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Hommage à Gilles Jacquier 

mercredi 11 janvier 2012, par Régis Poulet

Encore un journaliste grand reporter tué dans l’exercice de son travail, selon la formule consacrée, dont il est encore trop tôt pour dire s’il a été assassiné en raison de la nature de son travail, en un pays ravagé par la violence d’état. Les premières informations iraient plutôt dans ce sens d’après la BBC.

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[ Derniers témoignages (directs) publiés dans Le monde numérique, ils précisent comment le reporter a été tué et la situation stratégique des journalistes au moment du bombardement dans cette partie de la
ville où régnait la confusion [1] ] :


Source Le Monde

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Il n’y a pas de fatalité à ce que les porte-voix des souffrances humaines meurent ! Les ennemis de la liberté d’expression sont légion et bien identifiés. Les dénoncer caméra au poing, les contraindre à cesser leurs carnages ou à tout le moins témoigner pour ceux qui n’en peuvent mais et contre ceux que le silence arrange, telle est la dignité des grands reporters.

Afin de rendre hommage à Gilles Jacquier qui reçut le prix Albert Londres en 2003 pour ses reportages avec Bertrand Coq à Naplouse, nous vous proposons de visionner le travail de ceux qui ont un rôle tout particulier comme courroie dans la démocratie — rôle parfois décrié par les ennemis de la liberté qui se fendent d’un « mais qu’allait-il faire dans cette galère ? ».

Nos pensées vont à toutes celles et tous ceux qui seront un peu plus contraints au silence à cause de cette mort, à toutes celles et tous ceux qui font le même travail dans une indifférence qui signe bien notre époque, et à toutes celles et tous ceux qui ont personnellement connu Gilles Jacquier et souffrent d’ores et déjà de son absence.


Naplouse, série de trois reportages

« C’était pendant l’opération "Rempart". Au printemps 2002. prenant prétexte d’une série d’attentats suicides, l’armée israélienne réoccupait les villes de Cisjordanie concédées à l’autorité palestinienne : Ramallah, Naplouse, Jenine...

A Naplouse, les fédayins se battaient retranchés dans la vieille ville, la casbah. Quelques centaines de combattants mêlés à la population civile, à la fois otage et bouclier.

Avec le caméraman Gilles Jacquier et Khaled Abou Aker, le fixeur palestinien du bureau de France 2 à Jérusalem, nous étions entrés à Naplouse clandestinement, forçant le blocus imposé par les Israéliens.

Depuis deux jours nous attendions le moment de nous glisser dans la casbah.

Cela s’est fait sur un coup de tête, à la faveur d’une accalmie. presque à pile ou face. En pénétrant dans le dédale des ruelles, je me souviens d’avoir déclenché mon chronomètre. J’avais dit à Gilles : "Pas plus de 20 minutes à l’intérieur !" Quand nous sommes ressortis, 34 minutes s’étaient écoulées. Le temps de voir passer la mort deux fois, sur un brancard, portée par des militants hurlant des slogans à la gloire de Dieu, auxquels faisaient écho des cris de femmes, invisibles derrière leurs fenêtres.

Le reportage était passé le soir même à 20h.

Aujourd’hui encore je me souviens de cette journée comme d’un moment d’élation, une allégresse paradoxale telle que la guerre en procure quelques fois à ceux qui la couvrent. Qui choisissent de la couvrir. Par goût de la chose. Un sentiment difficile à partager, à cent lieues des discours bien pensants sur "l’obligation de témoigner"...

Si le reporter est bien ce "flâneur salarié", selon la belle définition d’Henri Beraud, le correspondant de guerre est aussi voyeur égoïste. Autant le savoir. »

Bertrand Coq

Crédits pour ce texte : Bernard Coq & les Editions Montparnasse.

On pourra également lire, avant ou après avoir vu ces reportages, l’entretien de Gilles Jacquier et Véronique Hamel sur le site de France 2 Journalistes Reporters d’Images.

(cliquer sur les images ou visionner en pied de page)

Naplouse, ville fantôme
Crédits : Bernard Coq, Gilles Jacquier, France2 et les Editions Montparnasse
Combats de rue dans la vieille ville de Naplouse
Crédits : Bernard Coq, Gilles Jacquier, France2 et les Editions Montparnasse
La fin des combats à Naplouse
Crédits : Bernard Coq, Gilles Jacquier, France2 et les Editions Montparnasse

P.-S.

Ces trois reportages sont disponibles dans un coffret regroupant les lauréats du prix Albert Londres de 1985 à 2011 aux Editions Montparnasse. (visuel ci-dessous).

Grands reporters, les films du prix Albert Londres — Montparnasse éditions, 2010

Notes

[1Pour information : le président syrien fait partie de la communauté alaouite.

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