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Mort de l’écrivain et essayiste français Maurice Blanchot

lundi 24 février 2003 (Date de rédaction antérieure : 17 octobre 2017).

PARIS (AFP) - L’écrivain et essayiste français Maurice Blanchot, auteur notamment de L’espace littéraire (1955), est décédé jeudi soir à son domicile près de Paris à l’âge de 95 ans, ont annoncé les quotidiens Le Figaro et Libération lundi.

"Le décès a été confirmé durant le week-end par des proches, mais il n’a pas été, semble-t-il, question de l’annoncer officiellement", selon Libération.

Maurice Blanchot s’est efforcé de dire l’inconcevable, au moyen d’une écriture raffinée, qui en fait l’un des écrivains français de tout premier plan malgré sa réputation d’auteur difficile.

Peu connu du grand public, il s’était retiré de la scène médiatique et littéraire au sortir de la guerre après avoir intensément collaboré dans les années 30 à la presse d’extrême droite.

De lui, on n’a que de très rares photos dont celle, prise voici quelques années sur le parking d’un supermarché, d’un homme grand et mince, légèrement voûté, aux cheveux blancs. Il accorda (c’était à L’Express, dans les années 60) une seule interview dans sa vie, à propos de la guerre d’Algérie, mais l’hebdomadaire décida de ne pas la publier !

Cette "absence obsédante" n’a pas empêché Maurice Blanchot d’être une autorité intellectuelle considérable et ses livres ont influencé de nombreux intellectuels français, de Jean-Paul Sartre à René Char en passant par Michel Foucault.

Né le 22 décembre 1907 à Quain (Saône-et-Loire), issu d’une famille catholique rurale aisée, Maurice Blanchot, jeune dandy brillant, est journaliste d’extrême droite au Journal des Débats, à Combat, à L’Insurgé et aux Ecoutes. Il ne parle pas seulement de littérature mais aussi de politique dans plus de 200 articles écrits entre 1931 et 1944.

Après la guerre, il met fin à cet engagement militant et se retire de la vie publique. De santé fragile, il vit alors dans l’arrière-pays niçois.

Cité par son biographe Christophe Bident (auteur de Maurice Blanchot, le partenaire invisible, éd. Champ Vallon), il dit, dans son style particulier : l’homme "change d’autant plus que, se jugeant plus changé qu’il ne l’est, lorsqu’il se retourne vers un passé qu’il repousse, il ne veut plus reconnaître dans cette lutte d’autrefois au milieu de la nuit qu’une complaisance malsaine pour la nuit, dans cette volonté ténébreuse qu’une faiblesse, un jeu et une expérience sans sincérité et sans valeur".

Par la suite, sa "retraite" ne l’empêche pas d’être un homme public, aux convictions bien différentes de celles de sa jeunesse. Il signe de nombreuses pétitions comme le "Manifeste des 121" sur la guerre d’Algérie (pour le droit d’insoumission), en faveur des jeunes révoltés de Mai 68 (il participe même à une nuit de barricades) ou contre les lois Debré sur l’immigration.

Dans les années 90, il quitte un de ses éditeurs, Fata Morgana, lui reprochant d’avoir publié un livre d’Alain de Benoist, théoricien d’extrême-droite. "Aujourd’hui, je n’ai de pensée que pour Auschwitz", a-t-il dit par la suite au philosophe Bernard-Henri Lévy.

Outre Thomas l’obscur (1941, son roman le plus connu, l’histoire d’un étranger errant à la recherche "d’un lieu vide"), il est l’auteur d’Aminadab (1942), Le Très-haut (1948), L’Arrêt de mort (1948), La Part du feu (1949), L’espace littéraire (1955), Le Livre à venir (1959), L’Entretien infini (1969) puis L’Attente, l’oubli, une oeuvre allant vers un dépouillement grandissant. En 1983, il publie Après coup et participe en 1986 à un ouvrage collectif sur Nelson Mandela. En 1996, sont réédités Les intellectuels en question et Pour l’amitié.

Ecrire était pour lui "entrer dans l’affirmation de la solitude où menace la fascination". C’était aussi abandonner toute confiance dans "les constructions de l’esprit". Ce grand admirateur de Kafka, Musil, Hesse ou Borges a traité de façon littéraire la décomposition de la littérature, a vécu "la conscience de la fin du roman" tout en se montrant "indifférent" face à cette crise. Ainsi, de l’écart né entre son amour et son mépris pour la chose écrite, était nés une angoisse, un sentiment de vide, d’absence et de mort qui a hanté tous ses livres.

1 Message

  • Il se dit, décidément, à propos de l’oeuvre de Blanchot - depuis fort longtemps - beaucoup de vaines et de verbeuses approximations. Cette tendance lourde s’est, plus qu’aggravée, révélée dans la presse écrite ces derniers jours.
    On cite volontiers Blanchot. On adore ses phrases un rien absconses, tirées de leur contexte, hissées au rang de vérités définitives sur l’écriture ! Mais on cite Blanchot plus qu’on ne lit ses textes. Il y a comme un chic à faire croire, citant Blanchot, qu’on a lu les textes de Blanchot ! Je ne saurais expliquer ce snobisme sans conséquence. Peut-être pressent-on, feuilletant à la hâte Blanchot, qu’il se murmure là quelque chose qui éveille la pensée...

    Qu’on me permette de renvoyer à une étude de l’écriture de Blanchot, étude patiente, lecture assidue, exhaustive,soucieuse d’entendre ce murmure... Essai publié chez L’Harmattan intitulé "La théorie fictive de Maurice Blanchot"

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