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Disparition de Robert Lafont

lundi 13 juillet 2009 (Date de rédaction antérieure : 26 septembre 2017).

Il était le porte-drapeau de l’Occitanie littéraire et politique.
Agé de 86 ans, l’écrivain et universitaire s’est éteint hier à Florence (Italie). Théoricien du mouvement Viure al pais , il fut un homme d’action, engagé dans de nombreux combats Il a partagé les dernières années de sa vie entre le Languedoc et la Toscane , deux "pays" cousins. Entre Montpellier et Florence où Robert Lafont s’est éteint hier matin. Il était le porte-drapeau d’une Occitanie qu’il a incarnée à travers une oeuvre littéraire en occitan, un parcours universitaire voué à l’étude des langues minoritaires, et un intense engagement politique dans le combat du régionalisme.

Né à Nîmes en 1923, Robert Lafont est initié par ses grands-parents à la langue de Frédéric Mistral qu’il découvre dans Mireio (Mireille). Mais il se démarquera plus tard des pesanteurs
désuètes du Félibrige, modernisant la langue d’Oc, tout comme son aîné, l’Héraultais Max Rouquette (1908-2005), l’autre figure majeure de la littérature occitane du XX e siècle.

Romancier, poète, dramaturge, l’oeuvre littéraire de Lafont débute en 1946 par Paraulas au vielh silenci , et culmine avec La Festa (1983), fresque monumentale de plus de mille pages dans laquelle Jean Ventenac, le héros, combat pour la liberté, des maquis cévenols à la Hongrie écrasée par les chars soviétiques.

La Festa est aussi le reflet romancé du parcours d’un rebelle, authentique et si modeste. La Résistance, en 1944, fut le premier engagement de Robert Lafont. Elle lui vaut un poste provisoire de chef de cabinet adjoint du préfet du Gard à la Libération. Mais ce pédagogue à la voix chaude et au sourire facile préférera une carrière d’enseignant dans des lycées, puis à l’université Paul-Valéry de Montpellier.

La fibre sociale de Robert Lafont vibre en 1962 parmi les mineurs en grève de Decazeville. Vingt ans plus tard, il sera au côté de ceux de Ladrecht à Alès. Mais son grand combat fut, dans les années 1970, celui du mouvement occitan dont il fut à la fois théoricien et acteur. "Viure al pais" était le cri de ralliement des rassemblements pacifistes contre le camp militaire du Larzac et des manifestations tumultueuses des viticulteurs.

En 1976 c’est en occitan que Robert Lafont - il partageait la tribune avec son ami le charismatique Emmanuel Maffre de Baugé - s’était adressé aux vignerons révoltés massés à Montpellier.

« Il aime à se définir comme "une conscience en alerte" » rappelle l’éditeur Serge Velay dans Le Petit dictionnaire des écrivains du Gard (à paraître le 10 juillet chez Alcide).

En 1974, Robert Lafont envisage d’être « le candidat des minorités » lors de l’élection à la présidence de la République. Il veut profiter de cette tribune pour faire entendre la voix de l’Occitanie, mais sa candidature ne sera pas validée.

Son engagement passe par l’écriture, comme l’illustrent plusieurs ouvrages : La révolution régionaliste , Décoloniser la France ou encore La Nation, l’État et les Régions . Il était bien sûr un ardent défenseur de l’enseignement de l’occitan en milieu scolaire.

Dans son dernier livre L’État et la langue (Sulliver- 2008), Robert Lafont montrait comment la puissance étatique des centralismes, de l’Empire romain à la III e République, avait imposé une langue officielle au détriment de toutes les autres. Il expliquait que c’était pourtant en langue d’Oc que s’étaient exprimés les Troubadours, pionniers de la littérature française.

Robert Lafont laisse enfin une oeuvre universitaire importante, à la résonance internationale. Ses cours et ses écrits sur la linguistique et l’histoire des langues étaient liés au structuralisme.

« Un homme extrêmement vivant et attachant, se souvient sa traductrice Danielle Julien, Il s’intéressait à tout et voulait tout connaître. Profondément démocrate et humaniste, il avait une immense affection pour les gens. » Avec la défense de l’Occitanie, il visait à l’universel. Robert Lafont fut en fait un grand précurseur de l’altermondialisme.

Jean-Marie GAVALDA

(Le Midi libre, 25 juin 2009)

1 Message

  • Disparition de Robert Lafont 14 juillet 2009 13:45, par Fabre

    Et constater combien les mesurettes de protection de la langue d’oc sont longues à venir , ou tellement minuscules , nous fait penser que la France patiemment , est en passe de réussir son pari millenaire : préconiser la diversité tout en imposant la langue unique.
    Ce serait le français qui serait menacé. De qui se moque t-on ?
    L’argument serait que tous ces langages risquent d’aboutir à un éclatement de la nation , mais en réalité nous voyons bien que nous avons à faire avec des gens qui sont persuadés de la supériorité (quasiment aryenne ) de la langue française .
    Dommage pour la belle image d’Epinal.
    L’Europe débloque des crédits pour sauver la langue du Daghestan,ou d’un peuple de Mongolie, et la France bombe le torse . Et ici la catalan , le corse ,et même l’alsacien, sens parler de l’occitan sont en voie d’extinction.
    Pourtant sur les monuments figurent le nom de millions d’occitans qui ont défendu les valeurs de la république et prouvé à maintes reprises leur loyauté, et leur égalité en face des droits et des devoirs.
    Ils avaient donc le droit de mourir au nom de la langue de "Molière" mais pas de celle de Mistral.
    Si vous appelez cela la diversité , alors je préfère l’uniformité anglosaxonne.

    Voir en ligne : Moliere et Mistral

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