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Fragments d’Anaximandre 

jeudi 4 février 2010, par Anaximandre

Anaximandre, ami de Thalès et représentant le plus notable de l’école milésienne, qui introduisit en philosophie les concepts de principe, d’élément et d’Illimité, était à l’époque de Platon tombé dans l’oubli. C’est à la curiosité d’Aristote, puis après lui aux soins de Théophraste et des doxographes, que l’on doit les fragments qui subsistent de son œuvre. Mais, du même coup, l’orientation unique des témoignages qui le concernent, fait naître des soupçons sur la signification de son entreprise philosophique. Il paraît évident qu’Anaximandre a formé l’idée que le principe est illimité. Mais dire que tout vient de l’Illimité et que tout y retourne, n’indique pas la cause ou la nature des mouvements qui font que l’Un devient multiple et que les multiples retournent à l’Un. En effet si ces changements sont « l’effet du mouvement éternel », il faut alors considérer que le vrai principe est ce mouvement éternel. Toute la question est alors de savoir si le système d’Anaximandre est un monisme affirmant le caractère causal unique de l’Illimité, ou au contraire un dualisme.
Il faut bien voir que si l’on accorde au décret de la Nécessité la valeur de cause formelle, motrice ou finale, du mouvement, ce qui revient à en priver l’Illimité, cela veut dire que l’Illimité n’est pas le principe unique, ou encore que l’Illimité ne saurait avoir d’existence en acte, pour parler comme Aristote. La question, évidemment majeure pour la philosophie, est celle de savoir si un monisme matérialiste est soutenable.
Dans les développements conservés de son œuvre, Anaximandre, aussi bien comme géographe que comme cosmographe ou biologiste, paraît avoir manifesté un grand souci de rationalité. Ce savant qui fut le premier à dresser une carte de géographie, à construire un cadran solaire, et qui découvrit le zodiaque, est aussi celui qui eut le premier l’intuition que l’apparition de l’homme sur la Terre était le résultat d’une lente évolution biologique qui nous assigne le poisson pour ancêtre. [1]


*

Anaximandre de Milet, fils de Praxiadès, concitoyen et associé de Thales disait que la cause matérielle et l’élément premier des choses était l’illimité, et il fut le premier à appeler de ce nom la cause matérielle. Il déclare que ce n’est ni l’eau ni aucun autre des prétendus éléments, mais une substance différente de ceux-ci, qui est illimitée, et de laquelle procèdent tous les cieux et les mondes qu’ils renferment. Et les choses retournent à ce dont elles sont sorties « comme il est prescrit ; car elles se donnent réparation et satisfaction les unes aux autres de leur injustice, suivant le temps marqué », comme il le dit en ces termes quelque peu poétiques. — Aristote, Physique, fr. 2.

*

Il dit que la Terre est de forme cylindrique, et que sa profondeur est égale au tiers de sa largeur. Il dit qu’à l’origine de ce monde une chose capable de pro­duire le chaud et le froid fut séparée de l’éternel. Il s’en forma une sphère de flamme qui se développa autour de l’air qui encercle la Terre, comme l’écorce croît autour d’un arbre. Quand elle eut été déchirée et enfermée en de certains anneaux, le soleil, la lune et les étoiles vinrent à l’existence. — pseudo. Plutarque, Stromates, fr. 2.

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Il dit qu’elle est éternelle et toujours jeune, et qu’elle environne tous les mondes. — Hippolyte, Réfutation de toutes les hérésies, I, 6.

*

Et à part cela, il y avait un mouvement éternel au cours duquel s’accomplit la naissance des mondes. La terre plane librement, sans être soutenue par rien. Elle demeure en place parce qu’elle est à égale distance de tout. La forme en est convexe et ronde, pareille à une colonne de pierre. Nous sommes sur l’une des surfaces, et l’autre est du côté opposé. Les corps célestes sont des roues de feu séparées du feu qui encercle le monde, et encloses dans l’air. Et elles ont des évents pour respirer, sortes de trous pareils à des tuyaux, par lesquels sont vus les corps célestes. Pour celte raison, aussi, lorsque les évents sont obstrués, les éclipses se produisent. Et la lune semble tantôt croître et tantôt décroître, selon que ces trous s’ouvrent ou se ferment. Le cercle du soleil est vingt-sept fois plus grand que celui (de la terre, tandis que celui) de la lune est dix-huit fois aussi grand. Le soleil est le plus haut de tous, et les roues des étoiles fixes sont les plus basses. Les créatures vivantes naquirent de l’élément humide, quand il eut été évaporé par le soleil. L’homme était, au début, semblable à un autre animal, à savoir à un poisson. — Hippolyte, Réf. l, 6.

*

La pluie est produite par l’humidité pompée de la terre par le soleil. — Hippolyte. Réf., l, 6, 7

*

D’ailleurs, il ne peut pas y avoir un corps un et simple qui soit illimité, ni, comme le prétendent quelques-uns, un corps distinct des éléments — lesquels en dérivent ensuite — ni un corps sans cette qualification. Car il est des philosophes qui font de ce corps (distinct des éléments) l’illimité, au lieu de le placer dans l’air ou dans l’eau, pour éviter que les autres choses ne soient détruites par leur infinité. Ils (les éléments) sont en opposition l’un à l’autre — l’air est froid, l’eau humide, et le feu chaud — et c’est pourquoi, si l’un d’eux était illimité, les autres cesseraient d’exister à l’instant. Aussi ces philosophes disent-ils que l’illimité est autre chose que les éléments, et que c’est de lui que ceux-ci procèdent. – Aristote, Physique, Γ, 5, 204 b 22


*

Ceux qui admettaient des mondes innombrables, par exemple Anaximandre, Leucippe, Démocrite et, à une date postérieure, Epicure, soutenaient qu’ils naissaient et périssaient à l’illimité, quelques-uns venant sans cesse à l’existence et d’autres périssant. — Simplicius, Commentaire sur la physique d’Aristote, 1121, 5.


*

Anaximandre disait que les étoiles sont des condensations d’air pareilles à des cerceaux, pleines de feu, soufflant des flammes à un certain point par des orifices. Le soleil est le plus haut de toutes ; après lui vient la lune, et au-dessous de celle-ci les étoiles fixes et les planètes. — Aétius, Opinions, II, 13, 7 ; 15, 6.


*

Anaximandre disait que le soleil est un anneau vingt-huit fois aussi grand que la terre, semblable à une roue de char, avec une jante creuse et pleine de feu, montrant le feu à un certain point, comme à travers la bouche d’un soufflet. —Aétius, Op., II, 20, 1

Anaximandre disait que le soleil est égal à la terre, mais que l’anneau par lequel il respire et par lequel il est mû en cercle est vingt-sept fois aussi grand que la terre. — Aétius, Op., II, 21,1.

*

Anaximandre disait que la lune est un anneau dix-huit fois aussi grand que la terre... —Aétius, Op., II, 25, 1.

*

Anaximandre soutenait que le tonnerre et l’éclair sont causés par le vent. Quand il est enfermé dans un nuage épais et qu’il s’échappe avec violence, la rupture du nuage produit le bruit, et la déchirure offre l’aspect lumineux par contraste avec l’obscurité du nuage.—Aétius, Op., III, 3, 1.

*

Anaximandre soutenait que le vent est un courant d’air (c’est-à-dire de vapeur) qui s’élève quand ses particules les plus fines ci les plus humides sont mises en mouvement ou dissoutes par le soleil. — Aétius, Op., III, 6,1.

*

La mer est ce qui reste de l’humidité primordiale. Le feu en a desséché la plus grande partie, et transformé le reste en sel en le brûlant. — Aétius, Op., III, 16, 1.

*

Les premiers animaux furent produits dans l’humide, enfer­més chacun dans une écorce épineuse. Avec le temps ils firent leur apparition sur la partie la plus sèche. Quand l’écorce éclata, ils modifièrent leur genre de vie en peu de temps. — Aétius, Op., V, 19, 1.

*

Il prétend qu’au début les êtres humains naquirent dans l’in­térieur de poissons, et qu’après avoir été nourris comme les requins, et être devenus capables de se protéger eux-mêmes, ils furent finalement jetés sur le rivage, et prirent terre. — Plutarque, Propos de table, VIII, 8, 4, 730 f.

Anaximandre de Milet, fils de Praxiadès, concitoyen et associé de Thales disait que la cause matérielle et l’élément premier des choses était l’illimité, et il fut le premier à appeler de ce nom la cause matérielle. Il déclare que ce n’est ni l’eau ni aucun autre des prétendus éléments, mais une substance différente de ceux-ci, qui est illimitée, et de laquelle procèdent tous les cieux et les mondes qu’ils renferment. Et les choses retournent à ce dont elles sont sorties « comme il est prescrit ; car elles se donnent réparation et satisfaction les unes aux autres de leur injustice, suivant le temps marqué », comme il le dit en ces termes quelque peu poétiques. — Aristote, Physique, fr. 2.

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Il dit que la Terre est de forme cylindrique, et que sa profondeur est égale au tiers de sa largeur. Il dit qu’à l’origine de ce monde une chose capable de pro­duire le chaud et le froid fut séparée de l’éternel. Il s’en forma une sphère de flamme qui se développa autour de l’air qui encercle la Terre, comme l’écorce croît autour d’un arbre. Quand elle eut été déchirée et enfermée en de certains anneaux, le soleil, la lune et les étoiles vinrent à l’existence. — pseudo. Plutarque, Stromates, fr. 2.

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Il dit qu’elle est éternelle et toujours jeune, et qu’elle environne tous les mondes. — Hippolyte, Réfutation de toutes les hérésies, I, 6.

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Et à part cela, il y avait un mouvement éternel au cours duquel s’accomplit la naissance des mondes. La terre plane librement, sans être soutenue par rien. Elle demeure en place parce qu’elle est à égale distance de tout. La forme en est convexe et ronde, pareille à une colonne de pierre. Nous sommes sur l’une des surfaces, et l’autre est du côté opposé. Les corps célestes sont des roues de feu séparées du feu qui encercle le monde, et encloses dans l’air. Et elles ont des évents pour respirer, sortes de trous pareils à des tuyaux, par lesquels sont vus les corps célestes. Pour celte raison, aussi, lorsque les évents sont obstrués, les éclipses se produisent. Et la lune semble tantôt croître et tantôt décroître, selon que ces trous s’ouvrent ou se ferment. Le cercle du soleil est vingt-sept fois plus grand que celui (de la terre, tandis que celui) de la lune est dix-huit fois aussi grand. Le soleil est le plus haut de tous, et les roues des étoiles fixes sont les plus basses. Les créatures vivantes naquirent de l’élément humide, quand il eut été évaporé par le soleil. L’homme était, au début, semblable à un autre animal, à savoir à un poisson. — Hippolyte, Réf. l, 6.
La pluie est produite par l’humidité pompée de la terre par le soleil. — Hippolyte. Réf. l, 6, 7

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D’ailleurs, il ne peut pas y avoir un corps un et simple qui soit illimité, ni, comme le prétendent quelques-uns, un corps distinct des éléments — lesquels en dérivent ensuite — ni un corps sans cette qualification. Car il est des philosophes qui font de ce corps (distinct des éléments) l’illimité, au lieu de le placer dans l’air ou dans l’eau, pour éviter que les autres choses ne soient détruites par leur infinité. Ils (les éléments) sont en opposition l’un à l’autre — l’air est froid, l’eau humide, et le feu chaud — et c’est pourquoi, si l’un d’eux était illimité, les autres cesseraient d’exister à l’instant. Aussi ces philosophes disent-ils que l’illimité est autre chose que les éléments, et que c’est de lui que ceux-ci procèdent. – Aristote, Physique, Γ, 5, 204 b 22


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Ceux qui admettaient des mondes innombrables, par exemple Anaximandre, Leucippe, Démocrite et, à une date postérieure, Epicure, soutenaient qu’ils naissaient et périssaient à l’illimité, quelques-uns venant sans cesse à l’existence et d’autres périssant. — Simplicius, Commentaire sur la physique d’Aristote, 1121, 5.


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Anaximandre disait que les étoiles sont des condensations d’air pareilles à des cerceaux, pleines de feu, soufflant des flammes à un certain point par des orifices. Le soleil est le plus haut de toutes ; après lui vient la lune, et au-dessous de celle-ci les étoiles fixes et les planètes. — Aétius, Opinions, II, 13, 7 ; 15, 6.


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Anaximandre disait que le soleil est un anneau vingt-huit fois aussi grand que la terre, semblable à une roue de char, avec une jante creuse et pleine de feu, montrant le feu à un certain point, comme à travers la bouche d’un soufflet. —Aétius, Op., II, 20, 1

Anaximandre disait que le soleil est égal à la terre, mais que l’anneau par lequel il respire et par lequel il est mû en cercle est vingt-sept fois aussi grand que la terre. — Aétius, Op., II, 21,1.

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Anaximandre disait que la lune est un anneau dix-huit fois aussi grand que la terre... —Aétius, Op., II, 25, 1.

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Anaximandre soutenait que le tonnerre et l’éclair sont causés par le vent. Quand il est enfermé dans un nuage épais et qu’il s’échappe avec violence, la rupture du nuage produit le bruit, et la déchirure offre l’aspect lumineux par contraste avec l’obscurité du nuage.—Aétius, Op., III, 3, 1.

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Anaximandre soutenait que le vent est un courant d’air (c’est-à-dire de vapeur) qui s’élève quand ses particules les plus fines ci les plus humides sont mises en mouvement ou dissoutes par le soleil. — Aétius, Op., III, 6,1.

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La mer est ce qui reste de l’humidité primordiale. Le feu en a desséché la plus grande partie, et transformé le reste en sel en le brûlant. — Aétius, Op., III, 16, 1.

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Les premiers animaux furent produits dans l’humide, enfer­més chacun dans une écorce épineuse. Avec le temps ils firent leur apparition sur la partie la plus sèche. Quand l’écorce éclata, ils modifièrent leur genre de vie en peu de temps. — Aétius, Op., V, 19, 1.

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Il prétend qu’au début les êtres humains naquirent dans l’in­térieur de poissons, et qu’après avoir été nourris comme les requins, et être devenus capables de se protéger eux-mêmes, ils furent finalement jetés sur le rivage, et prirent terre. — Plutarque, Propos de table, VIII, 8, 4, 730 f.

P.-S.

Illustration : portrait d’Anaximandre en bas-relief, 1er siècle avant notre ère, Rome, Museo Nazionale Romano, inv. 506.

Notes

[1D’après la notice de Jean-Paul Dumont in Les Présocratiques, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1988, pp 1188-1189.

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