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Réception d’ENRIQUE VILA-MATAS Prix JEAN-CARRIERE 2010

lundi 14 février 2011 (Date de rédaction antérieure : 24 novembre 2017).

Enrique Vila-Matas


Allocution de Serge Velay, président des Amis de Jean Carrière, à
l’occasion de la réception à Nîmes d’Enrique Vila-Matas, lauréat du Prix
Jean-Carrière 2010, le lundi 7 février 2011.

Mesdames, Messieurs, Cher amis,

Romancier et essayiste, prix Goncourt 1972 pour L’Epervier de Maheux, Jean
Carrière était né à Nîmes en 1928, de parents musiciens. Au lendemain de sa
disparition en 2005, Julien Gracq a écrit : « La vraie littérature ne trouve plus
guère de combattant aussi fougueux et aussi complètement engagé en elle. »

Créé à l’initiative de l’association qui réunit sa famille et ses amis, et du
Conseil général du Gard, ce prix est destiné à honorer sa mémoire. Il
récompense une œuvre de fiction, roman ou récit, en langue française ou
traduite, qui témoigne, par les qualités de style et par l’universalité du propos,
de « la diversité culturelle et des valeurs héritées de la civilisation
méditerranéenne ». L’année dernière, notre prix est allé à Alain Montcouquiol
pour Le Sens de la marche publié aux éditions Verdier.

A la différence de ces curieuses manifestations où des serviteurs dévoués de la
littérature sont conviés à jouer les utilités pour la glorification de folliculaires
grandis sur les planches ou jaillis des écrans-télé, le prix Jean-Carrière a
vocation à distinguer des œuvres exigeantes et novatrices, représentatives de
« la littérature de création ». Au surplus, le Gard compte un nombre significatif
d’écrivains dont la notoriété et l’influence ont largement dépassé nos
frontières. Par la qualité des œuvres distinguées et des auteurs couronnés, notre
prix devrait contribuer à remettre en lumière ces figures du paysage littéraire
régional, aujourd’hui négligées ou oubliées.

***

Cet après-midi, tandis que je descendais l’avenue Feuchères en compagnie
d’Alain Montcouquiol, je me disais avec une pointe d’inquiétude : nous allons
attendre Enrique Vila-Matas à la gare, mais qui va descendre du train ? Un
homme de chair et de sang ? Ou bien un fantôme d’encre et de papier ?

Et ceci encore : comment distinguer notre hôte dans la foule anonyme des
voyageurs ? Tu as bien vu des photos de lui, me disais-je, des photos de lui de
face, de profil et même de dos, mais les images sont trompeuses ; elles sont
d’ailleurs si trompeuses que Vila-Matas confesse ne pas s’être reconnu, ne pas
se reconnaître dans certains des portraits qu’on a faits de lui.

Je me remémorais le motif de sa surprise, de son désappointement : s’il ne
s’était pas reconnu sur ces images, c’était moins en raison des traces imprimées
à son visage par le temps ou par la maladie qu’à cause de la littérature, de
l’écriture vécue comme un patient et hasardeux processus de métamorphose.
Vila-Matas ! Ce nom cognait dans ma tête et plus je me le répétais, plus la
réalité que ce nom était censé recouvrir devenait improbable.

J’ai alors songé à Jean Carrière et aux deux questions redoutables qui le
tourmentaient : « Qui suis-je ? », « Où est ma place ? » Et j’ai pensé aussi à ses
vingt livres publiés dans lesquels, en courant après des chimères, il avait
cherché à faire un sort à ses obsessions. Car il faut prendre à la lettre ce
qu’écrivent les écrivains, les écrivains en quête d’une ligne de fuite et qui ne
demandent rien que l’impossible ; il faut prendre à lettre ce qu’écrivent ces
réalistes aventureux, surtout lorsqu’ils soutiennent dans la même phrase, avec
la même innocence et le même aplomb, une chose et son contraire, pour hisser
leur propos jusqu’à « une variété supérieure de mensonge ».

Cette formule de Julien Gracq, j’ai trouvé qu’elle allait comme un gant à Jean
Carrière, à Jean Giono qui avait été son maître ès-sornettes, et à Enrique Vila-
Matas aussi qui, après avoir débuté dans les lettres en faisant paraître, à l’insu
de sa directrice, des entretiens imaginaires avec des stars dans le magazine
Fotogramas, éclaire aujourd’hui la Grande Bibliothèque avec la lanterne
magique de ses fables, pour le plus grand plaisir de ses aficionados. Je suppose
que cette triplette d’affabulateurs et d’embrouilleurs retors n’auraient pas hésité
un instant à changer de recette, s’ils n’avaient pas trouvé dans la « variété
supérieure de mensonge » dont Gracq louait les vertus, le moyen suprême de
subjuguer le lecteur.

Comme l’heure avançait et que mon inquiétude allait croissant, j’improvisai un
plan : puisque les ans et ses livres modifiaient les traits de notre hôte, il
m’apparut que, le moment venu, plutôt que de dévisager les voyageurs comme
on le fait en pareils lieux et en pareilles circonstances, le mieux serait de jeter
mon dévolu sur une silhouette, en ne me confiant qu’à ma seule intuition ; puis
de l’aborder franchement en lui lançant un sonore : « Bienvenue à Nîmes ! »,
plutôt que : « Êtes-vous Enrique Vila-Matas ? »

On souhaiterait donc la bienvenue à une ombre, sans s’être assuré que l’élue
soit bien le voyageur attendu ; en sorte que le risque n’était pas mince d’un
quiproquo, sinon d’un grave malentendu. Mais la lecture des entretiens
d’Enrique Vila-Matas avec André Gabastou, son traducteur et ami français,
m’avait au moins convaincu d’une chose : à force de s’abîmer dans les livres
des autres pour composer les siens, Vila-Matas était devenu le patronyme de
plus d’une personne. De quoi j’avais déduit que, fût-ce sur le ton de la plus
extrême courtoisie, presser notre hôte de justifier de son identité l’obligerait,
pour le coup, à recourir à une variété très inférieure de mensonge.

Comme on voit, mon goût immodéré pour la littérature réflexive m’avait
plongé dans des abîmes d’anxiété. Or, pour être tout à fait complet, il me faut
dire encore une autre raison que j’avais de m’alarmer.

Mercredi soir dernier, Enrique Vilas-Matas m’avait adressé un message
électronique. Bref mais chaleureux, il disait à peu près : « J’ai mes billets.
J’arriverai à Nîmes lundi au train de 13h 45. Heureux de venir recevoir le prix
et de rencontrer les amis de Carrière. » Réponse faite, j’aurais dû dormir sur
mes deux oreilles ; il n’en a rien été. Parce qu’en feuilletant distraitement le
journal de Kafka, je suis tombé sur cette phrase qui m’a glacé les sangs : « 
L’écrivain ne s’éloigne jamais de sa table de travail. » J’ai aussitôt pensé à
Jean, le champion de la colique diplomatique et du faux bond, à son bureau aux
volets clos, à son terrier enfumé. Et tout le temps qu’a duré mon insomnie, je
me suis figuré mon correspondant tantôt enchaîné à son pupitre, tantôt rivé à
son écran, tel un hikikomori. Il est clair, me disais-je, que notre lauréat est
animé des meilleures intentions mais au dernier moment, soit pour ne pas
insulter la mémoire de Kafka, soit pour rendre un hommage sincère à Carrière
en s’inspirant d’un de ses pires travers, et peut-être même pour ces deux
raisons à la fois, il ne sortira pas de sa chambre et, avachi dans son fauteuil, il
regardera mélancoliquement tomber la pluie sur Barcelone.

Aujourd’hui donc, à 13 h. 45 pétantes, le train en provenance de Figueras à
déversé ses passagers. D’un coup d’œil d’un seul, j’ai trié parmi les silhouettes
et j’ai crié à Alain : « C’est lui ! » Je me suis avancé à grands pas vers le
porteur d’une valise d’un format susceptible de contenir les œuvres
compressées de Melville, Cervantès, Larbaud, Flaubert, Tabucchi, Bove,
Musil, Perec, Gracq, Lowry, Breton, Joyce, Hemingway, Savinio, Emerson,
Benjamin, Faulkner, Kafka, Michon, Auster, Rimbaud, Bolano, Pessoa,
Sebald, Walser et de quelques autres encore, et, arrivé à sa hauteur, je lui ai
tendu une main tremblante et moite en déclarant sur un ton faussement assuré :
« Bienvenue à Nîmes ! »

Parce que j’étais aussi ému que si je venais de donner l’accolade à Thomas
Mann ou à Maurice Blanchot, les propos qu’Alain et l’homme à la valise ont
aussitôt échangés en espagnol m’ont totalement échappé. En vérité, j’avais la
tête ailleurs ; j’avais la tête ailleurs comme un lecteur qui s’abîme en lecture. Je
me disais : les choses se déroulent exactement comme tu les as imaginées, elles
se déroulent exactement comme tu as prévu de les relater ce soir dans le petit
discours que tu as préparé.

Profitant d’un moment d’inattention du colporteur, j’ai dit à Alain : « Rends-toi
compte ! Je suis en train de réussir, là où Vila-Matas lui-même a échoué ! Son
amie Sophie Calle n’est jamais partie sur les traces de Rita Malu, elle n’a
jamais fait le voyage programmé à son intention par Vila-Matas, dans la
nouvelle intitulée Parce qu’elle ne l’a pas demandé. Tu es le témoin de mon
triomphe ! Mon scénario est en train de se réaliser : Vila-Matas fait ce que j’ai
prescrit ! »

- « Estas loco ! », m’a lancé Alain en espagnol.
- « Sûrement, lui ai-je rétorqué, mais que tu le déplores dans sa langue, n’est-ce
pas la preuve que Vila-Matas c’est moi ? » J’allais ajouter qu’en écrivant
Dublinesca, Vila-Matas s’était certainement pris plus d’une fois pour Joyce ou
pour Beckett et qu’à ma connaissance personne ne lui en avait fait le reproche,
mais l’homme à la valise était sorti de sa rêverie et il nous avait rejoints. En
quelques minutes à peine, j’étais devenu l’ombre d’une ombre, l’écho d’un
écho, et je n’en étais pas peu fier.

Arrivés à l’hôtel, le colporteur est monté dans sa chambre. C’est alors que je
fus saisi d’un terrible doute : « Et si ce n’était pas lui ? » Comme je ne voulais
surtout pas m’entendre répondre que désormais Vila-Matas c’était moi et que
les preuves de ma soudaine métamorphose étaient établies, j’étais bien forcé de
garder pour moi ma grosse boule d’angoisse.

Maintenant, je voyais mes certitudes sombrer sous un orage d’hypothèses. Je
passais par des hauts. Je passais par des bas. Dans un timide sursaut de
confiance, tout bien considéré il est possible, pensais-je, que l’ambulant coopté
soit la bonne personne ; et si tel est le cas, il être peut-être assis à sa table, en
train d’ajouter un codicille à sa lecture du Rivage des Syrtes ou un sixième
article à sa théorie du roman. Mais le culot m’a manqué pour regarder par le
trou de la serrure.

Nous sommes descendus prendre un café au bar. Alain ne pipait mot. Dans le
miroir, le type blanc comme un linge, c’était moi. A ce moment-là, il ne nous
restait plus qu’un espoir, rien qu’une solution : attendre le train de 16 h 18 et
l’arrivée de nos hôtes parisiens, Dominique Bourgois et André Gabastou. Ou
bien ces deux personnes qualifiées mettraient un terme à notre supplice. Ou
bien, découvrant notre méprise, elles nous précipiteraient dans la honte et la
confusion.

Il n’empêche qu’en entrant dans cette salle, je me suis dit que tout ça
commençait à bien faire ! Jean Carrière, ses amis et le prix dédié à sa
mémoire ! Damien Alary, le Conseil général du Gard et la politique en faveur
du livre et de la lecture publique ! Enrique Vila-Matas, sa bibliothèque
portative et son armada de cinglés et d’écrivains réflexifs ! Et au moment
même où je vous parle, je suis convaincu que je serais beaucoup mieux
ailleurs, à Paris, à Lisbonne, à Dublin, ou même à Barcelone, à regarder
tranquillement tomber la pluie, avachi dans un fauteuil.

Voilà comment, en ce 7 février 2011, à l’instar des premiers spectateurs des
films Lumière face aux images saisissantes de l’entrée d’un train en gare de La
Ciotat, pleins de crainte et d’effroi, Alain et moi avons été témoins de l’arrivée
de La Littérature en gare de Nîmes.

***

Cher Enrique, cher libraire ambulant, cher malade de la littérature, cher Shandy
catalan, le 7 décembre dernier, au premier tour de scrutin, notre jury vous a
donc décerné le Prix Jean-Carrière 2010 pour Dublinesca, paru aux éditions
Christian Bourgois. (1)

Votre roman, nous l’avons lu comme une parodie de la littérature
apocalyptique, au moment où l’ère Gutenberg est moribonde, et la littérature
aussi, et il nous a conquis par le nihilisme joyeux qui l’inspire. (Par parenthèse,
Jean Carrière soutenait que la littérature est une chose trop importante pour la
laisser aux mains des bonnets-de-nuit.)

Mais aussi par la relation de l’équipée irlandaise faussement héroïque et
franchement désenchantée de l’éditeur Samuel Riba, en route avec ses amis sur
les traces de Joyce pour fêter Bloomsday et l’enterrement symbolique de la
littérature, qui se double d’une méditation sur l’échec, le chagrin et la tentation
de l’ailleurs. (Carrière aurait dit « la tentation de New York ».)

Mais encore, parce qu’à défaut de pouvoir recouvrer l’enthousiasme originel
(Carrière aurait évoqué « le Royaume perdu de l’enfance »), vous réussissez la
gageure de faire jaillir le merveilleux de l’ordinaire et de la monotonie des
jours.

Parce qu’enfin, après avoir traité des lecteurs, des écrivains qui n’écrivent pas
ou plus, et des écrivains qui ne peuvent cesser d’écrire, vous abordez dans ce
livre la figure de l’éditeur, pour rendre hommage à Georges Herralde, votre
éditeur espagnol, et honorer la mémoire de Christian Bourgois, votre éditeur
français, disparu en 2007.

C’est peu de dire que nous avons aussi été conquis par la hardiesse de votre
projet et par l’époustouflante intelligence de construction de votre ouvrage ;
mais encore par l’ambition et la complexité de votre propos, dont le rendu
brille par la fluidité, la précision et la délicatesse de style et par un art
consommé de la nuance. C’est pourquoi nous sommes heureux d’associer à
l’hommage qui vous est rendu votre traducteur André Gabastou, dont le travail,
tout en finesse et subtilité, n’est certainement pas pour rien dans l’adhésion
enthousiaste que suscite votre œuvre chez les lecteurs français.

Permettez-moi enfin d’ajouter que derrière le personnage de Samuel Riba, nous
avons aperçu l’ombre de Jean Carrière qui portait, lui aussi, le deuil de la
littérature, le deuil de « la vraie littérature » pour reprendre l’expression de
Julien Gracq, dès lors qu’elle est passée de l’épiphanie à l’apocalypse.

***

Cher Enrique, je voudrais pour conclure mon propos, vous faire les honneurs
de notre département où vous venez, je crois, pour la deuxième fois ; et vous
montrer, en fouillant dans ma mallette, que vous n’êtes pas en pays étranger
mais dans un des petits cantons de la littérature universelle.

Nîmes est la ville natale de Jean Paulhan qui ne fut pas seulement l’éminence
grise des lettres françaises durant un demi-siècle et le grand épistolier que l’on
sait. On doit à l’auteur des Fleurs de Tarbes et du Guerrier appliqué, un essai
aussi bref que lumineux sur Rimbaud, le poète pour lequel vous partagez avec
Carrière la même dilection. Paulhan déclarait dans ses entretiens avec Robert
Mallet : « Je manque, j’ai toujours manqué d’imagination. Au lycée de Nîmes,
je faisais équipe avec mon ami Dubled. Il n’était pas très bon en français mais
il avait l’imagination fertile. C’était un type épatant. Chaque matin il
m’apportait un nouveau sujet et moi, je n’avais plus qu’à rédiger. Je crois que
je n’ai jamais su vraiment sur quoi je devais écrire. » Disciple de l’anarchiste
Félix Fénéon, le jeune Paulhan avait débuté comme rédacteur unique d’un
mensuel qui portait un fort joli nom : Le Spectateur.

Le nîmois Alphonse Daudet n’est pas que l’auteur de Tartarin de Tarascon. Le
Petit Chose
, une œuvre autobiographique, résonne parfois des mêmes
harmoniques que les romans de votre cher Emmanuel Bove.

Nîmes est aussi la ville natale du romancier Marc Bernard, lauréat comme Jean
Carrière du prix Goncourt. Une génération les sépare. Si L’épervier de
Maheux
, distingué en 1972, s’est vendu à près de deux millions d’exemplaires,
en revanche, Pareils à des enfants, le roman autobiographique de Bernard
couronné en 1942, ne fut imprimé qu’à quelques centaines d’exemplaires en
raison de la pénurie de papier.

Enfin, Nîmes est la ville d’enfance de Francis Ponge, l’auteur du Parti pris des
choses, un écrivain français majeur à propos duquel on dispute encore sur la
question de savoir s’il faut le considérer comme un poète ou un anti poète. Il a
écrit : « Les images s’annulent dans la lumière. » Et : « Le poète est en quête
du lieu de sa mort ». L’auteur de la Fabrique du pré repose au cimetière
protestant de Nîmes.

La résidence d’été de votre amie Sophie Calle n’est qu’à quelques encablures
d’ici, au Cailar en Camargue gardoise, de même la maison familiale d’André
Gide, à Uzès.

Des passants, des écrivains considérables ont séjourné dans le Gard, parmi
lesquels Maurice Barrès, Lawrence Durrell, Robert-Louis Stevenson,
Guillaume Apollinaire, René Char et tant d’autres. Il en est un qui revêt à vos
yeux une importance toute particulière. En 1923, à l’occasion de son deuxième
voyage en Europe, Jorge Luis Borges a visité notre ville où il a composé un
beau poème de circonstance intitulé « Sur les allées de Nîmes ». Quelques
hardis lettrés soutiennent la thèse selon laquelle Pierre Ménard, la figure
imaginée par Borges dans Fictions, s’inspire du Ménard, auteur de l’Histoire
des antiquités de la ville de Nismes parue en 1835 ; et d’autres, du Ménard,
auteur de La page d’écriture, méthode de psychothérapie graphique et
graphologique publiée à Nîmes dans les années 30. Qu’on se perde en
conjecture au sujet de Borges, c’est dans l’ordre des choses.

A l’article Pierre Ménard du Petit dictionnaire des écrivains du Gard paru en
2009, figurent ces deux citations de Borges : « J’ai oublié mon nom. Je ne suis
pas Borgès. Je suis celui qui sait qu’il n’est rien d’autre qu’un écho. » Et :
« Toute littérature est, en fin de compte, autobiographique. Tout ce qui déclare
un destin et nous en donne un éclairage est poésie. » Après quoi votre nom
apparaît dans une note à propos du livre de Jean-Yves Jouannais, Artistes sans
œuvres
, que vous avez préfacé.

Comme vous, je ne crois pas dans les pouvoirs prémonitoires des livres ni des
écrivains. En revanche, je suis persuadé que la littérature a une vertu bien plus
considérable puisqu’elle nous permet, en lisant en écrivant, de passer comme
par enchantement des livres dans la vie, et réciproquement.

S.V.

(1) Au premier tour de scrutin, 7 voix sont allées à Dublinesca, 1 voix à Déluge
d’Henri Bauchau (Actes Sud) et 1 voix à Zorah sur la terrasse d’Abdelkader
Djemaï (Le Seuil).

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