La Revue des Ressources
Accueil > De la crise comme méthode de gouvernement Revue Lignes n°30

De la crise comme méthode de gouvernement Revue Lignes n°30

dimanche 1er novembre 2009 (Date de rédaction antérieure : 22 août 2017).

Contributeurs : Robert Harvey, Michel Surya, Alain Brossat, Ivan Segré, Alain Badiou, Yves Dupeux, Philippe Hauser, Véronique Bergen, Jean-Paul Dollé, Christiane Vollaire, Plínio Prado

Et si la « crise » n’était qu’une variable d’ajustement de l’économie financière, un levier de décompression politique, une méthode de gouvernement politique ?

Voilà des années maintenant que la politique fonctionne «  à la crise  », de quoi  ? De tout. C’est selon les besoins ou les années. Tantôt de toute une filière industrielle, tantôt d’un secteur énergétique  ; pourquoi pas d’une valeur morale, etc. Peu importe. Les médias s’en délectent, d’accord avec les spécialistes ès-crises  ; les politiques s’en rengorgent  : elle les leste d’un poids providentiel. Oui, mais 2009 aura su opposer à toutes ces crises – petites, c’est ce qu’il faut déduire après coup – une crise majeure, majuscule, LA crise (on a pas même hésité à dire d’elle qu’il n’y en avait pas eu de comparable depuis 1929), rien moins que celle qui a ébranlé les bases du monde moderne, libre, occidental pour tout dire, qui a bien failli le mettre à bas… Qui a failli seulement  : la situation industrielle est morose, mais la situation financière reprend des couleurs. On n’hésite plus qu’assez peu à parler de reprise  ; on tend déjà candidement vers elle. Ceux qui ont espéré que naîtrait d’elle quelque chose comme une remise en question, qui sait une alternative, en sont pour leurs frais. Le sont aussi, et combien plus, ceux à qui elle aura coûté domicile, emploi. Ces derniers ne comptent déjà plus pour rien  : dégâts collatéraux d’une pandémie planétaire que répandent les places boursières, quelque prix que doive en payer l’économie «  réelle  » (en existe-t-il encore une  ?)

Un soupçon est possible  : et si ce qu’ils s’accordent si volontiers et unanimement à appeler «  crise  » n’était en fait qu’une variable d’ajustement de l’économie financière (de purge des «  avoirs toxiques  »), un levier de décompression économique (de restructuration, délocalisation…), une méthode de gouvernement politique. Soupçon qui ne semble pas excessif, à en juger par le fait que ce qui a d’abord paru de force à terrasser un système de domination pourtant sans partage, paraît après coup de nature à renforcer cette domination (c’est cette opération qui aura été appelée  : «  moralisation du capitalisme  »)  ; à tout le moins, en a évincé un peu plus toute possibilité de partage. Ce qui fascine en effet, c’est que si cette crise était faite pour que se mobilisent contre elle tous ceux qui y perdraient beaucoup, c’est le contraire qui se produit  : les mobilisations n’ont rien agrégé qui ressemble à une mise en cause substantielle du système. La peur l’a emporté. Et, avec elle, le sauve-qui-peut de tous contre tous. A-t-on dit que cette crise avait permis à la politique de briller de nouveau, seule à montrer le sens de l’intérêt général  ? C’est le contraire, à en juger par l’immense fatalisme qui semble de règle  : la politique n’aurait qu’un peu plus disparu.

Voir en ligne : Editions Lignes

1 Message

  • De la crise comme méthode de gouvernement Revue Lignes n°30 7 novembre 2009 22:28, par Aliette G. Certhoux

    C’est exactement le concept de "La stratégie du choc, la montée d’un capitalisme du désastre", de Naomi Klein (traduction publiée en 2008, chez Actes Sud, mais n’étant pas une intellectuelle du réseau, et américaine mais canadienne, et enfin étant un écrivain que l’on peut qualifier de "populaire" (elle fait des ventes peu coutumières de l’essai), a fortiori ayant pris position clairement pour le Boycott d’Israël, depuis le sinsitre mois de janvier 2009, je vois mal les intellectuels français la citer... plutôt en extraire quelques idées pour renouveler le terroir stérile de nos idéaux répétitifs pourtant à l’acte de passionnants animateurs et auteurs des revues sensées être les plus avancées — les dernières qui nous restent car Les temps modernes ne sont plus guère émergents.

    Voir en ligne : L’ouvrage cité à sa page chez Actes Sud

    repondre message

Répondre à cette brève

© la revue des ressources : Sauf mention particulière | SPIP | Contact | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | La Revue des Ressources sur facebook & twitter