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L’Histoire en raccourci

lundi 19 juin 2006 (Date de rédaction antérieure : 22 août 2017).

Au début des années 1990, à Paris, le Centre Culturel Yougoslave a purgé son personnel de tous ses membres non-serbes.
Adieu Croates, Slovènes, Bosniaques et autres Macédoniens. (D’Albanais, il n’y en avait jamais eu.) Les Serbes étaient les seuls héritiers dignes de la Yougoslavie titiste. De la Yougoslavie éternelle. Les autres étaient exclus de la marque déposée.
En 1994, des opposants à la purification ethnique ont pris d’assaut et occupé pendant quelques heures les locaux du Centre. Evacués manu militari, puis assignés en justice, ils ont été remplacés par deux gardes armés payés par l’Etat français, qui sont restés en place des années durant pour protéger le personnel des agressions citoyennes.
Au début des années 2000, quelques centaines de milliers de morts et quelques millions de personnes déplacées plus tard, se rendant à l’évidence, les responsables de cette institution parisienne l’ont rebaptisée :
« Centre culturel
Serbie et Monténégro ».
Un immense calicot débordant de ferveur colorée a barré la façade de l’immeuble pendant plusieurs mois pour le proclamer aux yeux du monde.
En juin 2006, après le référendum de séparation du Monténégro, un gars monté sur un escabeau derrière la vitrine a gratté méthodiquement les mots « et Monténégro ». Sur la deuxième ligne, n’est resté que le mot « Serbie ». A sa droite, un grand vide béait. Repoussée à l’extrême gauche, déséquilibrée, isolée, au bord du gouffre, la Serbie faisait peine à voir.
Allez savoir pourquoi, je n’ai pu m’empêcher d’y voir un symbole.

Sophie Képès

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