La Revue des Ressources
Accueil > Polémique : Giovanni Gentile, le chantre du fascisme devenu "penseur en (...)

Polémique : Giovanni Gentile, le chantre du fascisme devenu "penseur en acte"

samedi 16 février 2013 (Date de rédaction antérieure : 18 octobre 2017).

Le 30 janvier sur le site de l’Institut culturel italien de Paris, est annoncé un séminaire en l’honneur de Giovanni Gentile. La présentation en italien est ainsi formulée :

Giovanni Gentile : une pensée en acte : “À l’occasion de la traduction en français de L’esprit, acte pur et de La Renaissance de l’idéalisme aux Éditions Hermann, le spécialiste du philosophe italien, Andrea Bellantone, qui enseigne à l’Institut Catholique de Paris, organise un colloque à la Sorbonne pour présenter la pensée d’un grand de la philosophie du XXème siècle, Giovanni Gentile.

En cliquant sur “français”, la présentation se poursuit et instruit le lecteur définissant Gentile comme :

« le philosophe de l’idéalisme qui fut le théoricien de l’acte pur, le refondateur du lycée italien et qui finit tragiquement ses jours, victime de la guerre civile en 1944, assassiné à Florence par une bande de partisans. »

Le 30 janvier encore, la dite note biographique déclenche immédiatement des réactions vives et indignées. Enrico Persico Licer, Président de la section ANPI (Association Nationale Partisans Italiens) de Paris envoie une lettre de protestation à la directrice de l’Institut culturel italien de Paris, Marina Valensise avec copie au consul général Andrea Cavallari ; Elio Rampino, président de la Section ANPI de la République tchèque, écrit une lettre de protestation à Marina Valensise ; Olivier Favier, historien et italianiste français, écrit un article vibrant de protestation sur le site dormirajamais.org ; une lettre, rédigée en italien et en français, est adressée à Marina Valensise par de très nombreux citoyens italiens et français qui confirment avec force qu’ils ont à cœur les fondements de leurs Républiques respectives.

Le 30 janvier toujours, le Professeur Andrea Bellantone, organisateur du séminaire sur Giovanni Gentile et professeur de philosophie moderne à l’Institut universitaire catholique de Paris, écrit plusieurs mails à Olivier Favier, où il assure à plusieurs reprises sa totale non adhésion à la présentation de Gentile, telle qu’elle est rédigée par l’Institut culturel italien de Paris.

Le 31 janvier, le site de l’Institut culturel italien de Paris corrige la notice biographique sur Gentile en ces termes : “refondateur sous le fascisme du lycée italien et qui finit tragiquement ses jours, payant ses errements politiques en faveur de la dictature, à l’époque de la guerre civile de libération. ”

Le 2 février, le séminaire se déroule comme prévu, suivant une pratique académique normale et irréprochable. Le départ anticipé de la directrice de l’Institut culturel italien de Paris, Marina Valensise, ne lui permet pas de fournir des explications sur le texte contesté ou de répondre aux questions sur celui-ci durant le débat avec l’assistance, parmi lesquels, entre autres, des représentants de la section de Paris de l’’ANPI, Bruna Lo Biundo, spécialiste de littérature française et chargée de recherches pour divers instituts d’histoires, Gerardo Maffei, auteur et metteur en scène et Olivier Favier.

Jusqu’à ce jour aucune explication officielle ou privée n’a été fournie aux expéditeurs des lettres de protestation par leur destinataire.

MOTIVATIONS ET CONTEXTE

Giovanni Gentile, d’un point de vue historique, qui ne peut être ignoré tant sa pensée est conforme à ses actions, est une dignitaire fasciste : Ministre de l’Instruction publique, nommé par Mussolini, de 1922 à 1924 ; rédacteur du Manifeste des intellectuels fascistes en 1925 ; de 1928 à 1941 il assume d’importantes charges universitaires et académiques ; en 1938, il est le premier signataire du Manifeste de la Race (ouvertement antisémite) ; le 24 juin 1943, dans une phase critique de la seconde guerre mondiale, il tient au Campidoglio le tristement célèbre Discours aux Italiens, qui exhorte la nation à rester unie sous la conduite du Duce et qui mènera à la fondation de la République de Salò ; de 1943 à sa mort en 1944 il suit Mussolini à Salò (République Sociale Italienne).

L’article 1 de la Constitution italienne établit que « L’Italie est une République Démocratique », donc fondée sur des valeurs, qu’elle partage avec la France, qui sont contre toute forme de dictature, a fortiori fasciste. La lutte de tous ceux qui s’opposèrent au fascisme historique a eu des formes et des couleurs politiques diverses. Parmi elles, du point de vue historique, l’importance de la lutte armée partisane est incomparable. Le 25 avril, fête nationale italienne, on célèbre la « Libération » de l’Italie du fascisme œuvre des forces alliées et des partisans italiens.

Ces faits établis, il est juste de s’indigner qu’une Institution Italienne, financée par l’argent public , use de termes tels que « guerre civile » pour définir la « guerre de Libération », et « bande » pour définir les résistants italiens, faisant en outre passer pour « victime » un des plus importants intellectuels du fascisme et instigateur de l’enrôlement forcé pour la défense de la République de Salò.
Indignation d’autant plus nécessaire en un moment où sont clairs et toujours plus présents les signes d’un nouveau révisionnisme qui va bien au-delà des frontières italiennes et qui pour l’Italie, parmi de multiples exemples, se manifeste avec le discours du 27 janvier 2013 à l’inauguration du Mémorial de la Shoah de Milan où Silvio Berlusconi déclare « Les lois raciales sont la pire faute d’un leader, Mussolini, qui pour tant d’autres aspects a bien fait » ; avec l’édification, financée par la Région Latium, en août 2012, d’un mausolée au criminel de guerre Rodolfo Graziani, général d’armée fasciste et ministre de la défense de la République de Salò ; avec le projet de loi présenté le 29 mars 2011 par le sénateur du Peuple des libertés, Cristano De Eccher, au Sénat pour l’abolition de la XIIe disposition transitoire et définitive de la Constitution italienne, autrement dit celle qui établit le délit de quiconque « fait propagande pour la constitution d’une association, d’un mouvement ou d’un groupe ayant pour caractéristiques et finalité la réorganisation du parti fasciste dissous » ou bien de quiconque « exalte publiquement les représentants, les principes, les faits ou les méthodes du fascisme, ou bien ses finalités antidémocratiques ».

La pétition en ligne est à signer ici : http://www.avaaz.org/it/petition/RICHIESTA_DI_DELUCIDAZIONI_DA_PARTE_DELLISTITUTO_ITALIANO_DI_CULTURA_DI_PARIGI/?crfigeb

Olivier Favier, historien et italianiste, rédacteur de la pétition

Bruna Lo Biundo, spécialiste de littérature française et chargée de recherches pour divers instituts d’histoires, rédactrice de la pétition

Gerardo Maffei, auteur et metteur en scène, rédacteur de la pétition

Maria Cristina Mastrangeli, traductrice et metteuse en scène, rédactrice de la pétition

Voir en ligne : Dormira jamais

© la revue des ressources : Sauf mention particulière | SPIP | Contact | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | La Revue des Ressources sur facebook & twitter