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APPEL URGENT POUR ARRÊTER LE GÉNOCIDE CONTRE LE PEUPLE TRIQUI

samedi 18 septembre 2010 (Date de rédaction antérieure : 8 décembre 2017).

1. Dans la matinée d’hier, lundi 13 septembre, les paramilitaires du
Mouvement d’unification et de lutte triqui (MULT), ainsi que ceux de
l’Unité pour le bien-être social de la région triqui (UBISORT), ont repris
le bâtiment de la mairie de San Juan Copala.

2. Depuis ce moment jusqu’à présent, ils n’ont pas cessé de tirer avec des
armes à feu de fort calibre sur nos compañeros qui ont refusé d’abandonner
leurs foyers malgré la violence. Ils ne veulent pas le faire parce qu’ils
font partie de leur vie, c’est là que se trouvent leur passé et leur
avenir, ils ne l’imaginent pas hors de là, sans leurs saints et leurs
morts. Ils préfèrent mourir là-bas avec eux que les abandonner.

3. Comme résultat de ces agressions, aujourd’hui 14 septembre a été
grièvement blessée la compañera María Rosa Francisco, la même qui, il y a
quelque temps, avait été enlevée par les paramilitaires du MULT. Aucune
autorité, ni fédérale, ni de l’État, ni municipale, ne veut entrer dans le
village pour emmener la compañera recevoir des soins médicaux. Les
compañeros ne peuvent pas le faire, parce que les agresseurs continuent à
tirer.

4. Comme ils savent que leurs actes resteront impunis grâce au soutien
qu’ils reçoivent du gouvernement de l’État, les paramilitaires crient
depuis leurs positions que les habitants de San Juan Copala ont
vingt-quatre heures pour abandonner leurs foyers, et que sinon ils seront
assassinés. Nous ne pensons pas qu’il s’agisse d’une simple menace,
puisque lors des mois passés ils ont mené une action similaire à San
Miguel Copala, où ils ont assassiné douze compañeros sur le terrain de
sport municipal.

5. Devant cette situation désespérée, nous lançons un appel urgent à
toutes les personnes de bonne volonté, aux organisations de droits
humains, à tous ceux qui croient que les Triquis méritent de vivre
dignement, à faire tout ce qui leur est possible pour dénoncer cette
situation, pour exiger du gouvernement d’accorder des garanties aux
Copaltèques et d’arrêter les assassins. C’est très urgent, compañeros,
demain il sera trop tard.

À 15 heures, le 14 septembre 2010.
La Commune autonome de San Juan Copala.

Notre village a été pris par les groupes paramilitaires du MULT et de
l’UBISORT.

14 septembre 2010.

À L’AUTRE CAMPAGNE,
AU PEUPLE D’OAXACA,
AUX PEUPLES INDIGÈNES DU MEXIQUE

Compañeras, compañeros, ce matin nous avons reçu la nouvelle que le
bâtiment de la mairie de notre village a été pris de manière violente par
les groupes qui, avec leur discours hypocrite de gauche, veulent laver
leurs crimes, comme si l’histoire n’allait pas remettre chacun à la place
qui est la sienne.

Notre village a été pris par ces groupes armés avec la complicité du
gouvernement qui, alors qu’il nous promettait qu’aujourd’hui ils allaient
passer à l’action pour nous obliger à nous retirer de la grand-place, afin
de pouvoir célébrer leurs deux cents ans de pillage de nos terres,
laissait d’un autre côté tout leur temps aux assassins pour agir.

Nous voulons préciser, sur la base d’informations de nos compañeros de la
communauté, que les gens armés qui sont entrés dans notre communauté sont
pour quelques-uns de l’UBISORT, mais dans leur majorité appartiennent au
MULT.

C’est pourquoi nous rendons responsable de cette attaque, et de ce qui
pourra arrivé dans notre village et dans ce campement de déplacé-e-s
Heriberto Pazos Ortiz. Car aujourd’hui la bande de criminels de l’UBISORT
est complètement désarticulée, la grande majorité s’est enfuie de notre
région et il ne reste plus que quelques assassins qui continuent leurs
exactions, ce que le MULT met à profit pour tenter de tromper l’opinion
publique et poursuivre son discours creux de gens de gauche. C’est
pourquoi ils sont en train de préparer la marche du silence. Nous voyons
cela comme le comble du cynisme, car il ne s’agit de rien d’autre que de
continuer à démontrer leur domination sur notre région à travers de la
terreur, car étant triquis, nous savons très bien que ceux qui ne se
rendent pas à leurs manifestations pleines de mensonges sont sévèrement
punis. Nous voulons profiter de ce communiqué pour demander à nos
compañeros de la direction qu’en aucune manière ils n’acceptent le
dialogue que proposent différentes personnes dans le pays, parce que ces
essais de dialogue ne servent qu’à nous obliger à ne pas dénoncer leurs
crimes ; nous ne participerons au dialogue que lorsque ceux dont c’est
l’obligation appliqueront la justice à tous ces criminels. Nous disons à
tous ces fonctionnaires qui cultivent le mensonge qu’ils peuvent bien
s’ils le veulent réaliser la commission de justice qu’ils ont imaginée
avec leurs complices de l’UBISORT et du MULT : le temps des peuples
viendra un jour. Nous ne sommes pas aussi bêtes qu’ils le croient, ni eux
aussi malins qu’ils le pensent, et nous disons à tous ceux qui nous ont
montré leur solidarité que nous ne les décevrons pas, que nous
continuerons à lutter, avec plus de volonté encore, pour la liberté de
notre peuple. Nous ferons connaître bientôt les actions que nous sommes en
train de planifier avec nos compañeros. Nous demandons au peuple d’Oaxaca
sa rapide solidarité pour ce campement de déplacé-e-s, et nous faisons
savoir qu’au moins une compañera a été blessée et que sa vie est en
danger.

Et nous disons clairement que nous ne nous tairons pas et que toutes les
agressions seront dénoncées.

Respectueusement,

LES DÉPLACÉ-E-S DE SAN JUAN COPALA

Traduit par el Viejo

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