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La voie la plus humide 

Notes préparatoires pour une intervention à l’Abbaye de Fonteyvraud sur l’ésotérisme chez Malcolm Lowry à l’occasion du centenaire de sa naissance

jeudi 19 novembre 2009, par Pacôme Thiellement

Malcolm Lowry s’installe au Canada en 1940. C’est dans la banlieue de Vancouver, près de Dollarton. Il vit alors avec Margerie Bonner, une ancienne starlette d’Hollywood dont il est tombé fou amoureux deux ans plus tôt à L.A. alors qu’il échouait lamentablement de s’imposer comme scénariste de film. Aidé par la dévouée Margerie, il va essayer de venir à bout de son deuxième roman, Under the Volcano, qui a démarré comme une nouvelle en 1936 au Mexique alors que son premier mariage, avec une autre actrice, Jan Gabrial (à laquelle Margerie, mystérieusement, ressemble beaucoup), battait de l’aile et que l’écrivain anglais sombrait dans un éthylisme quasi-suicidaire. C’est au Canada que le roman prend sa forme ample, vaste, mythique, symbolique, inspirée par Dante, Blake, Melville, mais aussi la lecture d’Ouspensky, le disciple de Gurdjieff, et An Experiment with Time (1927) de J.W. Dunne – un livre crucial de la culture anglo-saxonne, lu et commenté par Borges et Burroughs et toujours pas traduit en français… Dans An Experiment with Time, Dunne, après avoir reçu de très nombreux rêves prémonitoires et étudié leurs récurrences, ainsi que les phénomènes de « déjà vu », forge sa théorie du Temps comme forme à la fois linéaire et simultané : simultané comme Temps absolu, et linéaire à partir de la narration que notre conscience réussit à produire. Le Temps de Dunne est comme un Livre : il existe déjà en tant que totalité, mais il ne peut être intégré par notre perception que ligne après ligne… On voit comment cette vision du Temps prend corps à travers la Roue de Ferris et le roman Under the Volcano : récit sempiternel qui, à son tour, doit toujours être relu une fois lu, repris une fois achevé… Le héros de Under the Volcano, le consul britannique Geoffrey Fermin, est un mixte entre Malcolm Lowry et son mentor, l’écrivain Conrad Aiken, mais – si l’ésotérisme n’est pas encore à proprement parler présent – le surnaturel est déjà un élément constitutif de l’intrigue, de même que la métaphysique indienne (Rig Veda, Mahbarata, Upanishads), enrichissant la dimension cyclique du livre. L’héroïne, Yvonne, la femme du Consul, elle, mélange jusqu’à l’infernal les personnalités – déjà proches aux yeux de Lowry – de Jan et de Margerie…

Et puis, un jour de printemps 1942, Malcolm Lowry a une illumination : il comprend que son héros, le Consul, à l’instar des Faust de Marlowe et de Goethe, doit être dépeint dans son récit comme un magicien noir. Fermin devient un disciple des sciences occultes ayant, en sombrant dans l’alcool, emprunté le mauvais chemin ou suivi la mauvaise lumière. C’est comme un appel lancé par Lowry au fin fond du cosmos, et, plus étonnant, le cosmos va lui répondre !... Deux jours plus tard, un certain Charles Sansfeld Jones sonne à la porte du couple. C’est un grand Gallois cadavérique, qui recense la population locale pour un vote. Affable et intrigué, Lowry l’invite à prendre le thé, et Stansfeld Jones lui avoue que ce travail (le recensement) n’est pas son vrai travail. En réalité, il est « Frater Achad » de l’Ordre de l’Astrum Argentum – société fondée en 1907 après la scission de la Golden Dawn in the Outer. Ancien « enfant magique » (magical son) d’Aleister Crowley – il décrypta Le Livre de la Loi, texte « inspiré » et « retranscrit » par Crowley et dont il attendait qu’un homme lui livre la clé… Frater Achad a également financé et édité The Equinox, la revue des Crowleyiens, dirigé la branche américaine de l’O.T.O. (la loge maçonnique présidée par Crowley) et écrit plusieurs textes occultes, The Egyptian Revival, QBL, The Bride’s Reception et The Anatomy of the Body of God, ainsi qu’une exégèse de Parsifal. Il a distendu ses liens avec Crowley depuis 1926 et intégré l’Eglise Catholique Romaine en 1934 dans l’espoir d’intéresser les croyants des paroisses environnantes à la Gnose…

Malcolm Lowry, familier des signes depuis sa jeunesse, ne veut pas laisser passer l’occasion et demande à être initié par son mystérieux interlocuteur. Sansfeld Jones (qui ne rechigne pas à l’idée d’avoir des disciples) prend alors l’écrivain anglais sous son aile et lui enseigne la Kabbale. « Sa » Kabbale, bien sûr : une Kabbale très différente de la tradition ésotérique juive, et mêlée d’éléments « occultistes » de provenances diverses (alchimie, astrologie, projection astrale) à l’image des péripéties de l’ésotérisme occidental depuis la mort sur le bûcher de Giordano Bruno, la répudiation de John Dee, et la continuation de la tradition hermétique à travers les sociétés secrètes néo-templières et les mouvements inspirés par les Frères de la Rose-Croix – dont la Golden Dawn fut la plus populaire dans le monde des lettres anglo-saxons (Yeats, Stoker, Blackwood, Machen) et Crowley l’enfant terrible devenu Ange Exterminateur…. Lowry et Margerie passent des soirées entières chez Stansfeld Jones et sa femme Ruby à se familiariser avec l’Arbre des Sefirot, tirer le Yi-King, faire des exercices de Yoga et même des voyages astraux. Pendant plusieurs mois, Lowry emprunte et lit méticuleusement les ouvrages alchimiques, kabbalistes et astrologiques que possède Stansfeld Jones (on les retrouvera dans le chapitre 6 de Under the Volcano, dans la fameuse bibliothèque du Consul).

Under the Volcano fait donc – de l’aveu même de l’auteur dans sa fameuse lettre à Jonathan Cope (la lettre dans lequel il se voit obligé, suite à la réception défavorable du « lecteur » de l’éditeur, de défendre la forme qu’a prise son livre, un des plus beaux textes écrits par un écrivain sur son propre livre) – un très grand usage de l’Occultisme. C’est, probablement, au vingtième siècle, le roman le plus directement impliqué dans le dense réseau de questionnements et de problèmes liés à cette pratique particulière. Nous dirons l’Occultisme plus que l’ésotérisme, parce que la dimension ésotérique est présente dans toutes les traditions (juive, chrétienne, islamique mais aussi chinoise, indienne, etc.), mais la caractéristique de l’occultisme est d’avoir tenté de fournir un corps de doctrine qui fasse la synthèse des « sciences occultes » (astrologie, alchimie) à partir de la Kabbale et du Tarot (et son initiateur est, indubitablement, le français Alphonse-Louis Constant, plus connu sous le nom d’Eliphas Lévi). C’est à partir de ce type synctérisme que Lowry a travaillé.

Mais gardons une certaine mesure : l’occultisme est à Under the Volcano ce que la théologie thomiste est à Ulysse, la philosophie bergsonienne à A la Recherche du Temps Perdu ou La Déesse Blanche de Robert Graves à V. de Thomas Pynchon. Ce n’est pas un grille de lecture à proprement parler ; cet élément ne donne pas la clé ultime du livre. C’est plutôt, pour l’auteur comme le lecteur, un système à dégriffer, se réapproprier mot pour mot, corps pour corps. C’est une vision du monde à transmuter, bouleverser, démonter ou remonter, un Arbre sur lequel se balader de branche en branche avec l’agilité d’un singe de Saint-Jacques – tout ça dans une dimension immédiatement très sombre, particulièrement sinistre, à l’image du récit et de ses deux autres « sujets » : l’amour et l’alcool.

La dimension mythique du roman est d’emblée écrasante. Recenser tous les éléments symboliques serait presque aussi fastidieux que de compter le nombre de peintures réalisées par Picasso. Pour les principaux, on notera au moins la Roue Ferris (Ferris Wheel), le Chien, l’importance des chiffres 12 et 7, le Jardin, et la Bibliothèque du Consul.

La « roue Ferris aux lentes révolutions », cette roue « illuminée » qui ouvre et ferme le roman (ainsi que, « tournant à l’envers sur son axe », comme pour amorcer un flash-back cinématographique, le premier chapitre du roman), est une réminiscence de la Dharma-Chakra. C’est la Roue du Temps de l’Inde védique. « La roue de la loi en sa révolution » pense le Consul. Sa source est mixte mais elle part probablement tout d’abord des lectures hindoues et bouddhistes de Lowry, qui sont antérieures à la rencontre avec Stansfeld Jones. Under the Volcano est composé comme un cycle dont la fin rejoint le commencement (et dont on pourrait dire, comme le Christ gnostique de l’Evangile selon Thomas que « qui connaît le commencement connaît la fin »). Le roman commence un an après le récit principal : premier cycle. Deuxième cycle : le récit principal se déroule sur une journée (comme Ulysse et Dogra Magra) : une journée où se scelle définitivement le destin des deux protagonistes principaux, le Consul Geoffrey Fermin et sa Femme Yvonne.

Il y a le chiffre 12. C’est le nombre de chapitres et également le nombre d’heures pendant lequel se joue l’action principale du roman. Ainsi que le nombre de mois dans une année (et le roman est une journée de douze heures à l’intérieur d’une année de douze mois). C’est enfin les douze rayons d’une roue dont « le mouvement participerait de celui du temps lui-même » explique Lowry.

Il y a le chiffre 7, inscrit sur la croupe du cheval de cauchemar (cauchemar vient de l’allemand et signifie « cheval blême » comme le savent tous les lecteurs de David B.) qui sera libéré par le Consul et tuera accidentellement la femme de celui-ci. C’est une image de la « force maléfique » qu’il a libéré en réveillant des forces supérieures à travers ses études secrètes. Sept heures est également l’heure à laquelle meurt le Consul. Le chiffre 7 est rapproché par Lowry de la Kabbale – et, en effet, le nombre 7 est omniprésent dans le mysticisme juif, qui élabore, dès les textes de Qumran comme le « Serek Sirot ‘Olat Hasabat », les hiérarchies divines autour du nombre 7 : les Sept archontes célestes, les sept Prince de second rang, les sept expressions de louange de Dieu, etc.

Il y a le Chien. Il suit les personnages hideusement à la fin du second chapitre, et on le jette dans la fosse à la suite du Consul à la fin du roman. C’est l’élément faustien, qui est à rapprocher des références à Goethe et à Marlowe. Ce chien est classiquement le Diable qui se rapproche des magiciens noirs. On retrouve un chien de ce type par flashs et indices sonores dans « Twin Peaks – Fire Walk with me » de David Lynch (ainsi qu’un analogue cheval de cauchemar).

Il y a surtout le Jardin. C’est le jardin bousillé du Consul. Yvonne, quand elle revoit le jardin dont Geoffrey et elle s’étaient amoureusement occupés ne peut retenir ce cri du cœur : « C’est une vraie ruine, ici ! » Et à Hugh, le frère du héros : « Quelle catastrophe ce jardin, vous ne trouvez pas ? » C’est aussi le jardin voisin, entretenu par M. Quincey, avec la pancarte symbolique « Aimez-vous ce jardin où vous êtes chez vous ? Faites en sorte que vos fils ne le détruisent pas ! » C’est enfin le sinistre « Chef des Jardins » qui décide de la mort du Consul dans le dernier chapitre du roman. Le Chef des Jardins ou Jardinier en Chef est présenté comme un « double invraisemblable » du Consul, rencontré précédemment par celui-ci mais « mince, bronzé, grave, sans barbe, à ce tournant de sa propre carrière où il avait assumé les fonctions de vice-consul à Grenade. » Il dirige les Sinarquistas du Farolito de Parian qui abattront le Consul à la fin du roman. C’est à partir de cet élément, ce symbole, que se déploie vraiment l’élément proprement kabbalistique que Lowry tirera de sa fréquentation de Sansfeld Jones et qui s’insère insidieusement dans les moindre recoins du roman. Le Jardin, dans le roman de Lowry, c’est la Vie comme Miroir de l’Âme. C’est la façon dont l’intérieur d’un homme se reflète dans la manière dont il traite son extérieur, et réciproquement. Le Jardin bousillé du Consul, c’est ce qu’il a fait de sa vie, c’est cette misère qui le plonge dans une nostalgie irrépressible de l’Age d’Or. C’est également le symbole de l’amour perdu de Fermin et de sa femme. Yvonne l’écrit au Consul dans cette lettre que nous découvrons dans le dernier chapitre : « Tu ne peux pas ne pas avoir pensé beaucoup de fois à nous, à ce que nous avons bâti ensemble, à la beauté de cet édifice que nous avons si étourdiment détruit sans détruire cependant le souvenir en nous de sa beauté. »

C’est à rapprocher du Jardin d’Eden, bien sûr, et même de la Parabole des Talents dans l’Evangile. Mais surtout il faut citer un extrait du Tosephta Hagigah qui présente l’entrée dans le Pardes (le Paradis, qui signifie également « Verger ») de quatre rabbins : « Quatre entrèrent dans le Pardes. Ben Azzaï, Ben Zomah, Elisha Aher Ben Abuya et R. Aqiba. L’un contempla et mourut. L’autre vit et en pâtit, l’un contempla et ravagea les plantations, il y en eut un qui s’éleva en paix et descendit en paix. Ben Azzaï contempla et mourut, c’est à son propos qu’il est dit (Psaume CXVI, 15) « Précieuse est la mort de ses fidèles aux yeux du Seigneur. » Ben Zomah vit et en pâtit. A son propos l’Ecriture dit (Proverbes, XXV, 16) : « Tu as trouvé du miel ? manges-en ce qui te suffit : autrement, gavé, tu le vomirais. » Elisha vit et ravagea les plantations, à son propos l’Ecriture dit (Ecclésiaste, V, 5) : « Que ta bouche ne s’adonne pas à faire fauter ta chair. » Rabbi Aqiba s’est élevé en paix et est descendu en paux, c’est à son propos qu’il est écrit (Cantique des Cantiques, I, 4) : « Entraîne-moi après toi, curons, le roi me fait entrer dans ses appartements. » »

G.H. Strouma a suggéré que Elisha servait ici à désigner les « gnostiques », dont l’assomption céleste fut corollaire d’un rejet du Dieu biblique, et de ses anges (désignés comme des archontes). Il faut ajouter que Gershom Scholem n’a cessé de pointer les analogies entre l’ésotérisme juif et le gnosticisme en termes d’expérience phénoménologique, allant jusqu’à parler de « gnosticisme juif » au sujet de la mystique du Char, ce qui lui fut vivement reproché. Faites de tout cela ce que vous voudrez ; mais il y a des chances que le Consul soit un personnage comparable à Elsiha, en ce qu’il s’élève jusqu’à la vision mystique, mais en ravage en retour le Jardin. Bien sûr, il y a tout un champ d’études encore à faire sur les relations entre le gnosticisme et la littérature, comme méthode illuminative non-reliée, expérience mystique a-religieuse, parce que totalement individuelle. Les grands blasphémateurs mystiques Nerval, Jarry, Fargue, Gilbert-Lecomte, Artaud, Blake, Joyce, Kafka, Burroughs, Schreber, Lowry attendent les études les plus approfondies concernant leur « méthode » comparée à celles des mystiques.

Il y a enfin les livres de la Bibliothèque du Consul, cités en bloc dans deux paragraphes différents du chapitre 6, et qui renvoient au monde des « sciences occultes ». Mettant volontairement de côté les textes sacrés de l’Inde (qui n’apparaissent pas directement liés à ces lectures-là, les lectures qui suivent la rencontre avec Charles Stansfeld Jones et son enseignement particulier), les livres « occultes » cités dans Under the Volcano sont au nombre de sept :

1) Dogme et Rituel de la Haute Magie de Eliphas Lévi

2) Goetia du Lemegaton du Roi Salomon

3) Traité du Soufre de Michall Sandivogius

4) Le Triomphe Hermétique ou la Pierre Philosophale Victorieuse de Limojon de Saint-Didier

5) Les Secrets Révélés ou l’Entrée Ouverte conduisant au Palais Souterrain du Roi de Philaletes (Thomas Vaughan)

6) Le Musaeum Hermeticum

7) Les Mondes Submondains ou Principes Elémentaires de la Kabbale, réédition du texte Physic-Astro-Mystique de l’Abbé de Villars

Reprenons donc, un par un, pour voir ce que à quoi ces livres renvoient.

1) Le premier, Dogme et Rituel de la Haute Magie, est l’ouvrage le plus célèbre d’Eliphas Lévi, autrement dit l’ex-Abbé Constant, Adolphe-Louis de son prénom, inventeur de l’occultisme comme « corps de doctrine » au XIXe siècle, mariant la spéculation ésotérique, la magie opérative et la ferveur révolutionnaire anarchisante dans une langue impressionnante de richesse et de lyrisme, très proche de Barbey d’Aurevilly et de Léon Bloy. S’il y a un livre d’occultisme à lire, juste pour savoir comment ça s’écrit, ce que ça recoupe, et tout ce qui va en être traversé aux XIXe et au XXe siècle (de Papus à Crowley, en passant par Blavatsky, Kardec, etc.), c’est Dogme et Rituel de la Haute Magie. C’est un peu hardcore parfois, on va dire que c’est un « goût acquis », mais ça mérite le détour. Bref.

2) La Goetia du Lemegaton du Soi Salomon renvoie probablement à la Goétie, re-traduction du texte nommé Lemegeton par Samuel Mathers (de la Golden Dawn) et Aleister Crowley. C’est, avec Dogme et Rituel de la Haute Magie, un des textes principaux formant l’enseignement de la Golden Dawn, cette société secrète pour écrivains archi-people du début du XXe siècle. La Goétie sera même rééditée par Jimmy Page, grand lecteur de Crowley, au début des années 70 à travers la librairie-maison d’édition The Equinox. Le Lemegeton, aussi connu sous le nom des Clavicules de Salomon est un manuel de sorcellerie (invocation et conjuration) apparu au XVIIe siècle, mais dont les textes furent probablement écrits au XVIe, repris et inspirés de grimoires médiévaux, des Kabbalistes juifs et des Sabéens de Harra (les Alchimistes Arabes). Le livre est attribué au Roi Salomon. Salomon aurait écrit le livre pour son fils Roboam, et lui aurait demandé de cacher le livre dans sa sépulture. Après plusieurs années, le livre aurait été découvert par un groupe de philosophes babyloniens réparant la tombe du Roi. Aucun n’arrivait à interprété le texte, jusqu’à ce que l’un d’entre eux, Iohé Grevis, suggéra qu’ils demandent son aide au Seigneur. Un Ange lui apparut et lui demanda de promettre de garder le texte secret en échange de sa compréhension. Le corps du texte est composé, comme Dogme et Rituel de la Haute Magie, de deux livres : un livre de conjurations et d’invocations ; un livre de purifications pour l’opérateur.

3) Le Traité du Soufre est un traité alchimique attribué à Michel Sendivogius, un médecin et alchimiste polonais né en 1566 et mort à Prague en 1636. Il est supposé avoir découvert que l’air était composé d’oxygène 170 ans avant Scheele et Priestley. Il a passé sa vie à tenter de découvrir la Pierre Philosophale mais on considère que ses efforts furent infructueux. Il possédait toutefois, toujours selon la légende, le secret de la transmutation des Métaux. Parmi ses rencontres, on note celle de John Dee. Parmi ses lecteurs les plus attentifs, Isaac Newton.

4) Le Triomphe Hermétique ou la Pierre Philosophale Victorieuse est un traité alchimique signé Limojon de Saint-Didier, né à Avignon vers 1630. C’est un ouvrage alchimique qui s’achève par une Lettre aux vrais disciples d’Hermès.

5) Les Secrets Révélés ou l’Entrée Ouverte conduisant au Palais Souterrain du Roi est un traité alchimique attribué à Philaletes (alias Thomas Vaughan). Il se retrouve également dans l’ouvrage suivant.

6) Le Musaeum Hermeticum est le plus important des recueils de traités alchimiques. Il a été publié à Francfort en 1625 par Lukas Jennis. Il comprend parmi les textes les plus célèbres de l’alchimie, dont les Douze Clés de Basile Valentin, l’Allégorie de Maier, les Secrets Révélés de Philalethes, la Fontaine des Sages, etc.

7) Les Principes Elémentaires de la Kabbale est la réédition d’un texte de l’abbé de Villars, Nicolas de Montfaucon, un abbé mondain du XVIIe siècle, mort assassiné en 1673. Il a en réalité écrit un ouvrage nommé Le comte de Gabalis ou Entretiens sur les sciences occultes, grand succès de librairie, où le Monsieur se plait à bavarder assez superficiellement sur la Cabale ou la Société des Rose-Croix. Mais on s’est plus d’une fois intéressé à son texte parce que dans celui-ci apparaît, sous un forme assez limpide, la dimension érotique de la magie, avec ses succubes et les phénomènes de magie sexuelle qui feront le cœur de l’enseignement de Crowley.

Enfin, il y a un huitième livre dans Under the Volcano, un livre que l’on n’a pas évoqué jusqu’ici. C’est un livre concernant le Savoir secret que le Consul est censé préparer, qui doit lui « apporter une gloire mondiale » (dixit Yvonne) et qu’il n’écrira, en fait, jamais. On sait peu de choses du contenu présumé de ce livre. Il semble concerner la Kabbale, l’Alchimie, l’Atlantide, ainsi que le Mexique. Le Mexique et sa relation avec l’Atlantide est également le sujet du film que le Consul propose à Laruelle – et c’est une idée qu’il partage avec Antonin Artaud. Dans la lettre qu’il écrit à Yvonne (mais qu’il n’envoie pas) et que l’on découvre dans le premier chapitre par les yeux de Laruelle, Geoffrey Firmin écrit : « M’imagines-tu encore en train de travailler à mon livre, de répondre à des questions comme : Existe-t-il une réalité ultime, extérieure, consciente, toujours présente, etc., accessible par des voies acceptables par toutes les religions et croyances, valable sous tous les climats pour tous les pays ? Ou bien, me vois-tu entre Pitié et Compréhension, entre Chesed et Binha, oui mais toujours en équilibre à Chesed, car l’équilibre est tout – balançant, trébuchant au bord du vide infranchissable, du sentier irréversible de l’éclair de Dieu, remontant à Dieu ? Comme si j’avais été à Chesed un jour ! Le Qlipoth, plutôt ! Alors que j’aurais dû produire d’obscurs volumes de vers ayant pour titre « Le Triomphe d’Humpty Dumpty » ou bien « Le Nez qui avait une verrue lumineuse » ! Ou mieux encore, dû imiter le poète John Clare « en train de tisser ses visions redoutable »… Un poète frustré dans chaque homme. A moins que ce ne soit une bonne idée en la circonstance de prétendre accomplir son grand œuvre sur le « Savoir secret », car alors on peut toujours dire, s’il ne voit pas le jour, que le titre explique son absence ! »

Dès que le livre du Consul est mentionné, la Kabbale l’est également – comme image du destin du héros, qui se réfracte dans son livre à écrire. Trois concepts déjà, trois mots hébreux : Chesed (en fait : Hessed), Binha (Binah), Qlipoth… Hessed et Binah sont deux des dix Sefirot, ces dix nombres primordiaux qui apparaissent dans le Sefer Yetsira où ils sont présentés, en compagnie des vingt-deux lettres de l’alphabet hébreu, comme les 32 sentiers par lesquels Dieu pénètre pour graver le monde… Dans la Kabbale lourianique, on ne peut pas dépasser Hessed : entre Binah et elle se tient un abîme infranchissable, qui sépare l’humanité de la divinité. Dans sa fameuse lettre à Jonathan Cope, Lowry écrit : « La couche profondément secrète du roman ou poème ayant partie liée avec le mythe est marquée par la Kabbale juive où le chiffre douze est chargé de la plus haute signification symbolique. La Kabbale sert le propos poétique de ce roman en tant que symbole de l’aspiration spirituelle de l’homme. L’Arbre de vie qui est son emblème est une espèce d’échelle au sommet de laquelle siège Kether, la lumière, tandis qu’un abîme extrêmement déplaisant se trouve placé à peu près à mi-hauteur, légèrement au-dessous. A cet égard, le domaine spirituel du Consul est sans doute contenu par le Qlipoth, univers de démons et de carapaces, représenté par la figure de l’Arbre de vie renversé – cela est sans importance pour la compréhension du livre. »

La Kabbale provient au départ de la littérature apocalyptique juive, la littérature « intertestamentaire », qui se déploie à partir d’un thème discret, mais présent dans le livre d’Ezéchiel : l’assomption céleste et son corollaire, la vision du Char ou du trône divin (donnant la Ma’aseh Merkabah, la mystique du Char). Cette littérature apocalyptique est caractérisée par son caractère de révélation, et prend la suite de la prophétologie alors en déclin. A cette époque, la littérature rabbinique se fait secrète, refuse d’enseigner au grand nombre, distinguant deux domaines réservés à l’élite : le Ma’aseh Bereshit et le Ma’aseh Merkabah, soit : les spéculations cosmogoniques et celles concernant le trône divin. La mystique juive se déploie en spéculation sur les lettres et les nombres à partir du Sefer Yetsira, rédigé entre le IIe et le Ve siècle et où apparaissent les Sefirot. C’est ce qui fait a singularité comparé au gnosticisme, à la philosophie néo-platonicienne, aux Oracles chaldéens ou au mazdéisme. Partie secrète du judaïsme, peu appréciée des Talmudistes, la mystique spéculative sur les nombres et les lettres trouvera un premier aboutissement sept siècles plus tard, en Provence, dans le Sefer ha-Bahir. Dieu y représenté par des forces cosmiques articulées les unes aux autres dans un arbre d’où procèdent les âmes et auquel tout être fait retour. Les Sefirot du Sefer Yetsira y deviennent les puissances constitutives de l’Arbre de Vie tandis que la totalité des formes saintes s’unit dans l’image de l’homme supérieur. Enfin, cette discipline aboutira en Espagne dans le Sefer ha-Zohar de Moïse de Léon, tirant partie de la discipline Hokmat ha-Tseruf, la science de la combinaison des lettres et de leurs différentes voyelles, par l’étude de laquelle l’homme devient le « marieur » du monde divin et du monde d’en bas, et le rédempteur de la catastrophe historique. « C’est par l’étude que le Saint soutient le monde » écrit Moïse de Léon dans Le Zohar.

Sur l’Arbre des Sefirots, Hessed est la Pitié (ou plutôt la Miséricorde) et Binah la Compréhension. C’est entre la Miséricorde et la Compréhension que le Consul espère se tenir, à la limite de l’humanité et de la divinité. Mais la plupart du temps, il estime qu’il est perdu, qu’il est plongé dans « le Qlipoth » (en fait : les Qlipoth), le monde des écorces, des épluchures ou coquilles vides, les résidus psychiques, qui se développent à côté des Sefirots. Les Sefirots fonctionnent comme un système complet, mais les Qlippoth sont des exagérations des Sefirots, qui ne rencontrent pas leur polarisation, et donc s’exténuent dans le déséquilibre. Notons que les Qlipoth de Hessed et de Binah sont la tyrannie et l’inertie, ou, pour des commentateurs modernes : l’idéologie et le fatalisme. Ce monde des Qlipoth est aussi appelé, dans l’occultisme, l’Arbre de Mort ou les Sentiers Inversés du Jardin. C’est le disciple de Crowley Israel Regardie qui fera des Qlippot un arbre inversé, en miroir de celui de l’Arbre de Vie (l’Arbre des dix Sefirots) et le rapproche ainsi de la Main Gauche de Dieu, autrement dit Samael. Cet Arbre de Mort, Lowry l’a probablement découvert par l’intermédiaire de Charles Stansfeld Jones.

Ca c’est une première déviation, qui indique (à nouveau) que le roman ne puise pas dans la Kabbale hébraïque mais dans les reconstructions occultistes de la Kabbale au XIXe siècle. Dans la Kabbale lourianique, il n’y a ni Arbre de Mort ni Sentiers Inversés, mais simplement les Qlippoth – ainsi qu’un nom donné au penchant pour le mal, le Sitra Ha-Ra, ou « Autre Côté ». Les Occultistes ont transformé cet Autre Côté en Arbre Inversé, estimant que l’Autre Côté devait être constitué sur le même modèle que l’Arbre des Sefirot. C’est difficile de dire précisément pourquoi ils ont fait ça plutôt qu’autre chose, mais bon, ils ont pu s’inspirer des Ma-’Amiqim, un groupe de Kabbalistes radicaux, situés en Espagne et menés par les frères Isaac et Jacob Cohen de Soria. Pour les Ma-’Amiqim, les dix Sefirot connaissent une émanation en miroir, ce sont les dix Pargödim, les « Rideaux » (on pense au Twin Peaks de David Lynch) qui forment la voie de la Main Gauche de Dieu. Ajoutons que ce principe, formalisé dans l’Occultisme, de sentier inversé est cohérent avec la vision des Occultistes du Diable comme « Dieu à l’envers » et du Mal comme Miroir Inversé du Bien. Cette vision est évidemment absente de la théologie traditionnelle (le Mal comme privatio boni est une ligne consistante de Saint Augustin à Saint Thomas d’Aquin) mais a été ébauché dans la Kabbale hébraïque (avec la Main Gauche de Dieu) et s’est surpassé dans le monde de l’Occultisme. La contrepartie de cette théorie, c’est la possibilité (présente notamment chez Led Zeppelin, mais déjà chez Lowry) que le chemin soit lisible dans sa forme inversé, qu’il puisse fonctionner comme obvers de son envers. Le Consul vit son rapport au « Savoir secret » comme un chemin lui-même inversé, comme mauvais chemin (mais comme chemin tout de même !) : « (…) comme si résultant d’une mystérieuse correspondance entre le monde subnormal des choses et le monde anormalement bizarre de son délire intérieur avait jailli la vérité un peu à la manière d’un reflet qui – » (Magnifique phrase suspendue dans le souffle)

Le « Savoir secret » devait-il fonctionner comme envers de l’envers ? Inversion du sentier inversé ? Lorsqu’il l’évoque, rêvant à une gloire chimérique (totalement désaccordé à un projet ésotérique, mais dont curieusement, nous verrons des exemples de « désoccultation » possible lors de la seconde moitié du XXe siècle), le Consul n’est malheureusement pas beaucoup plus clair sur son contenu : « Ah, je vois d’ici les articles de presse ! Révélations sensationnelles de M. Firmin sur l’Atlantide ! La plus extraordinaire découverte de son genre depuis la disparition précoce de Donnelly… Merveilleux. Et les chapitres sur l’alchimie ! Enfoncé à plate couture l’évêque de Tasmanie ! (…) Et puis je pourrai y aller de mon petit couplet sur Coxcox et Noé. (…) ce serait d’ailleurs une grave erreur de croire qu’un tel livre puisse jamais faire un succès populaire. N’est-ce pas stupéfiant de voir avec quelle facilité le courage humain semble fleurir à l’ombre de l’abattoir ! Ou comme, toute poésie mise à part, peuvent baigner certains êtres à longueur de journée dans des odeurs de boucherie puant par avance la taverne du lendemain et n’en vivre pas moins, au fond de leurs caves, la vie de vieux alchimistes praguois ! »

Ce livre jamais achevé, Yvonne également l’évoque au frère du héros, Hugh Firmin : « Geoffrey a parlé de continuer son livre – pour ma part, je serais incapable de dire s’il est toujours en train de l’écrire ou non, depuis que je le connais je ne l’ai jamais vu travailler dessus et il ne m’a presque jamais rien laissé voir, encore qu’il ait toujours avec lui des tas et des tas d’ouvrages de référence – alors je me suis dit – »

« Oui », répondit Hugh, « que sait-il réellement de toutes ces histoires d’alchimie et de kabbale ? Est-ce que ça compte vraiment pour lui ? »

« J’allais justement vous poser la question. Je n’ai jamais réussi à savoir – »

« Mon Dieu, je n’en sais rien… » puis, ajoutant avec une sorte de jubilation paternaliste : « Peut-être fait-il de la magie noire ! »

Ce livre, nous sommes en droit de le rêver, c’est en fait Under the Volcano lui-même, mais un Under the Volcano inversé. C’est un Under the Volcano présenté comme un « Savoir secret ». Geoffrey Firmin, c’est Malcolm Lowry faisant de la « magie noire ». Mais espérant que, de ce travail, il tirera une voie qui le mène (et nous avec) à la sortie. Car « il existe au beau milieu de l’enfer un sentier, que connaissait Blake. » Ce sentier, ce n’est pas le héros qui le trouvera, mais éventuellement l’auteur – par l’intermédiaire de son lecteur. Le héros se sacrifie pour que le lecteur n’ait pas à le faire. L’Arbre de Mort qu’est ce « Savoir secret » se transforme, par le biais de la fiction, en un Arbre de Vie, par l’intermédiaire de l’Amour, qui compense les Qlipoth de la Tyrannie et du Fatalisme. Car il y a beaucoup d’amour dans Under the Volcano, et c’est cet amour qui compense la dimension faustienne du livre et lui redonne cette humanité, cette réalité humaine qui nous permet d’accéder à ses différents sentiers.

On l’a compris : le background ésotérique utilisé par Lowry dans Under the Volcano est utilisé dans une visée esthétique, poétique – ce qui n’exclue nullement qu’il y induise un élément proprement prophétique. Lowry l’écrit à Jonathan Cape : « L’allégorie est celle de l’Eden, et le Jardin représente le monde, ce monde dont nous risquons plus encore aujourd’hui qu’à l’heure que j’écrivais mon livre de nous expulser. L’ivresse du Consul est symbole de l’ivresse universelle humaine de la période de la guerre elle-même ou de la période l’ayant immédiatement précédée. »

Si Lowry utilise le monde des Qlipoth comme métaphore de l’alcoolisme, l’alcoolisme devient en retour symbole de l’homme moderne. Lowry utilise la Kabbale pour s’analyser, mais il s’utilise en retour pour analyser les relations entre l’homme et le Cosmos. « L’homme court aujourd’hui le danger d’être dans la position du magicien noir d’antan faisant soudain la découverte qu’il a tous les éléments de l’univers contre lui. » C’est une opération dangereuse, et il n’en survivra pas. En attendant… De son parcours sur les sentiers inversés du Jardin, le Consul peut dire : « Je m’imagine parfois comme un grand explorateur, ayant fait la découverte d’un pays extraordinaire dont il ne pourra jamais revenir apporter la nouvelle au monde : ce pays c’est l’enfer. » Under the Volcano est une description de l’enfer ; Lowry le dit également dans sa fameuse lettre à Cape : « Pour mille auteurs capables de vous dessiner un personnage, un seul vous dira des choses nouvelles sur les flammes de l’enfer ! Et moi je viens vous dire des choses nouvelles sur les flammes de l’enfer. Je vois les pièges. »

Lowry, comme souvent, était sensible aux signes. Or, sa cabane au Canada fut victime d’un incendie – qu’il attribuera à sa relation avec Stansfeld Jones et son évocation de possibles forces de mort. Mais de cet incendie, il réussira à sauver le manuscrit d’Under the Volcano, comme ensemble de « choses nouvelles sur les flammes de l’enfer ». L’incendie attachée à la rédaction du livre revient d’ailleurs avec abondance dans Sombre comme la tombe où repose l’ami : « L’auteur est un homme tout le temps en train de se frayer une voie à travers une aveuglante fumée, tâchant de sauver quelques précieux objets d’un bâtiment en feu. Effort désespéré, inexplicable… Ce bâtiment n’est-il pas l’œuvre, depuis longtemps parfaite dans l’esprit, mais devenue le véhicule de la destruction par la peine qu’elle coûte à réaliser, à transmuer sur le papier ? »

… En attendant, si Lowry décide de faire du Consul un Magicien Noir, c’est à partir des similitudes que l’auteur a lui-même expérimentées entre l’alcoolisme et la magie noire – en particulier l’audition de voix intérieures et la production d’hallucinations : « Ce n’étaient pas les voix encore mais elle revenaient, elles étaient en train de revenir et c’est alors que l’image de son âme s’était à nouveau présentée devant lui sous l’aspect d’une ville mais d’une ville dévastée cette fois et que frappait d’affliction le sentier noir de ses excès. Fermant ses yeux brûlants il avait pensée au magnifique fonctionnement du système chez ceux qui sont réellement en vie, interrupteurs connectés, nerfs uniquement tendus en cas d’alerte réelle, équilibre calme mais sans relâchement d’un sommeil sans cauchemars : un village paisible. Seigneur, quel surcroît de souffrance c’était (…) que de connaître cette réalité tout en étant conscient en même temps de l’horrible désintégration du mécanisme (…) »

L’alcoolisme devient, à l’instar de l’Arbre de Mort, un véritable chemin de perdition, mais un chemin réel, concret, analogue au parcours initiatique, avec des signes et des directions. Parce que l’alcool, tout d’abord, permet de voir de grandes beautés. Le Consul dit à Yvonne : « Tiens, dis-moi un peu si tu vois cette vieille femme de Tarasco assise là-bas dans son coin, et que tu n’avais pas encore remarquée jusqu’à présent, la vois-tu maintenant ? Car si tu veux espérer comprendre la beauté d’une vieille de Tarasco en train de jouer aux dominos à sept heures du matin, il faut boire comme moi. »

Le rapport de l’alcool à la vision a été magnifiquement décrit par Deleuze dans Logique du Sens et dans L’Abécédaire. Il a notamment cité Lowry et Under the Volcano à son appui, sur le fait que l’alcool aide à supporter le fait d’avoir vu quelque chose de trop grand pour soi. Dans Under the Volcano, l’alcool apparaît plutôt comme la chute de celui qui ne veut pas quitter le monde des visionnaires, mais s’y abandonner – l’alcool est le Qlipoth de la puissance visionnaire, poétique, le déséquilibre produit par l’insistance dans une seule des composantes de l’existence humaine, et la destruction rétroactivement produite par ce déséquilibre. Si l’usage de l’ésotérisme chez Lowry, celui de la Kabbale, celui de l’Alchimie, ou encore celui du Zodiaque, est une des principales tentatives humaines de regagner les faveurs du Dieu, en vivifiant le Jardin, le fait que cet usage ait été médiatisé par l’occultisme renseigne sur l’impossibilité d’accéder à une relation autre que tragique à la vision en passant par l’alcool : « Et même s’il n’était pas dans son état normal maintenant, à travers quels fabuleux voyages comparables uniquement aux voies et aux sphères mêmes de la Sainte Kabbale n’avait-il pas une nouvelle fois atteint cette étape éphémère entrevue le matin, cette étape précise où lui seul était capable selon l’expression d’Yvonne, de se « tirer d’affaire », cette précairement précieuse étape où il était si ardu de se maintenir, l’étape de l’ivresse dans laquelle lui seul trouvait sa lucidité »

Le Consul devient donc un « initié » de la Voie de l’Ivresse, la plus humide des voies. Mais il est surtout une image de l’humanité, selon Lowry, et précisément celle de l’humanité devenue toute entière une magicienne noire, se dévouant à un des plus mystérieux éléments évoqués dans Under the Volcano : « Tremblez, ô piliers de l’univers Tremblez, ô tours des sphères zodiacales ! Car l’Eternité va mettre au monde un terrible enfant, dans un abîme d’obscurité et de terreur ! »

Quel est cet enfant ? C’est dans la lettre à Cope que Lowry développe légèrement le contenu proprement prophétique de Under the Volcano : « On remarquera que le Consul s’identifie jusqu’à un certain point avec le petit enfant Horus dont il n’est pas besoin de dire plus ; certains mystiques le tiennent pour responsable de la dernière guerre mais il me faudrait disposer d’un autre langage pour pouvoir expliquer ce que j’entends par là. »

Les mystiques en question sont probablement Charles Sansfeld Jones et sa femme Ruby. En effet, lorsque Lowry parle de l’enfant Horus, il ne peut faire référence qu’à une chose : l’Eon d’Horus de Crowley, promulguée par celui-ci au Caire lorsqu’il rédigea sous la « dictée des voix » à travers la méditation de sa femme écarlate Rose Kelly le 8 avril 1904 Le Livre de la Loi. C’est ce Livre que Stansfeld Jones décrypta et pour lequel il obtient l’appellation d’« enfant magique » de la part de Crowley. Crowley disait que, la nature d’Horus étant « Force et Feu », son éon serait marqué par l’écroulement de l’humanitarisme. Horus est pour Crowley l’Enfant conquérant, qui vengera son père Osiris. Son éon verrait l’humanité se débarrasser des obsessions de l’ère chrétienne : l’altruisme, la peur et le péché. Après sa vision en Egypte, Crowley était allé rendre visite à Annie Besant, la Président de la Société Théosophique. Annie Besant en fut horrifiée. Elle était persuadée que Crowley avait vu le Diable en personne – non pas Horus mais un message de Seth (ou Shaïtan). Elle lui demanda brûler le Livre de la Loi, sinon la malédiction de Seth le poursuivrait. Il faut savoir que, ancien disciple de Crowley, Sansfeld Jones n’était plus en « odeur de sainteté » dans l’Astrum Argentum. Non seulement il avait rejoint – un peu en contrebande – l’Eglise Catholique Romaine, mais il avait également développé sa propre voie spirituelle autour de la religion de Ma’at (déesse égyptienne de la Justice, symbolisée par une balance, un équilibre ou une plume – symbole que reprendra Robert Plant au sein de Led Zeppelin). En 1947, il créa les « Compagnons de Ma-Ion » (The Fellowship of Ma-Ion). Il déclara ouvert l’Eon de Ma’at le jour de son 62e anniversaire, le 2 Avril 1948. L’Eon de Maat devait dépasser l’Eon de Horus annoncé par Crowley.

En outre, le livre prend également appui sur une « histoire secrète du nazisme » dont on ne sait précisément la source pour Lowry. Dans Under the Volcano, dans le fameux chapitre 6, le Consul explique à son frère que « Hitler (…) avait, en anéantissant les Juifs, tout simplement pour ambition d’avoir accès à ces arcanes qu’ils venaient de voir à l’instant sur les rayons de sa bibliothèque. » Mais Lowry en dit plus (encore une fois) dans sa lettre à Jonathan Cape : « (…) Nous nous retrouvons dans une situation de farce apparemment, les preuves du fondement magique de l’univers étant étalées devant nos yeux. Mais vous ne croyez pas que l’univers ait un fonctionnement magique, n’est-ce pas, surtout quand la bataille de l’Ebre fait rage ou que des bombes s’abattent sur Bedford Square ? Peut-être que moi non plus d’ailleurs ! Le fait est pourtant qu’Hitler, lui, y croyait. Or, Hitler en tant que pseudo-magicien noir sort du même tiroir que ce héros de « Parsifal » qu’il adorait tellement et qui connut un sort identiquement inévitable, Amfortas. Vous pouvez très bien ne pas ajouter foi à ce que m’a dit un général britannique, savoir que la raison véritable de l’anéantissement des juifs polonais par Hitler fut qu’il voulait les empêcher de faire usage de leur savoir kabbalistique contre lui, mais laissez-moi au moins présenter mon argument sur un plan poétique, je vous le redis, étant donné que je le place sur un plan très secret du livre et qu’il n’a de toute manière aucune incidence sur le chapitre. »

C’est une manière d’appréhender l’Histoire qui rappelle beaucoup des fantaisies comme Le Matin des Magiciens de Pauwels et Bergier. Les sources occultes du nazisme existent cependant, même si elles sont assez floues et compliquées, et ont été encore obscurcies par la façon dont la culture populaire s’est emparée du sujet – pensez aux Aventuriers de l’Arche Perdu de Steven Spielberg par exemple. Crowley (qui s’était fait expulser de Sicile par Mussolini en personne) a pu dire, parodiquement : « Avant que Hitler fus, j’étais », mais jusqu’à présent aucun historien sérieux n’a pu retenir l’hypothèse d’une influence directe de Crowley sur Hitler. Reste que la violence invoquée, déchaînée, dans Le Livre de la Loi a pu apparaître comme une nouveauté – et l’idée d’une « spiritualité à rebours » déployée aussi violemment a pu être interrogée dans ses relations avec les violences sans précédent du XXe siècle.

Certes, Lowry s’est trouvé gêné, à la fin de la lettre à Jonathan Cape, d’avoir tant insisté sur l’importance de l’ésotérisme dans son roman. Il était prêt à dire le contraire, à savoir que cet élément n’avait aucune importance. Et si nous comprenons sa logique, cela se défend, puisque l’ésotérisme sert de couche intermédiaire, entre l’histoire du héros (alcoolisme, amour) et celle de l’humanité (déchaînement de puissance). Finalement cette lettre « gène » Lowry comme les lettres de justification (à Janin, à Dumas) gênaient Nerval – qui savait que l’explication de ses poèmes les plus ésotériques était une entrave à leur expectoration. Dans quelle mesure d’ailleurs les points communs de leur parcours (ésotérisme, déchéance) partent d’une commune fascination pour les actrices et les points de ressemblance entre elles ? La source des Qlipoth serait-elle la salle de cinéma, nous confrontant – par ses images mouvantes – aux coquilles des êtres ? En conservant la trace (le résidu psychique) des femmes aimées après leur mort ? Une phénoménologie du vedettariat relativement aux Qlipoth de la Kabbale reste à faire.

Mais ce qui est surtout curieux avec ce roman, c’est que Malcolm Lowry, en travaillant la matière ésotérique, a finalement produit un pur parcours de Contre-Initiation. J’ai remarqué que la plupart des œuvres d’art s’impliquant sérieusement dans les questions métaphysiques (et particulièrement les feuilletons télévisés Twin Peaks, Carnivale, Lost, mais aussi Rosemary’s Baby bien sûr) se préoccupent davantage de la Contre-Initiation que de l’Initiation. Peut-être que c’est plus « artiste » (l’Initiation, sous sa forme solaire, réussit, risque d’être bien kitsch). Peut-être aussi que c’est la seule manière de sensibiliser un public à la question spirituelle sans la lui rendre immédiatement inopérante. Sitôt que l’Initiation serait représentée dans une œuvre, elle serait automatiquement manqué par le spectateur (ou le lecteur), alors que si la Contre-Initiation est parfaitement dépeinte, le lecteur (ou le spectateur) peut produire, dans son cœur, le parcours inverse, complémentaire, et être initié par l’artiste – court-circuitant ainsi le récit en accédant directement aux puissances « supra-humaines » qui la motivent mais ne se présentent, dans l’histoire, que sous leur forme inversée. La Contre-Initiation, en outre, est un phénomène si profondément mystérieux qu’il est assez urgent de tenter d’ébaucher une représentation, ou une explicitation du phénomène et de son fonctionnement. Celle-ci est intimement liée au Qlipoth. La Contre-Initiation est même le chemin produit par les Qlipoth : à savoir les signes et les symboles du chemin initiatique, la dimension surnaturelle qui lui est associée, mais dirigée vers la perdition du sujet. Soit le domaine de la « Grande Illusion » comme disait René Guénon.

René Guénon est bien le penseur qui s’est le plus directement attaché à décrire le fonctionnement de la Contre-Initiation. C’est dans Le Règne de la Quantité, prévenant ses lecteurs au sujet de cette « ère nouvelle » annoncée avec insistance depuis le commencement du XXe siècle. Guénon est bien sûr un ennemi farouche de tous les occultismes, dont Crowley est le chef d’œuvre en termes négatifs. Lowry (à la différence d’Artaud) n’a pas lu Guénon, mais ce que à quoi il aboutit dans son roman est parfaitement compréhensible dans une perspective guénonienne. Pour Guénon, le spiritisme, la théosophie, les occultismes et la psychanalyse sont tous à ranger dans le cadre des pseudo-spiritualités. Pourquoi ? Parce qu’il y s’agit d’une confusion entre l’esprit et le psychisme, entre le monde intellectuel et le monde affectif. Et cela résulte finalement en un asservissement du monde intellectuel au monde affectif, et même en une destruction du monde intellectuel.

« Les Occidentaux, écrit Guénon, depuis longtemps déjà, ne savent plus distinguer l’« âme » et l’« esprit » (et le dualisme cartésien y est assurément pour beaucoup, puisqu’il confond en une seule et même chose tout ce qui n’est pas le corps, et que cette chose vague et mal définie y est désignée indifféremment par l’un et l’autre nom) ; aussi cette confusion se manifeste-t-elle, à chaque instant jusque dans le langage courant ; le nom d’ « esprits » donné vulgairement à des « entités » psychiques qui n’ont certes rien de « spirituel », et la dénomination même du « spiritisme » qui en est dérivée, sans parler de cette autre erreur qui fait aussi appeler « esprit » ce qui n’est en réalité que le « mental » en seront ici des exemples suffisants. Il n’est que trop facile de voir les conséquences fâcheuses qui peuvent résulter d’un pareil état de choses ; propager cette confusion, surtout dans les conditions actuelles, c’est, qu’on le veuille ou non, engager des êtres à se perdre irrémédiablement dans le chaos du « monde intermédiaire », et, par là même, c’est faire, souvent inconsciemment d’ailleurs, le jeu des forces « sataniques » qui régissent ce que nous avons appelé la « contre-initiation ». »

Parce que l’homme y est mené, en avançant dans « une forêt de symboles », parce que – à l’écoute de son âme – il avance dans les labyrinthes et les énigmes de sa propre destruction, cette pseudo-spiritualité intervient donc, pour Guénon, dans le monde moderne sous les aspects de la Contre-Initiation. La réappropriation par Crowley du titre de « saint de Satan » (awliyâ esh-Shaytân), un concept élaboré par Ibn Arabi, est un signe que ce modus operandi n’est pas une simple hallucination de la part de Monsieur Guénon mais une détermination humaine réelle. On voit à quel point cela semble fonctionner avec l’histoire du Consul, avec le roman de Malcolm Lowry, mais aussi et surtout avec le monde de la Kabbale. « Comme l’initiation, sous quelques forme qu’elle se présente, est ce qui incarne véritablement l’« esprit » d’une tradition, et aussi ce qui permet la réalisation effective des états « supra-humains », il est évident que c’est à elle que doit s’opposer le plus directement (dans la mesure toutefois où une telle opposition est concevable) ce dont il s’agit ici, et qui tend au contraire, par tous les moyens, à entraîner les hommes vers l’ « infra-humain » ; aussi le terme de « contre-initiation » est-il celui qui convient le mieux pour désigner ce à quoi se rattachent, dans leur ensemble et à des degrés divers (car, comme dans l’initiation encore, il y a forcément là des degrés), les agents humains par lesquels s’accomplit l’action antitradtionnelle. » (Guénon) L’hypothèse de Guénon, héritée tant de la tradition indienne du Kali-Yuga, du soufisme que de la Kabbale, est celle de la fin d’un vaste cycle commencé avec le début connu de l’Histoire – et cette fin se fait, à travers une accélération générale du temps, par une phase de solidification (incarnée par le rationalisme et la matérialisme) puis une deuxième phase de dissolution (théosophisme, spiritisme, psychanalyse). Cette contre-initiation, Guénon l’appelle également « chute dans le bourbier » et l’oppose à la « descente aux Enfers » de l’initiation. « Dans la « descente aux Enfers », l’être épuise définitivement certaines possibilités inférieures pour pouvoir s’élever ensuite aux états supérieurs ; dans la « chute dans le bourbier », les possibilités inférieures s’emparent au contraire de lui, le dominent et finissent par le submerger entièrement. » (Guénon)

Cette « chute dans le bourbier » est bien la conclusion de Under the Volcano, mais elle contient, comme une petite lumière indestructible, la proposition qui court-circuite le récit et s’adresse directement au lecteur : « Il lui eût donc suffi de le désirer, de le vouloir, pour que le monde matériel en question, tout illusoire qu’il fût, devint une confédération indiquant la voie de la sagesse. Il n’aurait alors plus jamais été question de dévolution à d’irréelles voix défaillantes ni de formes de dissolution ressemblant chaque jour davantage à une unique voix de mort plus éteinte que la mort même mais au contraire d’infinis élargissements, d’infinies évolutions et extensions des frontières offrant aux esprits la perfection d’une intégrité absolue. »

Voilà, je crois, tout ce que Malcolm Lowry nous souhaitait. Cela, il n’était plus capable de le vivre pour lui-même, mais il a été capable de l’écrire pour que nous puissions le vivre. Et c’est une des raisons de plus pour l’aimer, l’aimer à la folie.

Je vous remercie.

3 Messages

  • La voie la plus humide 21 novembre 2009 03:19, par himmelgien

    Que veut dire l’auteur, on s’y perd un peu ... Ce qui m’a surpris, c’est de retrouver "...des fantaisies comme Le Matin des Magiciens de Pauwels et Bergier..." . J’ignorais que cet ouvrage était classé dans la catégorie "fantaisie" ... ou alors, "fantasy", qui s’approche du Réalisme fantastique de la bande de Planète !...

    Quant à ...
    "...Les sources occultes du nazisme existent cependant, même si elles sont assez floues et compliquées, et ont été encore obscurcies par la façon dont la culture populaire s’est emparée du sujet – pensez aux Aventuriers de l’Arche Perdu de Steven Spielberg par exemple. Crowley (qui s’était fait expulser de Sicile par Mussolini en personne) a pu dire, parodiquement : « Avant que Hitler fus, j’étais », mais jusqu’à présent aucun historien sérieux n’a pu retenir l’hypothèse d’une influence directe de Crowley sur Hitler. Reste que la violence invoquée, déchaînée, dans Le Livre de la Loi a pu apparaître comme une nouveauté – et l’idée d’une « spiritualité à rebours » déployée aussi violemment a pu être interrogée dans ses relations avec les violences sans précédent du XXe siècle ... "

    Cette hypothèse n’est pas nouvelle. L’évoquer sans apporter de nouveaux développements n’aide pas à une recherche historique approfondie sur ce dossier , que certains veulent précisément empêcher pour assurer leur main-mise sur la Shoah et son utilisation politique !...

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    • La voie la plus humide 21 novembre 2009 10:23, par Pacôme Thiellement

      Le caractère fantaisiste du "Matin des Magiciens" n’est un secret pour personne : Pauwels lui-même était obligé de l’admettre quand des historiens sérieux le confrontaient aux nombreuses erreurs factuelles dont l’ouvrage témoigne.
      Ce n’est pas une critique très violente d’ailleurs : le livre est POP, et la légèreté dont il témoigne fait partie intégrante de son charme. Quant aux hypothèses sur les relations entre nazisme et occultisme, je suis navré de ne pouvoir vous en apporter de nouvelles et j’ignorais que cela pouvait disqualifier immédiatement un texte.
      Je vous rappelle que ceci n’est pas un essai sur ce sujet, mais un groupement de "notes préparatoires" sur l’ésotérisme dans "Sous le Volcan", écrite en vue d’un colloque (qui a eu lieu cet été) consacré à Malcolm Lowry. Cet ensemble de réponses vous satisfont-elles ? A mon tour de poser une question : Pourquoi est-ce que les commentaires sur Internet sont inévitablement le fait d’indécrottables râleurs ?

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  • La voie la plus humide 5 mai 2014 14:11, par Philippe Pissier

    Etonnant de constater que Lowry avait croisé la qabale post-crowleyenne !

    J’avais été surpris lors de la lecture du Volcan de constater un renvoi à l’Abîme entre Chesed et Binah (épisode de la grande roue).....

    Au fait, ma traduction de l’oeuvre maîtresse de Crowley est sortie l’été dernier.....

    https://www.youtube.com/watch?v=7nDbWmz-UsU

    Encore bravo pour cet article.

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