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Tariq Ali sur le Nobel de la Paix attribué à l’Union Européenne 

samedi 13 octobre 2012, par Amy Goodman, Tariq Ali , Louise Desrenards (traduction)

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Le dualisme de Alfred Nobel (1833-1896), chimiste devenu richissime grâce à l’invention de la dynamite, ce qui le poussa sans doute à concevoir une dialectique des récompenses entre les innovations scientifiques et du savoir et l’action pour la paix ou les révolutions pacifistes, se retrouve dans la division institutionnelle de son nom devenu un sigle partagé entre deux pays européens. Cette division de la fondation Nobel entre la Suède et la Norvège remonte à leur séparation nationale en 1905, posthume du fondateur. Celui-ci ne connaissant de son vivant qu’une seule nation et une seule monnaie ne pouvait imaginer que la division se poursuivrait au delà de sa propre conscience. Tel est le destin de la fondation Nobel, sanctuaire institutionnel pacifique honorant les morts des guerres nationalistes ou révolutionnaires du siècle de la fondation et du suivant, en plus universel que la basilique du Sacré-Cœur, notre sanctuaire parisien du massacre des communards commémorant la fondation de la 3e république française par ceux-là même qui les exterminèrent, leur prenant au passage quelques expériences généralisables « pour le bien de tous les autres », de l’eau de la laïcité de l’école publique, et de fonder la scolarisation obligatoire sur sa gratuité, par exemple. Mais monsieur Nobel n’était pas lui-même un poseur de dynamite pour autant qu’il l’eut inventée, et elle servit aussi à tracer des routes dans les montagnes, et à ouvrir des voies pour les chemins de fer. Si les Prix Nobel attribués en Suède sont parfois contestés, du moins sont-ils attribués par les académies nationales respectivement concernées dans les disciplines récompensées, et liées au réseau international des académies et à leurs publications, qui assurent l’identification des innovations internationalement reconnues. Ce n’est pas le cas du Nobel de la Paix attribué en réseau fermé, en Norvège, par un jury coopté parmi les aînés du parlement norvégien. Pour mémoire, et c’est tout dire sur l’opportunisme de la récompense pour la paix, le Mahatma Gandhi qu pourtant vécut jusqu’en 1948, demeure un des grands oubliés symptomatiques de l’idéologie traditionnelle du Comité norvégien. Un dernier point est de souligner qu’une discipline majeure est depuis la fondation privée de Nobel : les mathématiques. Étrange discipline de l’abstraction gratuite et pourtant sans laquelle la recherche expérimentale ne pourrait être évaluée ni même paramétrée. Les mathématiciens à la mauvaise langue disent que cette omission voulue par Alfred Nobel serait due à la trahison amoureuse de son épouse avec un mathématicien dont ainsi il aurait voulu se venger de façon durable en même temps que contre la puissance de sa discipline. Certes les grands mathématiciens modernes furent en général des poètes et / ou des activistes et/ ou de grands séducteurs, parfois jusqu’à en perdre la vie. Les Lancelot de madame Nobel, s’il en est une allégorie anachronique possible, en quelque sorte. Ce qui renforce la beauté de la discipline en son absence de toute récompense... mais contradictoirement confère un signe poétique à l’ensemble des lauréats du savoir et des sciences, étant sous-entendue l’éventualité de leur aptitude courtoise sous-jacente. Quant aux lauréats de la Paix, non récompensés pour une production objective, mais pour valoriser la politique, ils n’ont pas la chance d’être situés comme les autres nobelisés dans le rebondissement durable du mythe. (L.D.)



Source : Democracy Now ! 12 octobre 2012.

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[ AMY GOODMAN : Nous sommes à Albuquerque, Nouveau-Mexique, sur la route de notre « tournée des 100 villes » [1]. Consultez notre site tour.democracynow.org ]

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AMY GOODMAN : Nous commençons le show du jour par la distinction de l’Union Européenne lauréate du Prix Nobel de la Paix, pour son rôle historique d’unification du continent. Thorbjoern Jagland, le Président du Comité Nobel norvégien [2], a salué l’UE pour sa transformation de l’Europe « d’un continent de guerres en continent de paix. » [3]

La sélection pour l’Union Européenne en a surpris plus d’un, comme elle arrive à un moment où une grande partie de l’Europe est confrontée à une crise économique qui menace l’avenir de l’UE. La semaine dernière, des milliers de Grecs ont manifesté à Athènes contre la visite de la chancelière allemande, Angela Merkel, qui a poussé la Grèce, l’Espagne et l’Irlande à adopter de profondes mesures d’austérité.

Pour en savoir plus sur cette distinction du Nobel de la Paix, cette année, nous allons à Londres, où nous sommes rejoints par Tariq Ali, commentateur politique, historien, activiste et rédacteur en chef de la New Left Review. Il est l’auteur de plus de 20 livres, dont The Duel : Pakistan sur le Flight Path of American Power. Il nous rejoint dans le flux vidéo de Democracy Now !

Bienvenue à Democracy Now !, Tariq.

TARIQ ALI : Salut, Amy.

AMY GOODMAN : Lorsque vous vous êtes levé ce matin pour entendre la nouvelle selon laquelle le Comité Nobel norvégien avait honoré l’Union Européenne en lui attribuant le Prix de la Paix, cette année, qu’en avez-vous pensé ?

TARIQ ALI : Amy, ma première réaction fut d’éclater de rire, parce que ce Comité Nobel norvégien qui attribue le Prix de la Paix, essentiellement géré par d’anciens politiciens éculés en Norvège, ne manque jamais de décevoir ni d’amuser. Je veux dire qu’ils ne cessent de se comporter de cette façon. Les Prix de leurs choix au cours des 20 dernières années ont été risibles, et dans certains cas monstrueux.

Donner la récompense à la Communauté Européenne, alors qu’effectivement sur le plan économique elle promeut le chômage, créant en même temps la réalité d’une division de classe dans pratiquement tous les pays d’Europe, au moment où elle a présidé à une énorme violence dans les rues de la Grèce en raison des politiques poussées par l’Union Européenne, démocratiquement : c’est un énorme déficit. Les suffrages exprimés dans l’ensemble de l’Europe, des pays membres de l’Union, ont baissé de 40 pour cent au cours des 20 dernières années, c’est-à-dire que la population électrice est environ de 43 pour cent. Et en moins grand nombre, la jeunesse ne se préoccupe pas du tout de voter. La constitution a été adoptée à toute vitesse, il y a plusieurs années, alors que même les politiciens qui l’ont signée ne l’avaient pas lue. Et le tiers politique de l’UE, qui n’est pas beaucoup évoqué, c’est que maintenant il est quasiment un devoir pour tous les pays adhérant à l’UE de devenir automatiquement membres de l’OTAN. Donc, donner le Prix à l’UE est aussi gratifier l’OTAN. Or il faut se rappeler que presque tous les grands pays de l’UE ont des troupes en Afghanistan. Tous les grands pays de l’UE ont soutenu et ratifié l’occupation de l’Irak, même si certains s’étaient opposés à la guerre.

Donc, c’est entièrement une blague, absolue, surtout en ce moment, quand il y a un trouble total dans les rues au sud de l’Europe. Et cela montre simplement que ces anciens politiciens norvégiens qui composent le comité sont complètement hors du coup. Et je suis sûr qu’il y aura de la colère en Norvège même, comme il y en a en général quand ils annoncent le Prix de la Paix.

AMY GOODMAN : Le Conseil norvégien pour la Paix [4] appelle à la démission de la tête du Comité Nobel norvégien, après que le Prix de la Paix ait été attribué à l’Union Européenne. Le Conseil norvégien pour la Paix a déclaré : « L’octroi à l’Union Européenne, du Nobel de la Paix pour 2012, indique sa dimension éminemment politique, en l’attribuant à un projet qui pour la dernière année ouvrable s’est avéré représenter le contraire de la paix. L’UE souffre d’un vaste déficit démocratique, avec des violations des Droits de l’Homme selon une inégalité sociale croissante. » Telle est la déclaration du Conseil norvégien pour la Paix, Tariq Ali.

TARIQ ALI : Le Conseil norvégien pour la Paix avait déjà critiqué le Prix de la Paix dans le passé, Amy. Car Alfred Nobel avait précisé que le Prix de la Paix ne devait être donné qu’à ceux qui faisaient activement la promotion de la cause de la paix, ce que l’UE ne fait pas, que ce soit au Moyen-Orient par exemple, où elle a soutenu et cautionné tout ce que les Israéliens ont fait — partout où l’occupation de la Palestine est concernée. Elle a essayé d’isoler le gouvernement palestinien élu dans le passé. Elle a endossé de soutenir l’OTAN — dont elle est une part — et la guerre en Afghanistan. Donc, la question est, — est, plutôt celle du Nobel de la Paix sur la voie du suicide [inaudible], parce que cette décision ne sera pas populaire, même parmi beaucoup, beaucoup de norvégiens — et de suédois — membres du parlement. J’étais là-bas il y a quelques années quand ils donnèrent le Prix à Obama, 10.000 personnes environ avaient manifesté contre, parce que M. Obama venait juste de dire qu’il allait intensifier la guerre en Afghanistan et au Pakistan.

Ainsi, le Comité de la Paix [le Comité Nobel norvégien] lui-même, est maintenant devenu une version de l’UE. C’est antidémocratique. Il s’est auto-désigné. Ce n’est nullement responsable. Et quelque chose doit être fait pour changer ça. S’agissant du Comité des Prix, il devrait être internationalisé. Il ne peut pas être simplement constitué par ces politiciens sur les rotules.

AMY GOODMAN : Panos Skourletis, le porte-parole de Syriza, le principal parti d’opposition de la Grèce, a déclaré : « Je ne peux pas comprendre le raisonnement derrière ça. Dans de nombreuses régions d’Europe, mais surtout en Grèce, nous faisons l’expérience de ce qui est vraiment une situation de guerre sur une base quotidienne. Bien que s’agissant d’une guerre qui n’a pas été officiellement déclarée, il n’y a rien de pacifique à ce sujet », at-il dit... Tariq ?

TARIQ ALI : Eh bien, la Grèce est, bien sûr, un cas d’école tout à fait à propos, Amy, parce qu’ils [l’UE ou la Commission Européenne] ne se sont pas contentés de créer une situation par leurs exigences, les banques allemandes, en particulier, soutenues par les banques françaises et les politiciens qui défendent le système, cela a rendu misérable la vie de pratiquement tous les grecs, jusque dans les classes moyennes, sauf les très riches. Je suis allé souvent en Grèce depuis un an et demi, et maintenant la situation est vraiment mauvaise. Et davantage il y a ce fait, lorsqu’il y eut une chance que le chef de Syriza, Alexis Tsipras, puisse être élu, qu’ils soient intervenus en proximité, tous les hommes politiques de l’UE, y compris le tout juste élu de la France, François Hollande, qui est allé à la télévision grecque pour interpeler le peuple grec : « Si vous votez pour Syriza, vous serez écrasés. C’est un choix suicidaire. La Grèce sera détruite. » Ces menaces ont travaillé, et les personnes âgées, en particulier, n’ont pas voté pour Syriza, mais les jeunes l’ont fait. Et oui, cette ingérence ouverte, anti-démocratique, dans les élections grecques — pays de l’Union européenne — a eu un impact très négatif.

Amy, la question est : pourquoi ce Comité se comporte-t-il comme ça ? Et la réponse c’est qu’il est totalement déconnecté de la réalité. Il ne fait pas attention. Il estime qu’il peut faire éternellement partie du Comité des Prix... Ils se nomment les uns les autres. Et je pense que cette fois, comme nous le disions plus haut, ils sont allés trop loin, les populations vont être très en colère.

AMY GOODMAN : Le président de la Commission Européenne Barroso a loué la décision du Comité Nobel norvégien. Voici ce qu’il a dit :

JOSÉ MANUEL BARROSO : Nous ne devons jamais oublier que, à ses origines, l’Union européenne réconcilia des nations surgies des ruines de la Seconde guerre mondiale dévastatrice et les réunit dans un projet pour la paix construite sur des institutions supranationales qui représentaient un intérêt européen commun. L’Union Européenne, puis la Communauté européenne, ont réunifié des pays divisés par la Guerre froide et l’ont fait autour des valeurs de respect de la dignité humaine, de la liberté, de la démocratie, de la justice, la primauté du droit et le respect des droits de l’homme.

AMY GOODMAN : Tariq Ali, c’était le Président de la Commission Européenne.

TARIQ ALI : Amy, lors de la guerre en Irak M. Barroso était le leader du Portugal [5] et décida de soutenir la guerre, contre la volonté de la majorité du peuple portugais. Pour lui, se lever et parler de la défense des droits de l’homme, quand il a participé à une guerre qui a conduit à la mort de plus d’un million d’habitants, est tout simplement scandaleux. Non seulement en dehors de l’Union européenne, mais à l’intérieur de l’Union européenne, M. Barroso, ainsi que les autres dirigeants de l’UE ont approuvé de nouvelles lois qui ont suspendu l’habeas corpus [6], qui ont limité les droits civils et les droits fondamentaux des citoyens européens, qui ont participé à des « extraditions spéciales » pour envoyer des citoyens européens se faire torturer dans d’autres parties du monde ou être envoyés à Guantanamo. Donc, tout ceci et cela, sonne très creux.

Quant à la remarque absurde que l’Union Européenne ait uni l’Europe après la guerre, c’est un non-sens total. L’Union Européenne n’existait pas dans l’après-guerre. Ce qui a réellement aidé l’Europe occidentale, pas Europe de l’Est, ce qui a aidé l’Europe occidentale après la Seconde Guerre mondiale n’a rien eu à voir avec l’Europe. Ce furent les États-Unis. Ce fut le plan Marshall, qui versa de l’argent pour construire l’Europe occidentale, comme part de leur contribution, de ce côté de l’Europe par rapport à l’est, qui était sous le contrôle soviétique. Alors, pourquoi mettre de l’UE dans l’après-guerre, alors qu’elle n’existait pas ? Elle a été avancée en grande partie après la Guerre froide pour essayer efficacement de garder l’Europe sous une certaine forme de contrôle. Et ça ne marche pas. L’Europe entière sait maintenant qu’elle a été largement déplacée dans un prolongement au-delà de la guerre froide pour essayer effectivement de garder l’Europe sous une certaine forme de contrôle. Mais ça ne marche pas. L’ensemble de l’Europe sait cela aujourd’hui, et les citoyens européens dans les différentes parties de l’Europe vont rire de cette déclaration.

AMY GOODMAN : Je tiens à vous remercier d’avoir été avec nous, Tariq Ali, commentateur politique anglo-pakistanais, historien, activiste, cinéaste, romancier, rédacteur en chef de la New Left Review, auteur de plus de 20 livres, dont The Duel : Pakistan on the Flight Path of American Power.

[ AMY GOODMAN : C’est Democracy Now ! Quand nous reviendrons, nous élargirons le débat. Nous amènerons deux candidats de partis tiers à la vice-présidence dans le débat vice-présidentiel qui eut lieu hier soir, dans le Kentucky. Restez avec nous. ]


Tariq Ali : L’Union européenne reçoit le Nobel Peace Prize. Malgré ses liens avec l’OTAN et les coupes de l’austérité invalidantes :


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Le logo est un portrait de monsieur Barroso à la tribune de la Commission Européenne ; c’est une citation extraite du site jolpress.com (Jol Press).

P.-S.

- Prix Nobel de la paix pour l’Union européenne : une blague de mauvais goût, Yohann Duval, nouvelobs.com (12-10-2012).

- Déportation : Quand la troïka propose de vider les petites îles grecques.

- Chahut durable contre Angela Merkel par les manifestants allemands à Stuttgart le 12 octobre 2012 — huées, sifflements, et le slogan : « Buchenwald ! Buchenwald ! » :

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Il s’agit d’un mouvement contre le grand projet de nœud ferroviaire Stuttgart 21 qui intervient dans la campagne électorale contre la coalition de droite et un grand groupe capitaliste de l’énergie en Allemagne. (D’après un correspondant de bellaciao.org/fr/ qui a transmis le lien activiste tout en citant pour information ce journal allemand : Die Welt, du 12 octobre 2012. À propos d’énergie l’article ne dit pas si le jeu de madame Merkel dans le contexte européen redouble celle des manifestants, la Chancelière revenant tout juste de Grèce, mais à entendre les slogans on pourrait le supposer).


Notes

[1Il s’agit d’une tournée entreprise par Democracy Now ! pour enquêter auprès des majorités silencieuses dans plusieurs villes des États-Unis ciblant les élections présidentielles.
http://www.democracynow.org/events.

[2Le Comité Nobel norvégien (norvégien Den norske Nobelkomite) attribue le prix Nobel de la paix chaque année. Ses cinq membres sont nommés par le parlement norvégien, représentant de façon proche la composition politique de cette institution — extrait de fr.wikipedia.

[3Et, selon Le Monde, pour avoir « contribué pendant plus de six décennies à promouvoir la paix et la réconciliation, la démocratie et les droits de l’homme en Europe. » (lire le communiqué intégral)

[4Selon lefigaro.fr, le Conseil norvégien pour la Paix est un organisme fédérant 23 organisations militant pour la paix.

[5Quel est le cursus de l’ascension européenne de monsieur Barroso ?
- Premier ministre du Portugal depuis mars 2002 jusqu’en juin 2004, il est alors délié de son mandat national, au titre du renouveau d’un mandat européen, supra Président de la Commission Européenne, c’est à dire pérenne au long de cinq ans, choisi lors d’une réunion extraordinaire du Conseil Européen rassemblant tous les chefs d’État soit 25 à l’époque, à l’unanimité du second tour, en toute précipitation juste après les élections européennes. Serait-ce pour le blanchir contre une attaque nationale sur ses bonnes relations avec M. Aznar depuis la déclaration de guerre à l’Irak, alors que ce dernier vient d’être démasqué en Espagne comme manipulateur au moins de l’information sur les attentats du 11 mars 2004 à Madrid, pour les faire attribuer à l’ETA, afin de justifier un coup de force contre les élections espagnoles du 14 mars, en faisant proclamer l’état d’urgence ? En tous cas sa nomination fortement soutenue par Tony Blair tend à signifier les intérêts atlantiques qu’il représente, quand de plus la guerre de l’Irak n’est pas forclose.
- Puis il est confirmé en 2007 à ce poste devenu supra-légal par le Traité signé en toute logique à Lisbonne, le 13 décembre de la même année, en présence de et contre-signé par Barack Obama — ce qui n’atteste pas de l’indépendance de l’Europe ni d’un processus dont Nicolas Sarkozy serait le seul intermédiaire. Le mandat de M. Barroso étant parvenu au terme de ses cinq premières années est renouvelé pour cinq ans en 2009.
- Malgré les contestations massives dans son pays, M. Barroso Premier Ministre avait imposé l’engagement du Portugal dans la guerre de l’Irak et notamment organisé aux Açores la rencontre au sommet entre les trois protagonistes majeurs de cette guerre, considérés depuis comme des criminels de guerre restés impunis : George W. Bush, Tony Blair, José Maria Aznar. Une photo de ce trio lors de cette tribune les montrant tout à leur joie est depuis devenue célèbre. Le voici accompagnant leur sommet (es.wikipedia).
- Mais en outre, il est soupçonné d’avoir exécuté des pressions du lobby politique et militaire américain contre l’indépendance et l’économie militaires européennes, afin de supprimer toute issue de Défense de l’Europe sinon en l’OTAN, en retirant le Portugal du programme de construction de l’avion militaire européen, Airbus A400M, retrait qui suivi par l’Italie coûta à l’avionneur européen près de 2 milliards d’euros (fr.wikipedia). Non seulement cette décision marqua la fin des prétentions sur une défense autonome de la communauté européenne, mais encore ses effets inaugurèrent la réouverture décomplexée de la production industrielle du gros armement en Allemagne (notamment les sous-marins pouvant être équipés d’ogives nucléaires dernièrement vendus à Israël).
- Mais l’Europe est radicalement solidaire des engagements respectifs de monsieur Barroso comme un des responsables majeurs de la généralisation européenne de l’OTAN, puisqu’il fut choisi en toute connaissance de cause par 25 chefs d’État puis 27 pour la représenter.
- Tout cela désigne une Europe fortement compromise dans les affaires militaro-industrielles et leurs marchés, sous le contrôle politique de la plus grande puissance militaire du monde et de ses alliés surarmés outrepassant les frontières de l’Europe jusqu’au Moyen Orient. Sans citer au-delà le Pakistan et l’Afghanistan. Toutes les guerres américaines et de l’OTAN (qui permet d’allouer des fonds des pays membres pour alléger le coût de la guerre pour les États-Unis qui les mènent), signifient sans doute le dernier impérialisme guerrier mondial, s’il en est, dont le coût monstrueux repose sur la servitude et la régression vers la misère accrues des peuples exterminateurs malgré eux.
- Ce qui rend en tout et en personne particulièrement grinçante et irrecevable la déclaration de monsieur Barroso saluant une récompense pour la paix attribuée à l’Europe par le Comité Nobel norvégien.

[6Littéralement « que tu aies un corps ». Droit d’exister supposant de ne pouvoir être emprisonné sans jugement, en fait c’est la présomption d’innocence. il figurait dans les Droits de l’homme en annexe de la 5e constitution en France, mais fut fondé dans les pays cathares bien avant la révolution française, et en Angleterre par la Magna Carta qui y régissait les droits depuis le Moyen Âge — repris dans la Charte des Droits qui installa la monarchie constitutionnelle parlementaire lors de la révolution anglaise en 1689. Liberté d’exister respecté, qui faisait partie de la charte européenne des Droits de l’homme à la fondation de l’Europe commune. Malheureusement le Traité de Lisbonne a confirmé la préséance policière et militaire sur la justice.

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