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Yldune, Tarnac et après : du titre et du sens du livre

dimanche 21 juin 2009 (Date de rédaction antérieure : 22 octobre 2017).

Cette Brève succède à l’article Deux ou trois choses que j’avais à vous dire, de Yldune Lévy, paru dans le journal Le monde du 20 juin 2009, à la rubrique "Points de vue". Elle nous rappelle que l’affaire abusivement appelée "l’affaire de Tarnac" est loin d’être classée. Il s’agit en fait d’une suite d’incarcérations à ciel ouvert, toute ville fermée, au motif qui n’est toujours pas jugé. Le but recherché que les media et les pétitions se taisent, les protagonistes n’étant plus embastillés, paraît avoir bien fonctionné ; si ce n’était cet article succédant à l’interview de Julien Coupat, peu avant sa sortie. Mais maintenant, une jeune femme appelle au secours.

Cette Brève succède aussi à l’article paru auparavant dans La revue des ressources : Des mots dangereux, ou que peut une parole insurrectionnelle ?. Mais le propos est autre, c’est pourquoi il y a matière à ce nouvel article. L’objet est d’adopter un point de vue littéraire sur le seul objet de délit qui paraisse subsister, étant une projection délirante depuis la signature de l’ouvrage, qui par malentendu du texte a peut-être procuré l’objet d’un délit imaginaire. A fortiori, tant que nous n’apprenons pas un "non lieu" nous avons lieu de rester attentifs.

"L’affaire de Tarnac", comme s’il fallait gommer qu’il s’agît de "l’affaire de la caténaire", pose la question de la responsabilité d’un sabotage, dont tout laisse à penser qu’il n’y aura pas de preuve contre les prévenus, parce qu’ils n’en sont pas les auteurs mais en furent les jouets. "L’affaire de Tarnac", comme si on avouait que l’affaire pût précisément consister dans l’action policière aventuriste de l’intervention cagoulée violente qui troua la vie sociale et civique d’un village de Corrèze, fidèle à ses traditions radicales depuis la dernière guerre, sans objet de délit. "L’affaire de Tarnac", comme s’il s’agît d’un mode de vie réfractaire dans un village d’accueil, que par conséquent on n’avait pas à ménager.

Et puisqu’il ne resterait que la preuve tangible d’un livre, qui contiendrait le mot magique "SNCF" — on peut comprendre pourquoi, à savoir l’importance des chemins de fer dans la société moderne, quand aujourd’hui les milliers de petites gares n’existent plus, remplacées par des stations de bus — : SNCF, en quelque sorte incantation de l’équipement rétrospectif ? Alors parlons de ce qui fait la matière de ce livre. Car la méprise est de taille, elle en dit long sur la robotisation des analyses sémiotiques du laboratoire du ministère de l’intérieur, ou de son Observatoire de la délinquance, et l’indigence de leur investigation. À moins qu’il ne s’agît d’une machination délibérée, d’un piège tendu pour confondre les candidats de l’insubordination à la biométrie, ciblés par le FBI à la frontière canadienne évoqué dans la Presse après le 11 novembre 2008 ? Sinon : pourquoi les arrêtés du 11 novembre poursuivraient-ils d’être persécutés une fois libérés, étant admis qu’il n’étaient pas les poseurs de fer de la caténaire ? On pense à l’arrestation de Steve Kurtz du Critical Art Ensemble à propos de l’art contestataire des OGM, en plein Patriot Act. Dix ans de retard sur les Etats-Unis en matière d’applications et de guerres en tous genres ?

L’insurrection qui vient, Comité invisible, éditions La fabrique, Paris, 2007... Mon hypothèse est la suivante et ne constitue surement pas un scoop pour tous ses lecteurs : ce livre n’est pas un manifeste mais un plagiat de manifeste, particulièrement puissant parce qu’il actualise une voix inédite. À bien regarder, il se présente comme un texte éclaté de détails, performance d’un collage de multiples fragments de textes radicaux depuis le XIXè siècle, où l’on peut reconnaître au passage des altérations de Flaubert (La Tentation de Saint Antoine) ou de Lautréamont ne serait ce qu’à titre exemplaire de son dévoiement poétique, critique des sciences naurelles, et bien d’autres textes manifestes jusqu’à la modernité et la post-modernité pas seulement situationniste, saisis d’événement par une plume de poète. L’ouvrage est intéressant à relire dans ce sens, car alors il procure toute la volupté d’être découvert dans la beauté sonore et typographique de son écriture.

Cette seconde lecture apporte la conviction renforcée que par comité il conviendrait d’entendre un comité de rédaction évanescent plutôt qu’un groupe réel masqué, d’attacher à l’évanescence qui le qualifie "invisible" loin des cachoteries d’une société secrète, au contraire le dévoilement du livre par le sens vrai de la signature, qui délivre le signe des fragments d’une multitude d’auteurs. Auteurs en effet invisibles puisque leurs oeuvres hackées sont méconnaissables, dans ce fabuleux collage. Ainsi ils sont les signataires anonymes, pour mémoire de la culture symbolique du texte, en voie de disparition.

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