J’oublierai un jour
que ma naissance fut un oubli,
drapé d’un sourire de convenance.
Elle penche la tête.
Je ferme les yeux.
Je sens son odeur.
Immuable odeur animale
qui sifflera toujours,
dans ma bouche silencieuse.
Elle restera silencieuse…Toujours.
Le vide est déjà là.
J’ai déjà peur.
Je suis déjà seule.
Il s’installe et me submerge.
J’aurai dû l’attraper, oui, je le regrette tant.
J’aurai dû le dévorer,
le fracasser,
comme on épingle des cris à la porte du salut.
⭑
Je n’ai plus le temps d’aller mal.
Je me suis fixée
à l’idée précise
de la source.
Celle où tout bascule.
Déshéritée du plaisir.
Droguée à l’échafaud.
Le souffle de la musique
comme mirage,
comme linceul,
troué par le désir.
Juste un pas,
dans les cendres,
et les dépoussiérer
dans le brouhaha
de la blessure du soir.
Un verre de vin pour m’asphyxier.
J’entends cette voix :
Tu n’as plus le temps d’aller mal.
⭑
Combien de nuits me faudra t-il
pour oublier où je suis ?
Je n’irai pas bien loin,
recroquevillée comme une vipère !
Non ?
Je me suis réveillée, enfin,
et j’ai glissé dans le silence,
pour engloutir des pages,
des pages qui parlent
comme des langues de vipère.
Les pages m’ont coupé la langue
et les vipères ont glissé et ont englouti
la rive droite de mon cerveau.
J’ai bu mon café chaud.
⭑
Je m’offre dehors,
à l’éclosion,
et dedans, il y a comme une langue que je ne connais pas.
Le soleil s’est caché sous mon lit
et il me dit que je ne crois plus au chagrin…
Foutaise !
Petit poisson suffocant que je suis, je ne dévoilerai rien.
Juste une mélodie à la source tarie,
pour traverser le temps à la nage,
en recevant des coups de couteaux.

