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Palestine 2014 / Lettre des vétérans et réservistes de l’Unité 8200 à Netanyahu et aux dirigeants militaires et du renseignement  

lundi 15 septembre 2014, par Des vétérans et réservistes de l’Unité 8200 (Israël), Louise Desrenards (traduction)

 « Quarante-trois vétérans de l’une des unités de renseignement militaires les plus secrets d’Israël — beaucoup d’entre eux étant des réservistes toujours en activité — ont signé une lettre publique où ils refusent de servir dans les opérations portant sur les territoires palestiniens occupés, en raison de la surveillance généralisée des résidents innocents.
Parmi les signataires figurent des officiers, d’anciens instructeurs, et des sous-officiers supérieurs, de l’équivalent israélien du NSA américain ou de la GCHQ britannique connu sous le nom d’« Unité 8200 » — ou Yehida Shmoneh-Matayim, en hébreu.
Ils allèguent que le renseignement « qui englobe tout » récolté par cette unité sur les Palestiniens — en grande partie concernant des personnes innocentes — est utilisé pour la « persécution politique » et créer des divisions dans la société palestinienne.
L’Unité 8200, la plus grande unité de renseignement de l’armée israélienne, intercepte les communications électroniques, y compris les emails, les appels téléphoniques et les médias sociaux, en plus de cibler le trafic militaire et diplomatique.
[...] »

— Traduit de Peter Beaumont à Jérusalem, “Israeli intelligence veterans refuse to serve in Palestinian territories" (extrait), The Guardian, 12 septembre 2014. Pour lire intégralement l’article et entendre les témoignages de trois vétérans enregistrés en vidéo : aller dans le Guardian (en cliquant sur le titre de l’article).

Voici la lettre in extenso des 43 vétérans et réservistes militaires de l’Unité de renseignement 8200, à Nenayahou et aux chefs militaires israéliens, où ils informent que leurs actes et activités les ont rendus en partie responsables de la situation de haine inter-ethnique et qu’en conséquence il est de leur devoir de refuser de servir Israël contre les Palestiniens, cela autant pour l’avenir d’Israël.

À l’école de Gaza (août-septembre 2014)
éditorial et sommaire des articles liés ⇐


Lettre publique de quarante trois réservistes et vétérans du renseignement israélien
à Netanyahu et aux chefs d’état-major et du renseignement militaires
 [1]
(publiée dans la Presse israélienne et internationale en hébreu et en anglais le 12 septembre 2014) [2].


Au Premier ministre, M. Benjamin Netanyahu

{}

Au Chef d’état-major, Benny Gantz

Au Directeur du renseignement militaire, Général Aviv Kochavi

Au Commandant de l’Unité 8200


Nous, anciens combattants de l’unité 8200, soldats réservistes passés et présents, déclarons que nous refusons de participer aux actions contre les Palestiniens et refusons de poursuivre de servir comme outils d’approfondissement du contrôle militaire sur les territoires occupés.

On croit communément que si le service dans le renseignement militaire est libre de dilemmes moraux c’est uniquement pour contribuer à la réduction de la violence et des dommages aux personnes innocentes. Néanmoins, notre service militaire nous a appris que le renseignement est une partie intégrante de l’occupation militaire d’Israël dans les territoires. La population palestinienne sous le régime militaire est complètement exposée à l’espionnage et à la surveillance sous l’égide du renseignement israélien. Tandis qu’il existe des limitations sévères de la surveillance à l’égard des citoyens israéliens, les Palestiniens ne sont pas habilités à bénéficier de cette protection. Il n’y a pas de distinction entre les Palestiniens qui sont ou ne sont pas impliqués dans la violence. Les informations recueillies et stockées souillent des gens innocents. Elles sont utilisées pour la persécution politique et créer des divisions au sein de la société palestinienne en recrutant des collaborateurs et des parties de la société palestinienne conduite contre elle-même. Dans de nombreux cas, le renseignement empêche les accusés d’avoir des procès équitables devant les tribunaux militaires, car les témoignages contre eux ne sont pas révélés. Le renseignement permet un contrôle continu sur des millions de personnes à travers la supervision approfondie et l’invasion de la plupart des domaines de la vie. Cela empêche les gens de mener une vie normale et attise davantage de violence en privilégiant de nous éloigner de la fin du conflit.

Des millions de Palestiniens vivent sous le régime militaire israélien depuis plus de 47 ans. Ce régime nie les droits fondamentaux en expropriant de vastes étendues de terres pour des colonies juives faisant subir leur séparation et la différenciation des systèmes juridiques, de la compétence et de l’application de la loi. Cette réalité n’est pas une conséquence inévitable des efforts de l’État pour se protéger, mais plutôt le résultat d’un choix. L’expansion des colonies n’a rien à voir avec la sécurité nationale. Il en va de même pour les restrictions sur la construction et le développement dans l’exploitation économique de la Cisjordanie, la punition collective des habitants de la Bande de Gaza, et le parcours réel de la barrière de séparation [3].

À la lueur de tout cela, nous avons conclu [concluons], en tant que personnes ayant servi [servant] dans l’Unité 8200, que nous devions prendre notre part de responsabilité dans cette situation et qu’il était de notre devoir moral d’agir. Nous ne pouvons pas continuer en toute bonne conscience à servir ce système, déniant les droits de millions de personnes. Par conséquent, ceux d’entre nous qui sont des réservistes refusent de prendre part à l’action de l’État contre les Palestiniens. Nous demandons à tous les soldats servant dans le Corps du renseignement présent et futur, ainsi qu’à tous les citoyens d’Israël, de dénoncer ces injustices et de prendre des mesures pour y mettre un terme. Nous croyons que l’avenir d’Israël en dépend.


Senior Academic Officer Or

First Sergeant Ori

Sergeant Ella

Sergeant ***

Sergeant First Class Amitai

Captain Assaf

Lieutenant Assaf

First Sergeant Ariel

First Sergeant Guy

Sergeant First Class Galia

Lieutenant Gilad

First Sergeant Doron

Captain D

Professional Academic Officer H

First Sergeant T

First Sergeant Tal

Sergeant First Class Yair

First Sergeant Yoav

First Sergeant Yuval

Lieutenant Yonatan

Sergeant First Class Lior

Sergeant Liron

Sergeant Maya

Sergeant Michal

First Sergeant Menahem

First Sergeant Nadav

Sergeant Noa

First Sergeant Sa’ar

First Sergeant Eden

Sergeant Idan

Professional Academic Officer Amir

First Sergeant Amit

Sergeant K

Sergeant Keren

Sergeant First Class Regev

First Sergeant Roi

Sergeant R

First Sergeant Rotem

First Sergeant Shira

Major Shmulik

First Sergeant Schraga

Sergeant Sheri

Senior Academic Officer Tomer


Source The Guardian [4]

P.-S.

- L’icône en logo est une capture d’écran de la fenêtre vidéo de l’interview sous anonymat de trois vétérans, située en présentation de l’article de Peter Beaumont dans The Guardian.

- L’éditorial d’opinion signé par le staff dans le journal Haaretz du 15 septembre titrait :
Listen to the Unit 8200 objectors” (Écoutez les objecteurs de l’Unité 8200), What should be causing a public storm is not the reservists’ act of refusal, but rather the practices that spurred it. (Ce qui devrait causer une tempête publique n’est pas tant l’acte de refus des réservistes que les pratiques qui les ont poussés à le faire).

Notes

[1Les signataires de la Lettre dite du 12 septembre comprennent indifféremment des hommes et des femmes.

[2La réponse rigide et fermée n’a pas tardé à confirmer les raisons pour lesquelles les objecteurs de l’Unité 2800 s’étaient exprimés publiquement. Levant tout espoir de changement, dès le dimanche 14 septembre, les déclarations de Netanyahu lors d’une conférence sur la cybersécurité à Tel-Aviv confortait celle du porte-parole de l’armée le matin même : “11:31 AM “Army Spokesman : Disciplinary treatment of Unit 8200 refuseniks ’will be clear’” (Haaretz) — « Le porte-parole de l’Armée : Le traitement disciplinaire des objecteurs de conscience de l’Unité 8200 "sera clair" ». Dans d’autres dépêches il est dit "harsh and clear" — « dur et clair ». Déjà la Presse israélienne publie le même jour que d’autres membres de cette Unité se sont manifestés pour les accuser (rapport dans The New York Times). Enfin, le 15 septembre, Peter Beaumont à Jérusalem a reporté dans son article du Guardian, “Israeli refuseniks will be treated as criminals, says defence minister”, que le Ministre de la Défense rejoint le Premier Ministre Netanyahu et les chefs militaires pour considérer ces réservistes et ces vétérans comme des criminels.

[3NdLaRdR : il peut s’agir de l’évocation du mur.

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