La Revue des Ressources

Série Blacksmith 

pour F. Augiéras

samedi 19 juin 2021, par Benjamin Bondonneau

SÉRIE BLACKSMITH

pour F. Augiéras

À partir de ses textes à résonance panthéiste sur la magie du feu et la nuit, sur les grottes et le cosmos, j’ai vu Augiéras comme un forgeron mythologique. Un Héphaïstos aux prises avec tous les Enfers : l’enfer des autres à coup sûr et, peut-être encore davantage, son enfer intime.

Tout près de la grotte-sanctuaire dans laquelle il se lovait, j’ai pu récupérer quelques bois brûlés, peut-être issus de ses propres brasiers. Des tranches fines de ces bois, associés à une poignée de cailloux collectés sur place composent une partie du support de ma série Blacksmith. Sur ces objets, j’ai fait couler de la résine à inclusion, ils en deviennent ainsi presque comme des bijoux.

Le forgeron fut aussi orfèvre.

Le support papier est issu d’un carnet de croquis acheté il y a quelques années à la brocante de Cénac. Il était déjà entamé par un artiste inconnu, je me suis plu à imaginer la trace d’Augiéras dans ces pages que j’ai donc découpées et resalies. Maculées de suie, des traces d’une lampe à pétrole puis par le feu, l’incendie. J’ai vu le village Domme en feu, en éruption, l’acropole se transformant en volcan nocturne.

Et puis la pluie de cendres vient tout recouvrir, les mots et les âmes.

Ces pièces sont devenues ensuite des partitions, grâce à l’intervention du compositeur Jean-Yves Bosseur.

J’ai joué et enregistré ces parties notifiées et remis l’ensemble au compositeur de musique concrète Lionel Marchetti.

Ainsi nait la création sonore partagée : « le Diable ermite », prochainement éditée sur le label Casta.

Série Blacksmith

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P.-S.

Série Blacksmith, pour F. Augiéras
par Benjamin Bondonneau
10 pièces

24x30 cm
Acrylique, graphite, pierre noire, suie, bois, pierre
2021

De Benjamin Bondonneau, sur La Revue des Ressources :

5 chants sous la Marne

12 Captures

Autres liens :

F. Augiéras

Label Casta

Jean-Yves Bosseur

Lionel Marchetti

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« Je ferme les yeux, et je rappelle à moi un savoir très ancien : il y a deux pierres à côté de mes doigts, je les touche doucement, comme en aveugle. J’en saisis une, la plus légère, et je commence à les frapper l’une contre l’autre, à petits coups discrets, puis rapides, avec des silences et des reprises obstinées. Très vite, je suis emporté par le rythme, et j’y prends plaisir. Deux pierres cognées l’une contre l’autre donnent un son humble, primaire, d’une indépassable pauvreté qui me saoule et m’atteint profondément : il est à la mesure exacte de ma propre détresse puisque j’en suis réduit, en fait d’instrument de musique, à deux cailloux cognés obstinément. Cette similitude dans la pauvreté me porte à m’identifier au bruit que font mes pierres, des chocs faibles, désespérés, gais, amortis par la proximité de la roche et par celle du sol lourdement sablonneux. Je deviens ce bruit, il me tire hors de moi. Paupières closes, affolé par le bruit que je fais, je ne suis plus qu’une âme qui passe du côté des forces du Monde et peut tout provoquer par écho. »

et aussi :

« Est-il joie plus délicieuse que de quitter le temps pour vivre au cœur de la pierre, en contact immédiat avec les forces du monde, et de parler avec son âme dans le silence du roc ? »

François Augiéras, Domme ou l’Essai d’occupation.

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