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Le sens de la laïcité (Lettre) 

jeudi 22 mars 2012, par Elli Medeiros

« Dans l’article « laïcité » de son Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire Ferdinand Buisson, un des inspirateurs des lois laïques de la troisième République, définit plus précisément la laïcité, terme alors nouveau (néologisme) : il s’agit de la sécularisation des institutions politiques d’un État, à savoir que cet État ne s’adosse à aucune religion officielle, ni ne suppose quelque onction divine. Le principe de séparation des pouvoirs politique et administratif de l’État du pouvoir religieux en est une application. On ne doit donc pas confondre le caractère séculier d’une société (la population manifeste une certaine indifférence religieuse) avec la laïcité proprement dite (les institutions d’État ne sont soumises à aucune contrainte ni même ne relèvent d’aucune justification de nature religieuse, spirituelle ou théologique). Dans un État laïque, il ne saurait exister de religion civile, serait-elle négative (proposant comme chez Rousseau l’exclusion des croyances fanatiques, ou imposant l’athéisme comme dans les États communistes). Au sens contemporain, elle est le principe d’unité qui rassemble les hommes d’opinions, religions ou de convictions diverses en une même société politique, distincte par conséquent d’une communauté. Dans une perspective laïque, les croyances et convictions qui ont rapport à la religion (religions proprement dites, croyances sectaires, Déisme, Théisme, Athéisme, Agnosticisme, spiritualités personnelles) ne sont que des opinions privées, sans rapport direct avec la marche de l’État. C’est là considérer la politique comme une affaire humaine, seulement humaine. Réciproquement, la liberté de croyance et de pratique doit être entière ; dans les limites de « l’ordre public », l’État s’interdit d’intervenir dans les affaires religieuses, et même de définir ce qui est religion et ce qui ne l’est pas (pas de religions officielles ni même reconnues selon l’article 2 de la loi de 1905). »

Extrait de l’article « Laïcité », fr.wikipedia


À Jean-Luc Mélenchon, http://www.jean-luc-melenchon.fr/contact/, rubrique « me contacter ». [1]

Bonjour,

Je suis cette campagne avec attention et beaucoup d’émotion, j’ai toujours été à gauche et je désespérais de la retrouver...

Les interventions du Front de Gauche éclaircissent des sujets importants et font avancer les choses et c’est un élan porteur de grands espoirs, mais j’ai une question précise à laquelle je n’ai pas trouvé de réponse : dans le cadre de la laïcité, j’ai bien lu dans votre programme « la liberté de conscience et de culte, l’égalité des citoyens en tout domaine sans discrimination d’aucune sorte ». Liberté de conscience et de culte veut dire qu’on peut vivre sa spiritualité et ce qu’elle implique en espérant rencontrer tolérance et respect. J’en viens au sujet du foulard (au même titre bien sûr que, par exemple, la kippa, ou les croix chrétiennes, ou les mala tibétains etc. )

Vous avez dit être contre la burqa... personnellement, je ne suis pas musulmane et je trouve ça excessif mais je me dois de respecter les choix de chacun... évidemment il y a les extrémismes et les contraintes, mais ce serait comme condamner tous les chrétiens (je ne suis pas non plus catholique) à cause des croisades, des prêtres pédophiles ou du génocide des amérindiens (du Sud, ceux du Nord c’était les anglais) mais le foulard ne devrait poser aucun problème, pas plus qu’une kippa, une croix autour du cou, un béret « civil » ou une crête keupon, ce sont des choix individuels. Après si en se réclamant soi disant d’une religion on commet des crimes (abus, contraintes, violences, meurtres, agressions), tout ça tombe sous le coup de la loi civile et laïque. La burqa peut poser des problèmes (identification des personnes à la sortie de l’école, ou à la banque, conduire) mais les femmes retirent la burqa dans ces circonstances. Et aussi, franchement, si on avait toléré le voile dès le départ (tout ça à démarré à mon grand ahurissement dans les années 90, il me semble) il y aurait peut être moins de burqas et d’extrémisme aujourd’hui.

Mais encore une fois, pourquoi ce serait un problème ?

Certains on utilisé le sujet pour attiser les haines et flatter l’extrême droite, alors que ceux qui représentent ou veulent représenter le peuple devraient être à l’image du meilleur de nous-mêmes, et ont un devoir d’éducation. Ce sujet qu’on pourrait considérer comme un « détail » (terme de funeste mémoire) est emblématique d’une dérive aux conséquences gravissimes.

Je ne sais pas si quelqu’un va lire ce message, mais je voulais partager ma réflexion et une réponse à mon appel me donnerait un vrai espoir.

Donc en espérant le meilleur,

cordialement,

E. Medeiros

P.-S.

J’ai parlé de ce sujet autour de moi, et on m’a fait découvrir ce documentaire que je ne connaissais pas et qui résume et explique bien les différents aspects du sujet, avec la participation d’historiens et sociologues :

http://www.agnesdefeo.book.fr/sous-la-burqa

Et les suites après le passage de la loi :

http://www.youtube.com/watch?v=etZSkmR5P3U

http://www.youtube.com/watch?v=ltW3u3QK7cc

Notes

[1Cette lettre est à l’origine de celle de Louise Desrenards publiée en soutien, le 21 mars.

13 Messages

  • Le sens de la laïcité (Lettre) 22 mars 2012 12:11, par Mamans Toutes Egales

    Le collectif Mamans Toutes Egales a part ailleurs envoyé cette lettre d’interpellation à tous les partis dont celui de Mélenchon. Elle est pour l’instant restée sans réponse de la part de la direction du Front de Gauche...
    Madame la candidate, Monsieur le candidat,

    Depuis la loi du 15 mars 2004 interdisant l’école publique aux élèves musulmanes portant le foulard, les exclusions se sont multipliées, non seulement à l’encontre des élèves mais aussi à l’encontre des mères musulmanes qui souhaitent s’impliquer dans la vie scolaire. Chaque semaine, des femmes et/ou leurs enfants se voient refuser des services commerciaux, sociaux ou même médicaux au prétexte de leur tenue vestimentaire.

    Malgré un avis de la HALDE (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité) rappelant que l’interdiction du voile ne s’applique pas aux parents d’élèves, l’UMP prévoit de dévoyer une fois de plus la laïcité (définie par la loi de 1905 et les lois Ferry-Goblet sur l’école) en légalisant ces discriminations.
    Aujourd’hui, le PS s’est lancé à son tour dans la chasse aux sorcières et le Sénat a voté une loi qui astreint à la neutralité religieuse les personnels travaillant dans le secteur privé de la petite enfance (non confessionnel et subventionné par l’État), y compris les assistantes maternelles à domicile.

    Nous ne pouvons tolérer plus longtemps de telles dérives, nous refusons le droit d’exception que le gouvernement actuel tente d’imposer aux musulmans et aux musulmanes. Nous réservons notre vote pour un candidat ou une candidate fidèle à la loi de 1905 et nous tenons à rappeler avec force que la liberté est la règle, et l’interdiction l’exception. Nous attendons de votre part un positionnement clair sur la question.

    Saurez-vous affirmer que toutes les mères d’élèves doivent pouvoir accompagner les sorties scolaires ou être élues représentantes des parents d’élèves, avec ou sans foulard ?
    Saurez-vous refuser que l’on éloigne des mères d’élèves assidues des prises de décisions scolaires pour ensuite les traiter de "parents démissionnaires" ? Comment les enfants eux-mêmes ne souffriraient-ils pas de l’exclusion de leurs parents ? Comment, dès l’école maternelle, peut-on assumer une "maman hors-la-loi" ?

    Saurez-vous faire preuve du courage nécessaire pour lutter contre la désorganisation délibérée et choisir le camp de la coopération entre parents et enseignants ou assistantes maternelles ?
    Saurez-vous rappeler qu’en droit, pour interdire, il faut que le trouble à l’ordre public soit établi ? Or, puisqu’aucun parent ne se plaint, comment comprendre ce dernier projet de loi si ce n’est comme une entrave supplémentaire à l’accès à l’emploi pour les femmes portant le foulard ? Elles ne peuvent travailler ni dans le secteur public ni dans la plupart des entreprises privées - qui refusent de les employer - et à présent on irait les débusquer dans l’une des trop rares professions qui leur était encore accessible ?

    Saurez-vous vous opposer à toute tentative d’exclusion de l’espace public et de l’emploi des femmes voilées par des circulaires, décrets, lois mais aussi simplement par des discours publics scandaleux, plus ou moins officiels ? Luc Chatel a si bien su en jouer il y a quelques mois que certains chefs d’établissement se sont cru autorisés à exclure des mères d’élèves alors qu’ils agissaient en réalité en toute illégalité !

    Saurez-vous affirmer sans détour que toutes les mères doivent pouvoir s’impliquer dans la scolarité de leurs enfants, que toutes les femmes doivent pouvoir travailler et s’engager dans l’espace public, quelle que soit leur religion, "ostensible" ou non ? Et pas uniquement pour le folklore, pour cuisiner des pâtisseries pour vous et vos enfants, mais pour faire valoir leurs droits !

    Collectif MTÉ – Mamans Toutes Égales
    collectif.mte@gmail.com
    www.mamans-toutes-egales.com

    Premières signatures : Alima Boumediene, Anissa Fathi, Houria Bouteldja, Christine Delphy, Rachid Zrioui, Ndella Paye, Ismahane Chouder,
    Saïd Bouamama, Pierre Tevanian, Sonia Dayan-Herzbrun, Annie Ernaux, Monique Crinon, Rokhaya Diallo, Youssra Ben Hamida,
    Olivier Le Cour Grandmaison, Lila Charef, Jean Baubérot, Mireille Fanon-Mendès France, Suzanne D’Hermies, Farida Aarrass,
    Djamila Latrèche, Amina Farhane, Noémie Lozac’hmeur, Zineb, Youcef Brakni, Joël Roman

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    • Laïcité et foulard 23 mars 2012 23:04, par Un partageux

      Durant une année environ j’ai vu une dame de mes relations la tête bien recouverte d’un foulard. En lisant votre lettre, à laquelle je souscris bien volontiers, je me suis soudain posé cette question : Est-ce que la loi foulardière devait aussi s’appliquer à cette institutrice qui subissait une chimiothérapie et ne souhaitait pas porter de perruque ? Ou bien aurait-elle dû demander une dérogation en fournissant un justificatif médical pour ne pas contrevenir à la loi foulardière ?

      http://partageux.blogspot.com

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  • Le sens de la laïcité (Lettre) 22 mars 2012 13:08

    Les voiles intégraux sont lugubres car nous autres êtres humains avons besoin de visages pour être dans l’empathie ou la sympathie. Mais un casque de moto qui ne laisse rien voir de la personne est aussi angoissant que ces niqab, pour moi. Un vieil article sur le sujet : http://owni.fr/2010/05/19/contre-la-burqa-contre-la-loi/

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    • Le sens de la laïcité (Lettre) 22 mars 2012 16:50, par John Mullen

      Mais la question n’est pas de vous obliger, vous, à porter un niqab. Elle est de décider si la loi doit enfermer à la maison ou pas celles qui veulent le porter, pour des raisons religieuses. Vous êtes tout à fait libre de penser que c’est une bêtise absolue, mais est-ce que cela veut dire qu’on enferme ?

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      • Le sens de la laïcité (Lettre) 23 mars 2012 00:45

        Je n’ai pas peur d’un bout de tissu, et si le niqab me déplaît, je suis malgré tout opposé à la loi. Cela m’attriste malgré tout profondément qu’on choisisse de se couper du monde, mais en même temps, il ne faut rien dramatiser : ce n’est qu’un vêtement, il peut aussi s’ôter (volontairement, s’entend).

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  • Le sens de la laïcité (Lettre) 22 mars 2012 15:28, par Grosse Fatigue

    Il serait quand même bon d’écouter un peu plus Alain Souchon. Le ciel est désespérément vide bon sang ! Respecter les croyances absurdes du moindre superstitieux, c’est accepter qu’à force de majorité, on en vienne à renier le sens de la laïcité : nous protéger des religions, des fanatismes, des cons.

    La religion n’est pas respectable, qu’on se le dise, merde !

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    • Le sens de la laïcité (Lettre) 22 mars 2012 16:54, par John Mullen

      Vous voulez nous protéger ? Mais quelle arrogance ! Nous, ça va. moi je respecte plein de croyances. Je ne suis même pas pour sanctionner ceux qui croient à l’homéopathie, aux arts martiaux, à l’astrologie. Même je crois qu’on ne devrait pas passer es lois qui empêchent les gens d’exprimer leur croyance que Sarkozy est bien pour le peuple, bien que ce soit une croyance dangereuse. Mais je constate que chez nous aujourd’hui on tape surtout sur les musulmans. Avantage pour l’élite, détourner l’attention des problèmes d’injustice et de l’exploitation. ça marche d’enfer, et la gauche capitule devant.

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  • Le sens de la laïcité (Lettre) 22 mars 2012 15:31, par sentegote

    Si les hommes/Femmes peuvent/doivent porter le voile/la kippa ensemble tel un vêtement unisexe, alors oui il n’y a pas de problèmes. Dans le cas présent c’est le fait qu’il soit imposé/réservé à un seul sexe.

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    • Le sens de la laïcité (Lettre) 23 mars 2012 00:46

      Essayez de porter une jupe en étant un homme, vous m’en direz des nouvelles.

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      • Le sens de la laïcité (Lettre) 23 mars 2012 10:28

        Mais ça se fait, ça se fait, et pas qu’en Europe même. Vous connaissez le sarong par exemple ?

        Soit dit en passant, pour répondre à un passage de la lettre à Merluchon, si on exclue tous les zélateurs qui ont pratiqué le meurtre et la violence de l’histoire des religions, y va pas rester grand monde. Rien qu’en s’en tenant au christianisme, j’entrevois déjà une belle liste de saints assassins...

        Mais au fond ça n’a pas grand chose à voir avec les polémiques idiotes et les lois scélérates sur le voile.

        Salutations irrespectueuses et intolérantes à tous et à toutes.

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  • Le sens de la laïcité (Lettre) 22 mars 2012 22:21

    Merci Ellie.

    Je regrette encore moins y a des annees de ca d avoir achete un de vos disques, une cassette en fait a l epoque

    Merci pour ces phrases justes raisonnables

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  • Le sens de la laïcité (Lettre) 22 mars 2012 23:03, par Pescade

    Marjane Satrapi :

    http://www.guardian.co.uk/world/2003/dec/12/gender.uk

    « La France interdit le foulard dans les écoles. Mais contraindre les filles à l’enlever de force est aussi désastreux que de les forcer à le porter. »

    « J’ai porté le foulard, et c’était une question de survie. Quand j’ai eu 10 ans, il y eut la révolution en Iran, où je vivais, et à partir de ce jour j’ai été forcée à porter le voile. Si je ne l’avais pas fait, j’aurais été emprisonnée.
    C’est pourquoi je suis absolument opposée au voile. Contraindre les femmes à se couvrir la tête est un acte de violence, et même si vous en prenez l’habitude, la violence constante pour que les femmes se couvrent la tête en public avec un bout de tissu ne diminue jamais.
    Mais je pense aussi que d’interdire que les filles portent le voile, comme le gouvernement français l’envisage, est tout aussi répressif.

    […]

    Je crois passionnément que les jeunes femmes qui ont été exclues de l’école pour avoir porté un voile devraient avoir la liberté de choisir. C’est certainement un droit humain fondamental que chacun puisse choisir comment il veut s’habiller sans intervention de l’Etat.

    Les critiques prétendent que ce ne sont pas les filles elles-mêmes qui veulent porter le voile, mais plutôt qu’elles y sont contraintes par leurs parents. Mais si cela est le cas, si ces parents sont du genre à forcer leurs filles à porter le voile, ce sont probablement aussi ce genre de parents qui seront heureux d’éloigner les filles de l’école puis de les marier à 15 ans à un cousin éloigné, qui leur fera cinq enfants. Si nous voulons donner à ces filles une chance de s’émanciper, une chance qu’elles décident un jour, par elles-mêmes, ce qu’elles veulent faire de ce voile, cela viendra de l’éducation. Cela ne viendra certainement pas en étant renvoyée dans leurs familles.

    […]

    Nous devons expliquer aux jeunes femmes que cette interprétation du Coran est une interprétation très masculine. Il est temps que les femmes lisent les textes sacrés elles-mêmes, pour l’interpréter elles-mêmes et pour réaliser que les textes sacrés peuvent être interprétés dans des directions très différentes. Pourquoi le Coran a-t-il été interprété ainsi ? C’est ce que ces femmes ont besoin de demander.

    Mais posons-nous le doigt sur le problème réel ? Ne sommes-nous pas simplement effrayé par l’islam et de parler de l’islam ? Au lieu d’avoir un débat ouvert sur la religion, la France veut interdire un symbole de l’islam.

    C’est important de regarder ce qui se passe dans ce pays. Dans les années 70, les femmes qui sont venues d’Afrique du Nord ne portaient pas le voile, mais maintenant leurs filles le veulent. Pourquoi ? La réponse est que ces filles sont peut-être françaises, mais elles vivent dans des banlieues à l’habitat dégradé, sans vrai travail, sans égalité des chances, et elles n’ont pas d’autre voie pour exprimer leur identité qu’à travers leur identité religieuse. Le problème n’est pas le voile, mais c’est celui de leur exclusion de la société.

    J’ai été incroyablement surprise par la réaction des féministes françaises, qui ont publiquement fait campagne pour l’interdiction d’un “symbole visible de la sousmission des femmes”. La femme occidentale est tellement persuadée que son émancipation vient de la mini-jupe qu’elle est convaincue que si vous avez quelque chose sur la tête vous n’êtes rien. Les femmes qui sont forcées à porter le voile et les femmes qui sont photographiées nues pour vendre n’importe quoi, des pneus de voitures aux jus d’oranges, sont les deux faces d’une même oppression. Mais, pour moi, tout ce qui utilise le langage de l’interdiction est mauvais.

    […]

    Ne faisons pas la même erreur que les fanatiques ont fait aux femmes iraniennes. C’est la même violence. Je suis opposée au voile, mais je suis aussi une défenseure des droits de l’homme.

    […]

    Partout où je vais, la première chose dont tout le monde vient me parler c’est du voile des femmes iraniennes. Et je leur demande, si demain nous enlevons le voile, est-ce que les problèmes dont il est le symbole seront résolus ? Est-ce que les femmes deviendront subitement égales et émancipées ? La réponse est non. »

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  • Le sens de la laïcité (Lettre) 22 mars 2012 23:18, par Pescade

    Pierre Bourdieu (il y a déjà plus de 20 ans, pas grand chose à changer dans ses propos)

    http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article325

    « Le débat qui s’est engagé à propos du port du foulard (arbitrairement appelé « islamique ») est révélateur de l’état du débat politique en France. L’emprise de médias qui ne connaissent que la recherche du sensationnel, l’empire des sondages qui permettent de transformer les faux-problèmes médiatiques en objets de consultation « démocratique », la volonté gouvernementale de réduire la politique à la gestion, la fermeture sur soi d’un parti socialiste qui pense et agit moins par référence à la réalité politique qu’en fonction des enjeux de la concurrence interne pour la succession, tout un ensemble de facteurs se conjuguent pour orienter le débat public vers des questions plus ou moins futiles, ou, pire, vers des questions réelles réduites à la futilité.

    C’est le cas du débat sur le problème posé par trois jeunes filles de Creil qui sont venues au lycée avec un fichu sur la tête... En projetant sur cet événement mineur, d’ailleurs aussitôt oublié, le voile des grands principes, liberté, laïcité, libération de la femme, etc., les éternels prétendants au titre de maître à penser ont livré, comme dans un test projectif, leurs prises de position inavouées sur le problème de l’immigration : du fait que la question patente - faut-il ou non accepter à l’école le port du voile dit islamique ? - occulte la question latente - faut-il ou non accepter en France les immigrés d’origine nord-africaine ? -, ils peuvent donner à cette dernière une réponse autrement inavouable.

    En livrant ainsi, imprudemment, leur impensé, ils contribuent à faire monter l’angoisse, génératrice d’irrationnel, qu’éprouvent nombre de Français devant cette réalité. Ils ne font que retarder le moment où sera affirmée courageusement la nécessité de mobiliser les moyens de donner à des immigrés le plus souvent « désislamisés » et déculturés (ils ignorent tout, pour la plupart, de leur langue et de leur culture d’origine), la possibilité d’affirmer pleinement leur dignité d’hommes et de citoyens. Le moment est venu, pour les intellectuels européens, de sommer les gouvernements nationaux et les instances européennes de concevoir et de mettre en œuvre un vaste programme commun d’intégration économique, politique et culturelle des immigrés. »

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