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"Dérapages" - Edito du Monde

vendredi 13 novembre 2009 (Date de rédaction antérieure : 24 octobre 2017).

Méchantes "blagues", provocations à l’emporte-pièce, "boutades" qui disent tout haut ce que l’on pense tout bas : un climat déplaisant, détestable même, s’est installé depuis deux mois dans ce pays. L’on aurait tort de mettre ces dérapages successifs sur le compte des inévitables scories et saillies du débat public.

En septembre, c’est Brice Hortefeux qui provoque le tollé. Lors de l’université d’été de l’UMP, il déclare à la cantonade, à propos d’un jeune militant d’origine maghrébine qui vient le saluer : "Il ne correspond pas du tout au prototype. Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes."

En octobre, la secrétaire d’Etat aux sports, Rama Yade, souhaite être candidate aux élections régionales dans les Hauts-de-Seine, où elle est implantée. Une élue UMP de ce département lui conseille plutôt, conformément aux souhaits de l’état-major du parti présidentiel, de se présenter dans le Val-d’Oise, où elle ferait davantage "couleur locale". "J’avais la naïveté de croire que j’étais une citoyenne comme les autres", commente, blessée, la secrétaire d’Etat, d’origine sénégalaise.

C’est désormais le député UMP de Seine-Saint-Denis, Eric Raoult, qui s’en prend à l’écrivaine Marie NDiaye, de père sénégalais, lauréate du prix Goncourt. En août, elle avait jugé que la France de Nicolas Sarkozy lui paraissait "monstrueuse", avec son "atmosphère de flicage, de vulgarité". Estimant ces propos "insultants" et arguant du "devoir de réserve" auquel seraient tenus les lauréats du Goncourt, M. Raoult a saisi le ministre de la culture, Frédéric Mitterrand. "Nous (comprendre : la France) lui avons donné le prix Goncourt...", a-t-il ajouté. Stupéfiant.

Misérable et ridicule polémique, ont répliqué en choeur, à chaque fois, le gouvernement et la majorité devant les protestations de l’opposition, des associations antiracistes et, désormais, de la république des lettres. Non. Ces dérapages successifs sont tout sauf "anecdotiques", n’en déplaise à M. Mitterrand : décomplexée et débarrassée, pense-t-elle, de la menace du Front national depuis 2007, la droite s’autorise peu à peu des propos qui étaient l’apanage de Jean-Marie Le Pen depuis vingt ans et étaient alors condamnés sans réserve, y compris à droite, au nom des valeurs de la République. Tout se passe comme si l’affaiblissement de l’extrême droite avait levé les tabous. Et redonnait libre cours à un vieux fond, refoulé, plus nationaliste que national, facilement xénophobe. C’est malsain et inquiétant.

Voir en ligne : Dérapages

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