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Rencontre avec Susan Sontag à l’occasion de la parution de Devant la douleur des autres (Paris)

mercredi 1er octobre 2003 (Date de rédaction antérieure : 11 décembre 2017).

A l’occasion de la parution de son livre Devant la douleur des autres, une rencontre aura lieu le 1er octobre 2003 à 19h30 avec Susan Sontag au Centre national de la photographie à Paris à 19h30.

Susan Sontag est sans doute l’écrivain américain le plus « européen ». Née en 1933 à New York, c’est à l’âge de trente ans que Susan Sontag publie son premier roman, Le Bienfaiteur (Le Seuil, 1965), une étude sur la formation de la personnalité. Dans les années 60, elle écrit pour différents magazines et revues. Très engagée à gauche, figure de la scène new-yorkaise, elle est proche d’intellectuels français comme Roland Barthes, auquel elle a consacré un livre (L’écriture même : à propos de Roland Barthes, Christian Bourgois éditeur). Proche amie de la photographe Annie Leibovitz, elle publie en 1977 un essai, Sur la photographie, où elle s’interroge sur la différence entre réalité et expérience. Elle défend le concept de « transparence », autrement dit de l’évidence de l’œuvre, avant toute interprétation. Côté romans, elle publie notamment L’Amant du volcan (1992) et En Amérique (1999) pour lequel elle a reçu le National Book Award. Elle a reçu le Prix Jérusalem pour l’ensemble de son œuvre.

Devant la douleur des Autres (quatrième de couverture)

L’un des traits distinctifs de la vie moderne est qu’elle dispense d’innombrables occasions de considérer (à distance, à travers le support de l’appareil photographique) les horreurs qui adviennent dans toutes les parties du monde. Les images d’atrocités sont devenues, par le biais de l’écran de télévision ou d’ordinateur, une sorte de lieu commun. Mais la description de la cruauté a-t-elle pour conséquence d’immuniser les spectateurs contre la violence ou de les y inciter ? Leur perception de la réalité est-elle érodée par le barrage quotidien des images ? Que signifie se sentir concerné par les souffrances des gens dans des zones de conflit lointaines ?
Il y a vingt-cinq ans, l’essai désormais classique de Susan Sontag, Sur la photographie, définissait les termes du débat. Le présent livre s’attache à reconsidérer en profondeur l’interaction qui s’opère entre l’« actualité », l’art et la manière dont nous comprenons la description contemporaine de la guerre et du désastre. On prête volontiers aux images le pouvoir d’inspirer la protestation, d’engendrer la violence ou de produire l’apathie : autant de thèses que Susan Sontag réévalue en retraçant la longue histoire de la représentation de la douleur des autres — depuis Désastres de la guerre de Goya jusqu’aux documents photographiques de la Guerre de Secession, de la première Guerre mondiale, du lynchage des noirs dans le sud des Etats-Unis, de la guerre civile espagnole, des camps de concentration nazis et aux images contemporaines venues de Bosnie, de Sierra Leone, du Rwanda, d’Israël et de Palestine, ou de New York, le 11 septembre 2001.
Ce livre nous parle aussi de la manière dont on fait (et comprend) la guerre aujourd’hui, convoquant nombre d’exemples empruntés à l’histoire et quantité de thèses émanant de sources littéraires inattendues. Platon, Léonard de Vinci, Edmund Burke, Wordsworth, Baudelaire et Virginia Woolf participent tous à cette passionnante réflexion sur la vision moderne de la violence et de l’atrocité. L’ouvrage contient aussi une critique virulente du provincialisme de certains « experts » médiatiques qui dénigrent la réalité de la guerre et substituent à une intelligence politique du conflit un discours désinvolte prônant l’existence d’une nouvelle « société du spectacle » universelle. De même que Sur la photographie nous invitait à repenser la nature de notre modernité, Devant la douleur des autres modifiera notre appréciation non seulement des usages et de la signification des images, mais aussi de la nature de la guerre, des limites de la compassion et des obligations de la conscience.

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