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Palestine 2014 / Le Jour de Colère de Gaza 

The clock is ticking / L’horloge sonne

samedi 23 août 2014, par Haidar Eid , Louise Desrenards (traduction)

Dans ce texte Haidar Eid revient sur l’appel pour une marche internationale le 9 août 2014, à l’initiative du Comité national palestinien du BDS — dont il est responsable — et de la Société civile palestinienne de la Bande de Gaza, contre la guerre coloniale et l’apartheid en Palestine. Le Jour de colère de Gaza les manifestants dans les rues ont crié dans toutes les langues « Résistance » contre la guerre ethnocide et « Boycott Désinvestissement Sanction » pour la libération du peuple palestinien. En dépit des vacances dans les villes européennes et aux États Unis la mobilisation connut de l’ouest à l’est et du nord au sud un succès de quelque deux millions de personnes. L’auteur explique pourquoi en pleine offensive contre la population de Gaza le Jour de colère a été pensé, et dans un parallèle avec le boycott international qui avait aidé les Noirs d’Afrique du Sud à vaincre l’apartheid, il déclare que le mouvement démocratique pour le boycott d’Israël prend et doit prendre de l’ampleur, si l’on veut en finir pacifiquement avec le régime raciste de destruction et de souffrance imposé aux Palestiniens. (L. D.)

À l’école de Gaza (août-septembre 2014)
éditorial et sommaire des articles liés ⇐


L’HORLOGE SONNE


Gaza Day of Rage, Amman (Jo)
(source Twitter, 2014 Aug. 9)


Les efforts palestiniens visant à encourager un boycott d’Israël, sur le modèle de la campagne mondiale anti-apartheid en Afrique du Sud, gagne du terrain sous la forme d’un mouvement démocratique.

Le 9 Août, pendant la journée internationale de la colère, pour répondre à l’appel de la Société civile palestinienne de la Bande de Gaza occupée et assiégée, et du Comité national (BNC) de la campagne Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS), plus d’un million de personnes dans le monde est descendu dans les rues.

Cette mobilisation intervient alors que la pression populaire de base monte pour imposer un embargo militaire sur Israël aux gouvernements occidentaux complices. Dans son appel pour une Journée de la colère, la société civile palestinienne a rendu absolument clair que :

« Comme nous sommes confrontés à la toute puissance de l’arsenal militaire d’Israël, financé et fourni par les États-Unis et l’Union européenne, nous appelons la société civile et les personnes de conscience partout dans le monde à faire pression sur les gouvernements afin qu’ils sanctionnent Israël et mettent en œuvre sans délai un embargo complet sur les armes. Descendre dans la rue... avec une demande unie pour des sanctions contre Israël ».

Répondant à un appel antérieur délivré par les mêmes organisations de Gaza (la société civile dans la Bande de Gaza et le ralliement du BNC), le 31 Juillet, l’Espagne a annoncé une suspension « provisoire » des exportations militaires en direction d’Israël. Le 7 Août, Evo Morales, Président de la Bolivie, est devenu le premier chef d’État à déclarer son soutien pour le Boycott, le Désinvestissement et les Sanctions (BDS). Ces actions ont été annonciatrices du soutien mondial pour Gaza et la Palestine en démonstration le 9 Août.

La colère israélienne infligée aux Palestiniens de Gaza, dont les deux tiers sont des réfugiés sensés être bénéficiaires du droit de retour, s’inscrit dans un contexte idéologique de bigoterie tribale, de racisme et et d’exclusivisme. En 2004, le professeur israélien [NdLaRdR : entre autre de géographie et de démographie] Arnon Soffer, Chef des Forces d’occupation israéliennes au Collège de la Défense nationale, et conseiller d’Ariel Sharon, a énoncé publiquement l’attente macabre d’Israël à propos de son Plan de désengagement unilatéral des territoires occupés (2005) [1], dans une interview pour le Jerusalem Post :

« Quand 2.5 millions de personnes vivent dans un enclos — Gaza, ce sera une catastrophe humaine. Plus encore qu’aujourd’hui ces gens deviendront des animaux [...] La pression à la frontière va être terrible. Ce sera une guerre épouvantable. Ainsi, si nous voulons rester vivants, nous devrons tuer et tuer et tuer. Chaque jour, toute la journée [...] Si nous ne tuons pas, nous cesserons d’exister. La séparation unilatérale ne vous garantit pas « la paix » — elle vous garantit un État sioniste avec une majorité écrasante de Juifs. » [2]

Puis il y a le point de vue franchement exprimé en 2002 par le Général Moshe Yaalon, alors Chef de l’État Major d’Israël, qui résume l’objectif du bain de sang en cours : « Les Palestiniens doivent être faits pour comprendre au plus profond de leur conscience qu’ils sont un peuple vaincu ».

La ressemblance de la campagne de haine tribale raciste d’Israël tant avec celle de l’apartheid en Afrique du Sud qu’avec le régime meurtrier d’Hitler a récemment été dénoncée par Ronnie Kasrils, combattant de l’ANC pour la liberté et ancien Ministre ayant siégé au Cabinet Sud-Africain, qui est juif :

« Certes, nous les Sud-Africains pouvons identifier la cause pathologique, ce qui alimente la haine, de l’élite politico-militaire d’Israël et du public en général. Pour quelqu’un d’informé en histoire coloniale il n’est pas non plus difficile de comprendre la façon par laquelle la haine raciale délibérément cultivée inculque une justification pour les actions les plus atroces et inhumaines contre des civils même sans défense — parmi lesquels des femmes, des enfants, des personnes âgées. En fait n’était-ce pas l’idéologie du racisme pathologique qui avait fourni le combustible de la soif de guerre d’Hitler et de la mise en œuvre de l’Holocauste ? »

L’objectif déclaré de l’establishment israélien d’anéantir les Palestiniens pour gérer la « menace démographique » et maintenir le « calme » en « tondant la pelouse » (propos israéliens à propos de l’aplanissement biennal de Gaza) est exactement la raison pour laquelle nous en Palestine avons conclu que la lutte palestinienne pour l’autodétermination devait s’efforcer d’isoler l’apartheid en Israël de la même manière que l’apartheid en Afrique du Sud a été isolé par une campagne de boycott, désinvestissements et sanctions (BDS).

À ce jour, à l’intérieur de la Palestine, il y a une lutte de plus en plus basée sur une masse non-violente, côte à côte avec d’autres formes de lutte, exactement comme c’était le cas au sein de l’apartheid en Afrique du Sud. Il est également évident aujourd’hui que la campagne palestinienne BDS, sur le modèle de la campagne mondiale anti-apartheid sud-africaine, prend de l’ampleur en tant que mouvement démocratique fondé sur l’universalité des droits de l’homme et la mise en œuvre du droit international. Ces valeurs sont l’antithèse du sionisme, idéologie hégémonique d’Israël, qui repose sur ​​la supériorité religieuse, ethnique, et raciale. Notre lutte, comme celle des Noirs en Afrique du Sud, et des Afro-Américains aux États-Unis, est inclusive et pluraliste : c’est ce qui maintient notre humanité et notre dignité face à un État raciste génocidaire.

C’est exactement ce que Steve Biko, héros Sud-Africain de la lutte anti-apartheid — qui paya de sa vie pour la liberté de tous les Sud-Africains — pensait, quand il a dit :

« Non seulement les Blancs furent coupables d’être à l’offensive, mais, par des manœuvres habiles, ils réussirent à contrôler les réponses des Noirs à la provocation. Non seulement ils rouaient le Noir de coups, mais ils lui dirent aussi comment réagir aux coups. Pendant longtemps, le Noir a été à l’écoute des conseils reçus avec patience sur la meilleure façon de répondre à un coup de pied. Avec une lenteur douloureuse, il commence maintenant à montrer les signes que c’est son droit et son devoir de répondre à un coup de pied selon la façon dont il l’entend. »

Or nous, Palestiniens, nous avons décidé de répondre au coup de pied sioniste comme nous l’entendons ! Et pour cela, nous avons besoin du soutien de « chaque homme et chaque femme » épris de liberté, par opposition aux dirigeants officiels du monde, complices qui ont choisi de soutenir l’oppression et de blâmer la victime. Il est maintenant temps pour la société civile mondiale de nous aider à mettre fin au racisme israélien et au génocide. Pour la société mondiale, le seul moyen d’assurer une paix juste et la réparation de la dépossession des Palestiniens est d’intensifier le boycott de l’État israélien de l’apartheid, et de plaider pour le désinvestissement en Israël et pour des sanctions contre Israël.

Le journaliste australien éprouvé John Pilger, écrivant sur l’assaut de Gaza en 2009, a dit, dans The New Statesman :

« Ce qui arrive à Gaza est le moment clé de notre temps, qui accorde l’impunité aux criminels de guerre en leur garantissant l’immunité par notre silence, cependant ou nous contorsionnons nos propres moralité et intellect, ou nous nous donnons le pouvoir de parler. »

Le jour de colère, les masses mondiales qui ont démontré leur soutien aux droits des Palestiniens nous rappellent les manifestations des années 1980 contre l’apartheid en Afrique du Sud. Ces protestations mondiales depuis 2009 nous ont montré en Palestine que notre « moment Sud-Africain » était venu. Tout autant que la lutte anti-apartheid basée sur la masse interne en Afrique du Sud, avec le boycott et la solidarité du mouvement international anti-apartheid, ont mis fin au régime de l’apartheid, les Palestiniens, avec le soutien des gens de conscience à travers le monde, mettront fin au système d’oppression multi-échelonné d’Israël.

Les gouvernements à travers le monde doivent être contraints d’agir conformément à la volonté de leur peuple pour tenir Israël responsable de ses crimes de guerre, et d’imposer un embargo sur les armes et des sanctions. Des personnes de conscience ont parlé à l’échelle mondiale et leurs voix nous sont parvenues ici à Gaza. Nous savons que leurs voix ont été entendues dans les capitales du monde et qu’elles désignent un terme à l’apartheid israélien. L’horloge sonne.

D’où l’importance du Jour de Colère de Gaza !

H. E.


Gaza Day of Rage, Melbourne (Au)
(source Twitter, 2014 Aug. 9)


Le logo est une vue parisienne de la Journée mondiale de la Colère de Gaza ; comme les autres photos elle est extraite de la page dédiée Photos : Protests for Gaza Day of Rage around the world, dans le site de l’ International Solidarity Movement.


* Si le tweet qui apparaît dans la fenêtre d’envoi est trop long, (le nombre de signes en excès apparaissant dessous, précédé de : "-") le raccourcir avant de l’envoyer, en prenant soin de ne pas supprimer le lien même de l’article. / * If the content of the tweet is too long (the number of characters in excess is indicated by a negative value), please shorten it and make sure you do not crop the link.




- Voir dans Le monde diplomatique du 11 septembre 2007, l’hommage de Augusta Conchiglia : Steve Biko, la conscience noire — la veille de la commémoration de sa mort (assassiné le 12 septembre 1977 par la police à Pretoria - ZA).


P.-S.

- Source de l’article original en anglais : Haidar Eid, The clock is ticking, The Citizen is You (India’s first independent online daily), August 18, 2014.

- Source de l’article traduit en français : Haidar Eid, L’horloge sonne / Le temps est compté, www.criticalsecret.net, 18 août 2014.

- A day of rage for Gaza, Report (socialistworker.org), August 11 2014.

- Gaza Calling : All out on Saturday 9 August Day of Rage (BDS Movement, Freedom, Justice, Equality), August 6, 2014.

- L’article de Haidar Eid le 31 juillet dans A-Jazeera : The rape of Gaza.

Notes

[1Plan de retrait total des colonies et de l’armée israélienne qui occupaient alors la Bande de Gaza, et de quelques colonies en Cisjordanie, décrété par Ariel Sharon unilatéralement — car selon lui, aurait-il écrit dans une compte-rendu épistolaire au Président George W. Bush, : « ici, il n’y a pas de partenaire palestinien avec lequel on peut faire progresser les choses vers un règlement pacifique ». « Le plan de désengagement qui avait été adopté le 6 juin 2004 par le gouvernement israélien prévoyait que :
- l’armée israélienne conserverait la surveillance de la frontière entre l’Égypte et Gaza et détruirait les habitations autour de cette frontière afin d’établir une zone tampon (article 6).
- Israël continuerait de contrôler les frontières autour de la bande de Gaza, les côtes, l’espace aérien et se réserverait le droit de mener des opérations militaires à l’intérieur de ce territoire (article 3.1).
- Gaza resterait dépendante de la fourniture d’eau par Israël, des moyens de communication, de la fourniture d’électricité et du réseau d’évacuation des eaux (article 8).
- Les échanges commerciaux d’importation déjà existants ne seraient pas taxés, les exportations le seraient. Israël collecterait une taxe sur les produits étrangers qui seraient importés à Gaza. Par ailleurs le shekel (la monnaie israélienne) resterait en usage (article 10).

Pour les observateurs étrangers, il apparût qu’Israël n’allait pas conférer l’autorité aux Palestiniens, ils n’ont donc pas considéré ce plan comme un désengagement total. » (fr.wikipedia)

[2L’article dans le Jerusalem Post est du 20 mai 2004 : One on One, It’s the Demography, Stupid. An interview with geographer/demographer Arnon Soffer, by Ruthie Blum. Aujourd’hui le lien est caduque ; mais il est possible de trouver cette interview intégralement reproduite dans un groupe de Yahoo : R.Blum/J.Post : It’s the Demography, Stupid (Interview with Arnon Soffer) — voir le document en pdf ci-joint :

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