La Revue des Ressources
Accueil du site > Restitutio > Guy Debord > Internationale situationniste , intégrale des 12 numéros de la revue parus (...)

Internationale situationniste , intégrale des 12 numéros de la revue parus entre 1958 et 1969 

jeudi 2 janvier 2014, par Guy Debord , Internationale situationniste

L’Internationale situationniste produit ses travaux théoriques dans sa revue Internationale situationniste. La revue fut également rédigée par Guy Debord, Mohamed Dahou, Giuseppe Pinot-Gallizio, Maurice Wyckaert, Constant, Asger Jorn, Helmut Sturm, Attila Kotanyi, Jørgen Nash, Uwe Lausen, Raoul Vaneigem, Michèle Bernstein, Jeppesen Victor Martin, Jan Stijbosch, Alexander Trocchi, Théo Frey, Mustapha Khayati, Donald Nicholson-Smith, René Riesel, René Viénet, etc. 12 numéros furent publiés entre 1958 et 1969. Cette revue était un terrain d’expérimentation discursif et également un moyen de propagande.

Bulletin central édité par les sections de l’internationale situationniste
Directeur : G.-E. Debord
Rédaction : Paris

PDF - 5.5 Mo
Internationale situationniste Numéro 1, Juin 1958, 32 pp. [PDF, 6mb]
PDF - 5.3 Mo
Internationale situationniste, Numéro 2, Décembre 1958, 36 pp. [PDF, 6mb]
PDF - 7.9 Mo
Internationale situationniste, Numéro 3, Décembre 1959, 40 pp. [PDF, 8mb]
PDF - 7 Mo
Internationale situationniste, Numéro 4, Juin 1960, 40 pp. [PDF, 7mb]
PDF - 8.7 Mo
Internationale situationniste Numéro 1, Numéro 5, Décembre 1960, 52 pp. [PDF, 8,7 mb]
PDF - 9.6 Mo
Internationale situationniste, Numéro 6, Août 1961, 44 pp. [PDF, 10mb]
PDF - 15.6 Mo
Internationale situationniste, Numéro 7, Avril 1962, 56 pp. [PDF, 16mb]
PDF - 15.2 Mo
Internationale situationniste, Numéro 8, Janvier 1963, 68 pp. [PDF, 15mb]
PDF - 13 Mo
Internationale situationniste, Numéro 9, Août 1964, 48 pp. [PDF, 13mb]
PDF - 22.1 Mo
Internationale situationniste, Numéro 10, Mars 1966, 84 pp. [PDF, 22mb]
PDF - 14.2 Mo
Internationale situationniste, Numéro 11, Octobre 1967, 72 pp. [PDF, 14 mb]
PDF - 27.3 Mo
Internationale situationniste, Numéro 12, Septembre 1969, 116 pp. [PDF, 28mb]

L’un des mouvements anti-art le plus méconnu et pourtant le plus influent de l’après-guerre fut sans doute : l’Internationale Situationniste (IS).

" Ne travaillez jamais " Guy Debord.
" ... Dernier mouvement international d’avant-garde au XXème siècle, l’IS exista entre 1957 et 1972 ; l’épicentre en fut Paris. Elle était composée en alternance de 72 membres au total, européens, américains et nord-africains. C’est autour de la biographie de son chef de file, Guy Ernest Debord (1931-1994), que s’articule l’exposition.
Le programme révolutionnaire de l’IS entendait annihiler toute forme de représentation, rejeter l’autorité, démanteler les symboles du pouvoir, abolir l’art – y compris celui de l’avant-garde traditionnelle – et toutes les expressions du spectacle culturel, se réapproprier une vie dépossédée par la consommation et la productivité. Il s’agissait en bref de lutter contre la spoliation exercée par le capitalisme tardif.
Le refus du discours intellectuel en usage, la radicalité politique mais aussi, plus succinctement, l’effectif réduit des adeptes ont fait que Guy Debord et l’IS sont restés relativement peu connus en dehors de la France. La signification historique de l’IS, qui a opéré à la croisée de l’art, de la politique et de la réalité, est donc aujourd’hui encore difficile à cerner.

Et pourtant, compte tenu de la grande influence que la critique sociale radicale de l’IS a eue sur la révolte étudiante, les idées situationnistes ont connu une large diffusion et laissé leur empreinte, encore perceptible aujourd’hui à l’échelon international, dans l’art, la politique, l’architecture et la culture pop. On en retrouve les méthodes aussi bien dans des mouvements comme Fluxus, le punk ou les performances, que dans les actions des altermondialistes du XXIème siècle.

LE NÉGATIF
Les précurseurs directs de l’IS sont le Lettrisme et l’Internationale Lettriste (IL). Les protagonistes de ces mouvements d’underground développèrent en marge des institutions et modes de vie courants une sous-culture vouée sans compromis à la protestation sociale. Des publications et actions spectaculaires attestent de ce négativisme intransigeant, ne reculant devant rien, pas même devant l’autodestruction. Le moindre arrangement personnel avec les structures existantes était proscrit. Ni la production artistique ni le travail ne devaient porter atteinte à la rébellion négativiste.

Pour les Lettristes, la mort de la poésie, son fractionnement jusqu’à la lettre devaient permettre à la langue de s’affranchir. La création nouvelle et libérée, formulée à partir d’une réduction destructrice, fut alors appliquée à tous les arts, à tous les thèmes de société. Le passé devait être intégralement dissous et amené à une nouvelle genèse. L’exposition montre des œuvres et des documents illustrant l’existence foncièrement marginale de ces instigateurs ainsi que leur travail radical sur des moyens d’expression comme la langue ou le cinéma.

CoBrA
Le deuxième groupe précurseur de l’IS était lui aussi opposé aux tendances avant-gardistes désormais institutionnalisées, comme le surréalisme et l’abstraction. Le nom du groupe fondé en novembre 1948 par le Belge Christian Dotremont, le Hollandais Constant Nieuwenhuys et le Danois Asger Jorn reprenait de façon programmatique les initiales des trois villes d’où étaient originaires les artistes et écrivains impliqués : Copenhague, Bruxelles et Amsterdam – évoquant à la fois le reptile menaçant qui devait asphyxier la suprématie de la nomenclature française dans les arts. Se référant à l’art populaire ou à l’Art Brut, les membres de CoBrA entendaient libérer l’art de son microcosme élitiste pour en faire le produit de tous : " L’art est dans toutes les actions de gens heureux. L’art est joie de vivre, il est le réflexe automatique de notre position dans la vie. " C’est portés par cette revendication que Christian Dotremont, Karel Appel, Pierre Alechinsky, Constant et Corneille réalisèrent leurs toiles narratives, souvent sombres et disloquées. Tous les adeptes de ce mouvement se mirent avec une ferveur inlassable à redonner de l’envoûtement au quotidien – jusqu’en 1952, l’année où le groupe commença à se dissoudre.

L’INTERNATIONALE LETTRISTE
Le but proclamé de cette fraction secrète, fondée en 1952 par Guy Debord et Gil Wolman au sein du mouvement lettriste et précurseur immédiat de l’IS, était de canaliser les actions anarchistes et chaotiques des Lettristes individualistes et de leur conférer une signification plus politique. Le groupe, qui se concevait comme une alternative au socialisme bureaucratique, refusait toute œuvre achevée, tout travail ; il revendiquait la liberté, dans son acception la plus violente, et dénonçait toutes les formes de morale.
De façon comparable, en termes d’esthétique, Debord poussa à son paroxysme la décomposition lettriste au cinéma et opposa au " spectacle " de la société moderne la provocation de la monotonie. Seules les réactions choquées des spectateurs, livrés à eux-mêmes et à leur propre potentiel d’action, devaient constituer la bande-son des films de Debord.

L’INTERNATIONALE SITUATIONNISTE
C’est l’ensemble de ces idées qui nourrit l’" Internationale Situationniste ", fondée en 1957 lors d’une rencontre internationale des délégués de différents mouvements d’avant-garde. Cette Internationale était constituée de groupuscules de nationalités diverses, tous aspirant à transformer la réalité sociale par le biais de concepts esthétiques et d’une pratique conséquente : outre les représentants de l’IL, on retrouve aussi ceux de CoBrA et du " Mouvement international pour un Bauhaus imaginiste " qui avait vu le jour en Italie. Ces révolutionnaires avant-gardistes furent fédérés avant tout par Debord et Jorn.

Leur travail théorique consistait essentiellement à exposer, en mêlant sérieux révolutionnaire radical et (auto-)ironie profonde, des thèses subversives et une critique de la société. Toutes les limites normatives de la confrontation politique établie étaient transgressées et les structures en place profondément contrariées. Cette violation consciente des règles qui avaient cours jusque-là dans le " business " culturel ne tarda pas à revêtir le caractère de la subversion politique et influença considérablement les événements de Strasbourg de 1966 et les mouvements contestataires de 1968.

LE SPECTACLE
La critique de l’IS, sous Debord, s’en prend à la notion de " spectacle " – non plus, en premier lieu, à l’aliénation par le travail, mais à la colonisation du temps libre et à la médiatisation totalitaire de l’univers individuel. L’IS propagea donc l’idée qu’il fallait abolir l’art en tant que tel pour le transposer en " vie libre ". Car l’art, selon l’IS, fait partie de ce " spectacle " qui réduit l’homme à un consommateur passif, qui lui fait miroiter le bonheur et l’aventure tout en le confinant dans l’ennui du quotidien. Cette abolition de l’art revenait en premier lieu à abolir toutes les formes de représentation. Ainsi seulement, la promesse de bonheur contenue dans l’art pourrait se concrétiser dans la vie de tous les jours. Les modes de contestation issus de l’avant-garde depuis la Première Guerre mondiale devaient enfin révéler leur potentiel révolutionnaire.

LE DÉPASSEMENT DE L’ART
Le programme de l’Internationale Situationniste prévoyait donc de mettre en œuvre des moyens et des méthodes artistiques, non pas pour produire de l’art ou critiquer la politique, mais pour produire de la réalité. Or un art ayant partie prenante dans la société de consommation ne pouvait plus remplir cette mission. Son potentiel de dénégation devait se retourner contre lui-même ; l’art, et toute " société du spectacle " qui le définit, devait être aboli.
Ce refus catégorique de toute production artistique allait avoir pour conséquence l’éviction de membres comme Asger Jorn, Constant ou encore le groupe allemand SPUR, qui n’entendaient pas renoncer à la pratique artistique mais " seulement " révolutionner l’art.
Dans les années qui suivirent, Asger Jorn élargit son champ d’activités au-delà de la peinture en étudiant et archivant l’art scandinave traditionnel, en voyageant, en s’intéressant aux sciences naturelles, aux théories économiques, à la philosophie etc.
Quant à Constant, il développa, avec ses représentations de villes bombardées et entièrement rasées, des maquettes suggérant les villes de l’avenir. À partir de 1960, il donna à l’ensemble du projet le nom de " Nouvelle Babylone ", que lui avait inspiré le film " Nowyi Wawilon " tourné en 1929 par Leonid Trauberg et Grigorij Kosinev sur la Commune de Paris.
Dès le début des années 1960, l’IS se transforma pour sa part de plus en plus en association d’intellectuels politiques. Le souvenir de l’avant-garde artistique ne subsista plus que là où l’IS en reprit les moyens et les méthodes pour servir son but premier : transformer le quotidien.

LA CRÉATION DE SITUATIONS COMME MOYEN DE RÉAPPROPRIATION DE LA VIE LIBRE
Cette transformation radicale de la vie, à laquelle aspiraient les mouvements d’avant-garde, devait se réaliser par le biais d’interventions directes au quotidien, dont seule la richesse pouvait garantir la reconquête d’une vie spoliée. Dans le manifeste de l’IS, le Rapport sur la construction des situations et sur les conditions de l’organisation et de l’action de la tendance situationniste internationale, rédigé en 1957 par Debord, cette devise est érigée en objectif absolu de toutes les activités du mouvement.
Pour les Situationnistes, la vie réelle de l’individu se concrétise dans son quotidien. C’est seulement dans la subjectivité vécue qu’il peut retrouver la vie dont le spectacle l’a dépossédé. L’IS partait donc du principe qu’une révolution qui ne changerait pas fondamentalement la réalité quotidienne de tout un chacun ne serait ni plus ni moins qu’une nouvelle forme de domination et de spoliation. Or, grâce à la construction de situations, la vie quotidienne devait au contraire être affranchie des structures fixes et des processus mécanisés de la réalité de la vie.
Affranchir le quotidien de ses contraintes fonctionnelles, lui redonner de la magie par le jeu libre de situations sans cesse nouvelles signifiait refuser toute " politique " préexistante, même celle prônant l’émancipation et que l’avant-garde avait reconnue comme la " vraie " voie qu’il suffirait d’inculquer aux " masses ". Le désordre actionniste, la radicalisation, la désaliénation, le renversement des valeurs et la mise en scène ludique de situations quotidiennes concrètes devait arracher à la léthargie du " spectacle " la conscience des personnes impliquées et l’amener à la révolution permanente.

DÉTOURNEMENT
L’IS envisageait le détournement comme l’une des méthodes les plus efficaces pour torpiller le " spectacle " et créer une situation nouvelle. Utilisé initialement dans le domaine esthétique surtout, il fut élargi à la production théorique et à l’action politique, jusqu’à devenir la marque distinctive de tout le mouvement. Le détournement devait premièrement permettre de replacer dans un nouvel ensemble significatif subjectif les débris du " spectacle " et devenir ainsi créatif dans sa propre vie. Deuxièmement, la pratique suivie du détournement devait mener à une inflation des valeurs qui saboterait le pouvoir des entités devenues historiques.

DÉRIVE
La " dérive ", déjà pratiquée par les Lettristes, est une forme de mouvement qui, par son absence de but et de plans, se soustrait aux structures urbaines contraignantes fonctionnalisées. La méthode de la dérive consiste à explorer la ville comme champ d’expérience et de vie, et à l’interroger quant à son potentiel de constructions de situations. La dérive était elle-même une action subversive visant à saper les fonctions planifiées de la ville et à générer du matériel utilisable par les Situationnistes pour exercer leur critique de l’urbanisme en place. Les connaissances acquises grâce à la dérive furent transcrites en topographies psychogéographiques de la " vraie " ville, faite pour les individus qui y habitent. La dérive était le détournement de la ville.

CRITIQUE DE L’URBANISME
L’IS misait par conséquent – et comme la modernité classique auparavant – sur une réalisation concrète de son utopie en architecture. Alors que le " Neues Bauen ", par le fonctionnalisme de ses machines à habiter, cherchait à assurer une imbrication harmonieuse de l’individu moderne dans la société moderne, elle perdit rapidement des yeux certains concepts de qualités, notamment dans la phase d’essor architectural ; la répartition fonctionnelle de l’espace vital en segments isolés et distincts (tours dortoirs, centres commerciaux, parcs de loisirs et lieux de divertissements, zones d’habitation, de services et d’industries) finit donc par rendre schématique le déroulement de l’existence.
Pour des artistes comme Gilles Ivain, Asger Jorn et Constant, l’étude poussée de l’architecture moderne et du nouvel urbanisme était au cœur de l’analyse sociale situationniste. C’était là en quelque sorte une troisième dimension de la critique qui permettait d’être en prise directe avec la réalité concrète, dans la mesure où l’architecture est le lieu de recoupements directs entre questionnements esthétiques et réalité de la vie.

1968
Au cours de l’histoire de l’IS, le rapport entre pratique et théorie alla de plus en plus dans le sens d’une critique et analyse sociale théorique. Elle se fit ainsi connaître d’un public plus large au moment des protestations estudiantines, lorsqu’un groupe d’étudiants strasbourgeois, en quête de soutien révolutionnaire, l’approcha en 1966. La brochure De la misère en milieu étudiant considérée sous ses aspects économique, politique, psychologique, sexuel et notamment intellectuel et de quelques moyens pour y remédier, favorisa la diffusion des thèses situationnistes parmi la grande majorité des universités françaises.
Par la suite, les étudiants contestataires de Nanterre, de Paris, puis de la France entière, propagèrent des slogans situationnistes, affiches, manifestes et bandes dessinées de l’IS qui apparurent partout dans le pays et furent traduits dans une demi-douzaine de langues de par le monde. Certes, les révoltes de 1968 ne purent réaliser l’utopie d’une vie libre, mais d’un point de vue sociologique et culturel, elles marquent néanmoins le début d’une nouvelle époque et mettent un terme définitif à la restauration de l’" après-guerre ". Mai 1968 révéla aussi de façon remarquable la notion situationniste de révolution en tant que fête de l’imagination et de l’excès.

FUTURE OF THE PAST
En 1972, l’IS fut officiellement dissoute. Son action avait culminé en mai 1968, mais le projet révolutionnaire disparut bientôt dans un flot de textes n’ayant plus que la nostalgie d’eux-mêmes. L’IS courait le risque de devenir elle-même " spectacle " et allait être de plus en plus récupérée par l’industrie culturelle française.
Le mythe, que l’IS a elle-même créé et laissé à la postérité, est celui d’un diamant lisse, le diamant de la révolution, qui a réussi à préserver de tout compromis l’authenticité de son radicalisme. Sous la tutelle de Debord, la politique de l’éviction permanente des membres et les moyens grandioses mis en scène pour sauvegarder le purisme de l’idéal révolutionnaire finirent cependant par rigidifier le mouvement. L’art refoulé refit surface, sous la forme d’une œuvre d’art totale nommée IS."

Texte de présentation de l’exposition " L’Internationale Situationniste : 1957 -1972" de Juin à Août 2007 au Musée Tinguely.

P.-S.

source des pdf : La bibliothèque fantastique

A voir : L’exposition "Guy Debord. Un art de la guerre" du 27 mars 2013 au 13 juillet 2013 BNF François-Mitterrand / Grande Galerie http://www.bnf.fr/fr/evenements_et_...

© la revue des ressources : Sauf mention particulière | SPIP | Contact | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | La Revue des Ressources sur facebook & twitter