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François Hollande est-il passé du statut de M. normal à celui de M. néolibéral ? 

Le Président socialiste François Hollande a promis de lutter contre les inégalités, mais durant 100 jours il n’a pas tenu parole

jeudi 23 août 2012, par Louise Desrenards (traduction), Philippe Marlière

{} {} {} Voici pour mémoire d’information le regard critique du francophone Philippe Marlière, au Royaume Uni, sur les cent premier jours du pouvoir de François Hollande. Ce point de vue de gauche publié dans un quotidien de l’autre côté de la Manche, à distance des médias français, présente l’intérêt de recenser l’historique de l’intitulé des 100 jours, dont l’ellipse dans la Presse locale se caractérise souvent, sous ce titre, par l’actualité des dépêches d’agence.



{} {} {} {} Alors que François Hollande atteint la barre des 100 jours, quel est le verdict sur l’homme à la tête de la politique française ? En termes de style, ses signes se sont assez rapidement montrés. Hollande a renouvelé l’interprétation gaulliste de la présidence : conformément à la lettre de la constitution, il voit son rôle d’arbitre au-dessus-du-parti qui permet au Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, de gouverner. Contrairement à Nicolas Sarkozy, Hollande ne polarise pas l’opinion publique et ne suscite pas de sentiments forts. Il est généralement décrit comme « convenable » et « modeste » ; adjectifs qui n’ont jamais été associés à Sarkozy.

Cependant, trois mois plus tard, la nouveauté de ce changement est en train de s’estomper. Au cours de la dernière semaine, les commentateurs dans les médias ont appelé Hollande à entreprendre d’être plus précis sur ses politiques et priorités. Certains journalistes ont même commencé à se moquer de sa voix tranquille : l’expression « présidence pépère » a été utilisée dans plusieurs grands journaux.

Alors, où est vraiment dirigée la France ? Conformément à l’agenda d’Hollande pour le changement, publié le 4 Avril, la nouvelle majorité socialiste du Parlement a digéré une éruption de factures avant la pause du 2 Août. La plupart étaient destinées à générer un supplément de € 7,2 milliards pour des objectifs qui rencontraient le déficit de 2012. Le renversement de la plus haute visibilité de la politique du gouvernement précédent fut la décision de reprendre la taxe sur la rémunération des heures supplémentaires, et de mettre fin aux subventions publiques pour financer cette exemption. « Travailler plus pour gagner plus » fut la mesure phare de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy. Il visait à stimuler l’économie par la déréglementation du marché du travail. En fait, cette réforme n’a pas provoqué de stimulation des employés pour leurs revenus, et elle a coûté à l’État plus de 25 milliards € en allègements fiscaux.

Une autre loi rétablit la base des charges sur les salaires payée aux frais des employeurs, — le gouvernement précédent avait déplacé ces coûts vers le grand public sous la forme d’une augmentation des impôts. L’infâme loi Tepa, adoptée en Août 2007 — qui réduit les impôts sur les actifs des personnes riches — a également été révisée. Jérôme Cahuzac, le ministre socialiste du budget, a déclaré que cette « contribution exceptionnelle est un gros effort exigé auprès de ceux qui ont les moyens de le faire ». Cela ressemblait plutôt à un plaidoyer malaisé adressé aux riches, qu’à une décision assurée. Cette approche hésitante augure mal des intentions du gouvernement quand il s’agit de combler l’écart grandissant entre les riches et le reste de la population.

Par ailleurs, le taux d’impôt de 75% sur ceux qui gagnent plus de 1 M €, et le nouveau taux de 45% sur ceux qui gagnent plus de 150.000 € ont été retardés jusqu’à l’automne. Dans le même temps, le salaire minimum a été augmenté d’un jeton de 2%. Ce fut comme une gifle pour les syndicats et les électeurs à faible revenu.

Mais qu’en est-il de la plus réputée « taxe Tobin », introduite le 1er Août ? Il est utile de préciser qu’il s’agit d’une taxe sur seulement 0,2% de la valeur des transactions financières. Une autre taxe visant le trading à haute fréquence a également été mise en place. La taxe dite « taxe sur les opérations à haute fréquence » est de 0,01% sur le montant des ordres de bourse modifiés ou annulés qui excède 80% de tous les ordres transmis durant un mois. En bref, il s’agit davantage d’une « non-transaction » fiscale.

Ces « réalisations » promettaient d’apporter un éclairage nouveau sur plusieurs intentions d’Hollande annoncées, notamment d’aller « plus loin dans la régulation des marchés ». Le gouvernement utilisa la fiscalité pour dissuader les banques de placer délibérément des fausses commandes dans une tentative de manipuler le marché. Notons : Hollande n’a pas cherché à interdire certaines pratiques ni à introduire de nouvelles règles. Il est tout bonnement en train de profiter modestement du système tel qu’il est.

Dans la montée de la campagne électorale, Hollande avait promis de renégocier le pacte budgétaire de l’UE. Cette initiative fut soutenue par une grande majorité des électeurs. Le 29 Juin, après une des dramaturgies chorégraphiques de ces sommets de l’UE, un Hollande brillant apparut devant les caméras pour déclarer : « L’Europe a changé dans la bonne direction. »

Pourtant, le président français a échoué spectaculairement à tenir sa parole. Le Traité d’Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy l’a emporté inchangé. Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche aux présidentielles, l’a dénoncé comme une « farce de clown ». Tout ce à quoi Hollande put prétendre fut un « pacte de croissance » dérisoire d’à peine 1% du PIB de l’UE (130 milliards €). Plus gênante fut la révélation que le paquet de la croissance impliquât l’utilisation de près de 55 milliards € des fonds structurels européens non dépensés.

Le président socialiste ne s’est pas opposé aux programmes d’austérité qui étranglent l’économie de la Grèce, de l’Irlande, de l’Italie, du Portugal et de l’Espagne, inspirés par l’UE. Pire encore, il les a implicitement approuvés en envoyant sans précédent un message d’avertissement à peine voilé aux électeurs grecs quelques jours avant la spectaculaire reprise des élections générales. Il a laissé entendre que si les Grecs confirmaient leur vote en faveur de Syriza, coalition des partis de la gauche anti-austérité, il pourrait leur en coûter la participation de la Grèce dans la zone euro.

Le 9 Août, le Conseil constitutionnel a jugé que l’adoption du pacte budgétaire de l’UE par la France n’avait pas besoin d’une modification de la Constitution. Cela aurait nécessité le soutien de trois cinquièmes des députés, une majorité irréalisable. Au lieu de cela, le traité entrera en vigueur si le gouvernement adopte une « loi organique » à la majorité simple. Quant à Hollande, il a déclaré qu’il n’y aurait pas de référendum sur le nouveau traité — il a peur de perdre.

Ce déni de démocratie a provoqué la colère de la gauche. Beaucoup affirment que ce pacte autorise Bruxelles à dicter la politique nationale en permettant d’imposer des sanctions aux pays qui ne respectent pas un plafond de déficit structurel de 0,5% du PIB. Le diktat limitera tout le champ des gouvernements pour manœuvrer dans un avenir prévisible. Qui plus est, il sape considérablement les pouvoirs du parlement d’adopter des lois comme il l’entend pour le pays. Quand les français reviendront de leurs vacances d’été, ils pourront seulement espérer des réductions supplémentaires des dépenses (33 milliards € de 2012 à 2014) et des hausses d’impôts, pour atteindre les 3% de déficit d’Hollande d’ici la fin de l’année 2013.

© Philippe Marlière


Traduction rapide (sous réserve) pour La Revue des Ressources par Louise Desrenards, avec l’autorisation de l’auteur, d’après sa tribune du 19 août dans le journal The Guardian.

N.B.
Le dernier blog de Philippe Marlière dans Mediapart (à ce jour) : À quoi vont servir les députés des Français de l’étranger ?, 3 août 2012 (suivre le lien).


P.-S.

Article source : The Guardian, Comment is free, 2012, August 19 :
Has François Hollande gone from being Mr Normal to Mr Neoliberal ?
By Philippe Marlière.

Le logo, via OWNI, (Libé vampirise les Primaires, 4 oct. 2011) est un portait de François Hollande par le photographe Yann Rabanier pour le journal Libération, pendant les Primaires socialistes.

L’illustration est le portrait officiel du Président Hollande par le photographe Raymond Depardon.

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