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Des féminités en question (Paris / Saint-Ouen)

jeudi 24 novembre 2005 (Date de rédaction antérieure : 11 décembre 2017).

Laplateforme présente une exposition / rencontre du 16 au 29 novembre 2005 : "Des féminités en question".
2 lieux : Mains d’OEuvres, Hôtel de Beaune
3 événements
16 artistes et intervenants

Laplateforme
Laplateforme, dispositif mobile d’art contemporain, a pour initiative de développer la création artistique et les échanges interdisciplinaires par le soutien, la promotion et l’organisation d’événements artistiques, en France comme à l’étranger.
En résidence à Mains d’Oeuvres, depuis sa création en 2002 Laplateforme s’attache à sonder les formes de représentations tant artistiques, intellectuelles que sociales ainsi que leur mode d’apparition dans l’espace public au sein du pôle méditerranéen que dessinent l’Europe, le Maghreb et le Moyen-Orient. Dans cette géographie circulaire, il est supposé que l’on s’interroge à la fois sur les stratégies de visibilité et sur les modes de réappropriation employés par les artistes, migrants ou non, ici comme là-bas.

Contexte
C’est dans cette perspective que prend place l’exposition – rencontre Des féminités en question dans laquelle interviendront artistes et chercheurs, à travers leurs propositions.
Il s’agit, d’une part, de réinterroger dans ce contexte le rapport homme/femme, non plus sous l’angle intra-occidental que constitue l’axe euro-américain, mais sous l’angle euro-méditerranéen, en tenant compte des différentes cultures du bassin méditerranéen et, par là même, des différentes composantes de la société française, et plus généralement européenne, caractérisée entre autres par une immigration maghrébine.
D’autre part, aborder le genre, c’est tenter de comprendre les modalités constitutives de l’identité à caractère social, c’est-à-dire les modalités d’influence voire même de conditionnement des comportements et plus généralement du rapport à l’autre. La catégorisation par le genre institue un clivage homme / femme qui tend à la séparation, laquelle est accentuée par la référence à des stéréotypes comme la domination masculine, voire la figure de l’ "arabe machiste", "violeur" et à l’opposé les revendications féministes. Un genre stigmatisé dans des clichés qu’il convient donc de questionner car il conduit, selon nous, trop souvent à une dangereuse islamophobie et discrimination de l’autre tant social que culturel.

Présentation :
L’exposition – rencontre Des féminités en question s’appuie sur le choix d’un ensemble de pratiques, pour aborder les formes actuelles du brouillage des genres à travers les sociétés tant occidentales, orientales que maghrébines. Si l’expansion des genres reste vécue comme une contrainte sociale, l’enjeu est, entre autres, de renouer avec la liberté d’action pour nourrir la recherche tant artistique, émancipatrice que politique.
Des féminités en question réunit ainsi des artistes qui travaillent sur le mode du détournement (Pascal Lièvre, Tsuneko Taniuchi), du fétichisme (Jananne Al-Ani, Majida Khattari), du fantasme (Almagul Menlibayeva, Karine Lebrun, Alfredo Piola), de la réappropriation et du brouillage identitaire (Brice Dellsperger, Arnaud Delrue, Djamel Kokene, Victor Marzouk) venant défier le cadre restreint du genre. Si les artistes d’aujourd’hui ne sont pas dans le repli communautaire, illusoire, du groupe, c’est parce qu’ils jouent tout autant avec les limites artistiques qu’avec les frontières territoriales et identitaires.

Aujourd’hui le genre féminin constitue un versant des sociétés au sein desquelles la domination masculine et les revendications féministes se sont enfermées dans des clichés et des stéréotypes qu’il y a lieu de déconstruire. Faire et défaire le genre, c’est aborder les "normes" déterminantes du comportement social qui le font, c’est aborder les limites constitutives de la personne, c’est-à-dire ce qui garantit sa propre lisibilité en tant qu’être humain. Dans cette perspective, le genre relève de l’"improvisation" pratiquée individuellement ou en groupe, et non sans revendication, dans un contexte souvent contraignant au centre duquel se jouent par le brouillage de l’individualité de nouvelles identités. Non "autonome", le genre se construit "avec" ou pour "autrui", il est imaginaire ou artistique et s’inscrit dans une socialité où la reconnaissance est organisée mais non pour autant non modifiable.

Si la société occidentale laisse apparaître une évolution des mentalités relative au genre, les comportements qui devraient en découler n’en restent pas moins à l’état théorique ; dans les sociétés dites "orientales", "maghrébine" et/ou "arabes", cette évolution, relayée tant bien que mal par des tentatives, est bridée par une forte opposition morale et religieuse au nom d’un collectif fictif qui interdit toute possibilité de dire "je".
Dans les deux cas, le fait de transcender le cadre du genre relève de l’exception et/ou de l’exotisme alors qu’aujourd’hui il est banal de dire que chacun de nous n’est plus, seulement, défini par son sexe ou son origine.
Les identités se construisent à vif, en tant que champ ouvert à la transformation de soi, mettant à mal le principe dichotomique du genre maintenu à travers la norme sociale et culturelle. L’enjeu n’est donc pas tant la reconnaissance sociale que la possibilité de modifier son identité, d’inventer de nouveaux codes de représentation des genres, au-delà de toute affirmation étymologique, au sein d’une société ultra connectée où les cultures sont devenues fragmentaires.

Participants / artistes :
Jananne AL-ANI (Londres, vidéo)
Brice DELLSPERGER (Paris, vidéo)
Arnaud DELRUE (Paris, photographie)
Majida KHATTARI (Paris, performance et vidéo)
Djamel KOKENE (Paris, installation)
Karine LEBRUN (Paris, installation)
Pascal LIEVRE (Paris, vidéo et performance)
Almagul MENLIBAYEVA (Amsterdam, vidéo)
Victor MARZOUK (Paris, performance)
Alfredo PIOLA (Paris, vidéo)
Tsuneko TANIUCHI (Paris, intervention et installation)

Participants / intervenants :
Raja BENSLAMA, philosophe et écrivain (Le Caire)
Nacira GUENIF-SOUILAMAS, sociologue (Paris)
Béatriz PRECIADO, philosophe (Princeton / Paris)
VOIX D’ELLES-REBELLES, association citoyenne (Saint-Denis)
Revue TROUBLE [S] (Paris)

Déroulement :
L’exposition / rencontre Des féminités en question se déclinera en trois événements forts.

Interventions :
Lieu : Hôtel de Beaune (Paris, 7ème arr.)
Date : le 16 novembre 2005
Horaires : de 18h à 0h Entrée libre
Pour cette soirée unique, inaugurant Des féminités en question, trois artistes, Majida Khattari, Pascal Lièvre et Tsuneko Taniuchi (présentation ci-dessous) investiront les chambres de l’Hôtel de Beaune, lieu de sommeil, de rencontre, refuge du voyageur et du passager, où événements et culture se croisent et s’entrecroisent.
29, rue de Beaune
75007 Paris // Tel/Fax : + 33 (0) 1 42 61 24 89
Métro : station Rue du Bac (Ligne 12)
Bus : 63 / 68 / 69 / 83 / 84 / 94 arrêt Bac - Saint-Germain // Plan : accès Hôtel de Beaune

Expositions :
Mains d’Oeuvres est un lieu de création et de diffusion, de recherche et d’expérience, destiné à accueillir des artistes de toutes disciplines, des démarches associatives et citoyennes
Lieu : Mains D’Oeuvres (Saint-Ouen)
Date : du 18 au 29 novembre 2005
Horaires : de 14h à 19h tous les jours Entrée libre
(21h les soirs d’événements publics)
VERNISSAGE le 18 novembre à partir de 18h dans les locaux de Mains d’OEuvres
Présentation des propositions artistiques de 11 artistes réagissant sur les modes de représentation des genres : Jananne Al-Ani, Brice Dellsperger Arnaud Delrue Majida Khattari Djamel Kokene Karine Lebrun Pascal Lièvre Victor Marzouk Almagul Menlibayeva Alfredo Piola Tsuneko Taniuchi.
1 rue Charles Garnier
93400 Saint-Ouen
Tel. : + 33 (0) 1 40 11 25 25 // www.mainsdoeuvres.org // Plan : accès Mains d’OEuvres

Débat
Lieu : Mains D’Oeuvres
Date : le 20 novembre 2005
Horaires : à partir de 17h // Entrée libre
Pour enrichir une confrontation d’idées autour de la notion de genre comme représentation sociale.
Invités : Raja Benslama, Nacira Guenif-Souilamas, l’association "Voix d’Elles-Rebelles", la revue Trouble[s] et Beatriz Preciado.

Participants / Les artistes :

JANANNE AL-ANI, Untitled / Sans Titre (2002), vidéo.
Jananne Al-Ani est née en 1966 à Kirkuk (Irak). Elle vit et travaille à Londres. Elle a étudié la photographie au Royal College of Art, a pratiqué la peinture, puis s’est consacrée à d’autres supports comme la vidéo et l’installation.
Les premiers travaux de Jananne Al-Ani explorent la construction de la beauté et la représentation du corps dans l’art occidental. Son intérêt pour la forme féminine, objet de fétichisation des peintures et photographies orientalistes, est omniprésente dans sa pratique artistique. De même, dans la plupart de ses oeuvres, Al-Ani étudie, et essaye de perturber, la relation de voyeurisme entre observateur et observé.
Dans le cadre de l’exposition / rencontre Des féminités en question, l’artiste présente « Untitled / Sans Titre » (2002), une projection vidéo à grande échelle qui place le spectateur dans la situation d’un voyeur, regardant sans être vu une femme dont le visage est masqué par une longue chevelure noire que deux mains brossent inlassablement. Cette action dure, attisant le désir de l’audience de découvrir l’identité de la femme. Par cette oeuvre, Jananne Al-Ani explore la fascination occidentale pour l’image du voile, et le mythe de la femme orientale.
Exposition du 18 au 29 novembre dans les locaux de Mains D’OEuvres

BRICE DELLSPERGER, Body Double 16 (2003), vidéo.
Né en 1972, vit et travaille actuellement à Paris, Brice Dellsperger est à l’origine de la série « Body Double », un corpus de séquences cinématographiques dont il ne conserve que la bande-son originale, pour en faire réinterpréter tous les rôles, par un comédien unique, en usant le plus souvent du travestissement. Dellsperger travaille ainsi sur les notions de doublure et de corps double. Il émane de ces remakes un trouble certain, les personnages jouant plusieurs rôles, changeant de genre, d’apparence, et ne dialoguant finalement qu’avec eux-mêmes. Brice Dellsperger effectue une véritable mise en scène de l’altérité à travers laquelle le travestissement brise les hiérarchies des personnages.
Dans le cadre Des féminités en question, Brice Dellsperger propose une vidéo extraite de cette série. Construite en deux parties, juxtaposant deux scènes, « Body Double 16 » met en scène une lutte troublante entre deux hommes nus et le passage à tabac d’Alex par ses complices d’alors devenus policiers. « Body Double 16 » constitue un moment intense et trouble qu’incarne Jean-Luc Verna, acteur fétiche de l’artiste, dont les tenues mêlant uniformes de police, jupettes et bottes à talons hauts, trahissent l’ambiguïté sexuelle. La réinterprétation de scènes de films de réalisateurs comme De Palma, Ken Russel ou Stanley Kubrick, constitue pour l’artiste la matière première de ses dispositifs de mise en scène qui lui permettent de révéler clairement le flou identitaire, entre l’autre et soi, le brouillage de la limite hommes-hommes et l’ambiguïté de leurs relations.
Extrait de la vidéo Untitled / Sans Titre (2002)
Extrait de la série
Body Double 16 (2003)
Courtesy Air de Paris.
Exposition du 18 au 29 novembre dans les locaux de Mains D’OEuvres

ARNAUD DELRUE, Mélancolies (2005), photographie.
Arnaud Delrue est né en 1981. Photographe, il vit et travaille en France. A l’aide de manipulations numériques, Arnaud Delrue réalise des autoportraits doubles et tente une redéfinition de la détermination physique, morphologique et anatomique du genre. L’artiste instaure un entre-deux genres afin de mettre à l’épreuve le genre sexué lui-même, tout en s’appuyant sur des stéréotypes véhiculés dans la société, par les médias, la publicité, la mode et les normes en général. Il s’intéresse par là même aux valeurs libérales et patriarcales véhiculées par les médias. Arnaud Delrue aborde ainsi le "moi" comme une identification imaginaire se construisant d’après le groupe, les autres, l’environnement social. Il s’applique à remettre en cause une identité sexuelle basée sur l’anatomie, rappelant que les sexes sont avant tout des constructions sociales.
"Mélancolies", oeuvre produite dans le cadre Des féminités en question, interroge la possibilité d’une résistance face aux mythologies du corps qui façonnent notre identité.
Exposition du 18 au 29 novembre dans les locaux de Mains D’OEuvres

MAJIDA KHATTARI, VIP (2004) et Défilé Haute Couture (2004).
Majida Khattari est née en 1966 à Erfoud (Maroc), elle vit et travaille à Paris. S’intéressant d’abord à la photographie, elle choisit ensuite un médium plus vivant : le corps qui, pour elle, a plus « d’impact direct en prise sur [notre] époque ». Connue pour son travail de création de "vêtement-sculptures" qui figurent la situation des femmes dans l’Islam contemporain, elle présentera dans le cadre Des féminités en question, son "Voile Islamique Parisien" (VIP), créé en 2004 et une pile d’affiches tirées de la photographie "Robe puissance", réalisées à l’occasion de la manifestation. Entre dérision et tragédie, la "Robe puissance" constitue un passage ironique entre les agréments des stylistes pour qui la femme, la beauté et la paix sont les ingrédients de la mode et de la consommation chic, et la matière telle que le jean et le drapeau américain symbole d’une économie qui envahit le monde.
Dans l’intimité d’une chambre d’hôtel, une femme se voile et se dévoile devant son miroir tout en jouant avec le temps de la pose pour décliner les différentes manières de porter le vêtement. Ici, le voile passe du sacré à la garde-robe donnant ainsi la possibilité d’ouvrir, sur un mode précieux, contemporain et ludique, une troisième voie, entre radicaux islamistes et laïques extrémistes. Il ne s’agit plus d’être voilé ou non, mais de choisir comment le porter.
Intervention le 16 novembre à l’Hôtel de Beaune à Paris à partir de 18h
Exposition du 18 au 29 novembre dans les locaux de Mains D’OEuvres
Ph. Arnaud Delrue.
Prod. Laplateforme (2005)
V.I.P (2004) Ph. M. Khattari

DJAMEL KOKENE, Espace X, installation.
Djamel Kokene est né en 1968 à Ain El Hamman (Algérie). Il propose le concept d’ "Artiste-Stagiaire", premier pas pour développer un certain nomadisme artistique, fondé sur une capacité d’adaptation, de construction perpétuelle. Il est à l’origine de la création du dispositif collectif LAPLATEFORME, qui vise à créer des passerelles artistiques entre l’Europe, le Maghreb et le Moyen-Orient.
Pour Des féminités en question, Djamel Kokene propose une installation lumineuse, "Espace X". La lettre X matérialisant autant l’anonymat que le chromosome spécifique au genre féminin, cette oeuvre joue de la confusion entre un univers pornographique, marqué par l’assouvissement à un besoin physiologique spécifique au genre masculin, et les représentations qui découlent de cet isolement dans une certaine forme de jouissance.
Exposition du 18 au 29 novembre dans les locaux de Mains D’OEuvres

KARINE LEBRUN, A quoi je ressemble ? Tentative 01, pièce sonore.
Née à Paris en 1974, Karine Lebrun vit et travaille à Paris. Karine Lebrun a co-créé "Rencontre Service", une agence de rencontres en ligne, qui propose à des personnes de se rencontrer et, de ce fait, se connaître. Si chez l’artiste Karine Lebrun, la rencontre passe d’abord par déguisement visuel, par une phase anonyme du nom et du portrait identitaire, c’est parce qu’il y a lieu pour l’artiste de proposer des modalités de présentation de Soi à l’Autre qui soient un moyen effectif et critique de dépasser un ensemble de tabous véhiculés par notre sociétés et qui, du même coup, font avorter une possible communication humaine.
Pour Des féminités en question, se décrivant avec le regard des personnes de son entourage, Karine Lebrun entreprend de se déconstruire, de s’appréhender autrement, à travers l’Autre, de prendre du recul vis-à-vis de son "moi". L’oeuvre sonore qu’elle présente interpellera d’ailleurs le visiteur par la question "A quoi je ressemble ?" transférant ainsi le "je" de l’artiste vers le "moi" du spectateur.
Exposition du 18 au 29 novembre dans les locaux de Mains D’OEuvres

PASCAL LIEVRE, Antichambre (2002), vidéo
Avec une économie de moyens propre à tout un pan de la jeune création vidéo contemporaine (plan fixe, montage quasi nul, éclairage minimal), Pascal Lièvre procède de manière chirurgicale, réinjectant du sens dans des refrains archi-connus, toujours dans le but de provoquer des collisions révélatrices. Il a mixé du Mao sur une musique d’Abba, Lacan sur Dalida, Georges W. Bush sur Jermaine Jackson et Pia Zadora, mis des claques à la Star Academy. Il regarde avec la même attention tous ces langages, qui pour lui ont le même intérêt, et ne comprend pas qu’on puisse s’interdire de regarder quelque chose. Pascal Lièvre utilise le médium de la chanson populaire pour en faire une arme politique et traiter d’un sujet aussi brûlant de l’actualité. Mais au-delà des apparences, l’esthétique du détournement mis en scène induit un questionnement croisé et plus préoccupant sur l ‘état du monde ; une réflexion sur la fragilité des connexions entre appartenances culturelles, actualité politique, nouveaux enjeux sociaux économiques et star système.
Dans le cadre Des féminités en question, Pascal Lièvre interroge l’idée d’un féminisme comme art décoratif. Pascal Lièvre donne une conférence / performance en lisant quatre textes écrits par des spécialistes de la décoration intérieure, en remplaçant certains mots récurrents par le terme féminisme, il crée ainsi des propositions inédites. L’artiste tente de penser le féminisme et son déploiement politique en dehors de la confrontation, sortir d’une proposition frontale pour chercher des réponses plus transversales. Pascal Lièvre a un frère qui lui ressemble, Cyril. Dans « Antichambre » ils interprètent le play-back sonore d’un film pornographique, Pascal coiffé d’une perruque se démaquillant pendant que son frère se maquille. L’arrivée d’un troisième personnage transforme les rôles…
Intervention le 16 novembre à l’Hôtel de Beaune à Paris à partir de 18h
Exposition du 18 au 29 novembre dans les locaux de Mains D’OEuvres

VICTOR MARZOUK, Abou Kalsoum, vidéo.
Victor Marzouk est né en 1970 à Monastir (Tunisie). Le travail de ce performeur King franco-tunisien laisse apparaître la construction des genres et met le spectateur face à ses propres paradoxes dans le processus d’apprentissage des rituels de la féminité et de la masculinité, par répétition et échec. Il a performé dans les scènes King de New York et Barcelone avec Murray Hill, Antonia Baehr, et les Kings du Berry.
"Abou Kalsoum", performance du collectif Rajet Wa Mra, est une réflexion sur les points de fuite dans le travail de normalisation de la féminité et de la masculinité dans les cultures arabes. Ce nom rend également hommage à la diva King Queen arabe Om Kalsoum dont la mémoire habite encore le corps du performeur. L’exposition Des féminités en question constitue un temps d’expérience pour Victor Marzouk qui présente une version drag king de AL ATLAL de la chanteuse arabe lesbienne Om Kalsoum. "Combien de masculinités faut-il pour construire une diva ?"
Exposition du 18 au 29 novembre dans les locaux de Mains D’OEuvres

ALMAGUL MENLIBAYEVA, Apa (2004), vidéo.
Née en 1969 à Almaty (Kazakhstan), Almagul Menlibayeva vit et travaille au Kazakhstan et aux Pays-Bas. Sa pratique artistique est influencée par son engagement vis-à-vis du statut des femmes, et de la marque islamique en Orient. Almagul Menlibayeva s’intéresse beaucoup au corps, dans son esthétisme, et dans son rapport à la nature, épuré de toute contrainte sociale.
Dans une approche post-new age de la femme, "Apa" présente sept jeunes femmes chamanes nues dans la neige, exécutant un rituel magique. Almagul Menlibayeva célèbre ainsi une certaine forme de féminité à l’état sauvage, de laquelle émane une grande liberté intérieure. Les monticules de neige symbolisent les jupes de danse soufi introduisant ainsi un rapport au corps et à l’Islam en Asie Centrale.
Extrait de la vidéo Apa (2004)
Exposition du 18 au 29 novembre dans les locaux de Mains D’OEuvres

ALFREDO PIOLA, "As you’ve never seen on TV", vidéo.
Alfredo Piola est né au Venezuela, où il a suivi une formation en architecture. Il arrive en France en 2001, et étudie la photographie à Paris. Dans le cadre Des féminités en question, Alfredo Piola présentera "As you’ve never seen on TV", une série de portraits qui brisent une certaine représentation de la femme "au foyer".
Le départ de "As you’ve never seen on TV" est lié à une rencontre : une femme, Marie-Line. En apparence "Madame tout le monde", une vie simple et tranquille, à la campagne, célibataire, mère de cinq enfants. Sous cette apparente banalité se cache en réalité une histoire singulière : mais laquelle… ? C’est ce que Alfredo Piola a cherché à comprendre en réalisant plusieurs séries de portraits qui lui ont permis d’entrer dans l’intimité de Marie-Line. Sa fantaisie, son univers, ses fantasmes, ont déclenché chez l’artiste un intérêt particulier pour sa personnalité et son corps. Ne correspondant pas à l’image « socialement correcte » de la femme, Alfredo Piola a voulu de façon ludique témoigner de cette réalité qui comme les autres a sa place, mais qui se trouve marginalisée, par son contraste avec les canons de beauté imposée par la société.
Exposition du 18 au 29 novembre dans les locaux de Mains D’OEuvres

TSUNEKO TANIUCHI, Diamonds are a Girl’s Best Friend et Micro-événement n°29.
Artiste née à Hyôgo (Japon), Tsuneko Taniuchi vit et travaille à Paris. A travers les Micro-événements interactifs qu’elle démultiplie dans le temps, l’artiste offre au public la possibilité de se marier avec elle sans restriction de genre tout en construisant des rapports humains au niveau individuel. Cette répétition des actions constitue pour elle une sorte de mise en abyme d’un geste mettant à mal la signification et l’acte même du mariage. Une mise à mal que l’on retrouve entre autres dans "Comment devenir une bonne femme au foyer", "9 personnages de femmes", ou encore "La mariée le jour des noces".
Par ses Micro-événements, Tsuneko Taniuchi s’attache donc à figurer le conditionnement social, le statut d’exclu, la condition féminine et les natures des échanges contemporains. Dans ses interventions, tour à tour, elle brise les rôles sociaux et représentatifs qui emprisonnent l’individu, en offrant au public, tant masculin que féminin, un nombre infini de fois la liberté de se marier avec elle ; ou encore elle joue du regard du public, le renvoyant aux stéréotypes de la femme contemporaine en interprétant neuf rôles différents.
Pour Des féminités en question, l’artiste propose d’inverser le rite du mariage, et par là même les performances interactives de mariage à travers deux interventions : « Diamonds are a Girl’s Best Friend » chanson douce de la célèbre Marilyn Monroe diffusée dans une chambre d’hôtel remplie de ballons roses célébrant un mariage qui n’a pas encore eu lieu ; et "When I Fall in Love" Micro-événement n°29, un temps cérémonial de mariage durant lequel l’artiste, vêtue d’une splendide robe de mariée, épouse en grande pompe avec déclaration certifiée à l’appui avec la même fidélité bienséante.
Soirée événement le 16 novembre à l’Hôtel de Beaune à Paris à partir de 18h.
Exposition du 18 au 29 novembre dans les locaux de Mains D’OEuvres

Participants / Les intervenants
Dans le cadre du débat proposé le 20 novembre 2005 à 17h dans les locaux de Mains D’OEuvres, Des féminités en question accueillera cinq intervenants invités à confronter leurs idées et réflexions autour de la conception et de la construction des genres, et notamment du genre féminin.

Association "VOIX D’ELLES–REBELLES". Association féministe et mixte basée à Saint-Denis, « Voix d’Elles-Rebelles » oeuvre pour la défense du droit des femmes de toutes origines. Les conditions de vie de ces femmes se trouvent en effet aggravées par la prétendue soumission et les soit disants devoirs liés à leur sexe, et qui conduisent à une déstructuration de la personnalité. « Voix d’Elles-Rebelles » fait le pari quotidien de transformer les femmes et les jeunes filles immigrées ou issues de l’immigration, très souvent en proie à des comportements autodestructeurs, en militantes de la vie. En leur offrant de nouveaux repères, l’association travaille avec elles pour enrayer cette crise identitaire, pour les aider à construire une personnalité et un système de valeurs propres.

RAJA BENSLAMA est professeur de lettres. Maître de conférence à la faculté de Lettres et Sciences Humaines de Manouba à Tunis, elle vit actuellement au Caire en Egypte.
Raja Benslama a été publiée en 2004 dans Masculin / Féminin (Editions La Découverte, collection « Les mots du Monde »), recueil de réflexions de chercheurs issus de différentes aires géographiques et culturelles, autour du concept de genre. Dans son article Le plein genre, elle s’intéresse tout particulièrement à l’anhistoricité des dogmes de la Charia. Elle rappelle notamment que si le voile est aujourd’hui fétichisé et l’homosexualité illégale dans nombre de pays arabes, des zones de tolérance existaient cependant au début de l’Islam, faisant même état d’un « troisième genre ». Introduisant la notion de « queer », mouvement véhiculant une certaine théorie de la réaction et de la relation au pouvoir, elle s’emploie à réinterpréter la littérature classique arabe, à interroger le statut de l’homosexuel, et à brosser un tableau de la condition féminine en Islam.

NACIRA GUENIF-SOUILAMAS est sociologue et anthropologue. Elle est Maître de Conférence à l’Université Paris XIII et chercheur au GREC (Groupe de Recherche sur les ressources Educatives et Culturelles) et au CADIS (Centre d’Analyse et d’Intervention Sociologiques).
Croisant les questions de genre et d’ethnicité, d’immigration et d’intégration, elle a écrit de nombreux ouvrages tels que Des beurettes aux descendantes d’immigrants nord-africains (Paris, Grasset/ Le Monde, collection « Partage du Savoir », 2000) ou Femmes, immigrantes, ségrégées, sous la direction de Margaret Maruani (à paraître aux éditions La Découverte en 2005). Ses articles sont publiés dans des revues nationales et internationales (« Ni putes, ni soumises ou très pute, très voilée, les inévitables contradictions d’un féminisme sous influence », in Cosmopolitiques, 2003).
En 2004, elle est l’auteur avec Eric Macé de Les Féministes et le garçon arabe, aux Editions de l’Aube. Cet ouvrage s’attache à questionner la notion de « néo-féminisme républicain » dans la société française. A un féminisme jugé « ringard » aurait succédé un féminisme égalitariste moderne qui, explique Nacira Guénif-Souilamas, a pour ennemi le garçon arabe, figure consensuelle représentant un machisme ethnico-religieux. Nacira Guénif-Souilamas propose ainsi, par la critique de ce mouvement, de déconstruire les liens entre questions de race et de genre, tout en mettant en relief le heurt entre processus d’acculturation et modèle républicain.

BEATRIZ PRECIADO est philosophe. Elle vit entre les Etats-Unis et la France : chercheur à l’Université de Princeton, elle enseigne à l’université de Paris VIII. Elle est l’auteur du Manifeste Contra-sexuel, traduit en cinq langues. Dans cette théorie de la contra-sexualité, elle explique comment le sexe et la sexualité doivent être compris comme des technologies socio-politiques complexes. Elle dirige ainsi le projet de recherches et de production artistique « Technologies du genre » au MACBA (Musée d’Art Contemporain de Barcelone). Selon elle, la nature humaine est un effet de technologie sociale qui reproduit dans les corps, les espaces et les discours, l’équation « nature = hétérosexualité ».

TROUBLE[S] A l’initiative de l’association lycéenne Ravaillac, qui a pour objectif de favoriser l’expression jeune sous toutes ses formes, la revue collective et engagée Trouble(s) s’attaque à tous les systèmes de domination non librement consentie, et cherche donc à déconstruire le diktat des normes, pour une réelle émancipation. Ainsi Trouble[s] s’atèle aux thèmes de l’immigration, des classes sociales, et de la sexualité. Sous-titrée sexualités / politiques / cultures, cette publication « queer », du nom du mouvement contestant la construction sociale dominante, propose à chaque numéro un axe traversant ces trois chapitres, pour mieux souligner les passerelles qui les relient. Le prochain numéro sera intitulé « Vivre l’autre ».

INFORMATIONS PRATIQUES
Bureau
1, rue Charles Garnier - 93400 Saint-Ouen (France)
Tel/fax : (33) (0) 1 40 10 14 83
contact@laplateforme.net // www.laplateforme.net
LAPLATEFORME est gérée par Oblique - Association de loi 1901
Siège social : 11 Villa Saint-Ange – 75017 Paris
CONTACTS DES FEMINITES EN QUESTION :
Initiateur du projet : Djamel Kokene, artiste et porteur des projets LAPLATEFORME
dkokene@laplateforme.net
Chargée de projets / médiation culturelle : Sabrina Calonne
sabrinacalonne@laplateforme.net

"Des féminités en question" est une production de Laplateforme etbébéficie du soutien de :

Laplateforme
La création de Laplateforme répond à la volonté de favoriser et de confronter les différentes pratiques artistiques qui apparaissent aujourd’hui dans le bassin méditerranéen, que dessinent l’Europe, le Maghreb et le Moyen-Orient. Dans cette géographie circulaire, l’intensification des flux de biens, de personnes, de pensées et d’images accentuent la transformation des identités et dessinent de nouveaux lieux dans lesquels l’on souhaite s’inscrire et opérer. Ces mouvements intenses génèrent aussi de nouvelles pratiques artistiques, elles-mêmes vecteurs de pensées singulières et de questionnements que nous cherchons à souligner. A travers ces pratiques artistiques émergentes, Laplateforme se donne comme opportunité d’interroger les identités en construction autour de la Méditerranée. Laplateforme se pense donc comme un dispositif de recherche, un espace de réflexion, un laboratoire où se jouent les imaginations.
Mêlant création artistique contemporaine et recherche théorique en sciences humaines, ce dispositif s’appuie sur le principe du déplacement à même de favoriser l’émergence de situations de rencontre et d’échange à travers l’organisation d’événements culturels et artistiques. Les événements initiés par Laplateforme se concrétisent par des expositions-débats, projections et ateliers mis en place dans des lieux différents, préexistants ou créés à cette occasion. Ces événements mobiles traduisent un engagement de l’équipe de créer un espace ouvert, loin des lieux de prédilection de l’art afin de sensibiliser le public tant à ce type de dispositif et qu’aux différentes pratiques artistiques.
Relais de nos activités, le site Web se pense aussi comme un outil de recherche et de réflexion évolutif, alimenté par les rencontres initiées par Laplateforme et des interventions d’artistes.

Objectifs :
Il s’agit de questionner les conditions de visibilité de ces pratiques artistiques sur la place publique et de voir comment il est possible, à travers des propositions, de contourner le déficit de visibilité dont souffrent certaines de ces pratiques, ici comme là-bas.
On peut également parler de “déficit de représentation” à la fois économique et politique. En effet, au sein du mouvement centripète de la mondialisation se pose le problème de la quête de visibilité. Problème accentué par une répartition inégale des nouvelles technologies de communication.
Notre ambition est d’élargir le cercle du regardeur au monde qu’elle révèle, à travers des rencontres artistiques et des réflexions théoriques. Laplateforme se conçoit comme une opportunité pour redéfinir et expérimenter notre rapport à l’Autre, à la mixité, et par là même nos modes de représentation individuels et collectifs. Une opportunité pour favoriser le dialogue entre les cultures euro méditerranéennes.

Projets réalisés
Depuis deux ans, Laplateforme est intervenue sur différents territoires : Saint-Ouen, Saint-Denis, Alger et Casablanca.
Exposition-débats : « Rendez-vous public », Mains d’OEuvres, novembre 2002 / « Les Résidents, l’ailleurs, l’image et la mobilité », Alger, septembre 2003 / « Indifférence/ Différence », Biennale d’art contemporain de la Seine-Saint-Denis, juin 2004
Ateliers : workshop ENSBA, Alger, mai 2003 / « Art et espace public au Maghreb à l’ère de la globalisation » / Forum Social Européen, Saint-Denis, novembre 2003
Festivals : « Festival des Arts Vidéo », Casablanca (éditions 2003 et 2004)

EQUIPE DE :
Initiateur du projet : Djamel Kokene, artiste et porteur des projets LAPLATEFORME
djamelkokene@laplateforme.net
Administrateur : Dorothée Manière, chargée de missions, Développement Durable, EDF
d.maniere@wanadoo.fr
Chargée de projets / médiation culturelle : Sabrina Calonne
sabrinacalonne@laplateforme.net
Web master/ édition LAPLATEFORME : Pascal Sémur
psemur@laplateforme.net
Membres permanents :
François-Xavier Dorigné (Montreuil)
Ymane Fakhir (Marseille)
Sylvie Gourlet (Paris)
Mathieu Marguerin (Paris)
Amina Menia (Alger)
Sandra Regol (Strasbourg)
Emilie Reinhold (Naples)
Hamid Tamedjirt (Alger)

LAPLATEFORME
Dispositif mobile d’échange, de rencontre
et de recherche euro-méditerranéen en création artistique contemporaine
1, Charles Garnier 93 400 Saint-Ouen

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