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Avertissement aux écoliers et lycéens (1) 

jeudi 1er mai 2014, par Raoul Vaneigem (Date de rédaction antérieure : 19 septembre 2011).

Chapitre 1

Avertissement aux écoliers et lycéens



L’école a été, avec la famille, l’usine, la caserne et accessoirement l’hôpital et la prison le passage inéluctable où la société marchande infléchissait à son profit la destinée des êtres que l’on dit humains.

Le gouvernement qu’elle exerçait sur des natures encore éprises des libertés de l’enfance, l’apparentait, en effet, à ces lieux propres à l’épanouissement et au bonheur que furent — et que demeurent à des degrés divers — l’enclos familial, l’atelier ou le bureau, l’institution militaire, la clinique, les maisons d’arrêt.

L’école a-t-elle perdu le caractère rebutant qu’elle présentait aux XIXe et XXe siècles, quand elle rompait les esprits et les corps aux dures réalités du rendement et de la servitude, se faisant une gloire d’éduquer par devoir, autorité et austérité, non par plaisir et par passion ? Rien n’est moins sûr, et l’on ne saurait nier que, sous les apparentes sollicitudes de la modernité, nombre d’archaïsmes continuent de scander la vie des lycéennes et des lycéens.

L’entreprise scolaire n’a-t-elle pas obéi jusqu’à ce jour à une préoccupation dominante : améliorer les techniques de dressage afin que l’animal soit rentable ?

Aucun enfant ne franchit le seuil d’une école sans s’exposer au risque de se perdre ; je veux dire de perdre cette vie exubérante, avide de connaissances et d’émerveillements, qu’il serait si exaltant de nourrir, au lieu de la stériliser et de la désespérer sous l’ennuyeux travail du savoir abstrait. Quel terrible constat que ces regards brillants soudain ternis !

Voilà quatre murs. L’assentiment général convient qu’on y sera, avec d’hypocrites égards, emprisonné, contraint, culpabilisé, jugé, honoré, châtié, humilié, étiqueté, manipulé, choyé, violé, consolé, traité en avorton quémandant aide et assistance.

De quoi vous plaignez-vous ? objecteront les fauteurs de lois et de décrets. N’est-ce pas le meilleur moyen d’initier les béjaunes aux règles immuables qui régissent le monde et l’existence ? Sans doute. Mais pourquoi les jeunes gens s’accommoderaient-ils plus longtemps d’une société sans joie et sans avenir, que les adultes n’ont plus que la résignation de supporter avec une aigreur et un malaise croissants ?

Une école où la vie s’ennuie n’enseigne que la barbarie




Le monde a changé davantage en trente ans qu’en trois mille. Jamais — en Europe de l’ouest tout au moins — la sensibilité des enfants n’a autant divergé des vieux réflexes prédateurs qui firent de l’animal humain la plus féroce et la plus destructrice des espèces terrestres.

Pourtant, l’intelligence demeure fossilisée, comme impuissante à percevoir la mutation qui s’opère sous nos yeux. Une mutation comparable à l’invention de l’outil, qui produisit jadis le travail d’exploitation de la nature et engendra une société composée de maîtres et d’esclaves. Une mutation où se révèle la véritable spécificité humaine : non la production d’une survie inféodée aux impératifs d’une économie lucrative, mais la création d’un milieu favorable à une vie plus intense et plus riche.

Notre système éducatif s’enorgueillit à raison d’avoir répondu avec efficacité aux exigences d’une société patriarcale jadis toute puissante ; à ce détail près qu’une telle gloire est à la fois répugnante et révolue.

Sur quoi s’érigeait le pouvoir patriarcal, la tyrannie du père, la puissance du mâle ? Sur une structure hiérarchique, le culte du chef, le mépris de la femme, la dévastation de la nation, le viol et la violence oppressive. Ce pouvoir, l’histoire l’abandonne désormais dans un état avancé de délabrement : dans la communauté européenne, les régimes dictatoriaux ont disparu, l’armée et la police virent à l’assistance sociale, l’État se dissout dans l’eau trouble des affaires et l’absolutisme paternel n’est plus qu’un souvenir de guignol.

Il faut vraiment cultiver la sottise avec une faconde ministérielle pour ne pas révoquer sur-le champ un enseignement que le passé pétrit encore avec les ignobles levures du despotisme, du travail forcé, de la discipline militaire et de cette abstraction, dont l’étymologie — abstrahere, tirer hors de — dit assez l’exil de soi, la séparation d’avec la vie.

Elle agonise enfin, la société où l’on n’entrait vivant que pour apprendre à mourir. La vie reprend ses droits timidement comme si, pour la première fois dans l’histoire, elle s’inspirait d’un éternel printemps au lieu de se mortifier d’un hiver sans fin.

Odieuse d’hier, l’école n’est plus que ridicule. Elle fonctionnait implacablement selon les rouages d’un ordre qui se croyait immuable. Sa perfection mécanique brisait l’exubérance, la curiosité, la générosité des adolescents afin de les mieux intégrer dans les tiroirs d’une armoire que l’usure du travail changeait peu à peu en cercueil. Le pouvoir des choses l’emportait sur le désir des êtres.

La logique d’une économie alors florissante était imparable, comme l’égrènement des heures de survie qui sonnent avec constance le rappel de la mort. La puissance des préjugés, la force d’inertie, la résignation coutumière exerçaient si communément leur emprise sur l’ensemble des citoyens qu’en dehors de quelques insoumis, épris d’indépendance, la plupart des gens trouvaient leur compte dans la misérable espérance d’une promotion sociale et d’une carrière garantie jusqu’à la retraite.

Il ne manquait donc pas d’excellentes raisons pour engager l’enfant dans le droit chemin des convenances, puisque s’en remettre aveuglément à l’autorité professorale offrait à l’impétrant les lauriers d’une récompense suprême : la certitude d’un emploi et d’un salaire.

Les pédagogues dissertaient sur l’échec scolaire sans se préoccuper de l’échiquier où se tramait l’existence quotidienne, jouée à chaque pas dans l’angoisse du mérite et du démérite, de la perte et du profit, de l’honneur et du déshonneur. Une consternante banalité régnait dans les idées et les comportements : il y avait les forts et les faibles, les riches et les pauvres, les rusés et les imbéciles, les chanceux et les infortunés.

Certes, la perspective d’avoir à passer sa vie dans une usine ou un bureau à gagner l’argent du mois n’était pas de nature à exalter les rêves de bonheur et d’harmonie que nourrissait l’enfance. Elle produisait à la chaîne des adultes insatisfaits, frustrés d’une destinée qu’ils eussent souhaitée plus généreuse. Déçus et instruits par les leçons de l’amertume, ils ne trouvaient le plus souvent d’autre exutoire à leur ressentiment que d’absurdes querelles, soutenues par les meilleures raisons du monde. Les affrontements religieux, politiques, idéologiques leur procuraient l’alibi d’une Cause — comme ils disaient pompeusement — qui leur dissimulait en fait la sombre violence du mal de survie dont ils souffraient.

Ainsi leur existence s’écoulait-elle dans l’ombre glacée d’une vie absente. Mais quand l’air du temps est à la peste, les pestiférés font la loi. Si inhumains que fussent les principes despotiques qui régissaient l’enseignement et inculquaient aux enfants les sanglantes vanités de l’âge adulte — ceux que Jean Vigo raille dans son film Zéro de conduite —, ils participaient de la cohérence d’un système prépondérant, ils répondaient aux injonctions d’une société qui ne se reconnaissait d’autre moteur premier que le pouvoir et le profit.

Dorénavant, si l’éducation s’obstine à obéir aux mêmes mobiles, la machine de la pertinence s’est détraquée : il y a de moins en moins à gagner et de plus en plus de vie gâchée à racler les fonds de tiroir.

L’insupportable prééminence des intérêts financiers sur le désir de vivre n’arrive plus à donner le change. Le cliquetis quotidien de l’appât du gain résonne absurdement à mesure que l’argent dévalue, qu’une faillite commune arase capitalisme d’État et capitalisme privé, et que dévalent vers l’égout du passé les valeurs patriarcales du maître et de l’esclave, les idéologies de gauche et de droite, le collectivisme et le libéralisme, toute ce qui s’est édifié sur le viol de la nature terrestre et de la nature humaine au nom de la sacro-sainte marchandise.

Un nouveau style est en train de naître, que seule dissimule l’ombre d’un colosse dont les pieds d’argile ont déjà cédé. L’école demeure confinée dans le contre-jour du vieux monde qui s’effondre.

Faut-il la détruire ? Question doublement absurde.

D’abord parce qu’elle est déjà détruite. De moins en moins concernés par ce qu’ils enseignent et étudient — et surtout par la manière d’instruire et de s’instruire —, professeurs et élèves ne s’affairent ils pas à saborder de conserve le vieux paquebot pédagogique qui fait eau de toutes parts ?

L’ennui engendre la violence, la laideur des bâtiments excite au vandalisme, les constructions modernes, cimentées par le mépris des promoteurs immobiliers, se lézardent, s’écroulent, s’embrasent, selon l’usure programmée de leurs matériaux de pacotille.

Ensuite, parce que le réflexe d’anéantissement s’inscrit dans la logique de mort d’une société marchande dont la nécessité lucrative épuise le vivant des êtres et des choses, le dégrade, le pollue, le tue.

Accentuer le délabrement ne profite pas seulement aux charognards de l’immobilier, aux idéologues de la peur et de la sécurité, aux partis de la haine, de l’exclusion, de l’ignorance, il donne des gages à cet immobilisme qui ne cesse de changer d’habits neufs et masque sa nullité sous des réformes aussi spectaculaires qu’éphémères.

L’école est au centre d’une zone de turbulence où les jeunes années sombrent dans la morosité, où la névrose conjuguée de l’enseignant et de l’enseigné imprime son mouvement au balancier de la résignation et de la révolte, de la frustration et de la rage.

Elle est aussi le lieu privilégié d’une renaissance. Elle porte en gestation la conscience qui est au coeur de notre époque : assurer la priorité au vivant sur l’économie de survie.

Elle détient la clé des songes dans une société sans rêve : la résolution d’effacer l’ennui sous la luxuriance d’un paysage où la volonté d’être heureux bannira les usines polluantes, l’agriculture intensive, les prisons en tous genres, les officines d’affaire véreuses, les entrepôts de produits frelatés, et ces chaires de vérités politiques, bureaucratiques, ecclésiastiques qui appellent l’esprit à mécaniser le corps et le condamnent à claudiquer dans l’inhumain.

Stimulé par les espérances de la Révolution, Saint-Just écrivait : « Le bonheur est une idée neuve en Europe. » Il a fallu deux siècles pour que l’idée, cédant au désir, exige sa réalisation individuelle et collective.

Désormais, chaque enfant, chaque adolescent, chaque adulte se trouve à la croisée d’un choix : s’épuiser dans un monde qu’épuise la logique d’une rentabilité à tout prix, ou créer sa propre vie en créant un environnement qui en assure la plénitude ou l’harmonie. Car l’existence quotidienne ne se peut confondre plus longtemps avec cette survie adaptative à laquelle l’ont réduite les hommes qui produisent la marchandise et sont produits par elle.

Nous ne voulons pas plus d’une école où l’on apprend à survivre en désapprenant à vivre. La plupart des hommes n’ont été que des animaux spiritualisés, capables de promouvoir une technologie au service de leurs intérêts prédateurs mais incapables d’affiner humainement le vivant et d’atteindre ainsi à leur propre spécificité d’homme, de femme, d’enfant.

Au terme d’une course frénétique au profit, les rats en salopette et en costumes trois pièces découvrent qu’il ne reste qu’une portion congrue du fromage terrestre qu’ils ont rongé de toutes parts. Il leur faudra ou progresser dans le dépérissement, ou opérer une mutation qui les rendra humains.

Il est temps que le memento vivere remplace le memento mori qui estampillait les connaissances sous prétexte que rien n’est jamais acquis.

Nous nous sommes trop longtemps laissé persuader qu’il n’y avait à attendre du sort commun que la déchéance et la mort. C’est une vision de vieillards prématurés, de golden boys tombés dans la sénilité précoce parce qu’ils ont préféré l’argent à l’enfance. Que ces fantômes d’un présent conjugué au passé cessent d’occulter la volonté de vivre qui cherche en chacun de nous le chemin de sa souveraineté !

La société nouvelle commence où commence l’apprentissage d’une vie omniprésente. Une vie à percevoir et à comprendre dans le minéral, le végétal, l’animal, règnes dont l’homme est issu et qu’il porte en soi avec tant d’inconscience et de mépris. Mais aussi une vie fondée sur la créativité, non sur le travail ; sur l’authenticité, non sur le paraître ; sur la luxuriance des désirs, non sur les mécanismes du refoulement et du défoulement. Une vie dépouillée de la peur, de la contrainte, de la culpabilité, de l’échange, de la dépendance. Parce qu’elle conjugue inséparablement la consciecet et la jouissance de soi et du monde.

Une femme qui a l’infortune d’habiter dans un pays gangrené par la barbarie et l’obscurantisme écrivait : « En Algérie, on apprend à l’enfant à laver un mort, moi je veux lui apprendre les gestes de l’amour. » Sans verser dans tant de morbidité, notre enseignement n’a été trop souvent, sous son apparente élégance, qu’un toilettage de morts. Il s’agit maintenant de retrouver jusque dans les libellés du savoir les gestes de l’amour : la clé de la connaissance et la clé des champs où l’affection est offerte sans réserve.

Que l’enfance se soit prise au piège d’une école qui a tué le merveilleux au lieu de l’exalter indique assez en quelle urgence l’enseignement se trouve, s’il ne veut pas sombrer plus avant dans la barbarie de l’ennui, de créer un monde dont il soit permis de s’émerveiller.

Gardez-vous cependant d’attendre secours ou panacée de quelque sauveur suprême. Il serait vain, assurément d’accorder crédit à un gouvernement, à une faction politique, ramassis de gens soucieux de soutenir avant tout l’intérêt de leur pouvoir vacillant ; ni davantage à des tribuns et maîtres à penser, personnages médiatiques multipliant leur image pour conjuguer la nullité que reflète le miroir de leur existence quotidienne. Mais ce serait surtout marcher au revers de soi que de s’agenouiller en quémandeur, en assisté, en inférieur, alors que l’éducation doit avoir pour but l’autonomie, l’indépendance, la création de soi, sans laquelle il n’est pas de véritable entraide, de solidarité authentique, de collectivité sans oppression.

Une société qui n’a d’autre réponse à la misère que le clientélisme, la charité et la combine est une société mafieuse. Mettre l’école sous le signe de la compétitivité, c’est inciter à la corruption, qui est la morale des affaires.

La seule assistance digne d’un être humain est celle dont il a besoin pour se mouvoir par ses propres moyens. Si l’école n’enseigne pas à se battre pour la volonté de puissance, elle condamnera des générations à la résignation, à la servitude et à la révolte suicidaire. Elle tournera en souffle de mort et de barbarie que ce chacun possède en soi de plus vivant et de plus humain.

Je ne suppose pas d’autre projet éducatif que celui de se créer dans l’amour et la connaissance du vivant. En dehors d’une école buissonnière où la vie se trouve et se cherche sans fin — de l’art d’aimer aux mathématiques spéculatives —, il n’y a que l’ennui et le poids mort d’un passé totalitaire.




Chapitre 2 En finir avec l’éducation carcérale et la castration du désir

Chapitre 3 Démilitariser l’enseignement

Chapitre 4 Faire de l’école un centre de création du vivant, non l’antichambre d’une société parasitaire et marchande

Chapitre 5 Apprendre l’autonomie, non la dépendance

P.-S.

6 Messages

  • La souffrance et l’ennui, c’est mal.
    Le bonheur et la passion, c’est bien.
    Merci pour cet édifiant petit discours Mr Vanegeim... Et alors ?
    L’eau mouille, et quand elle est trop froide ou trop chaude, son contact n’est pas agréable.
    L’intelligence est préférable à la stupidité.
    Je préfère être vivant que mort.
    Il vaut mieux être amoureux que tout seul.
    Toutes ces évidentes banalités pour dire, Mr Vanegeim, que les années 60 sont terminées depuis 40 ans. Il est temps de réfléchir à autre chose que ce petit hédonisme de cour de récréation.
    Les sympathiques injonctions situationnistes à changer la vie et à émerveiller la réalité - avec le pétard mouillé de mai 68 - ont donné lieu à une génération d’abrutis décérébrés qui ont dilapidé toutes les ressources que leur parents avaient patiemment accumulé ou préservé, ce qui leur a permis de convenablement "jouir sans entraves", selon les termes du fameux mot d’ordre situationniste. Aujourd’hui, ils tiennent tous les postes de pouvoir, achètent leurs résidences de vacances chez les pauvres des pays ensoleillés et expliquent aux jeunes trentenaires qui leurs succèdent à quel point ils sont cons de ne pas en profiter autant qu’eux... Faut dire que les trentenaires arrivent un peu après la bataille, et qu’il ne reste plus grand chose à manger.
    La vraie question, Mr Vanegeim, c’est comment est-il possible que votre génération de révolutionnaires exaltés ait pu donner lieu à une telle débauche de cynisme, d’égoïsme et de nihilisme ?
    Comment le gauchisme libertaire a-t-il permis l’ultralibéralisme d’état...
    Moi, personnellement, je pense que quand on pense mal, on se comporte mal. Et vous vous êtes clairement trompés - vous êtes gentils, mais un peu bête (pour rester poli) - et c’est la raison pour laquelle il ne vaudrait mieux ne pas trop la ramener et laisser tranquilles écoliers et lycéens, qui ne vous ont pas attendu pour trouver leur compte et vivre pleinement une vie excitante en dépit d’une école évidemment ennuyeuse et réactionnaire et des projets d’aménagement disneyland si charmants et sympathiques que les grands enfants de 70 ans leur proposent si naïvement...

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    • Réponse à un commentaire aigri 19 septembre 2011 16:13, par Thierry Frem

      Votre commentaire est nourri d’une rancoeur dont l’origine est peut-être une expérience personnelle, mais il passe tellement à côté du propos du texte que c’est à se demander si la question de l’éducation vous importe. Après avoir étalé tous vos griefs contre la caricature d’une génération, vous balayez la question de l’éducation d’une phrase en fin de commentaire : « il vaudrait mieux ne pas trop la ramener et laisser tranquilles écoliers et lycéens, qui ne vous ont pas attendu pour trouver leur compte et vivre pleinement une vie excitante en dépit d’une école évidemment ennuyeuse et réactionnaire ». Vous concédez que l’école est ennuyeuse et réactionnaire et, à vous lire, c’est très bien comme ça ; et si vous croyez que la jeunesse y ‘trouve son compte’ et vit ‘pleinement une vie excitante’ c’est que vous êtes très mal renseigné sur l’état de la jeunesse. D’ailleurs, comment pourrait-elle s’épanouir dans l’enfer d’ultralibéralisme que vous évoquez ? Ce qui ressort de votre commentaire c’est le ressentiment à l’égard de ceux qui ont du pouvoir et de l’argent et qui, par une mauvaise foi carabinée sous votre clavier, sont tous des révolutionnaires soixante-huitards : une génération (rien que ça) de révolutionnaires qui se serait convertie à l’ultralibéralisme. Vous accusez R Vaneigem de mal penser, mais au lieu de discuter de la question éducative qui concerne les enfants et les adolescents, vous alignez injures (‘génération d’abrutis décérébrés’) et accusations d’une lourdeur confondante : belle preuve que vous donnez là.

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      • C’est drôle, la critique est noire ou blanche en fonction des objets qu’elle se donne. Manifestement, on ne peut pas taper sur certains icones, sous peine de paraître "aigri", de ne retranscrire qu’une minable expérience subjective alors qu’on est objectivement et universellement "en colère" si on fustige BHL ou Sarkozy.
        Vaneigem a toujours été un gentil icone, l’ami des écolier peut-on dire.
        Personnellement, je ne lui trouve aucun intérêt et je le trouve même nocif pour la cause qu’il défend : trop benêt, dans un autre monde, trop religieux (câd fanatiquement attaché à l’idée plutôt qu’au réel) dans les utopies qu’il défend.
        Bien sûr qu’il faut réformer l’école, mais ce que propose Vaneigem est dans l’esprit de ce qui a été appliqué depuis des années (ce qui était applicable des propositions de Vaneigem) : l’école fun avec l’écolier au centre, sur lequel aucune sanction ne pèse. Tout ce qui s’est passé, c’est que les contraintes se sont déplacées, que les pauvres sans capital culturel en pâtissent tandis que les privilégiés s’en sortent... Et l’école est restée un lieu de dressage, mais fun. A quoi voulez-vous que ressemble un organisme de formation étatique qui prend les enfants à 3 ou 4 ans pour les recracher 15 ans plus tard ?
        Lisez plutôt quelques textes autrements plus profonds que ces absurdités. Par exemple Jean-Claude Michéa, Pierre Bourdieu, Bernard Stiegler ou Gilles Deleuze (sur les sociétés de contrôle), qui ne se contentent pas de demander une école "plus créative et stimulante" comme on fait une prière, mais posent des questions qui font mal à la tête aux lecteurs de Libération mais restent de vraies questions, nuancées et problématiques.
        J’en reviens à la question que je pose dans mon premier commentaire, la seule qui vaille quand on lit un tel texte (celui de Vaneigem) : comment une génération qui a fait mai 68, qui a connu la libération des moeurs, la pilule, le mariage d’amour, les trentes glorieuses, le plein emploi etc. etc. a-t-elle pu conduire le monde dans l’état dans lequel il est aujourd’hui ?
        Il me semble que certaines réponses coulent de source...
        Quant à Mr K, je vois que la liberté d’expression du net, telle qu’il la conçoit, est exclusive des opinions comme la mienne. Je note qu’il ne cherche ni à discuter ma conception du texte ni à m’opposer un quelconque argumentaire... Peut-être certaines opinions sont-elles tout bonnement des blasphèmes pour les progressistes... Les blasphèmes ne se discutent pas, il sont punis. Ce n’est pas à cette gauche progressiste religieuse que j’appartiens en tout cas...

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        • La proie pour l’ombre 24 septembre 2011 18:28, par Thierry Ferm

          Heureux de voir que vous avez troqué l’injure pour l’argumentation, ou du moins un début. Car vous persistez à faire comme si ce texte émanait des années ’60 alors que Monsieur K. vous a rappelé le contraire : ce texte date de février 1995. Du coup, ce que vous affirmez de l’école — l’école fun sans sanction, puis lieu de dressage fun (sic !) — est deux fois plus vide de réalité. Le seul moment où vous frôlez la réalité de l’école actuelle est lorsque vous parlez de l’abandon, par les pouvoirs publics, du rôle de l’école pour compenser les inégalités culturelles. Non seulement vous passez de suite à autre chose, mais la notion de ’capital culturel’ que vous utilisez est un point nodal à défaire pour changer l’école (si ce n’était que de cela qu’il s’agît).

          Pour ce qui est des pistes que vous avancez en égrenant quelques noms, vous pouvez ajouter la réponse de Peter Sloterdijk à la lettre sur l’humanisme de Heidegger, qui conclut à la réalité du dressage au sein de l’espèce humaine, mais ce faisant, vous pouvez revenir à une problématique soulevée par Vaneigem quant à l’éducation : quid ? du désir ou de l’ennui mortel auquel le pédagogue et l’élève sont confrontés chaque heure de chaque jour dans les regards qu’ils échangent ? Vous attaquez une gauche progressiste en vous posant incidemment comme d’une autre gauche (celle décrite par Michéa ?) : mais vos positions, sur l’école notamment, sont non seulement réactionnaires — au moins pour ce qui est du ’dressage fun’ — elles sont aussi quasi inexistantes : vous voulez qu’on oppose des arguments à votre ’conception du texte’ de Vaneigem, mais tout ce qui vous y intéresse (comme dans votre premier post), c’est l’histoire-d’une-génération-de-révolutionnaires-responsables-selon-vous-de-l’état-actuel-du-monde. Vous commenciez votre post sur une icone (le parallèle Vaneigem / BHL+Sarkozy), mais vous avez pour votre part un dada qui vous permet de sauter (sans y répondre) par-dessus les questions soulevées par les textes de Vaneigem.

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    • Avertissement aux écoliers et lycéens (1) 22 septembre 2011 20:38, par Monsieur K.

      Vous n’avez pas lu ou comprit ce texte, pour ne pas avoir saisit à sa lecture sa date de publication originale, qui le place dans une autre perspective historique que les années soixante.

      Votre message est bien représentatif des libertés d’aujourd’hui : non celui de quelqu’un s’exprimant car il aurait quelque chose à dire, mais dicté par l’obligation de ce qu’on le lui permet.

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      • Avertissement aux écoliers et lycéens (1) 8 octobre 2011 16:58, par Tallien

        Le problème de l’"aigri" est, plus que son aigreur, une sorte de carence logique fatale, des gros concepts de gros bourrin, comme si tous les manifestants de 68 (dois-je citer les chiffres ?) étaient devenus des exploiteurs, quelle candeur. Cette récurrence du "ils"... "Ils" ? Des renégats, alors, ayant troqué le messianisme altruiste caractéristique de mai 68 pour un égoïsme toquevilien, bref, n’ayant aucune fidélité à l’événement de 68, bref, une grosse purée de pois conceptuelle, une bien visqueuse bouillie mentale.
        C’est aussi la bêtise de l’erreur classique qui consiste à prendre des bravades ("jouir sans entraves", "CRS SS") pour des analyses. Le triste sire cite Michéa ; je le renvoie à son "Empire du moindre mal" dans lequel il pose que l’anarchisme, plutôt que d’être un réalisme politique (la question des "Robert Macaire" se posera toujours) est une propédeutique morale, témoignant de la vivacité des valeurs de "common decency", du refus de parvenir. Par ailleurs, confondre un événement et son devenir est une erreur qu’un étudiant en 1ère année d’histoire ne commettrait pas.

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