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Avis de reportage : Couvrir Gaza, sous les insultes : journaliste, je ne me tairai pas

jeudi 6 décembre 2012 (Date de rédaction antérieure : 22 juin 2017).

Un très précis — et très beau — reportage de Caroline Bourgeret, journaliste française résidant à Beyrouth, et qui de là est envoyée par divers supports de Presse français, pour des reportages aussi bien sur la mode en Inde que sur les guerres... et en rapporte toujours un travail singulièrement intéressant. Elle réalise elle-même la couverture photographique de ses grands reportages, non comme un exploit de photographe, mais comme une annotation visuelle des textes qu’elle envoie, ce qui les connote d’intimisme comme dans les journaux personnels ou dans les blogs.

Ici envoyée spéciale de Rue89/NouvelObs pendant l’opération Pilier de Défense à Gaza, elle rapporte (envoyé sur le web depuis là-bas), les affects de ses rencontres et notamment avec des jeunes femmes et des enfants durant les trois jours qui suivirent le Cessez-le feu, dans une rémanence des jours précédents. Ce reportage a paru dans la rubrique Témoignages, de Rue89, le 3 décembre 2012 ; il convoque des passions populistes interactives qui défient l’intelligence critique (heureusement relevée par des lecteurs subtils et des confrères), au contraire d’un temps où ce travail personnel et sensible aurait été unanimement salué. En fait elle est assaillie sur son Twitter (qui est aussi un outil professionnel pour les journalistes), et on imagine parfaitement par quels groupes d’intérêt partie prenante au Moyen Orient cette attention particulière lui est réservée.


L’introduction :

(De Gaza) Je me retrouve seule sur mon lit, avec Twitter et Facebook où pleuvent les messages d’encouragement mais aussi d’insultes. J’entends la mer, les vagues frappent fort ce matin. Il ne fait pas chaud et je reste sous ma couette car ma fenêtre a explosé dans le bombardement de la rue devant l’hôtel mardi dernier. Ils ont mis de la cellophane mais ce n’est pas très efficace contre le froid.

Les critiques sont variées. Ça commence par « manque d’impartialité » parce que j’ai posté la photo d’une salle de classe où une des petites chaises est restée vide hier matin. Et ça va jusqu’aux accusations de gens qui me traitent de « porte-parole du Hamas ».

Il faudrait que ça me fasse rire. Mais je suis épuisée, et ça ne me fait pas rire.

[ En logo : la citation de la photo de Caroline Bourgeret La chaise vide, dans une école de Gaza]


Le plan :

- Des ravages dans les murs, sur les corps...

- Je prends un café et une claque

- Ces trois petits êtres que je n’oublierai pas

- Rana ne déteste pas les Israéliens

- Sa version du déroulement du conflit

- Une fillette : « Laisse-moi venir avec toi »

- « Pas des journalistes légitimes »

- Mon travail n’a pas plu à tout le monde

- Je suis payée pour être vos yeux, vos oreilles


Un commentaire d’une collègue :

« Bonjour,

J’ai été vraiment émue par ton témoignage et en tant que collègue journaliste je te soutiens à 100 pour cent . J’ai beaucoup aimé cette phrase « je suis vos yeux et vos oreilles “. C’est exactement de ce genre de journalistes dont on a besoin !

Alors même si je suis loin de vivre et de voire ce que tu vois, je t’encourage à garder ce regard qui nous fait vivre et ressentir si bien ce bout de terre dont on ne sait pas grand choses à part toujours ces mêmes images de foule rageuse entourant des cercueils...je me demandais qui allait enfin nous parler de la vie quotidienne...c’est chose faite grâce à toi . Alors merci

Je t’envoie mes encouragements confraternels :)

Et n’oublie pas ‘ Le journaliste est un interprète de la curiosité publique ’ Bernard Pivot

‘ Nous ne pouvons pas vivre sans témoins. Une histoire non racontée n’a pas eu lieu. ’ François Poirié

Bravo et continue ! »

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Un autre :

Ma chère consœur

J’aime le courage de ceux qui vous reprochent de ne pas donner à comprendre toute la « complexité » du conflit israélo-palestinien. « Complexité » qu’eux ont parfaitement saisie, même s’ils ne se donnent pas la peine de nous l’expliquer, alors qu’ils sont confortablement assis dans leur fauteuil ; tandis que vous, sous les bombes, avec votre cortège d’enfants morveux, d’infirmes et de rappeurs, êtes de toute évidence la plus mal placée pour saisir ladite « complexité »...

Bravo pour votre humanité, pour votre honnêteté, pour votre subjectivité assumée. L’objectivité ce n’est pas la neutralité ; l’objectivité, c’est d’avoir le courage de dire honnêtement ce qu’on voit, ce qu’on entend, ce qu’on pense être la vérité, et c’est ce que vous faites courageusement.

Une expérience comme celle que vous avez vécue à Gaza sont de celles qui marquent une existence. Toutes mes pensées vont vers vous.

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Encore un autre :

Wow ... un témoignage comme celui-ci, je n’en ai lu et entendu qu’ici, aux Etats-Unis, le plus souvent venant de juifs Américains et Israeliens, appelés « self-hated Jews* » (ce qui est toujours mieux qu’anti-sémites quand ils viennent de non-juifs) par l’AIPAC et sa clique, comme Nora Barrows,-Friedman, les regrettés Howard Zinn et Israel Shahak, Noam Chomsky, Amy Goodman, Ilan Pappe et tant d’autres.
Merci pour votre courageux travail, Caroline. Surtout n’arrêtez pas !

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Il faut le lire pour en apprendre beaucoup à travers des détails de l’aspect de Gaza et de ses habitants et sur les méthodes de bombardement alors que le cesser-le-feu était en cours négociation... Et il faut le lire aussi parce que les grands reporters sont de plus en plus rares, surtout les femmes, or Caroline Bourgeret toute d’intelligence nuancée a le talent d’avenir d’un prix Albert Londres.

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