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Du Livre du bagne de Louise Michel à L’ordre et la morale de Mathieu Kassovitz 

samedi 3 septembre 2011, par Louise Michel, Mathieu Kassovitz

Postamour - 5 [1]. Afin de composer un diptyque mixte avec Souvenirs de la maison des morts, autobiographie de Dostoïevski, envoyé au bagne pour des raisons politiques sous le règne du tsar Nicholas II, suggérer Le livre du bagne de Louise Michel, également autobiographique de sa répression politique, paraissait attendu. Citons une critique parue dans le blog de Philippe Poisson, à propos de l’édition contemporaine de ce texte, (aux Presses universitaires de Lyon, en 2001), accru par Véronique Fau-Vicenti d’autres textes de Louise Michel sur "l’anormalité" [2] :
« Louise Michel entreprit la rédaction du Livre du bagne en 1872. Elle venait alors d’être transportée de la prison des Chantiers de Versailles à la centrale d’Auberive, en Haute-Marne. En 1877, déportée depuis trois ans en Nouvelle-Calédonie, elle reprit son récit. Après son retour en métropole en 1880, elle laissa de côté l’ouvrage, puis confrontée à de nouvelles prisons, elle ajouta une troisième partie depuis la maison centrale de Clermont en 1884. »
Mais ce livre posthume n’est accessible qu’en format d’éditeur vendu dans les librairies en ligne ; même si l’âge des textes les fait conférer au domaine public et si Louise Michel a édité elle-même la première publication du « Livre du bagne », la configuration de l’ouvrage actuel l’enferme au titre de l’ensemble inédit, faisant rejouer le droit d’auteur pour l’éditeur et l’éditorialiste du nouvel objet. En tous cas, cela aurait-il un rapport ou non, les premières éditions échappent même aux sources libres de la Bibliothèque Nationale accessibles dans le site Gallica. Qui ou quel organisme — et en vertu de quels accords entre la bibliothèque nationale et les éditeurs — en détiennent l’archive ou en substituent l’accès ? J’avais déjà remarqué la disparition d’articles de Desnos sur Internet, après la publication de sa biographie par la remarquable Dominique Desanti en 1999, au Mercure de France. De la même façon, Flora Tristan, qui a précédé Louise Michel en jetant les ponts du premier réseau augurant de la première Internationale des travailleurs, la grand-mère de Gauguin elle-même, qu’elle a également traitée dans un ouvrage chez Hachette, en 1985, ne paraît pas avoir été une femme engagée dans le combat social — à voir la rareté de ses citations dans les sites activistes sur le web. Pourtant Dominique Desanti, ancienne résistante et activiste communiste, dont on déplore la disparition au mois d’avril cette année, était elle-même une femme engagée dans l’action républicaine pour les libertés et le progrès ainsi que le partage social ; on ne saurait donc lui attribuer le retrait d’œuvres du domaine public. Quelle qu’en soit la cause, car il y a obligatoirement une cause, alors que la plupart des textes de Marx ou de Proudhon sont au contraire largement communiqués, c’est un comble de ne pas rendre présentes des contributions s’agissant des femmes anarchistes qui dédièrent leur vie et leur œuvre au commun.

 Naviguant en quête d’un extrait, en vain, j’ai trouvé dans le site archive.org le très joli ouvrage sur la culture canaque écrit et dédié par Louise à sa mère, pour la libération de laquelle — arrêtée à sa place — elle s’était dénoncée puis retrouvée au bagne, en Nouvelle Calédonie : Légendes et chansons de gestes canaques (1875), suivi d’un Légendes et chants de gestes canaques, en 1885, nouvelle édition accrue en 2006 du texte Civilisation (également paru aux Presses universitaires de Lyon, sous la direction de François Bogliolo). J’ai téléchargé l’édition de 1885, mais ne parvenant pas à l’implémenter, dû au document source trop lourd, je propose cette édition d’ebook lisible en "embed" depuis le site où les internautes pourront à leur tour la télécharger directement, s’ils veulent l’archiver pour leurs tablettes. On peut considérer que c’est le premier ouvrage de référence ethnologique non emprunt de racisme sur la culture et la géographie native des Kanaks, un ouvrage plus important qu’on ne lui en accorde généralement, parce que Louise Michel commença à écrire en poète avant d’être activiste et de toutes façons ne fut jamais considérée comme une scientifique possible. Tout juste une institutrice — justement...

 Grâce à Louise Michel traversant le temps, le navire Postamour touche la rive de L’ordre et la morale, ce film de Kassovitz à paraître en novembre 2011, que le Festival de Cannes majoritairement sponsorisé par L’Oréal, et en cette année de la projection privée de la participation de Carla Bruni dans un film de Woody Allen, a par hasard ou nécessairement refusé de sélectionner, et j’ignore si la publication de cette œuvre d’abord prévue au mois de septembre puis différée au mois de novembre a connu des modifications de Final Cut — forcément consenties.
 Mais de toutes façons j’appelle de tous mes souhaits que le public français comme le public professionnel — préfèrerait-il d’autres systèmes de production, de distribution, et films d’auteur — fréquente massivement les salles, pour saluer cette entreprise inhabituelle dans notre pays (un des derniers d’Europe où l’on tente de sauver le cinéma), signée par un couple de réalisateur et de producteur au talent légendaire, qui s’emploie encore activement à la capacité autonome de produire un cinéma local de classe internationale, sur des événements nationaux qui concernent notre rapport avec le flux de l’histoire postmoderne et contemporaine du monde.

A. G. C.

 Voilà sa page, où vous pourrez directement le télécharger en format pdf, et le voici installé en "embed" :


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Pour se faire une idée de l’insertion sociale mais restant critique de Louise Michel comme d’autres bagnards attribués aux services de la colonisation néo-calédonienne, pendant ses années d’exil pénitentiaire de 1873 à 1880, et de son soutien édifié auprès de la population canaque (aujourd’hui on écrit "kanak" dans une version anglicisée issue de "kanaki" — "kanaké", disait Jean-Marie Djibaou — l’ensemble des peuples mélanésiens), en particulier au moment des révoltes de 1878, on peut prendre connaissance du paragraphe qui l’évoque rapidement, sous le titre « La déportation », dans son article dédié de wikipédia :

« Louise Michel à Nouméa

Embarquée sur le Virginie en août 1873 pour être déportée en Nouvelle-Calédonie [ 4 ], elle chante avec d’autres communards « Le Temps des Cerises » en regardant s’éloigner la côte, elle arrive sur l’île après quatre mois de voyage. À bord, elle fait la connaissance de Henri Rochefort, célèbre polémiste, et de Nathalie Lemel, elle aussi grande activiste de la Commune ; c’est sans doute au contact de cette dernière, qui avec Varlin avait organisé des coopératives pour l’autonomie de la Commune, que Louise devient anarchiste. Elle reste sept années en Nouvelle-Calédonie, refusant de bénéficier d’un autre régime que celui des hommes [ 1 ]. Elle crée le journal Petites Affiches de la Nouvelle-Calédonie et édite Légendes et chansons de gestes canaques [ 12 ]. Elle cherche à instruire les autochtones kanaks et, contrairement à certains Communards qui s’associent à leur répression, elle prend leur défense lors de leur révolte, en 1878 [3]. Elle obtient l’année suivante l’autorisation de s’installer à Nouméa et de reprendre son métier d’enseignante, d’abord auprès des enfants de déportés, puis dans les écoles de filles.

Le Tigre Clemenceau, qui lui vouait une grande admiration, continuait de lui écrire durant sa déportation et lui adressait des mandats. »

Sur les révoltes de 1878 et le chef résistant Ataï : La Nouvelle- Calédonie, colonie de peuplement. Une vue élargie de la colonisation française de l’île depuis l’origine : Rêve calédonien — Histoire (sous toute réserve des liens attachés à ce site qui n’engagent que son auteur).

Le polémiste Henri Rochefort fut le seul bagnard à avoir jamais réussi à fuir de Nouvelle-Calédonie, il avait préparé son évasion avant son départ, dans le cadre d’un réseau de soutien étendu. À son retour, il se rapprocha de l’extrême-droite, s’avançant en éditeur et éditorialiste d’éclat, fondateur du journal L’Intransigeant, et boulangiste au point de suivre le général Boulanger en exil, tandis que l’ancienne blanquiste Louise Michel purgeant sa peine jusqu’à sa relaxe officielle reviendra libertaire, renforcée dans sa singularité et son autonomie politique par la compagnie de sa voisine d’écrou Nathalie Lemel, durant les premiers mois de leur déportation. Bretonne émigrée à Paris, socialiste militante et fondatrice syndicaliste connue qui se retrouva dans le clan des exclus de l’Internationale, celle-ci était également au combat sur les barricades. Ensemble elles refuseront d’être détenues dans un lieu et des conditions différents des hommes. Mais Louise restera loyale à son amitié néo-calédonienne avec Rochefort, mémoire à laquelle d’aucuns attribuent qu’elle ne fut pas présente contre le front anti-dreyfusard, lorsque après avoir été expulsée de Belgique elle préféra retourner en Angleterre, en 1898, où elle s’était déjà réfugiée en 1890 pour fuir les menaces d’être internée comme "folle". On peut aussi évaluer que sa situation d’ancienne déportée toujours sous surveillance policière et incarcérée à répétition, au fil de son activisme incessant, n’était pas telle qu’elle put accroître ses risques en s’élevant publiquement contre la cause cumulée du nationalisme. Bref, elle choisira de disparaître pour quelque temps dans le pays de la fondation de la première Internationale des travailleurs, plus libéral, comme avant elle Gustave Doré avait émigré de l’autre côté de la Manche, afin de ne pas faire son parti du gouvernement versaillais dont il avait caricaturé pour la Presse les procès expéditifs faits aux communards — bien qu’il n’en fut pas lui-même. En tous cas, la distance prise par Louise ne sera jamais attribuée à une tendance antisémite de sa part.

L’article dédié de Louise Michel dans Le drapeau noir informe les dates précises des exploits activistes et de la répression subie par Louise Michel jusqu’à la fin de sa vie, malgré le soutien admiratif et protecteur, suivi, de Georges Clémenceau, qui intervint à plusieurs reprises pour la faire libérer.

Sur le bagne et les tâches des déportés en Nouvelle-Calédonie coloniale :

Le bagne : transportation, relégation, déportation.

*

Pour mémoire des mouvements indépendantistes en Nouvelle Calédonie, le calendrier de la sortie publique du film L’ordre et la morale, sur le drame de la grotte d’Ouvéa en 1988, tourné en Polynésie française par Mathieu Kassovitz et produit par Christophe Rossignon (Nord-Ouest) en 2010, annonce le 16 novembre 2011. L’avant-première et un débat ont eu lieu le 20 août, cet été, dans le cadre du festival du film insulaire de l’île de Groix, en Bretagne française.


Le scénario s’inspire en partie de La morale et l’action, autobiographie de l’ancien commandant du GIGN Philippe Legorjus, un des protagonistes et notamment négociateur avant l’intervention armée, écrite avec la participation de Jean-Michel Caradec’h et parue aux éditions Fixot, en 1990 [4]. C’est Mathieu Kassovitz lui-même qui tient ce rôle dans L’ordre et la morale. Dans Le Monde du 3 juin 2011, Philippe Legorjus s’est exprimé sur le film, à l’article intitulé : « L’ancien patron du GIGN affirme que des indépendantistes ont été exécutés à Ouvéa en 1988 ».

P.-S.

Les deux complices, Mathieu Kassovitz et son producteur Christophe Rossignon, lors de la projection préalable du film, juste achevé, devant les techniciens et quelques amis, au mois de juin 2011 :




20 ans après... Le massacre de la grotte d’Ouvéa. (Ligue des droits de l’homme, Toulon)

Notes

[1] ------------------------------




POSTAMOUR : mot viatique n°1276 qui indexe les 10 articles de la ligne thématique du 29 août au 11 septembre, fédérée par l’éditorial "Des femmes qui chantent pour un homme", et clôturant le cycle bimensuel de l’été 2011 de La RdR (La Revue des Ressources). A. G. C.

Keyword # 1276 to index listing the 10 thematic articles published since August 29th till September 11th, framed by the editorial " Women who sing for a man ", which close the semimonthly set of the 2011 Summer in The RdR (La Revue des Ressources). A. G. C.

http://www.larevuedesressources.org/spip.php?mot1276


http://translate.google.com/

http://www.reverso.net/text_translation.aspx?lang=EN


POSTAMOUR — INDEX :

10

Nineteen Eighty-Four (1984) / 911

Le 9 septembre 2011 par Amélie Audiberti, George Orwell, Nigel

Kneale, Rudolph Cartier

Postamour. Dramatique TV intégrale + un chapitre du livre. On conclut cette thématique quinzomadaire en fausse clé de novlangue. Où est la réalité où est la fiction ? Après la fin de la guerre froide la réunification de l’Allemagne (...)

Suite...

http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article2107

9

Japon martyre du nucléaire

Le 8 septembre 2011 par Hiroaki Zakōji

Postamour. Pièce musicale. Le Japon pour mémoire de 2011. Hiroshima, Nagasaki, Fukushima Hommage à Hiroaki Zakōji Piano piece I, Op.28, (Basel, 7/5/1984) mp3 — cliquez dans l’image Hiroaki (...)

Suite...

http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article2108

8

Dans la débine à Paris et à Londres

Le 7 septembre 2011 par George Orwell

Postamour. Un chapitre d’un livre. Il s’agit ici de la libre traduction d’un chapitre du livre de George Orwell, Down and Out in London and Paris. En cas de contresens, n’hésitez pas à laisser un (...)

Suite...

http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article2092

7

L’enseignement primaire public, obligatoire et laïque

Le 6 septembre 2011 par Jules Ferry

Postamour. La loi de 1882 intégrale. Rentrée des classes en France, 2011 : si l’on en croît un article du Monde daté du 29 août, cette année, la rentrée scolaire n’accuse pas moins de 5000 enseignants en (...)

Suite...

http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article2103

6

Vous avez dit : convaincre

Le 5 septembre 2011 par Jacques Prévert, Jean de la Bruyère, Victor Hugo

Postamour. « Sujets du Bac français 2007 - séries ES/S — Convaincre ». Selon Alphonse Allais, il suffit d’inverser l’ordre des textes pour les lire dans l’autre sens. En (...)

Suite...

http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article2102

5

Du Livre du bagne de Louise Michel à L’ordre et la morale de

Mathieu Kassovitz

Le 3 septembre 2011 par Louise Michel, Mathieu Kassovitz

Postamour. Un ebook en streaming + un teaser vidéo. Afin de composer un diptyque mixte avec Souvenirs de la maison des morts, autobiographie de Dostoïevski, envoyé au bagne pour des raisons politiques sous le règne du tsar Nicholas II, (...)

Suite...

http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article2101

4

Le nez de DSK, s’il eût été plus court

Le 2 septembre 2011 par Thierry Messan

Postamour. Citation intégrale d’un article externe. « Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé. » Comme la légendaire beauté de Cléopâtre est remise en cause ces jours-ci, certains (...)

Suite...

http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article2094

3

Sur la singularité de Carmilla

Le 1er septembre 2011 par Aliette Guibert Certhoux

Postamour. Rediffusion 2011 d’un article de La RdR + ebook. On propose une hypothèse de l’actualité d’un vampire et de sa fiction, au titre éponyme Carmilla, nouvelle post-gothique par l’écrivain irlandais (...)

Suite...

http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article1475

2

Souvenirs de la maison des morts

Le 31 août 2011 par Charles Neyroud, Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski

Postamour. Un ebook téléchargeable en word. Ce n’est ni le crématorium ni le temple la mosquée ou l’église, mais le bagne. Bagne tzariste sibérien anticipant étrangement le goulag stalinien au travail rédempteur (...)

Suite...

http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article2098

1

Des femmes qui chantent pour un homme

Le 29 août 2011 par Aliette Guibert Certhoux

Postamour. Éditorial post-estival. Deux vidéos. Deux femmes glorieuses chantent pour un homme ; les mains en visière protégeant leurs yeux face aux sunlights, elles cherchent à repérer le leur, assis en (...)

Suite...

http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article2093

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[2] L’anormalité sociale générale et particulière est à juste titre des raisons existentielles de Louise Michel l’objet de préoccupation sociale de celle-ci. Elle-même a reçu sa part d’exclusion due à sa singularité et à ses passions libertaires — notamment ses idées de libération au-delà des sexes et le port de l’uniforme masculin de la garde nationale, le fusil au poing, pendant La commune, autant qu’il lui arrivât pour des raisons critiques de préférer rester en prison plutôt que d’être libérée, situations depuis lesquelles elle réfléchit, bien avant Foucault, au statut et aux lieux collectifs attribués aux « Horlà ».

[3] À propos de l’évocation des révoltes de 1978, dans le site nouvellecalédonie.com, on rappelle qu’à l’exposition coloniale de Paris en 1931 plus de 100 canaques furent exposés dans une cage, et que l’ouvrage de Didier Daeninckx Cannibale, paru chez Verdier en 1998, y est précisément consacré. Cet ouvrage depuis sa parution a été traduit en plusieurs langues. Que cela ait pu avoir lieu en 1931 alors que les avant-gardes littéraires et artistiques liées aux Internationales avaient depuis long feu réveillé la conscience anti-coloniale en Europe, particulièrement à Paris, où des intellectuels comme Césaire et Senghor faisaient leurs classes préparatoires en hypokhâgne au lycée Louis-le-Grand, dès 1929 et 1931 pour intégrer l’École normale supérieure, puis en 1934, Césaire, Tirolien, Senghor, Diop et d’autres, fonderont le journal L’étudiant noir, en dit long sur le racisme officiel sévissant contradictoirement dans le tissu républicain laïque (pour mémoire Jules Ferry fondateur de l’école publique laïque et obligatoire fut pour autant le farouche colonialiste qui consacra la plupart de ses discours officiels aux principes, à l’administration, et à la gestion de la colonisation), en même temps que l’activisme d’extrême droite, depuis lesquels on peut comprendre l’accueil français aux nazis, dès la seconde moitié de ces années 30. Pour recenser les bases modernes du mouvement de la négritude en France où croisaient des poètes et des intellectuels américains et caraïbes noirs, dès les années 20, on conseille de se reporter à l’article à propos de Senghor dans la revue negro-africaine de littérature et de Philosophie Éthiopiques. Il convient de citer en même temps les idées du réseau avant-gardiste international inspiré par le surréalisme, tel le brésilien Oswald de Andrade qui écrivit le Manifeste cannibale en 1928, ainsi que le mouvement autour de quelques personnalités créoles depuis le XIXe siècle à la Nouvelle-Orléans, dans la défense de la créolisation francophone, principalement blancs mais engagés pour l’émancipation des noirs y compris contre les confédérés pendant la guerre de sécession.

[4] L’autobiographie de Legorjus parut deux ans seulement après le massacre de la grotte d’Ouvéa, au moment où le gouvernement Rocard succéda au gouvernement Chirac inaugurant le second mandat présidentiel de François Mitterrand. La répression militaire responsable du massacre des preneurs d’otage de la grotte d’Ouvéa, après la mort de quatre gendarmes tués par balle, lors de l’assaut de la gendarmerie par un commando de 75 indépendantistes, avait été ordonnée par le ministre des Départements et Territoires d’Outre-Mer du gouvernement Chirac, Bernard Pons. C’est Michel Rocard, aidé du dirigeant du mouvement autonomiste Kanak non violent, Jean-Marie Tjibaou, son propre ami socialiste, qui signa avec lui et Jacques Lafleur (pour les caldoches) les accords de Matignon, entérinant les droits de la Nouvelle-Calédonie à l’autodétermination et mettant fin sinon totalement aux violences du moins à la guerre civile sur l’île, le 26 juin 1988. Pour des raisons symboliques liées au massacre par exécution sommaire et privation de soins de 19 activistes de la grotte d’Ouvéa après la libération des otages, et au principe de l’amnistie, Jean-Marie Tjibaou le paya de sa propre vie (il fut assassiné le 4 mai 1989). Ainsi, l’indépendance relative de la Nouvelle Calédonie après les accords de Nouméa en 1998, suivi socialiste du gouvernement Jospin dans le cadre du premier mandat présidentiel de Jacques Chirac, en attendant le référendum sur l’auto-détermination prévu ultérieurement, repose sur les morts sacrifiés dont le plus grand nombre du côté des kanaks lors de ce qui pourrait constituer un crime de guerre, relevant des exactions de l’armée française en Algérie pendant la guerre d’indépendance. Dans le site nouvellecalédonie.com on peut trouver un bref résumé de l’histoire de la résistance au colonialisme et des mouvements indépendantistes néo-calédoniens depuis le XIXe siècle, particulièrement de 1974 à 1977, liés à l’économie des ressources selon la délocalisation sectorielle de l’île, et après 1981, vers ce référendum ultime qui normalement devrait avoir lieu en 2014 alors qu’il était prévu pour la dixième année après la signature de l’accord. Depuis, la mondialisation de la production a ajouté la pression des participations capitalistiques étrangères, par exemple australiennes, bien placées dans les investissements consentis par les kanaks dans leurs propres secteurs territoriaux.

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