne pouvait être celui où le peuple et ses militants restaient désarmés, où l’arme sans armes fut celle des arts martiaux et l’armement les manches de pioche. Alors les fascistes n’appartenaient pas à des partis parlementaires, ils étaient constitués en organisations miliciennes offensives contre les Comités Viet Nam et les étudiants de l’UEC et de l’UNEF, et intervenaient violemment dans toutes les facultés. Les anti-impérialistes constitués en services d’ordre n’hésitaient pas à aller affronter les colonialistes. Ce furent d’ailleurs les troubles à l’origine de mai 1968. Ainsi, toute l’importance militaire de l’autodéfense dans les mouvements d’avant et de mai 1968, au moment des dernières guerres dialectiques et luttes des classes révolutionnaires géopolitiques et politiques, est à comprendre à la fois comme la formation d’une ressource internationale solidaire, et une solidarité sociale locale auto-organisée, et comme la forme avant-gardiste de la défense de l’expression publique et de l’amitié constructive entre les exploités, les exilés, et les exclus. Tous formant une base régionale, unifiée par l’action d’un ensemble de marxistes et d’anarchistes solidaires de leurs marges, en rupture avec la ligne soviétique du communisme dans un seul pays tenue par le PCF et ses conséquences corporatistes advenues dans les bureaucraties des syndicats de classe, sont ceux que bien au-delà de Lénine les médias qualifièrent de "gauchistes". Pour combattre les fascistes puissants depuis la guerre d’Algérie Pierre Goldman avait appelé Jacques Rémy à former avec Roland Gengenbach le service d’ordre de l’UNEF de la Sorbonne. Mais les militants ayant été arrêtés, et Jacques Rémy étant blessé, ils ne furent pas sur les barricades, spontanément dressées par une masse d’étudiants solidaires inorganisés... Le service d’ordre à l’appel de son camarade Jean-Marc Salmon, faisant face l’incroyable brutalité des gardes mobiles à Renault Flins, en juin 1968, ce fut encore lui. Jacques Rémy évoque ces circonstances, et parlant des vies donne à comprendre le socle de l’évolution sociale parfois difficile de ses camarades, et les vies précaires parfois tragiques des « Katangais ». [2]

N.B. Cet entretien fédère celui de Jean-Claude Bourgeois, tous les deux choisis parmi la sélection des 22 visuels du même auteur pour le cadre commémoratif du Centre Georges Pompidou, Assemblée générale (du 28 avril au 21 mai), ainsi que son film inédit Roland - récits, bio-documentaire qui sera présenté en avant-première à Bourges. [3]

Samedi 2 juin, 14h.

Jean-Claude Bourgeois - entretien, Stéphane Gatti, 49’ (2008)

Katangais et de là : construire l’amitié l’amour, apprendre se cultiver exister. La vie de Jean-Claude Bourgeois est le roman de ses espaces intérieurs selon les trajectoires de son aventure chaotique, et d’autant plus constructive. Les rythmes. Sur un temps extrêmement court, Mai, l’avant et l’après, furent une période de décloisonnement intense. Le parcours de Jean-Claude en est le symbole. Fils d’ouvrier, tout juste muni d’un CAP d’ajusteur, il fuit l’usine pour tomber dans la délinquance à Orly. Il est condamné pour trafic d’armes. À sa sortie de prison, il rencontre la troupe turbulente du Chêne noir (1967) et le monde semble enfin s’ouvrir pour lui. Mai 68 arrive, le voici à la Sorbonne parmi les Katangais, puis il s’inscrit à l’université de Vincennes, en philosophie et en mathématiques, deux des départements prestigieux de la nouvelle université. Il est brillant, choisi sans délai pour devenir moniteur en Mathématiques. En même temps il milite au comité de base de la fac. Ses camarades le pressent de retourner s’établir à l’usine alors qu’il s’en était échappé. C’est la crise. Finalement, il accepte, s’embarque avec eux pour Rouen. Il est le seul qui sera embauché dans la forteresse ouvrière de Renault Cléon. Deux ans. La drogue. Il s’inscrira au cours du soir des Arts et Métiers. Il deviendra ingénieur spécialisé dans la reconnaissance des objets volants, il enseignera. Aujourd’hui, dans une campagne au sud de la France auprès des aimés retrouvés, il s’adonne à l’art de peindre. De tout cela Jean-Claude Bourgeois tente une évocation compréhensive.


Samedi 2 juin, 15h.

Roland - récits - bio-documentaire, Stéphane Gatti, 67’ (2018)

Deux frères de Roland se sont suicidés Eric et Willy. Il a passé beaucoup de temps auprès de son frère Eric mais il n’a pu empêcher son geste. Le père de Roland s’inquiète et appelle son meilleur ami Michaël pour le prier d’accueillir son fils pendant quelque temps. Mais finalement Roland aussi se suicidera, après être entré en ascèse mystique pour intégrer l’abbaye bénédictine de Font Gombault et en être renvoyé par les frères, le considérant inapte à la communauté. Qui est Roland ? Le garçon des mille âmes pures ou des mille âmes perdues ? Si fort et fragile à la fois. A travers les gens qui l’ont connu sous l’un ou l’autre de ses aspects son camarade et ami Stéphane Gatti qui en fut proche tente un portrait de récits de Roland, sans portrait iconographique. Ainsi, l’idée, l’abstraction, contre la terreur de l’altérité. Roland, linguiste structuraliste et maître en Aïkido formant les militants à l’autodéfense, une rigueur politique rare, une attention et une écoute des singularités aussi, un repli par rapport à la séduction dans son activité à la fac, et tant de vies autour de lui et en lui, publiques ou privées, familiales et secrètes, intimement comprises par lui et incomprises ou inaperçues pour les autres. En 1972, il revient de son établissement comme tourneur, à Rouen. « C’est l’époque où chacun se cherche dans une redéfinition du politique : les moteurs en sont le mouvement des femmes, le FHAR front homosexuel d’action révolutionnaire, et le phénomène de masse que sont devenus les paradis artificiels : Roland est sur tous les fronts. Un soir il m’appelle. Il est dans un appartement rue Vanneau. Il me déclare qu’il est scorpion ascendant scorpion et pendant toute la soirée il va se livrer à des calculs pour me faire découvrir que je suis moi aussi ascendant scorpion ? Une sorte de complicité « ascendantale » sous l’égide de laquelle il essaye d’intégrer en réseau d’affinités électives les gens qu’il aime pour construire une puissance. Surtout une vocation pour l’autodestruction à laquelle ceux qu’il sollicite résistent. C’est aussi le moment où « Il rencontre Daniel Guérin avec qui il écrit un livre sur l’armée française. Guérin n’est pas seulement un historien et un militant de l’anarchie, il est aussi une grande figure militante de l’homosexualité. C’est à ce moment là que le nom de Roland apparaît dans un débat organisé par le FHAR, publié par la revue du CERFI ». [4]


Gare à l’urbanisme


- Gare à l’urbanisme, Daniel Guibert
- Construire ensemble la rue Auguste Delacroix


LA CRITIQUE DOIT SE MANIFESTER
La critique est ce qui manifeste ; telle est sa nature ; elle est cela même : être radicale. Sa manifestation n’est pas d’une sorte d’état qui peut être ou ne pas être, de façon que la critique serait toujours pensée, immanente à la conscience, sans parole, si elle ne se manifestait pas. Mais manifester c’est son être même.

CONTRIBUTION À LA CRITIQUE RADICALE
Guerre à l’urbanisme ! Évidemment ! Cette conception sociale est au-dessous du niveau de l’intérêt, elle est au-dessous de toute critique, mais elle n’en reste pas moins un sujet de la critique, tout comme le consommateur, qui est au-dessous de l’humanité, reste un sujet du commerçant. (...)

Collectif, Urbaniser la lutte des classes, Paris, Utopie, décembre 1969, p. 1 (extrait). [5]


Samedi 2 juin, 16h 30.

Gare à l’urbanisme - Daniel Guibert - entretien, Stéphane Gatti, 15’ (2008 ; 2018)

On ne sait plus quel haut fonctionnaire de l’État se vanta vingt ans après 1968 d’avoir profité du mouvement de grève générale pour organiser imperceptiblement le contingentement de l’essence, en mai, afin de circonscrire les insurgés dans leurs lieux insurrectionnels et les grévistes dans les usines occupées sur le tas. Mais les accords de Grenelle étant signés le 27 mai, elle fut libérée dès le 31 pour décongestionner les bastions de la lutte des classes avec la complicité des syndicats, et pour que tout le peuple se mettant à circuler, selon l’expression « circulez, il n’y a [plus] rien à voir », les négociations ayant été favorables, les français ne fussent pas privés de leurs congés ordinaires cette année là, et furent même encouragés à partir sans devoir affronter l’augmentation des coûts. Car il fallait les faire taire, ainsi dans la réjouissance de la phase consumériste ultime du capitalisme de la production, dans ces mouvements de reflux et de flux, s’inscrit aussi la lutte des classes et une façon de la dominer sans violence.
Urbaniser la lutte des classes c’est aussi cela, de la pénurie à la profusion, de la rétention aux flux. Et aujourd’hui depuis les flux de la communication numérique du temps réel permettant de changer à vue les messages, jusqu’à la duplicité des réseaux entre liberté et surveillance, et à la novlangue instruisant les doubles contraintes de l’expression et du silence. Tout cela concerne également l’urbanisme dans sa forme virtualisée.
Gare à l’urbanisme est une plaquette écrite et publiée en 1969 par un comité d’action de jeunes architectes et urbanistes émergents de la revue Utopie, pour alerter les étudiants sur la préparation de la structure d’enseignement de l’urbanisme, qui innovait de nouvelles formes institutionnelles à produire de la ville et à la mettre en circulation, comme un moyen ultime de contrôle du territoire et de ses liaisons. Et d’en former les chiens de garde, imprégnés de sociologie humaniste, pour administrer la rentabilité des architectes de l’étage courant alimentant les caisses des partis politiques, et la rigidité exécutive des X Ponts des nouvelles voies européennes qui allaient ouvrir la destruction des territoires de la diversité climatique, en quadrillant d’autoroutes et de rond-points la France nouvelle, où avant le remembrement le bocage avait donné les merveilles bio-climatiques qu’enfants nous avions pu encore connaître. Certes la productivité agricole s’engagea dans une autre voie, l’industrielle, où les aides européennes allaient pleuvoir incitant à perdre la liberté de produire dans l’équilibre de l’assolement triennal.
L’équipement qui modifie rationnellement l’environnement et l’écologie au titre administratif de « gérer » le grand nombre des populations, et pas seulement leurs voitures qui s’y accumulent d’autant plus que les chemins de fer disparaissent, c’est encore cela, l’urbanisme ... Suite :
Il n’y avait pas que l’étude militante dialectique des topographies du pouvoir et des luttes pour y accomplir l’insurrection urbaine. Il y avait les organisations exécutives du pouvoir ou même de certains corps intermédiaires de la transformation de l’espace. À l’instar de la création de l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR) en 1967, pour mener des opérations d’envergure sur les quartiers et créer les taxes afférentes, dont on sait aujourd’hui que le plus souvent elles défigurèrent non seulement le profil mais le corps social de la ville, les nouvelles institutions de formation récupéraient la théorie critique de la ville. Aujourd’hui c’est l’APUR qui administre le Grand Paris.
Le livre de rupture était l’ouvrage de Henri Lefebvre, Le Droit à la ville. Loin de l’urbanisme unitaire et de la dérive des Situationnistes, ce fut la proposition d’une organisation étatique bienveillante de l’espace en partage d’égalité sociale, l’extension des villes existantes et leurs mises en réseau plutôt que les villes dortoirs ou les conglomérats aux 4000 logements (La Courneuve, dix ans de construction entre 1956 et 1966) des prolétaires destinés à grossir la masse des chômeurs qui s’annonçait. Tout cela et ses solutions allaient produire d’étranges résultats sociaux, post-coloniaux et ségrégationnistes, l’injustice à tous les niveaux de la vie, et une grande délinquance.
Le problème sociologique n’était pas là mais bien celui des changements de paradigme économique et des délocalisations tant matérielles que virtuelles des zones de profits.
Tout cela, cette critique radicale y compris critique de ses grands référents, et donc critique d’elle-même, la revue Utopie s’était attachée à en penser sur l’histoire, sur la structure, sur la philosophie critique de la sociologie à la lueur de l’anthropologie sociale.
Daniel Guibert fut de ces militants volontaires, à la plume et aux happenings du discours public critique de l’exploitation sociale sur les sites mêmes (les Grands magasins par exemple, avec Hubert Tonka), où les étudiants étaient invités à se déplacer au titre des cours de sociologie urbaine pratique, et l’auto-défense était requise pour affronter les flics maison.
Après quoi il devint chercheur et professeur habilité à diriger des recherches. [6]


Samedi 2 juin, 17h.

Construire ensemble la rue Auguste Delacroix, documentaire, Jacques Kébadian, 148’ (2016)

Un film en deux parties : La maison de Sophie ; À chacun sa maison.
Boulogne-sur-Mer, un quartier excentré constitué principalement d’une rue comme une courée, bordée de pavillons mitoyens au même profil et sans jardin, datant des années soixante-dix, qui se sont déglingués faute de maintenance, certaines maisons commençant à se ruiner. C’est la spirale d’un délaissement plus ou moins résigné sous l’effet de la misère des habitants et des gamins qui se vengent contre l’insalubrité ou la promiscuité en s’attaquant à ce qui reste debout. La plupart de cette population de blancs pauvres est marginalisée, ils sont précaires mais ont tissé des liens. C’est une grande famille, disent-ils. Avec ses conflits. Le monde extérieur, c’est le bailleur HLM, la municipalité, les caisses de retraite ou de chômage, l’école... Plutôt que déplacer la population en mal de pouvoir être relogée, une rénovation est envisagée avec un financement associatif et une participation de la ville et de la région, et la participation des habitants qui peuvent contribuer aux réparations de leur logement.
Le film est la chronique polyphonique caméra à la main sur ce chantier d’une rénovation incroyable qui dura trois ans à Boulogne sur Mer. Au cœur de la rue délaissée par la ville ségrégative, les habitants de l’hétérotopie sortant de leur stupeur et de leur désespoir décident de s’impliquer au renouveau de leur maison dans l’esprit d’un réaménagement de leur quartier par eux-mêmes, à la force de leur poignet, aidés par des petites entreprises qui interviennent sur les points délicats ou uniformisés. Ils sont accompagnés par une jeune architecte, qui assure et assume la coordination technique et participative du chantier. Sophie Ricard. Pour parvenir à organiser la rénovation avec l’assentiment et l’aide des habitants elle s’établit parmi eux dans une maison de la rue et partage leur vie. Une aventure humaine à la fois institutionnelle et militante à laquelle participe le cinéaste chaque fois qu’il les rejoint. C’est aussi l’histoire des habitants qui se raconte à travers celle de la rue grâce à quelques familles qui en évoquent la durée et se confient.
Mais rien n’est parfait, le bailleur public resurgit : puisque les maisons sont réhabilitées, pourquoi ne pas augmenter le loyer ? Une nouvelle lutte commence... [7]


Épilogue :

Si mai 1968 n’a pas donné lieu à des embouteillages sur les routes ce n’est pas la preuve d’une défaillance de l’activité car elle était intensément autre, mais à cause de la pénurie d’essence. Pourtant, chacun s’était organisé pour faire des réserves de carburant, et les événements d’abord largement diffusés par les radios s’étaient étendus, en suscitant une empathie solidaire qui avait inspiré une auto-coordination entre des personnes géographiquement éloignées. Ainsi elles se rendaient service en échangeant autour de tâches comme les approvisionnements pour les cantines autogérées des sites occupés et de leurs « crèches sauvages », ou encore le secours à des personnes en attente ou en danger.

Une grande autonomie sans État — sans doute la seule réussite quoique éphémère de mai 1968.

Il n’est jamais trop tard pour laisser se développer les micro solutions expérimentales. Rendre salubres les îlots insalubres plutôt que les détruire, s’ils sont à l’échelle humaine, à moins de chercher délibérément à en chasser les habitants, s’opposer au gel des territoires aménageables et les occuper activement. Partout on assiste au retour de la pratique urbaine, sauvage ou négociée.
Notre dame des landes ou la rue Auguste Delacroix, deux solutions différentes à un même problème : la misère, la pauvreté — des réalités d’auto-construire ou de construire en société ses propres conditions de vie. Vivre et ouvrager ensemble c’est autant respecter l’étrangeté ou l’intimité d’autrui, de celle ou de celui, de ceux, avec lesquels les liens s’échangent.

Que vive la diversité des communes.

P.-S.

En présence des réalisateurs invités de Aliette Guibert et Bandits-Mages : Stéphane Gatti, Jacques Kébadian, des chercheurs Jacques Rémy (sociologie de l’Agriculture), et Jean-Marc Salmon (Télécommunications), et de Daniel Guibert, architecte urbaniste ancien professeur et chercheur en conception de l’architecture.

Et en présence des invités de Olivier Hadouchi et Bandits-Mages.

Constellation 68
Bandits-Mages
Programme général


Hors programme — pour mémoire de Notre Dame des Landes, des Zadistes, en 2014.

Notes

[2Jacques Rémy, note biographique :

Jacques Rémy est un fils de ces familles paysannes françaises qui furent les plus touchées par l’enrôlement pour la guerre d’Algérie. Son frère aîné, parachutiste, sera tué au cours de ces événements. Par fidélité à la mémoire de son frère, Jacques s’inscrira dans une préparation militaire pour les parachutistes, bien qu’il ne puisse faire partie du contingent. A peine arrivé à la Sorbonne, son fond chrétien l’empêche de prendre une carte dans un parti mais pour autant il n’hésite pas à choisir son camp : contre l’OAS et l’extrême droite. Les affrontements sont fréquents. Son œil vif sa bravoure et sa stature hors du commun le font remarquer par Pierre Goldman qui lui propose d’intégrer le Service d’ordre de l’UNEF. De ce jour, Jacques Rémy formera tous les cadres des S.O. de l’extrême gauche, d’autre part il se situera proche des maoïstes. Son efficacité stratégique et tactique, sa discrétion, son courage et sa compassion, le rendirent légendaire parmi les militants.
Aujourd’hui sociologue, directeur de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), ses travaux de sociologie de l’agriculture et des agriculteurs portent sur les pratiques, les représentations du métier et les identités professionnelles des actifs agricoles et des agents du secteur para-agricole confrontés à de nouvelles attentes de la société.

[3Stéphane Gatti, note biographique :

Stéphane Gatti est un documentariste dont l’œuvre constitue une anthropologie visuelle historique des personnalités ou simples citoyens qu’il a filmés, le plus souvent dans le cadre d’actions élargies sur un sujet ou une thématique réalisés en durée d’une observation militante ou institutionnelle sur un terrain local ou international. Voici comment il propose de se qualifier : « Émerveillé par les ateliers d’affiches de sérigraphies des Beaux arts en Mai 68 il a exercé le métier d’affichiste public, 50 ans durant. Dernièrement il a animé un atelier avec les élèves d’une classe relais à Montreuil pendant dix ans. Il y a deux ans, elles ont été exposées au musée de l’homme. Cette activité de créations d’affiches l’a mené à questionner par la pratique tous les secteurs de l’image : filmer, « scénographier », exposer. Son idée a été de mettre en place des expériences où toutes ces pratiques fonctionnaient en écho l’une de l’autre. Au fil des années, on le voit revenir sur des thématiques qui lui tiennent à cœur : la musique contemporaine, la classe ouvrière, la poésie, la psychiatrie, et la dérive urbaine. Sans oublier une collaboration suivie avec Armand Gatti. » Stéphane Gatti a fait partie du mouvement des étudiants établis. Quelques uns de ses films parmi lesquels certains ont été primés :
Témoins sourds, témoins silencieux, avec Brigitte Lemaine (2008) ; Kateb Yacine, poète en trois langues (2007) ; La Reconstitution de l’esplanade Loreto (1991) ; Le Cinécadre de l’esplanade Loreto reconstitué à Marseille pour la grande parade des pays de l’Est (1991) ; Les Combats du jour et de la nuit à la prison de Fleury-Mérogis (1989) ; Le dernier maquis (1996) ; Le Lion, sa cage et ses ailes avec Hélène Châtelain (1975)... Huit films tournés en vidéo à Montbéliard-Sochaux...

[4« Avoir un ami c’est bien, en parler c’est plus compliqué, la possibilité de raconter ou de dire quelque chose sur Roland s’est peut-être débloquée avec la découverte de son père. Tous les deux sont morts aujourd’hui mais placer le récit de leur vie côte à côte provoque à la fois tension et compréhension. Willy le père est né en 1916 en Allemagne. Roland a été conçu au camp du Vernet où sa mère était venue rendre visite à son père enfermé en 1942. C’était ce camp de rétention français pour les étrangers sans statut ou "indésirables", les antifascistes, et les Juifs, dont Arthur Koestler qui y avait séjourné pendant un an évoqua les conditions terribles dans La lie de la terre... La première chose qui frappait quand on rentrait dans l’intimité de Roland c’était la découverte de la librairie de la rue Pierre Nicole qui était tenue par sa mère. D’abord il y avait un appartement au-dessus de la librairie où vivaient tous les frères : Roland, Eric, Willy et Marc. Chacun des frères était un archétype : Roland, brillant intellectuel engagé politiquement ; Éric, charmant délinquant ; Willy, chef de la bande des motos Norton à la Contrescarpe ; Marc, le livreur. Le père avait acheté cette librairie pour sa famille mais lui-même, vivant séparé de la mère, s’était installé au bord de la Seine pour devenir bouquiniste jusqu’au dernier jour de sa vie. La mère de Roland se chargeait de nourrir tout ce monde. Plusieurs fois par semaine, le père arrivait raide comme la justice, traversait la librairie et entrait dans la cuisine pour prendre un repas silencieux puis il repartait presque sans mot dire. Les enfants se taisaient, ils le regardaient comme une espèce d’ours. Quand Roland entra à la Sorbonne, ses amis étudiants venaient souvent profiter de cette hospitalité. C’était un refuge pour tous. Dans cette cuisine se croisaient les différentes activités des frères : on pouvait trouver des paquets d’herbes hallucinogènes prêts à la vente, sur les étagères tous les livres de la radicalité politique, ou encore, au sous-sol, des manteaux de fourrures volés dans un camion. (...) Après l’agitation universitaire, des étudiants maoïstes du comité de base de Vincennes décidèrent de s’établir en usine. Beaucoup d’entre eux étaient hésitants, aussi ils décidèrent de procéder pendant un mois à une « lutte critique réforme » selon le modèle d’un petit manuel publié par les Chinois, au cours de laquelle certains se révoltant quittèrent le groupe et les autres ne résistèrent pas. Cela se faisait en trois temps. Premier temps, la lutte : tous les camarades attaquaient un seul d’entre eux pour dénoncer ses errances et ses faiblesses idéologiques. Un deuxième temps consistait à formuler théoriquement ce qui s’était dit sauvagement. Le troisième temps se manifestait par le fait que le camarade ayant réussi à dépasser ses blocages petit-bourgeois acceptât d’aller en usine — et parmi eux il y avait Jean-Claude Bourgeois, fils d’ouvrier et titulaire d’un CAP d’ajusteur et qui inscrit à l’université de Vincennes où son intérêt intellectuel avait été repéré par les enseignants allait devoir quitter le travail de moniteur qu’ils lui avaient procuré pour qu’il puisse assumer ses études, et donc abandonner ces études. Roland, maître en Aïkido des militants n’avait jamais participé au comité de base mais par hasard il devint le prêtre de cette cérémonie obscure, où il se convainquit lui-même d’aller s’établir. Ainsi nous nous retrouvâmes à Rouen. (...) A notre retour, après nous être revus une fois, je perds le contact avec Roland pendant un temps. Un jour, il m’appelle et me donne rendez-vous à la Coupole. Je lui évoque qu’avec Hélène Chatelain nous travaillons sur la dissidence russe et le traitement des dissidents par des traitements psychiatriques. A peine installés nous commandons un demi. Roland sort un flacon d’Halopéridol dont il sert une bonne pipette dans son verre en me disant : « Tu vois, ici même on me traite comme les dissidents russes ». Il me dit que ce médicament est utilisé pour le contrôle des symptômes des psychoses aiguës, de la schizophrénie aiguë, des phases maniaques chez les bipolaires (maniaco-dépressifs), et pour contrôler l’agressivité, l’agitation extrême et les pensées psychotiques qui peuvent être induites par l’usage détourné de substances psychotropes comme les amphétamines, ou le LSD. Puis il me raconte sa tentative manquée d’aller vers Dieu en ayant essayé en vain d’intégrer l’abbaye de Font Gombault. » (Extrait du conducteur de travail de Stéphane Gatti).

[5Jean Aubert, Isabelle Auricoste, Jean Baudrillard, Roland Chomel, Daniel Guibert, Jean-Paul Jungmann, Arnaud Suger, Hubert Tonka, Utopie, Antony, Urbaniser la lutte des classes (ou remarques critiques sur la récente tentative de pacification des contradictions), Paris, éd. Utopie (Suppl. à Utopie 2 et 3 ; troisième édition, 1972). Voir la fiche bibliographique dans l’index de la Bibliothèque Kandinski, Centre Georges Pompidou, Paris.

[6Daniel Guibert, note biographique :

En 1968, Daniel Guibert touchait la fin de ses études d’architecte et d’urbaniste comme un miracle de sa classe, face à un père dont la morale solidaire consistait à ne pas en sortir, il avait appris le combat de rue à la savate dans les patronages communistes prolétariens et mangé les petits pois des jardins ouvriers quand il faisait les 3/8 en tant qu’OS chez Renault Saviem.
Les cours du soir du Comité d’entreprise lui permirent de se spécialiser. Épargné par la guerre d’Algérie parce qu’il était devenu technicien d’aviation, l’armée l’envoya au Maroc parmi les français de toute catégorie sociale susceptibles de former techniquement les militaires du nouvel Etat marocain, tout juste indépendant.
De retour du Maroc, impossible de retourner au logis, où ses frères poursuivaient de galérer, et un de ses rares camarades à être revenus vivants de la guerre d’Algérie venait de s’engager dans la police.
Ce furent les galères de représentant en machines à écrire, les cours du soir aux Arts Appliqués, une rencontre amicale parmi ses pairs militaires au Maroc retrouvée à Paris en train de se former comme comédien au cours René Simon, lui aussi ancien technicien de formation, l’amitié avec Jean Eustache membre du « club » prolétarien du Select, en tant qu’ancien employé des services du Chemin de fer. Et pour tous, chacun dans sa voie, la soif de culture avec ses carrés d’as.
Puis une formation de culture générale pour passer un équivalent du baccalauréat. Deux concours et finalement l’intégration des Beaux Arts en Architecture et les cours d’Urbanisme à l’Institut de la rue Michelet, où enseignait Henri Lefebvre avec son meilleur élève Hubert Tonka, ex ouvrier plâtrier lui-même, à l’œuvre de publier avec d’autres intellectuels engagés parmi lesquels Jean Baudrillard, la revue Utopie, où peu à peu Tonka le présenta.
Puis ce fut l’occupation comme permanent sur le tas en tant que simple militant parmi ceux qui gardaient l’entrée des Beaux-Arts, où il avait fini sa dernière année en étant devenu Massier de son atelier. Les émeutes interrompirent le rendu de son diplôme d’architecte remis à l’année suivante, mais il avait eu le temps de finir son diplôme d’urbaniste sur un rapport de dérives à Amsterdam... La nuit de la rue Gay Lussac il n’était pas devant sa planche mais qu quartier latin.
A la rentrée 1968, il finit son diplôme et commença à enseigner pour le ministère de la culture et se situait parmi ceux en quête de la départementalisation universitaire (une des grandes revendications des architectes des Beaux Arts de Paris, une autre partie d’entre eux revendiquant plutôt l’appartenance au ministère des ingénieurs — l’Équipement — qui finalement l’emportèrent à leur défaut).
Après son sillage critique personnel à la source du pédalage à bicyclette dans la banlieue nord, sans doute une des plus tristes mais suffisamment proche de Paris pour pouvoir rentrer à pied, la nuit étant venue et les transports communs étant endormis, au retour des boîtes de jazz rejointes par le train puis le métro les jours de congé. La pratique urbaine : il la connaissait dans sa peau. La dérive aussi, à Amsterdam, où avec Pierre Hénon — devenu moniteur au département de mathématiques statistiques à Vincennes, à la fin de 1968, il fut l’éditeur pirate de la première réédition intégrale de l’lnternationale Situationniste (à la couverture dorée) entièrement photocopiée opus par opus et imprimée à l’université ; puis il émigra vers l’image et notamment l’image numérique et l’image de synthèse, en tant que chercheur et enseignant à l’ENSAD (Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs) aujourd’hui président de ACM SIGGRAPH France — il rencontrèrent à plusieurs reprises l’architecte situationniste penseur et artiste de l’urbanisme unitaire, Constant Nieuwenhuys.
Il fut de ces activistes, à la plume et aux happenings du discours public critique de l’exploitation sociale, sur les sites mêmes du travail dans les villes (par exemple les Grands magasins), où les étudiants étaient invités à se déplacer au titre des cours « pratiques », et l’auto-défense était requise pour affronter les « flics maison ».
Après quoi il devint chercheur, publia dans des revues de recherche et des magazines d’architecture, rencontra Rem Koolhaas pour étudier son système de conception sur le tas de son agence à Rotterdam, éditeur de revue de recherche critique, et professeur habilité à diriger des recherches.

L’entretien intégral « Gare à l’urbanisme » de Stéphane Gatti avec Daniel Guibert enregistré en 2008 pour La Parole errante est transcrit et installé par Pierre Vincent Cresceri dans Laboratoire Urbanisme Insurrectionnel.

[7Jacques Kébadian, note biographique :

Après ses études à l’IDHEC, Jacques Kébadian entre dans le cinéma en tant qu’assistant réalisateur sur trois films de Robert Bresson : Au hasard Balthazar (1966), Mouchette (1967), Une femme douce (1969). Dans Une femme douce, il tient le rôle d’un séducteur.
En 1967, il réalise son premier film de fiction, Trotsky, avec Patrice Chéreau (dans le rôle de Trostky), Marcel Maréchal, Marcel Bozonnet, François Lafarge, Françoise Renberg, Guy Hocquenghem, Joani Hocquenghem, Pierre-William Glenn, Michel Andrieu.
En 1968, Jacques Kébadian participe à la création des États Généraux du Cinéma et filme les grèves ouvrières. Il confonde le collectif militant ARC, qui réalise Le Droit à la parole, Joli mois de mai, Comité d’action 13. Jean-Luc Godard intègre certaines des images filmées par l’ARC à Un film comme les autres (1968). Soucieux d’efficacité révolutionnaire, Jacques Kébadian embauche comme ouvrier à l’usine de peinture Valentine et y dénonce les conditions de travail : intoxication par vapeurs de soude, maladies mortelles, polices patronales. Son action militante lui vaut un procès et 2 mois de prison avec sursis.
Tout au long de son œuvre, Jacques Kébadian rend compte des combats menés par les opprimés : lutte des sans-papiers dans D’une Brousse à l’autre (1997), lutte des Indiens zapatistes dans La fragile Armada (2003).
Ses origines arméniennes le déterminent à consacrer de nombreux films au génocide et à la diaspora arméniens, ainsi qu’une monumentale installation, Mémoires arméniennes, pour commémorer le centenaire du génocide de 1915. En 1982, Jacques Kébadian crée l’Association Audiovisuelle Arménienne, et organise le festival du cinéma arménien au Studio 43 (Paris), qui connaît quatre éditions entre 1984 et 1989.
Cinéaste au long cours, Jacques Kébadian se consacre aussi à suivre le travail de nombreux artistes dans plusieurs disciplines, littérature, sculpture, architecture, peinture, danse, scénographie... : notamment Jean-Robert Ipoustéguy, Pierre Guyotat, François Marie Anthonioz, Patrick Bouchain, André Acquart. Il réalise des portraits singuliers et historiques du compositeur expérimental Michel Chion (1972) et du cinéaste Sergueï Paradjanov, filmé à sa sortie de prison en 1983 dans sa maison d’Erevan, avec Serge Avedikian.
Le travail de Jacques Kébadian bâtit une galerie de portraits de femmes révoltées pour de justes causes : Albertine, jeune fille libertaire interprétée par la future réalisatrice Franssou Prenant dans Albertine, Le souvenir parfumé de Marie Rose (1972), les résistantes Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle, filmées dans Germaine Tillion (1974), puis toutes deux dans le Comité de soutien des sans-papiers dans D’une brousse à l’autre, puis dans un double portrait qui anticipe de façon visionnaire sur l’entrée simultanée de celles-ci au Panthéon le 27 mai 2017 (Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle Anthonioz, co-réalisé avec Isabelle Anthonioz Gaggini, 2000). Jacques Kébadian filme également les femmes de sa propre famille.
En 1985, Gérard Courant l’intègre à son anthologie cinématographique Cinématon : il est le numéro 614 de la collection. En 1989, Philippe Garrel lui confie un rôle dans son film Les Baisers de secours.
Jacques Kébadian est le père de l’artiste Itvan Kebadian. (fr.wikipedia).

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