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Gratii / Sur une photographie de Lizzie Sadin 

mardi 15 février 2011, par Alexandra Bougé, Lizzie Sadin

enculades profondes, à l’odeur de merde et de sang
viol dans la merde et le sang de la cellule ;
dans les trois mètres carrés de ma cellule, je me suis fait niqué niqué et du sang s’écoulait

dans ma cellule de trois mètres carrés, je suis enfermé ; enfermé dans la cellule, enfermé
pourvu de gratii où personne ne bougeait, la nuit j’étais enfermé dans mon cinq mètres carrés, à cinq ou six
au mitard j’avais le temps de ressasser
enfermé dans trois mètres carres
un râle subred du viole, sourdait des tréfonds de la prison
enfermé dans trois mètres carrés, enfermé
à travers les barreaux, ils étaient allongés dans la pièce, un maton y jeta un oeil,

ainsi que leurs vêtements haillons,
ils restaient immobiles, ils attendaient leur sortie,
cette nuit de sang, un cri sfîsietor perça la nuit

- gratii : en roumain se prononce "gueratï" : barreaux
- sfîsietor : en roumain se prononce "sfichietore" : déchirant

P.-S.

Ils sont nombreux à connaître la violence, les mauvais traitements, le racket. Voire les châtiments corporels, la prostitution forcée ou les abus sexuels. Lizzie Sadin a voulu les rencontrer, les mettre en lumière. Pas facile d’obtenir les autorisations. Les démarches ont parfois duré plusieurs années pour pouvoir atteindre ces mineurs privés de liberté et prendre quelques clichés. Aux Etats-Unis, il a fallu 3 ans pour avoir le droit de poser le pied dans un centre correctionnel.

Lizzie Sadin a sollicité une soixantaine de pays. 11 ont finalement accepté de la laisser photographier les « mineurs en peines ».

« Mais d’un continent à l’autre, on ne peut qu’être frappé par la ressemblance de certaines scènes : mêmes cachots ou mêmes cellules d’isolement, même détresse, même volonté des matons de briser la résistance des jeunes détenus », explique Lizzie Sadin.

Lizzie Sadin récompensée par le Visa d’Or au festival international du photojournalisme « Visa pour l’image » 2007 pour ce travail a voulu « redonner à ces jeunes la dignité qui est la leur, briser le silence dans lequel ils se trouvent et surtout rompre leur isolement . »

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