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Noam Chomsky : sur le suicide économique de l’Amérique 

Pour le livre OCCUPY - cliquer sur les chiffres
(1/2) : Entrevue Chomsky / Flanders.
(2/2) : Extrait présenté par TomDipatch

mardi 5 juin 2012, par Noam Chomsky, Laura Flanders, Louise Desrenards (traduction), Régis Poulet (traduction)

Il s’agit du décryptage de l’entretien télévisé avec Noam Chomsky réalisé par Laura Flanders pour Free Speech TV le 24 avril 2012, à l’occasion de la parution de Occupy, titre de l’auteur dans la série des opuscules activistes des éditions Zuccotti Park Press (éditions alternatives de l’association sans profit Adelante Alliance, pour l’éducation et la défense des immigrants, basée à Brooklyn). Où Chomsky parle de « Occupy Wall Street, d’anarchisme, du travail » — syndicalisme, autonomie ouvrière, statut des moyens de production — « du racisme, du pouvoir d’entreprise (Corporate Power) et de la guerre des classes » principalement aux États-Unis mais pas seulement, sans manquer d’évoquer aussi, en passant, le « suicide » européen...

Nous sommes une nation dont les dirigeants poursuivent des politiques qui culminent au « suicide » économique, dit Chomsky. Mais il y a les lueurs vacillantes du possible.

Noam Chomsky n’a pas seulement été observer le mouvement Occupy. C’est un vétéran du combat pour les les droits civiques, anti-guerre et anti-interventioniste, des mouvements des années 1960 à 1980 ; il a donné des conférences à « Occupy Boston » et parlé avec les activistes du mouvement « Occupy » à travers les États-Unis. Son nouveau livre, Occupy, publié par Zuccotti Park Press dans la collection Occupied Media Pamphlet, procure à la fois plusieurs de ces conférences, un discours sur « l’occupation de la politique étrangère », et un bref hommage à son ami et co-agitateur Howard Zinn [1].

De ses discours et dans cette conversation, il ressort clairement que l’auteur et professeur émérite du MIT [2] est impressionné par la spontanéité, celle des communautés coopératives créées dans certains campements, autant que par l’impact politique du mouvement.

Nous sommes une nation dont les leaders poursuivent les politiques qui culminent au « suicide » économique, dit Chomsky. Mais il y a les lueurs vacillantes du possible [3] — dans les coopératives de travailleurs et d’autres espaces où le peuple attrape le goût d’une façon différente de vivre.

Nous avons parlé dans son bureau, pour l’émission Free Speech TV, du 24 avril...


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Noam Chomsky :

sur le suicide économique de l’Amérique


Décryptage par Laura Flanders publié dans le site Counterpunch le 30 avril 2012, puis rediffusé le 4 mai dans le site alternet, source du document traduit ici (suivre les liens).

© GRITtv, Noam Chomsky : Suicidal Policies vs OWS and Life !

le 2 mai 2012 / Par Laura Flanders et Noam Chomsky.

Archive de l’enregistrement original pour Free Speech TV

le 24 avril 2012.


LF : Nous allons commencer par un panorama. Comment décririez-vous
la situation où nous nous trouvons, historiquement ?

NC : il y a soit une crise soit un retour à la norme d’une stagnation.
Un point de vue veut que la norme soit la stagnation et que parfois on en sorte. L’autre veut que la norme soit la croissance et que parfois on puisse entrer en stagnation. On peut débattre cette question, mais la période veut que l’on soit près de la stagnation mondiale. En l’état des principales économies capitalistes, les États-Unis et l’Europe, c’est la croissance basse et la stagnation, avec une différenciation du revenu très forte dans un changement — un changement stupéfiant — de la production à la « financiérisiation ».

Les États-Unis et l’Europe se suicident de différentes manières. En Europe, c’est l’austérité au cœur de la récession, c’est ce qui a garanti la catastrophe. Il y a une certaine résistance en ce moment. Aux États-Unis, c’est essentiellement la production délocalisée et la financiérisation, et se débarrasser de la population superflue en l’incarcérant. Il s’agit en filigrane de ce qui s’est passé à Carthagène [en Colombie] la semaine dernière [4], avec le désaccord sur la guerre de la drogue. L’Amérique latine veut dépénaliser au moins la marijuana (peut-être davantage, évidemment ;) Les États-Unis veulent maintenir la pénalisation. Une histoire intéressante [5]. Il ne me semble pas qu’il y ait de solution facile à cela...

LF : Et politiquement... ?

NC : Encore une fois il ya des différences. En Europe, il y a un accroissement dangereux d’une ultra-xénophobie assez menaçante aux yeux de toute personne qui se souvient de l’histoire européenne... ainsi qu’une attaque sur les vestiges de l’État-providence. Il est difficile d’interpréter la politique d’austérité-dans-le-milieu-de-la récession comme autre chose qu’une attaque sur le contrat social. En fait, certains dirigeants en viennent tout droit pour le dire : Mario Draghi, le président de la Banque Centrale Européenne, a eu une entrevue pour le Wall Street Journal, dans laquelle il a déclaré que le contrat social était mort — que finalement ils avaient réussi à s’en débarrasser [6].

Aux États-Unis, tout d’abord, le système électoral a été presque totalement
déchiqueté. Pendant longtemps il a été à peu près géré par des dépenses privées concertées, mais maintenant c’est le dessus du panier. De plus en plus au fil des ans les élections sont devenues des extravagances des relations publiques. Ce fut entendu comme un plus de l’industrie publicitaire en 2008 — l’award du marketing de l’industrie publicitaire de l’année fut attribué à Obama. C’est davantage qu’un plus, cette année.

Le Parti républicain a à peu près abandonné toute prétention d’être un parti politique traditionnel. Il est dans l’obéissance inflexible au très riche, au super riche et au secteur d’entreprise. Ils ne peuvent pas obtenir des votes de cette façon donc ils doivent mobiliser un public électoral différent. Cela fut toujours le cas, mais rarement mobilisé politiquement. Ils en appellent au droit religieux, mais il s’agit essentiellement de la population de la religion extrême. Les États-Unis sont hors du spectre [ordinaire] en matière d’engagement religieux. C’était à la hausse depuis 1980, mais maintenant c’est une part importante du vote de base du Parti républicain, et qui signifie s’engager dans les positions anti-avortement, contre le droit des femmes... Les États-Unis est le pays des quatre vingt pour cent de la population qui croit que la Bible fut écrite par Dieu. Près de la moitié pense que chaque mot est littéralement vrai. Ainsi, le parti républicain doit faire appel à cela — et à la population nativiste, ainsi qu’aux personnes qui ont peur, telles qu’elles ont toujours été... C’est une population très apeurée, et qui plus est maintenant, avec la reconnaissance que le peuple blanc devienne une minorité très bientôt : « ils nous ont arraché notre pays ». Tels sont les républicains. Il n’existe pas de républicains plus modérés. Il y a maintenant des démocrates centristes. Bien sûr, juste après les républicains les démocrates dérivent à droite. Les démocrates ont à peu près renoncé à la classe ouvrière blanche. Cela nécessiterait un engagement sur les questions économiques or ce n’est pas leur préoccupation.

LF : Vous décrivez Occupy comme la première réponse organisée à une
guerre de classe de trente ans...

NC : C’est une guerre de classe, et une guerre sur les jeunes aussi... c’est pourquoi les frais de scolarité ont été si rapidement en hausse. Il n’y a pas de véritable raison économique à cela. C’est une technique de contrôle et d’endoctrinement. Et face à ça, c’est vraiment la première réaction organisée, significative, qui soit importante.

LF : Les comparaisons avec le Printemps arabe sont-elles utiles ?

NC : Un point de similitude, c’est que ces mouvements sont tous les deux des réponses au péage pris par les programmes néolibéraux. Ils ont un effet différent dans un pays pauvre comme l’Égypte et un pays riche comme les États-Unis. Mais structurellement c’est à peu près semblable. En Égypte, les programmes néo-libéraux ont signifié la croissance statistique, quand l’Égypte était une sorte de poster infantile pour la Banque mondiale et le FMI, gestion économique merveilleuse et grande réforme, juste avant le Printemps arabe. Le seul problème était pour le principal de la population ayant reçu un coup au plexus solaire, en quelque sorte : salaires à la baisse, allocations supprimées, disparition des denrées alimentaires subventionnées et pendant ce temps, une forte concentration des richesses et un énorme comptant de corruption.

Nous avons ici l’analogue structurel — en fait c’est vraiment la même chose en Amérique du sud, — quelques-uns des événements les plus dramatiques de la dernière décennie (et nous l’avons vu de nouveau à Carthagène-en-Inde il y a quelques semaines). L’Amérique latine se tourne vers l’indépendance pour la première fois depuis cinq cents ans. Ce n’est pas peu. Et le Printemps arabe a commencé à la suivre. Il y a une contre-révolution au Moyen-Orient et en Afrique du Nord [MENAC], des pays qui battent en retraite, mais il y a eu des progrès. En Amérique du Sud il y en a eu de substantiels, et ce qui s’est produit avec le printemps arabe — et cela a un effet de contagion — a stimulé le mouvement Occupy, ainsi
il existe des interactions.

LF. Dans les médias, il y a eu beaucoup de confusion sur la couverture de Occupy. Y a-t-il une contradiction entre l’anarchisme et l’organisation ?
Pouvez-vous préciser « il existe des interactions » ?

NC : L’Anarchisme signifie toutes sortes de choses selon les gens, mais les mouvements anarchistes traditionnels assument qu’il doive y avoir une société fortement organisée, mais organisée depuis la base avec une participation directe et cetera. En réalité, un aspect de la confusion médiatique a un fondement, parce qu’il y a vraiment deux pliages différents dans le mouvement Occupy ; les deux sont importants, mais différents.

L’un est une politique orientée : quels buts politiques, la régulation des banques, mettre l’argent hors des impératifs électoraux, augmenter le salaire minimum ; les questions environnementales. Tout cela est très important et le mouvement Occupy en a fait sa différence. Il a changé non seulement de discours, mais dans une certaine mesure, l’action dans ces domaines.

L’autre pliage est simplement la création des communautés — quelque chose d’extrêmement important dans un pays comme celui-ci, très atomisé. Les gens ne se parlent pas entre eux. Vous êtes seul avec votre téléviseur ou sur Internet. Seulement vous ne pouvez pas avoir une démocratie qui fonctionne sans ce que les sociologues appellent les « organisations secondaires », endroits où les gens peuvent se réunir, exposer, parler et développer des idées. On ne le fait pas tout seul. Le mouvement Occuper a créé spontanément des communautés qui ont appris quelque chose aux gens : vous pouvez être dans une communauté d’entraide mutuelle et de coopération et développer votre propre système de santé et de documentation, et avoir des espaces de discussion et de participation démocratiques libres d’accès. De telles communautés sont vraiment importantes. Et c’est peut-être ce qui cause la confusion des médias... à cause de ces deux aspects à la fois.

LF : Est-ce pour cela que les mêmes médias, alors qu’ils ne tiennent pas compte systématiquement de la violence contre les femmes, ont joué sur des histoires au sujet de viols présumés et de la violence dans les campements d’OWS [7] ?

NC : C’est une pratique courante. Chaque mouvement populaire qu’ils veulent dénigrer, ils l’épinglent par ce genre de choses. Soit ça, soit une façon bizarre de se vêtir, ou quelque chose comme ça. Je me souviens d’une fois, dans les années 1960, il y avait une manifestation qui allait de Boston à Washington et la TV montra une jeune femme avec un drôle de chapeau, quelque chose d’étrange, ou autre. Il y avait un canal indépendant à Washington — et bien sûr, la même femme y fut montrée. C’est ce que qu’ils recherchent. Essayons de prouver que c’est bête et insignifiant, et que s’il peut arriver de la violence c’est un aspect que l’on trouve partout.

Pour prêter attention à la base réelle du mouvement — ce qui est assez difficile, — si l’on peut viser par exemple les questions politiques ou la création des communautés démocratiques d’entraide mutuelle, qui fonctionnent, et dire, bref, que c’est ce qui manque dans notre pays, que c’est pourquoi nous n’avons pas une démocratie qui fonctionne — une communauté de participation réelle : c’est vraiment important. Or c’est ce qui est toujours écrasé.

Prenons par exemple Martin Luther King. Écoutez les discours de célébration du jour commémoratif de Martin Luther King — et bien c’est toujours « I have a dream ». Mais il a eu un autre rêve et il l’a présenté dans son dernier discours de Memphis [8] juste avant qu’il ne fût assassiné [9]. Discours dans lequel il dit quelque chose à propos d’être comme Moïse, il peut voir la terre promise mais encore comment on ne peut l’atteindre. Et la terre promise c’était la politique et les évolutions qui allaient devoir traiter la pauvreté et la répression, non pas raciales, mais le mouvement des pauvres gens. Juste après il allait y avoir une marche. King devait la conduire. Coretta Scott King [10] l’a menée. La marche a commencé à Memphis, passa par les différents endroits du sud où ils s’étaient battus pour les droits civiques, et se termina à Washington DC où il y eut une cité de toile dans le Parc de la Résurrection, et les forces de sécurité furent appelées à y intervenir par le Congrès libéral. Le Congrès le plus libéral qui ait existé, de mémoire américaine. Au milieu de la nuit ils intervinrent violemment, bousillèrent le Parc de la Résurrection, et ils chassèrent de la ville les manifestants. C’est la façon dont on traite les mouvements populaires qui menacent…

LF : En pensant à Memphis, où le Dr King avait soutenu la grève des travailleurs de l’assainissement, quelles sont vos pensées sur un futur du mouvement des travailleurs ?

NC : Le mouvement ouvrier a été quasiment tué dans les années 1920, presque détruit. Il a eu une seconde vie dans les années 1930 et a fait une énorme différence. À la fin des années 1930, le monde des affaires était déjà en train de trouver des façons de le battre ; ils ont dû s’abstenir pendant la guerre mais juste après cela commencé, sans délai. Taft-Hartley [11] c’était en 1947, puis vous avez une campagne de propagande d’entreprise énorme dont une grande partie si jamais elle s’intéressa aux syndicats concernait : pourquoi ils sont mauvais et détruisent l’harmonie et l’amitié aux États-Unis. Au fil des années cela produisit son effet. Le mouvement syndical réalisa beaucoup trop tard ce qui se passait. Ensuite, il récolta la monnaie de sa pièce sous Reagan.

Reagan informa plutôt bien les employeurs de ne pas requérir des contraintes légales pour briser les syndicats (ils n’étaient pas forts, mais il y en avait), ainsi le licenciement pour campagne d’organisation des travailleurs tripla, je pense, pendant les années Reagan.

Clinton arriva, il eut une technique différente pour briser les syndicats,
cela s’est appelé l’ALENA [12]. Sous l’ALENA, il y a eu de nouveau une forte augmentation en matière de blocage illégal des campagnes d’organisation. On met une étiquette sur un dossier — Nous allons transférer la gestion au Mexique... C’est illégal, mais si vous avez un État criminel, cela ne fait pas la différence.

Le résultat final est que la syndicalisation du secteur privé fut pratiquement en baisse de sept pour cent. En attendant, les syndicats du secteur public avaient en quelque sorte résisté par eux-mêmes à l’objet des attaques, mais dans les dernières années il y eut une forte attaque sur les syndicats du secteur public, à laquelle Barack Obama participa de fait. Quand vous gelez les salaires des employés fédéraux, cela équivaut à taxer les gens du secteur public...

LF : Et les attaques sur les négociations collectives ? [13]

NC : Les attaques sur la négociation collective dans le Wisconsin correspondent à toute une rangée d’attaques, dont celle contre une partie du mouvement du travail qui fut protégée en tant que résidu du New Deal [14] et de la Great Society [15], par le système juridique, et ainsi de suite.

LF : Les syndicats ont-ils un avenir ?

NC : Eh bien, ce n’est pas pire que dans les années 1920. A la fin du XIXe siècle il existait un mouvement des travailleurs vraiment très actif et militant qui s’est maintenu jusqu’aux premières décennies du XXe. Il fut brisé par Wilson et les alertes rouges. Dans les années 1920, les visiteurs anglais de droite étaient consternés par le traitement réservé aux travailleurs. Le mouvement avait à peu près disparu. Pourtant, dans les années 1930, il fut non seulement relancé mais devint l’élément central du New Deal. L’organisation de la CIO [16] ainsi que les grèves sit-down étaient tout à fait terrifiantes du point de vue de la gestion, car c’était une étape avant de dire « OK Adieu, nous allons faire tourner l’usine ». Et ce fut un facteur déterminant dans d’importantes mesures du New Deal qui n’étaient pas négligeables et firent une grande différence.

Puis, après la guerre, commença l’attaque, mais c’est une bataille constante dans l’histoire américaine. C’est l’histoire de ce pays et l’histoire de tous les autres pays aussi, mais il se trouve qu’aux États-Unis l’histoire du travail est d’une rare violence. Des centaines de travailleurs tués, en une fois, pour s’être organisés, c’était quelque chose d’inouï en Europe ou en Australie...

LF : Quelle est la cible numéro un du pouvoir aujourd’hui, selon vous ? Est-ce que ce sont des entreprises, le Congrès, les médias, les tribunaux ?

NC : Les médias sont des entreprises, donc... ce sont les concentrations de pouvoir privé qui ont vraiment une énorme influence — sans contrôle total, sur le Congrès et la Maison Blanche, influence en forte augmentation avec une concentration forte du pouvoir privé et une escalade des coûts des élections et ainsi de suite...

LF : Au moment où nous parlons, il y a des initiatives d’actionnaires qui se déroulent à Detroit et à San Francisco. Prennent-elles de bonnes cibles, des cibles valables ?

NC : Pourquoi pas, mais rappelez-vous, l’actionnariat aux États-Unis est très fortement concentré. [Les initiatives des actionnaires c’est] une chose, pourtant c’est comme le vieux Parti communiste de l’URSS, il serait agréable de voir plus de protestation à l’intérieur du Parti communiste, mais ce ne serait pas la démocratie pour autant. Ça n’arrivera pas. Les initiatives [d’actionnaires] sont un pas intéressant, mais surtout symbolique. Et pourquoi pas des initiatives des parties prenantes [les travailleurs et la communauté] ? Il n’y a pas de principe économique qui dise que la direction devrait être sensible aux actionnaires ; en fait, vous pouvez lire dans les textes de l’économie d’entreprise qu’ils pourraient tout aussi bien avoir un système dans lequel la direction soit responsable pour les parties prenantes que sont les travailleurs et la communauté.

LF : Mais on entend tout le temps que selon la loi, l’intervention du PDG est nécessaire pour augmenter les dividendes versés aux actionnaires.

NC : C’est une sorte d’engagement secondaire du PDG. Le premier engagement est d’augmenter votre salaire. Un des moyens pour augmenter votre salaire est parfois de réaliser des bénéfices à court terme, mais il y a de nombreuses autres façons d’y parvenir. Au cours des trente dernières années il y a eu de très importantes modifications juridiques pour la gouvernance d’entreprise, de telle façon qu’assez souvent maintenant les PDG choisissent les conseils d’administration qui leur donnent leur salaire et leurs primes. C’est l’une des raisons pour lesquelles le ratio de PDG/PAIEMENT a tellement augmenté dans ce pays contrairement à l’Europe. (Les sociétés y sont similaires, ça va assez mal là-bas, mais ici nous sommes dans la stratosphère). Il n’y a pas de raison particulière à cela. Le PDG pourrait tout aussi bien être responsable devant les parties prenantes — c’est-à-dire les travailleurs et la communauté. Ce qui suppose qu’il devrait diriger, mais en quoi une direction est-elle nécessaire ? Pourquoi les travailleurs et la communauté ne feraient-ils pas fonctionner eux-mêmes l’industrie ?

LF : Les coopératives de travail sont de plus en plus répandues. [17]. Une question que j’entends est — le changement peut-il advenir en changeant le propriétaire sans changer le paradigme des profits ?

NC : C’est un peu comme demander si le vote des actionnaires est une bonne idée, ou si la règle de Warren Buffett [18] est aussi une bonne idée. Oui, c’est une bonne étape, un petit pas. La propriété des travailleurs au sein d’un État capitaliste, le semi-marché est un meilleur système que la propriété privée, mais il a des problèmes inhérents. Les marchés ont des inefficacités inhérentes bien connues et très destructrices. La plus évidente, dans un système de marché tout à fait opérant, c’est que celui qui prend les décisions ne fait pas attention à ce qu’on appelle les externalités, à savoir les effets sur les autres. Disons que je vous vends une voiture, si nos yeux sont ouverts, nous allons l’un et l’autre faire une bonne affaire, mais sans nous interroger sur les répercussions. Il y aura davantage de bouchons, l’essence sera plus chère, l’environnement en souffrira et cela se répète dans toute la population. Eh bien, c’est très grave.

Jetez un coup d’œil à la crise financière. Depuis que la réglementation du New Deal a été essentiellement démantelée, il y a eu régulièrement des crises financières et l’une des raisons fondamentales, c’est entendu, est que le PDG de Goldman Sachs ou de Citigroup ne fait pas attention à ce qu’on appelle le risque systémique. Peut-être qu’on effectue une transaction risquée et que l’on couvre ses propres pertes potentielles, mais on ne prend pas en compte le fait que si elle se bloque, cela peut faire planter le système entier. Ce qu’est un krach financier.

L’exemple le plus grave en est l’impact environnemental. Lorsque les institutions financières plantent, le contribuable vient à la rescousse, mais si vous détruisez l’environnement, personne ne viendra à la rescousse...

LF : Ainsi on a l’impression que vous pourriez soutenir quelque chose comme le modèle de Cleveland [19], où la propriété de la firme est en réalité détenue par des membres de la communauté ainsi que les travailleurs...

NC : C’est un pas en avant, mais on a également à aller au-delà du démantèlement du système de production pour le profit plutôt que pour la production pour usage. Cela signifie le démantèlement d’une grande partie au moins des systèmes de marché. Prenons le cas le plus avancé : Mondragón [20]. C’est détenu par les travailleurs mais pas dirigé par eux, même si la gestion vient souvent de la main-d’œuvre, mais c’est dans un système de marché et ils exploitent encore les travailleurs en Amérique du Sud, et font des choses qui sont nuisibles à la société dans son ensemble mais ils ont pas le choix. Si vous êtes dans un système où vous devez faire des profits pour survivre, vous êtes obligé d’ignorer les externalités négatives, les effets sur les autres.

Les marchés ont aussi un très mauvais effet psychologique. Ils conduisent les gens à une conception d’eux-mêmes et de la société dans laquelle vous ne cherchez que votre profit personnel, et non celui d’autrui, ce qui est extrêmement dangereux.

LF : Avez-vous déjà eu un avant-goût d’un système qui ne soit pas de marché — avez-vous eu un éclair d’optimisme — de la façon dont nous pourrions vivre ?

NC : Un fonctionnement de famille par exemple, et il y a des groupes plus importants, les coopératives sont un bon exemple. Ça peut certainement se faire. Le plus grand que je connaisse est Mondragon, mais entre les deux beaucoup existe et on pourrait faire bien davantage. Ici à Boston, il y a deux ans, dans une des banlieues, prospérait une petite entreprise de construction d’équipements high tech. La multinationale qui possédait la société ne voulait pas la garder dans ses registres, ils ont donc décidé de la fermer. La main-d’œuvre et le syndicat, UE (United Electrical workers), ont offert de l’acheter, ce à quoi la communauté était favorable. Cela aurait pu marcher s’il y avait eu un soutien populaire. S’il y avait eu un mouvement Occupy, alors je pense que cela aurait pu être une bonne chose pour eux de se concentrer dessus. Si ça avait marché, vous auriez eu une autre entreprise rentable, appartenant aux travailleurs et gérée par les travailleurs. Il y en a déjà une bonne quantité dans le pays. Gar Alperovitz [21] a écrit à leur sujet, Seymour Melman a travaillé sur eux. Jonathan Feldman a travaillé sur ces questions.

Il y a des exemples réels et je ne vois pas pourquoi ils ne devraient pas survivre. Bien sûr, ils vont être repoussés. Le système au pouvoir n’en voudra pas davantage qu’il ne veut la démocratie par le peuple, pas plus que les Etats du Moyen-Orient ni l’Occident ne vont tolérer le printemps arabe... Ils vont essayer de repousser cela.

LF : Ils ont essayé de repousser le sit-in des grèves dans les années 1930. Ce que nous oublions, c’est que des communautés entières ont soutenu ces grèves. A Flint, des cordons de femmes se tenaient entre les grévistes et la police [22].

NC : Il y a un siècle, à Homestead [23], la ville dirigée par les travailleurs, la Garde nationale fut nécessaire pour les détruire.

LF : Trayvon Martin [24]. Pouvez-vous parler pendant quelques minutes du rôle du racisme et de la violence raciale dans ce que nous avons discuté ? Certaines personnes pensent que de la lutte contre le racisme est distincte des réflexions sur les questions économiques.

NC : Bon, vous le savez, il y a clairement un grave problème de race dans le pays. Il suffit de jeter un coup d’œil à ce qui arrive aux communautés afro-américaines. Par exemple la richesse : dans les communautés afro-américaines, la richesse est presque nulle. L’histoire est frappante. Jetez un coup d’œil à l’histoire des Afro-Américains aux États-Unis. La liberté relative date d’une trentaine d’années. Il y en eut une dizaine après la guerre civile et avant la recriminalisation de la vie des Noirs selon une séparation essentiellement nord / sud. Au cours de la Seconde Guerre mondiale il y avait un besoin de main-d’œuvre gratuite si bien qu’il y eut une libération de la main-d’œuvre. Les Noirs en ont profité. Ça a duré une vingtaine d’années, la période de grande croissance dans les années 1950 et 1960 : alors, un homme noir pouvait obtenir un emploi dans une usine d’automobiles, acheter une maison, envoyer ses enfants au collège et faire son entrée dans le monde, mais dès les années 1970, c’était fini.

Avec le changement radical dans l’économie, essentiellement au niveau de la main-d’œuvre, en partie blanche, mais aussi en grande partie noire, ils sont fondamentalement devenu superflus. Voyez comme nous avons recriminalisé la vie des Noirs. Les taux d’incarcération depuis les années 1980 ont crevé le plafond, il s’agit d’une majorité écrasante d’hommes noirs — de femmes et d’Hispaniques dans une certaine mesure. Une répétition de ce qui s’était passé pendant la Reconstruction [25]. C’est l’histoire des Afro-Américains –- alors comment peut-on dire qu’il n’y ait pas de problème ? Bien sûr, le racisme est grave, mais c’est pire que ça...

LF : Parlez-nous des médias. Nous avons souvent discerné des biais dans la narration d’une histoire particulière, mais je souhaite que vous parliez plus généralement de la façon dont nos médias de l’argent dépeignent le pouvoir, la démocratie, le rôle de l’individu dans la société et la façon dont le changement se produit...

NC : Disons, ils ne veulent pas qu’un changement se produise... Ils sont pile au cœur du système de pouvoir et de domination. Tout d’abord, les médias sont des entreprises, des éléments de sociétés de taille supérieure, ils sont très étroitement liés à d’autres systèmes de pouvoir à la fois dans le personnel, les intérêts, l’environnement social et tout le reste. Naturellement, ils ont tendance à être réactionnaires.

LF : Comme s’ils nous donnaient une horloge marquant que le changement devait se produire dans les dix minutes — ou jamais.

NC : Eh bien, c’est une technique d’endoctrinement. C’est quelque chose que j’ai appris de ma propre expérience. J’ai eu une fois un entretien avec Jeff Greenfield [26] au cours duquel quelqu’un demanda pourquoi je n’avais jamais été invité sur Nightline [27]. Il a donné une bonne réponse. Il a dit que la raison principale était que je n’étais pas concis. Je n’avais jamais entendu ce mot avant. Vous devez être concis. Vous devez dire quelque chose de courte durée entre deux publicités.

Que peut-on dire de bref entre deux publicités ? Je peux dire que l’Iran est un État terrible. Je n’ai pas besoin de preuve. Je peux dire que Kadhafi impose sa terreur. Supposons que j’essaie de dire que les États-Unis imposent la terreur, qu’en fait, c’est l’un des principaux États terroristes dans le monde. Vous ne pouvez pas dire ça entre deux publicités. Les gens veulent à juste titre savoir ce que vous voulez dire. Ils n’ont jamais entendu cela avant. Alors, vous devez expliquer. Vous devez donner le contexte. C’est exactement ce qui est coupé. La concision est une technique de propagande. Ça rend impossible de faire autre chose que répéter des clichés, la doctrine standard, ou de ne pas avoir l’air d’un fou.

LF : Qu’en est-il de la conception du pouvoir par les médias ? Qui l’a, qui ne l’a pas et quel est notre rôle si nous ne sommes pas, disons, président ou PDG ?

NC : Eh bien, non seulement pour les médias mais pour à peu près tout le monde académique, l’image, c’est que nous sommes la démocratie de premier plan dans le monde, le phare de la liberté, des droits et de la démocratie. Le fait que la participation démocratique ici soit extrêmement marginale, n’entre pas dans [l’histoire des médias.] Les médias condamnent les élections en Iran, à juste titre, parce que les candidats doivent être examinés par les clercs. Mais ils ne souligneraient pas qu’aux États-Unis [les candidats] doivent être contrôlés par des concentrations élevées de capitaux privés. Vous ne pouvez pas vous lancer dans une élection sans récolter des millions de dollars.

Un cas intéressant intervient en ce moment. Voici le 50e anniversaire de l’invasion américaine du Vietnam du Sud — la pire atrocité de la période de l’après-guerre. Mort de millions de personnes, destruction de quatre pays, une histoire d’horreur totale. Pas un mot. Elle n’a pas eu lieu, puisque « nous » l’avons commise. Donc, ça n’est pas arrivé.

Prenons le 9-11. Cela signifie quelque chose aux États-Unis. Le « monde a changé » après le 9-11. Bon, faites une légère expérience de pensée. Supposez que le 9-11, des avions aient bombardé la Maison Blanche... supposez qu’ils aient tué le Président, instauré une dictature militaire, tué rapidement des milliers de personnes, torturé des dizaines de milliers d’autres, mis en place un centre de terreur d’envergure internationale qui perpétrait des assassinats, renversait des gouvernements un peu partout, installait d’autres dictatures, et conduit le pays dans l’une des pires dépressions de son histoire au point d’en appeler à l’État les renflouer. Supposez que ça soit arrivé. C’est arrivé. Lors du premier 9-11 en 1973. Mais comme nous en étions responsables, ça n’a pas eu lieu. C’est le Chili d’Allende. Impossible d’imaginer les médias en parler.

Et on peut le généraliser largement. La même chose est à peu près vraie pour les bourses universitaires -– à part à la marge –- c’est certainement vrai de la majorité du monde universitaire. A certains égards critiquer les médias est un peu trompeur [parce qu’ils ne sont pas seuls parmi les institutions influentes] et bien sûr, parce qu’ils interagissent étroitement.

N. C. et L. F.

* Toutes les notes sont ajoutées par les traducteurs.



Occupy, By Noam Chomsky, May 1 2012 ; Occupied Media, Pamphlet Series, Zuccotti Park Press, Brooklyn, NY. (accessible sur amazon.com)


P.-S.

Source : le texte original de l’article que nous avons traduit est la version parue le 4 mai 2012 sur le site www.alternet.org, lisible ici (suivre le lien). Il nous est parvenu grâce à la Newsletter du 5 mai 2012 de Reader Supported News (suivre le lien), revue des textes les plus lus parmi ceux de l’actualité des sites activistes libres ou professionnels. [retour]

Le logo, à l’effigie de Noam Chomsky jeune, vient de cet article : The relevance of anarcho-syndicalism : Noam Chomsky interviewed by Peter Jay.

Notes

[1] Howard Zinn est un politologue, historien, et homme de Lettres de la gauche américaine, engagé dans le combat social antiraciste et pour la justice, ainsi que dans la lutte anti-impérialiste et contre la guerre notamment au Viet Nam du sud, où il fut un émissaire volontaire, officiel, grâce auquel des GI prisonniers du Viet Cong purent être libérés. Titulaire d’une chaire de professeur depuis 1964 à l’université de Boston il y devint professeur émérite et mourut le 27 janvier 2010 — Voir l’article éponyme dans fr.wikipedia (suivre le lien). On peut entendre l’entretien de Daniel Mermet avec Howard Zinn diffusé en série pour la première fois en 2003, et rediffusé en hommage en 2010, archivé dans le site autonome de l’émission de France-Inter « Là-bas si j’y suis » (suivre le lien) ; où l’on trouve ausssi un entretien inédit, également diffusé en série (suivre le lien) réalisé en avril 2009.

[2] MIT : Massachusetts Institute of Technology.

[3] Chomsky pourrait faire allusion aux lucioles de Dante et à un ouvrage de Didi-Huberman. Les lucioles, (le contraire de ce que signifieront Les lumières), ces petites âmes survivantes des pécheurs au fond de l’enfer dans La Divine comédie, (dans le langage populaire imagé « luciole(s) » désigne aussi les prostitué(e)s), auxquelles Pasolini, dans une lettre à un ami en 1941, prêta la dernière possibilité critique de la conscience populaire déviante dans /contre l’Italie fasciste, infernale. Mais au contraire désespéré, en 1975, dans un article publié dans le Corriere, peu avant sa mort, il dit leur disparition par/dans la société médiatique postmoderne de l’Italie postfasciste, qualifiée de fascisme nouveau. Des années plus tard, Didi-Huberman répondit que les lucioles étaient toujours là, sur le Pincio ; c’était Pasolini lui-même qui ne les voyait plus, parce que cette petite flamme en lui-même s’était éteinte, peut-être, dans les dernières années avant sa mort. Didi-Huberman les fait renaître à la conscience, en leur rendant le sens ténu de la survivance, plus que la trace discrète de la mémoire, l’attribution de la résistance, dans l’ouvrage Survivance des lucioles, (éd. de Minuit, 2009). On peut lire l’essai de Marie Baudry sur cet ouvrage, Lucioles malgré tout, comment « organiser le pessimisme » dans le site fabula (suivre le lien).

[4] Noam Chomsky parle du Sommet des Amériques (suivre le lien) qui s’est tenu à Carthagène-en-Inde, en Colombie, les 14 et 15 avril 2012, entre les chefs d’État des pays d’Amérique latine et d’une partie de l’Amérique caraïbe et ceux de l’Amérique du nord (33 États présents).

[5] Combattre les réseaux mafieux de la drogue et tout à la fois faire de la drogue une économie des pays producteurs, ces points (avec également la question des prostituées) à l’ordre du jour du Sommet des Amériques (op.cit.) furent la source d’un conflit entre les partenaires de l’événement ; on peut se reporter à l’article du journal Le Monde du 16 avril 2012 (suivre le lien) — mais peut-être déjà réservé aux abonnés (à vérifier).

[6] L’article est du 24 février 2012 Europe’s Banker talk though [Ainsi parle le banquier de l’Europe] (suivre le lien), sous-titre : Draghi Says Continent’s Social Model Is ’Gone,’ Won’t Backtrack on Austerity (voir une traduction dans Les-crises.fr — suivre le lien). Lire également l’analyse du 25 février 2012 dans le blog Mediapart de Giuletta, sur ces déclarations de Draghi : Mario Draghi le serpent de Troie Bilderberg et Goldman Sachs responsable de la ruine mondiale annoncent la mort de l’Europe sociale (suivre le lien). Un autre article, dans le blog du WSJ, où Draghi s’illustre : The Euro Crisis (suivre le lien), [traduction du titre : Quotient et Résultat : le président de la BCE Mario Draghi]. Il est possible que depuis ces déclarations la nouvelle présidence française et surtout le profil du résultat des élections anticipées en Grèce changent la donne ; mais pour l’instant ce n’est qu’une somme d’effets d’annonce.

[7] OWS : Occupy Wall Street.

[8] Ce discours du 3 avril 1968 s’intitule I’ve Been To The Mountain Top (suivre le lien) ; on trouve une traduction intégrale en trois parties — 1 - 2 - 3 (suivre les liens) — dans le site de philosophie dédié aux grands hommes politiques larecherchedubonheur.com.

[9] Martin Luther King a été assassiné par le FBI le 4 avril 1968, pour être empêché de lancer le Mouvement des pauvres gens avec les mêmes mobilisation et succès que le Mouvement pour les droits civiques ; le Mouvement des pauvres gens commença par des occupations spontanées sur le tas — le soutien de la grève des éboueurs Noirs de Memphis pour demander des conditions humaines de travail, était à l’origine de ce nouvel engagement du Pasteur. Il est à remarquer que Malcolm X fut assassiné trois ans avant, le 14 février 1965, après avoir rallié MLK en 1964, mais quand il commença lui-même à politiser plus radicalement son projet sur l’idée de Black Nation (comme les Indiens conceptualisèrent aussi leur Nation dans le prolongement du Mouvement pour les droits civiques). Bobby Seale et Huey P. Newton inspirés par Malcolm X, lui-même inspiré à la fois par MLK de façon critique et par le marxisme existentialiste et anticolonialiste de Frantz Fanon (il se seraient rencontrés avant la mort de Fanon à Washington DC en 1961), fondèrent sur un programme en dix points le Black Panther Party for Self Defense, en 1966, en Californie.

[10] Coretta Scott King (1927-2006), était l’épouse et co-activiste de Martin Luther King.

[11] Il s’agit du Taft-Hartley Act ou Labor Act (suivre le lien), contre la liberté et l’action syndicales et le communisme (l’interdiction d’être communiste ne sera abrogée qu’en 1965 ; après quoi les sympathisants communistes européens fichés par le FBI purent de nouveau recevoir des visas pour les USA, tels Simone Signoret et Yves Montand, et des intellectuels connus appartenant à la gauche européenne).

[12] L’abréviation américaine NAFTA se traduit en français ALENA : accord commun entré en vigueur le 1er janvier 1994 d’une zone de libre-échange entre le Canada, les USA et le Mexique.

[13] Modification des lois sur les conventions collectives dans le secteur public de plusieurs États des États‐Unis (lire le document en pdf sur la question publié par l’Institut économique de Montréal). Pour le Wisconsin, « la loi finalement adoptée en 2011 limite le droit de négociation collective à la question du salaire de base pour les employés du secteur public (sauf ceux liés à la sécurité publique). Les augmentations de salaire ne peuvent dépasser l’inflation à moins d’être autorisées par un référendum. La loi fixe les cotisations aux régimes de retraite des employés et des employeurs à 50 % pour chaque partie.
La loi interdit la déduction à la source des cotisations syndicales. Les syndicats du secteur public, auparavant soumis aux mêmes règles d’accréditation et de désaccréditation que les syndicats du secteur privé, voient leur régime changer. Ils doivent maintenant obtenir chaque année l’appui de la majorité des membres d’une unité d’accréditation » pour continuer d’être représentatifs.

[14] New Deal : programme social et économique mis en place par le Président Roosevelt pour vaincre le désastre de la crise des années 1930 aux État-Unis.

[15] Great Society : projet mis en place par le Président Johnson à partir de 1960 pour réaliser les conquêtes du Mouvement des droit civiques, notamment pour vaincre l’inégalité et l’injustice sociale à l’égard des Noirs et des minorités ethniques, et pour vaincre la pauvreté aux États-Unis ; programme inspiré selon Johnson par le New Deal de Roosevelt et qui sera poursuivi jusqu’en 1977 (sous la présidence Ford). Souvent les deux noms sont cités amalgamés (afin de désigner le champ global des lois sociales pour le peuple), bien que leurs programmes soient différents : New Deal / Great Society.

[16] CIO : Congress of Industrial Organizations ; nom proposé par John L. Lewis en 1938 pour la fédération des syndicats de l’industrie qui exista de 1935 à 1955, année où fusionnant avec l’American Federation of Labor une nouvelle organisation fut fondée : l’AFL-CIO. Au moment de l’Hartley Act de 1947 (op.cit), exigeant des syndicalistes qu’ils ne soient pas communistes, de nombreux dirigeants du CIO refusèrent d’obéir à cette exigence, plus tard jugée inconstitutionnelle. Le CIO a soutenu la coalition du New Deal et accueillait les travailleurs afro-américains ; (voir l’article dans en.wikipedia).

[17] Fréquentes en France après la première guerre mondiale, puis facteurs déterminants de la relance de l’activité et de l’économie autonomes du plan Marshall (dans cette région européenne demeurant réfractaire à l’ingérence bien qu’elle reçoive alors des fonds de soutien), après la seconde guerre mondiale, les coopératives constituent un fond culturel commun à la fois politique et économique entre l’histoire sociale critique de l’Europe et celle des États-Unis, notamment révolutionnaire, où l’immigration lança le pont de la Première Internationale. À quoi il convient d’ajouter au-delà de l’Atlantique les traditions communautaires des ethnies américaines natives.
Mais dans la république française, les coopératives (propriété et/ou gestion collectives) connurent un épisode de développement non révolutionnaire parallèle à l’industrie capitaliste et aux entreprises libérales ou artisanales, dans la seconde moitié du siècle dernier, au modèle économique indépendant non seulement efficient mais prospère sans se départir de profits équitables, réparties dans plusieurs secteurs et couches sociales de l’activité, jusqu’à l’événement de la déréglementation du capital au début des années 1970 (sous la Présidence Pompidou).

Système de production et de partage électifs internes selon une démocratie horizontale, ou associatif entre plusieurs communautés de même intérêt, avec une autonomie gestionnaire au sein d’un monde plus vaste — celui de la transaction et de la négociation sans intermédiaire, — les coopératives réalisent d’une part la fonction auto-productive pour l’auto-suffisance vitale de la communauté sociale concernée, et d’autre part pour les biens qu’elle ne pourrait se procurer par elle-même, (serait-ce la necessité de l’argent supplémentaire pour pouvoir étendre ses échanges, ou les déplacements de ses membres au-delà d’elle-même), l’échange économique et/ou commercial qui se fonde sur un rapport d’équivalence de base, entre la valeur d’usage et la valeur d’échange des produits ou des fournitures, équilibrées par leur prix équitable en monnaie selon les prix de revient plutôt que leur plus-value,
qu’il s’agisse d’un troc ou d’un échange facturé.

Elles sont inspirées par l’autonomie des cités monastiques ou phalanstères médiévaux et remontent, concernant leur version laïque démocratiquement organisée en France, aux tisserands cathares et maranes pluri-communautaires — la croix catalane pommelée signifie en ses points le ralliement associatif à la marge et en ses branches le réseau — réfugiés dans les Pyrennées autour des Parfaits sous une double identité, pour échapper aux persécutions, à la fin du XIIIe siècle et au début du XIVe. Où les décissions se prenaient horizontalement et la fourniture de la laine par les anglais pour la fabrication de ses textiles — notamment les tweeds — par les français, en partie échangés de façon équivalente, étaient directement négociés via le port de Bordeaux. Résistance par l’autonomie économique à l’environnement hostile du Royaume unifié par la guerre et la répression.

Le XVIIIe siècle donna aux coopératives les lettres de l’industrie moderne révolutionnaire mais encore une critique du mode d’organisation sociale à laquelle le philosophe utopiste Charles Fourier (1772-1837) (suivre le lien) contribua en premier lieu, et ensuite L’École Sociétaire, qui poursuivit de transmettre ses idées. Concernant l’exemple le plus remarquable que ce mode de production et de vie ait inspiré, dans la société moderne jusqu’à la société postmoderne, en Europe francophone (il y a eu plusieurs phalanstères coopératifs en Belgique), on peut citer le Familistère de Guise (suivre le lien), communauté de production, habitat, et architecture industrielle et résidentielle, dont la construction commencée en 1858 fut achevée en 1883, sous l’égide de l’industriel et socialiste utopique Jean-Baptiste André Godin (1817-1888). Ami de Victor Considerant Godin saura tirer le bilan de l’échec de l’expérience française du phalanstère La Réunion au Texas, et sa propre fondation philantropique coopérative et autogérée en France lui survivra avec le plus grand succès jusqu’en 1968.

Il s’agit des poêles, cuisinières, et accessoires de cuisine, en fonte, et cheminées, connus sous la marque Godin, qui étaient associés au combustible fossile du charbon, (cause de leur déclin à l’horizon de l’hégémonie du pétrole et du gaz naturel, avec la condition agravante de la disparition des acieries françaises et notamment des fonderies lorraines), et dont il ne resta ensuite que les accessoires de cuisine des petites fontes Le Creuset, devenues des ustensiles d’excellence à vocation de l’exportation de luxe, et les cheminées pré-fabriquées Philippe...

D’autres communautés productives autogérées mais regroupées sans référence philosophique affichée, dont le principal du tissage pyrénéen de la laine à son terme d’émergence des anciennes communautés cathares (production et marché indépendants avec le Royaume Uni jusquà la fin des années 1960), des tissages catalans ou basques du coton, concurrents de leurs propres industries, des fabriques de confection, des espadrilles, des vêtements de prêt-à-porter, des objets de mercerie et de passementerie (parfois considérés comme faisant partie des Trésors nationaux), de la bonneterie (textiles tricotés), des charpentes, des menuiseries, des matériaux de couverture et des sols en terre cuite, en ardoise ou en pierre, des coopératives familiales du bâtiment (premier ou second œuvre), des céramiques, de la vaiselle, des montres (Lip finit en coopérative de travailleurs), des coopératives de laboratoires pharmaceutiques par des préparateurs ou des pharmaciens regroupés, et plus généralement les coopératives agricoles permettant aux paysans de se regrouper non seulement pour l’achat des machines mais pour leur usage collectif solidaire, chaque saison venue...

Ce fut un modèle de production dynamique et un aspect principal dans la relance de l’organisation productive en France après les années de guerre, base du commerce des biens de nécessité populaire, et également à vocation internationale pour certain produits "made in France" ; auto-distribution et négotiation directe, en cohérence de l’autoproduction et de l’autogestion, parvinrent majoritairement à rester indépendants des grandes firmes, jusque dans les années 1960 pour celles restées pertinentes par rapport à l’évolution technique. Ensuite commença l’ère du contrôle et de l’exploitation des coopératives converties par la sous-traitance, sous le règne des normes de l’industrie capitaliste, de la distribution, et de la rentabilité des profits — par exemple à l"instar de la façon dont les soiries lyonnaises avaient commencé à connaître leur terme dès les années 1930... mises à mal entre les deux guerres par l’importation du fil brut, puis au profit des soies artificielles liées à la pétro-chimie (particulièrement développée dans cette région) — on peut lire un article sur la soie cévenole et son déclin, dans le site web de la région d’Anduze.

[18] Warren Buffett est l’icône du multimilliardaire qui a mené — et poursuit de mener — des expériences philantropiques avec une tentative socialement plus équitable de son système et de sa succession, aux USA (on peut lire sa biographie dans l’article éponyme de fr.wikipedia).

[19] Cleveland (Ohio), sur le fleuve Ohio qui se jette dans les grands lacs, ce qui autrefois rendait la ville prospère à cause du traffic fluvial et la possibilité d’acheminer le minerai de fer du nord. Un moment héroïque de l’histoire ouvrière passée est la grande grève des laminoirs de Cleveland Rolling Mill Company, en 1881, (suivre le lien), tenue par la main d’œuvre de la communauté polonaise immigrée qui s’organisa en commune, et parce que cette grève renvoie à la commune des sidérurgistes de Homestead (Pennsylvanie), citée dans une des réponses suivantes de l’auteur.

Mais Laura Flanders fait allusion à Cleveland de nos jours, évoqué dans le livre de Chomky ; « en fait, il s’agit de « Coop Nation » un phénomène socio-urbain de la ville : un quartier noir de cette ville s’est organisé en commune à plusieurs niveaux et réussit au point d’avoir fait des prosélytes, ce qui a fini par caractériser la partie populaire de la ville. Non seulement il y a une coopérative de travailleurs, où les bénéfices sont partagés dans une communauté donnée, mais encore où l’agriculture est gérée en coopérative et écologique. Grosso modo, il dit que ce partage dans une communauté urbaine donnée, qui va au-delà du partage entre les travailleurs d’une firme, rend la coopérative plus forte. (Il y a eu plusieurs exemples de travailleurs s’enrichissant grâce à leur coopérative et ensuite se retirant en banlieue et recréant une bourgeoisie dans des quartiers privilégiés). Les habitants voyant ce succès commencent à soutenir ces progressistes (politiquement parlant) et ainsi l’impact va jusqu’à l’électorat et aux choix politiques — on montre à la majorité que le modèle peut réussir — et cette démonstration finit par changer les institutions au niveau local.
. Voir community-wealth.org ; voir aussi l’entretien Co-Op Nation (suivre le lien), de Neal Gorenflo et Michel Bauwens, avec Gar Alperovitz (à propos de son ouvrage America Beyond Capitalism publié en 2004 et remis à jour cette année, et auquel Chomsky réfère dans Occupy), où il est question entre autre des coopératives de Cleveland (article d’avril 2012). » (Information de Wendy Johnson).

[20] Mondragón, nom d’une ville basque espagnole associée à l’une des plus grandes coopératives ouvrières européennes, et du monde, si l’on en croit l’érudit dans ce domaine qu’est Chomsky, et aussi les sources d’information économique sur l’entreprise actuelle. Née en 1941 de l’extraction locale du fer et de son exploitation sidérurgique, auto-organisées sous la protection de l’Église, pour faire face à la misère et à la répression politique du régime du Général Franco (voir l’article complet mais malheureusement resté sans traduction, The Mondragón Cooperative Corporation (MCC) : An Introduction dans le site web de OA — Ownership Associates Inc.), la coopérative de Mondragon dite Corporation Mondragon (fr.wikipédia), est non seulement toujours active mais étendue et accrue aussi bien dans son volume de production qu’à travers son développement diversifé, et une partie de délocalisations, à travers lesquels elle est en quelque sorte entrée dans le régime de la mondialisation.

[21] op.cit.

[22] Flint (Michigan), une des villes des usines General Motors, a connu deux cycles de grèves sur le tas ; la première, avec occupation pour empêcher l’évacuation du matériel de production, dura de 1937 à 1938, et donna lieu à une organisation de la ville en commune, pour défaire l’ancienne municipalité et le juge à la solde de GM, organiser le ravitaillement et l’auto-défense, et à une solidarité nationale (on peut lire un article bien documenté de la BBC : The 1936 - 37 Flint, Michigan Sit-Down Strike). Cette grève se concluant par une victoire fut à l’origine d’une syndication massive des ouvriers américains ; les femmes y jouèrent un rôle actif pour le ravitaillement et l’auto-défense, organisées sous le nom « Emergency Women’s Brigade », et dans les derniers jours elles séparèrent la police et les manifestants masculins pour protéger ces derniers.
La seconde grève sur le tas est celle de 1998, au moment de la délocalisation d’une partie de la production et du démantèlement de la main d’œuvre qualifiée (on peut lire un article de l’envoyé spécial du journal Libération à l’époque General Motors la grève fait tache d’huile. Le syndicat automobile envisage d’étendre le conflit à d’autres usines du groupe), grèves qui suivirent celles de la fin des années 80 où une usine avait fermé après avoir licencié la pupart des ouvriers de la ville, et dont Michaël Moore, natif de Flint, avait réalisé le documentaire de création activiste Roger and me, qui obtint un succès international conidérable et fut multiprimé (voir la fiche en document pdf dans la Bibliothèque du film de la cinémathèque française).

[23] Il s’agit, en Pennsylvanie, d’un des événements les plus avancés de la démocratie et de l’autogestion ouvrières de la production industrielle aux USA, resté mémorable dans le monde occidental moderne, mais qui se termina dans la répression par l’État. Avec des Conseils citoyens regroupant l’ensemble des 5000 habitants environ, pour la plupart concernés par les industries locales, auto-organisés et soutenant les syndicats, à Homestead, ville des acieries Carnegie. La gestion en commune de la ville et des usines commença en 1889 (centenaire de la révolution française), suite au succès d’une première grève au terme de laquelle la direction consentit l’autogestion ouvrière. Tout prit fin lorsqu’après une évolution technique des outils et du processus de production la direction tenta de reprendre possession de la principale usine en introduisant une majorité de travailleurs déqualifiés, pour disqualifier et licencier les travailleurs autogestionnaires... Jusqu’à la grève de 1892, dite Homestead-Strike, qui traitée par le lock-out provoqua une insurrection générale violente des travailleurs et citoyens de tous les sexes et de toutes les générations contre les milices des briseurs de grève (la sinistre agence Pinkerton dont 300 agents seront faits prisonniers par les syndicalistes). La répression fut implacable après une guerre criminelle entre les syndicats et les ouvriers autogestionnaires d’un côté, la direction, ses jaunes, ses milices supplétives criminelles (bien que mises en échec par les métallurgistes) de l’autre, et finalement la Garde Nationale d’État survenant en grand nombre pour occuper les lieux, afin de réduire les insoumis auto-organisés et auto-défensifs victorieux à l’échelle des entreprises et de la ville entière. Homestead Strike (en.wikipedia) — l’article de wikipedia est bien documenté mais partial ; il conviendrait de chercher des informations contradictoires dans les sites activistes afin de mieux comprendre le déroulement des actions.

[24] Trayvon Martin est un jeune homme afro-américain de 17 ans qui a été victime d’un meurtre raciste à Sanford en Floride, le 26 février 2012, alors qu’il était désarmé, tué d’un coup de feu à bout portant dans la poitrine par le chef des vigiles d’un quartier résidentiel protégé où le jeune homme se trouvait pour voir son père et sa fiancée. La police ne retint que la légitime défense alléguée par le meurtrier. Sur la présomption d’un meurtre raciste par un gardien assermenté et la complicité tacite de la police, George Zimmerman fut libéré sous caution mais restant en liberté surveillée. Mais devant la gravité du meurtre de sang froid et le risque de complicité raciste de la police, pour faire face à l’alerte des mouvements anti-racistes américains dépêchés sur place, comptant des célébrités actives, le gouverneur de la Floride, Rick Scott, missionna la juge d’État Angela Corey afin de mener une investigation poussée, qui dura plusieurs semaines, et qu’elle conclut le 12 avril 2012 par une inculpation d’assassinat du second degré, c’est-à-dire de sang froid mais sans préméditation. Pourtant, la jeune femme que Martin avait quittée pour aller faire une course et allait de nouveau rejoindre a fait la preuve, avec les traces de son téléphone cellulaire à l’appui, que le jeune homme inquiet d’être suivi depuis un moment l’avait appelée pour lui en rendre compte, alors qu’il se trouvait déjà à proximité de la maison où elle l’attendait, et qu’elle fut le témoin impuissant du meurtre, après avoir entendu son ami demander au meurtrier pourquoi il le suivait. La question de la préméditation (meurtre du premier degré) entacherait donc y compris la dernière inculpation.

[25] La Reconstruction est la période après la Guerre Civile, 1863–77.

[26] Jeff Greenfield est un auteur et un journaliste célèbre et reconnu, analyste et reporter de la télévision et de la Presse écrite américaines, collaborateur de premier plan des principales chaînes de la télévision, aujourd’hui à NBC, et dans des journaux et magazines tels Time Magazine, The New York Times, and Slate.com, qui a reçu trois Emmy Awards entre 1985 et 1992, pour des reportages en Afrique du sud et un portrait du businesman Henry Ross Perot ; (voir son article dédié dans en.wikipedia).

[27] « Nightline » est une émission à la fois prestigieuse et populaire de la chaîne américaine de TV ABC qui propose en fin de soirée une revue d’informations et des dossiers sur les sujets d’actualité, où le journaliste Jeff Greenfield (op.cit) apparut souvent.

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