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  • Nathanaël Gobenceaux

    Géographe, Nathanaël Gobenceaux s’intéresse à Michel Butor, à George Perec, à Kenneth White et à des façons nouvelles d’écrire les sciences humaines. Ex-libraire, en 2003 il participe à la création du site interculturel franco-italien www.cultureaconfine.net. En 2008 il déménage pour la Touraine.

    Il a publié DE LA PRATIQUE D’UN ARRET DE BUS. Ou brève étude sur la définition et l’utilisation d’un lieu : le terminus « Gare d’Austerlitz » de la ligne 61 vers 19h30 en semaine l’hiver. Sur la revue espacestemps.net (http://www.espacestemps.net/document2732.html), un entretien avec Michel Butor sur la dimension géographique de son œuvre : Quelques éclaircissements sur la relation de Michel Butor à la géographie. Entretien avec Michel Butor (http://www.cybergeo.eu/index9952.html) sur cybergéo. Un texte intitulé Paris-Nice (tableau multiple ∫ multiples tableaux) est en cours de publication sur remue.net.

Accueil du site || Création littéraire || Poésie || Sur le rivage inégal

 

 

 

 

30 méditations géographiques

(Nathanaël GOBENCEAUX)

 

 

 

 

Le rivage : Lieu de l’espace-temps, le rivage est soumis à l’action des marées. Tout espace est tributaire de la dimension temps, mais le rivage en est peut-être une des manifestations les plus évidentes. La marée influe sur ce lieu de façon spatiale (le paysage diffère en fonction de la présence ou non de la mer) et de façon temporelle (la marée rythme le paysage par son action régulière). C’est aussi un phénomène à la fois sempiternel (cette action régulière justement) et créateur parce que si le mouvement est similaire, les formes issues de ce mouvement ne sont jamais identiques.

 

 

 

 

 

 

 

 

1.

Sur le rivage inégal

vient se dérouler la marée.

 

Rivage, lieu soumis

(la fonction du lieu n’est-elle pas justement d’être soumission,

Ô lieu, n’es-tu donc pas réduit à être le support

des convergences d’actions extérieures ?)

aux rythmes de la nature-mer

et de ses incessantes marées.

 

1.2.

Marée : expression de l’espace-temps.

 

 

2.

Le point de convergence,

le lieu ou se rejoignent l’Est, l’Ouest, le Nord et le Sud,

là peut-être se trouve quelque chose.

 

 

3.

Face à la mer

(mer d’eau et mer de nuages).

Face à l’univers en somme.

Le mouvement continu,

les matières, l’eau, la pierre, la terre, le végétal.

L’horizon infini,

le vent inlassable,

les mouettes, et les goélands.

Les crabes et le varech puant.

Grisaille et embruns.

 

 

4.

LIEU.

Des bruits,

des odeurs,

des couleurs.

Des matières, des textures.

Des éléments, des gens,

des relations, des communications.

 

4.2.

Par ailleurs point, parfois cartographie abstraite.

 

 

5.

L’ESPRIT REDUCTEUR.

Réduire,

réduire l’océan à un aquarium,

réduire l’homme à un consommateur,

réduire l’espace au lieu,

réduire l’Iran, l’Irak, la Palestine au Moyen Orient.

L’esprit réducteur réduit l’esprit (réducteur).

 

 

6.

KOSMOPOLITêS.

S’essayer cosmopolite,

citoyen du monde sensible.

 

 

7.

PROTOCENTRISME.

À l’heure du polycentrisme

retrouver l’homme pour relier à la périphérie

les faubourgs de la pensée.

 

 

8.

Un géographe (confirmé) dit :

“Le concept d’espace […] donne lieu à un bon nombre de confusions et d’ambiguïtés.”

Le lieu peut donner un espace, l’espace peut-il donner un lieu ?

Confusion et ambiguïté !

 

 

9.

L’uniformité empêche le rêve

de ressembler à l’autre.

L’inégalité sociale est subversive,

Le rêve aussi.

 

 

 

 

 

10.

CHEMINEMENT SPATIO-SENTIMENTAL.

De lieu en lieu

on tisse ses itinéraires.

D’idée en idée on fait

son chemin intellectuel.

 

 

11.

VILLE (1).

La ville est un chaos (qui se veut organisé) de systèmes qui se croisent et interfèrent.

Mais qui se sentent, se ressentent ou s’éprouvent provoquant des sentiments, des impressions, de la haine ou de l’amour.

En ça, la ville est artistique.

 

 

12.

L’homme fait les lieux,

les lieux font l’homme.

 

 

13.

PERCEPTION.

Le monde est un visage.

Le monde est une image.

 Le monde est un mirage.

 

 

 

14.

Chaque point de vue est une entrée sur la vision d’un territoire.

 

 

15.

En l’espace, toutes choses cartésiennes.

En l’espèce, tout espace sensible.

 

 

16.

Il faut se méfier des idées,

elles sont partiales et partielles.

Il y a des réalités qui sont et des idées qu’on fait.

 

 

17.

Juste autre chose

Une logique différente

Et laisser un peu de folie

Tracer ces lignes d’erre

 

D’autres trajets

Peu coutumiers du fait

Et laisser l’usage établi

Pour d’autres lignes d’erre

 

L’ombre d’un sourire

Comme un nouveau langage

Proche et loin à la fois

Il suit ses lignes d’erre

 

 

18.

VILLE (2).

Regarder la ville avec des yeux naïfs

Y voir la matière, y voir la nature

Mouvements et imbrications

Tout se tient, semble-t-il

 

L’équilibre urbain

Couve-t-il la crise,

Manifestation perpétuelle résurgence

des maux de l’essence humaine ?

 

 

19.

POUPEES GIGOGNES.

L’espace est la grande poupée gigogne de la géographie.

Tout s’y insère, tout s’y emboîte.

 

 

20.

COORDONNEES.

Un lieu se situe dans l’espace selon 4 coordonnées : la latitude, la longitude, l’altitude et ce que l’on pourrait appeler la profondeur ou son histoire.

 

21.

LIEU.

Le lieu est l’opposé du rien.

Le rien est le néant or le lieu ne peut être néant.

 

21.2.

Le lieu est là où il se passe quelque chose, là où il s’est passé quelque chose.

 

 

22.

DANS LA TENDANCE A L’UNIFORMISATION.

C’est le détail qui fait la différence.

 

 

23.

CINQ SENS.

La géographie s’éprouve et se pratique avec les cinq sens.

 

 

24.

PAYSAGE.

L’étude de la géographie est l’étude du paysage.

L’étudiant travaille sur ce qu’il voit.

Le paysage est par définition ce qu’il voit, donc l’objet de son étude.

 

 

25.

L’espace est une idée abstraite.

Le paysage est une forme concrète d’espace.

26.

La géographie est une science infuse à toute personne (dans le sens qu’elle est répandue naturellement en tout être).

La géographie est une science confuse (dans le sens qu’on ne définit pas exactement ce qu’est la géographie).

 

 

27.

D’une société déterministe où l’homme a un sentiment naturel,

nous passons à une société possibiliste ou l’homme arrogant s’arroge la nature.

 

 

28.

Etablir des lois scientifiques en géographie revient à créer des contrevérités.

Quand il y a homme, il y a une multitude, presque autant que de personnes, d’exceptions.

 

 

29.

La géographie est la science des hommes dans les lieux.

 

30.

Les pieds dans le varech,

 l’esprit en ballade.

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