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Nouveaux délits : sortie du numéro 19

octobre 2006 (Date de rédaction antérieure : 17 août 2017).

NOUVEAUX DELITS

Revue de poésie vive et dérivés

Numéro 19

La lumière décline, l’énergie entame son lent retour vers les racines.
Et je songe aux miennes qui sont européennes, Espagne, Angleterre,
catholiques, protestantes. Mes racines. Des conquistadors, des envahisseurs,
des colons, des esclavagistes, des exploiteurs, des pilleurs, des violeurs,
des assassins.
Mes racines sont gorgées de sang avec lequel s’est bâti un empire.
Des fleuves de sang versé qui ont infiltré mes cellules, et je suis née
comme ça, hantée par les cris, les pleurs, la rage et le désespoir de tous
ces peuples, hommes, femmes et enfants humiliés, décimés, réduits à néant.
Je porte ce poids, ce sang lourd d’injustices non réparées et je tente d’y
puiser un peu de cette dignité dont nous avons perdu le souvenir.
Mes racines sont gorgées de sang avec lequel s’est bâti un empire pour
néo-humains sous plastique, élevés en batteries sophistiquées et non dénuées
de confort, il faut le dire.
Je ne porte pas de culpabilité. Je ne veux pas payer pour des crimes que je
n’ai pas commis de mes mains mais j’aurais terriblement honte si je
cautionnais par mon silence et mon indifférence ce qui perpétue ces horreurs
encore et encore, quels que soient les noms sous lesquels on les dissimule.
Mes racines sont gorgées de sang avec lequel s’est bâti un empire.
Un empire arrogant, plein de mépris, imbu de son pouvoir temporel, si
illusoire en vérité face à l’immensité de notre ignorance. Un empire
menteur, cupide, violent, barbare, sans respect, sans aucune grandeur.
Mais cela avait été dit, ce sang reviendrait hanter l’esprit des enfants,
petits-enfants, petits-petits-enfants des assassins et aujourd’hui la tribu
des opprimés ne cesse de croître mais l’énergie humaine n’a pas dit son
dernier mot.
Une énergie spirituelle, une poésie dont le savoir s’est perdu dans les
ténèbres de l’Histoire.
Son souffle baigne nos cellules en permanence. Cette énergie comme une vague
vient régulièrement se briser sur les récifs mais ne meurt jamais. La roue
tourne, soyez attentifs.
CG

Indifférence aux masses de vivants sacrifiés ; quelques minutes d’émotion,
toutefois, lorsque la télévision diffuse
deux ou trois images de ces dérélictions, de ces tortures, et que nous nous
grisons discrètement de nos indignations magnanimes, de la générosité de nos
émotions, de nos serrements de cour sous-tendus par la satisfaction,
plus discrète encore, de n’être que des spectateurs - mais dominants.
Viviane Forrester
in L’horreur économique

AU SOMMAIRE

Mes complices du Délit de poésie : Pascal Perrot (Paris), Denis Heurdré
(Ille et Vilaine), Alexandre L Amprimoz (Canada), Farid Chettouh (Algérie),
plus invité spécial, Mohamed Ksibet (Syrie), en quatrième de couverture.

Délit piquant : un concentré des Pensées d’un ortieculteur et du Lexique d’
anthropoclastie de Éric Dejaeger (Belgique).

Délit d’immersion : des extraits de Trente oiseaux face au soleil (voyages)
de Gilles Lanneau (Cantal).

Vous pouvez abuser sans modération du Délit d’(in)citations et du Bulletin
de complicité, les effets secondaires n’en seront que meilleurs.

et le retour de
Joaquim Hock
joaquimhock@brutele.be
Grand Illustrateur Attitré de Nouveaux Délits

Autrefois, le chemineau faisait horreur ;
le saltimbanque était méprisé :
Les sédentaires se jugeaient supérieurs aux errants.
Aujourd’hui, l’homme immobile regarde l’homme bolide écraser sa volaille
et disparaître dans une poussière de gloire.
François Mauriac
in La Province, 1964

Nouveaux Délits est ouvert à tous les courants d’air, d’idées, envies,
propositions. Pour l’instant. alors profitez-en.

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